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Les images de l’eau dans les discours économiques
International audienceSyntaxiquement figées et sémantiquement non compositionnelles, les expressions figées (EF) cristallisent l’idiomaticité d’une langue (Polguère 2016 : 60-62 ; Mejri 2008 : 245). Concises mais efficaces, ces locutions préfabriquées condensent des idées en recourant fréquemment aux figures de styles, telles que la métaphore (avoir le vent en poupe), la métonymie (avoir le bras long) et la synecdoque (rendre son tablier), autrement dit à une image, qu’elle soit congrue ou incongrue, pour rendre le discours plus vivant et coloré (Lamiroy 2008 : 92-93 ; González-Rey 2021 : 165). Le décalage entre le sens littéral et figuré d’une EF s’accentue avec l’augmentation de son degré de figement (Perrin 2017 : 198). Par exemple, si l’expression « au fil de l’eau » évoque aujourd’hui encore une analogie entre un courant fluide et l’idée de « progressivement », « il y a de l’eau dans le gaz », d’origine ménagère, devient plus opaque dans le contexte d’une sécurité énergétique renforcée. Ces locutions imagées sont couramment empruntées dans les actualités économiques pour rendre les nouvelles accrocheuses et vulgariser avec une économie de moyens des concepts compliqués (Boulanger 2016 : 144). Mais quelles figures privilégie-t-il le discours économique ? Ces figures, lorsqu’elles sont appliquées dans le domaine économique, subissent-elles une « porosité sémantique » (Sinclair 1996 : 87-88), acquérant ainsi des connotations distinctes de celles qu’elles portent dans la langue générale ? Dans cette étude, nous nous intéressons aux expressions figées comportant le mot pivot « eau ». Cet élément naturel, sous ses diverses formes (pluie, fleuve, torrent, lac, etc.), recèle une richesse de symbolismes et constitue en lui-même un objet économique complexe. L’objectif est de comprendre les concepts fréquemment associés au mot « eau » dans le discours économique, tant écrit qu’oral. àPour comparer les images associées à l’ « eau » dans le langage général et dans le langage spécialisé économique, nous procédons en deux étapes. D’abord, les entrées comportant le mot pivot « eau » du Dictionnaire des expressions et locutions Le Robert sont dépouillées puis classifiées selon les acceptions définies dans le dictionnaire CNRTL. Cette analyse permet d’identifier les concepts véhiculés par l’« eau » dans la langue générale. Dans un second temps, un corpus économique est constitué afin d’identifier les expressions les plus fréquentes incluant « eau » et d’examiner les idées qu’elles véhiculent. Ce corpus de langue de spécialité, datant de 2022, contient 2 262 999 mots au total et rassemble 1 800 articles de presse économiques issus des Échos, 21 rapports de l’OCDE ainsi que 257 transcriptions d’épisodes des podcasts L’invité de l’économie et l’édito éco. Il couvre ainsi quatre genres de discours : discours écrits journalistiques et organisationnels, ainsi que discours oraux spontanés et préparés. En mobilisant des analyses quantitative et qualitative à l’aide de l’outil de textométrie TXM, nous essayons de mettre en lumière les relations entre la forme d’une expression figée (son sens littéral), son fond (son sens figuré) et les connotations qu’elle acquiert dans le discours économique
Romani in the Balkan linguistic area
International audienceThis paper examines Balkan linguistic features present in Romani varieties, as documented in ten Romani datasets in the Atlas of the Balkan Linguistic Area (ABLA). We focus on the domains of nominal and verb phrases, simple and complex clauses, word order, and lexical borrowing. Our data show that Romani varieties exhibit a range of Balkan features, such as definite articles, the loss of the infinitive, and alignment with other Balkan languages, especially in the nominal domain, affecting substantival, pronominal, and adjectival systems. The verbal domain exhibits the highest degree of variation and contact influence from Balkan languages. In the domain of simple clauses, complex clauses and word order, Romani varieties align with typical patterns in Balkan languages, but several instances of contact influence are noted. By comparing the Romani varieties in the Balkans with the control variety in northern Italy, we identify significant language-contact influences affecting various domains in the Piacenza variety. Overall, the paper highlights the complexity of language contact in the Balkans and the continued susceptibility of Romani varieties to influence from their contact languages
Zwischen Kolonialgeschichte und Genozid: Die Vernichtung der Tutsi Ruandas (1994) in Romanen von Hans-Christoph Buch, Lukas Bärfuss und Nora Bosson
International audienc
Fˤāl, forme innovante des verbes de qualité en arabe maghrébin. Fréquence, sémantisme et origine
International audienceL'arabe littéral a deux formes dérivées, peu fréquentes, exprimant couleurs et défauts~infirmités, la IX e à C3 redoublée et la XI e à C3 redoublée et voyelle ā avant C3. Si ces formes sont rares (surtout la XI e ) dans les parlers orientaux, la forme C1C2āC3 (sans C3 redoublée), typiquement maghrébine, a connu un certain développement.Mon étude, qui vise à déterminer les caractéristiques de la forme fˤāl -notamment son origine et les raisons de son développement remarquable -, comporte trois parties. La première partie porte sur la fréquence et le sémantisme des formes classiques IX et XI ainsi que sur ceux de la forme dialectale fˤāl. La seconde partie analyse les corrélations que la forme dialectale fˤāl entretient, en classique et en dialecte, avec certains schèmes (adjectivaux et verbaux) et montre la relation privilégiée existant entre l'usage de certains fˤāl-s et les caractéristiques de leur racine. La dernière partie étudie les différentes thèses émises précédemment sur l'origine de fˤāl, conteste l'hypothèse d'une origine berbère et recense les causes susceptibles d'expliquer l'émergence de la forme fˤāl et son développement
Bédouinité et parlers de nomades par-delà la distinction Orient-Occident : conservatisme(s) relatif(s) et innovations (plus ou) moins partagées
International audienceThis article constitutes an insightful contribution to one of the key theoretical debates in contemporary Arabic dialectology: that of « Bedouin Arabic » as a category. The author reflects on the validity of this concept and its limitations by first presenting the societal and cultural characteristics of nomadic societies in the Arab world, which constitute a relatively original response to a specific ecosystem.After this first section, which highlights the factors of conservatism at work in this type of society —which persists, in some cases, in the context of sedentarization— the author specifies the different traits found in both the East and the West and which, therefore, can be considered characteristic of Bedouin dialects in general. Since Bedouin dialects are less numerous in the Maghreb than in the Middle East and are often quite strongly influenced by sedentary dialects, the author gives an important role to certain Western Bedouin dialects such as Ḥassāniyya, which is spoken in particular in Mauritania. The search for discriminants covers the different levels of linguistic analysis (phonetic and phonological, morphosyntactic and syntactic) and confirms, beyond the question of the qāf, the realization of which seems largely inherited, a particularly developed resistance to change. As for the innovations observed, they appear to be typologically conservative because they do not call into question the ancient characteristics of the Arabic language, such as the distinction between the reflexive and the passive, or the preponderance of synthetic constructions over analytical ones.L’article constitue une contribution pénétrante à l’un des débats théoriques clés de la dialectologie arabe contemporaine, celui de « l'arabe bédouin » en tant que catégorie. L'auteure réfléchit à la validité de ce concept et à ses limites en commençant par présenter les caractéristiques sociétales et culturelles des sociétés nomades du monde arabe, celles-ci constituant une réponse relativement originale à un écosystème spécifique. Après cette première partie qui souligne les facteurs de conservatisme à l'œuvre dans ce type de société – qui se maintient, dans certains cas, en contexte de sédentarisation –, l'auteure précise quels sont les différents traits qu'on retrouve à la fois en Orient et en Occident et qui, de ce fait, peuvent être considérés comme caractéristiques des parlers (de) bédouins en général. Les parlers (de) nomades étant moins nombreux au Maghreb qu'au Moyen-Orient et, souvent, assez fortement influencés par les parlers de sédentaires, l'auteure fait jouer un rôle important à certains parlers bédouins occidentaux comme le ḥassāniyya qui est parlé notamment en Mauritanie. La recherche des discriminants parcourt les différents niveaux de l'analyse linguistique (phonétique et phonologique, morphosyntaxique et syntaxique) et confirme, au-delà de la question du qāf dont la réalisation semble largement héritée, une résistance aux changements particulièrement développée. Quant aux innovations observées, elles apparaissent comme typologiquement conservatrices car elles ne remettent pas en cause les caractéristiques anciennes de la langue arabe comme la distinction du réfléchi et du passif ou la prépondérance des constructions synthétiques sur les constructions analytiques
De l’enseignement de la civilisation à la pédagogie des multilittératies. Transformations des approches culturelles en DFLE
International audienceThis article explores the transformations of cultural approaches in the didactics of French as a foreign language (DFLE) in France that took place in the last third of the 20th century, adopting a didactic, historical, and sociological perspective. It highlights a process of redefining the concept of culture and diversifying pedagogical methods. The article also emphasizes the transition from knowledge transmission-focused teaching to an approach centered on the interpretation and interaction with culture, notably through the inclusion of subjectivity in cultural data analysis, the adoption of reflective approaches, and an increasing focus on otherness. The second part of the article connects these paradigm shifts with the pedagogy of multiliteracies proposed by the New London Group in 1996. By integrating multimodality, multilingualism, and multiculturalism, this approach aims to adapt teaching to learners’ realities. Finally, the article illustrates these transformations through an educational framework that fosters intercultural awareness via image-based rewriting, demonstrating the potential of multiliteracies to enhance the learning of French as a foreign language.Cet article porte sur des transformations qui ont eu lieu en France à la fin du 20e et début du 21e siècles dans les approches culturelles en didactique du français langue étrangère dans une perspective didactique, historique et sociologique. Dans un premier temps, il met l’accent sur la concomitance entre le processus de reconfiguration du concept de culture et celui de la diversification des approches pédagogiques. L’article souligne la transition d’un enseignement centré sur la transmission de savoirs culturels vers un enseignement axé sur l’interprétation et l’interaction culturelle que nous expliquons à travers trois phénomènes : l’introduction de la subjectivité dans le traitement des données culturelles, l’adoption de démarches réflexives et l’attention croissante à l’altérité. Dans un second temps, il est question d’articuler ces changements de paradigme à ceux proposés dans la pédagogie des multilittératies par le New London group. En envisageant la culture par le prisme de la création du sens multimodal, elle propose d’adapter l’enseignement à la complexité des expériences vécues des apprenants. Enfin, nous illustrons cette nouvelle conception de la culture par le biais d’un dispositif pédagogique de réécriture par l’image tendant à démontrer le potentiel des multilittératies pour l’apprentissage du FLE
Itinéraire d'un internationaliste noir : gauche radicale, identités noires et vagabondage dans la vie et l'oeuvre de Claude McKay
Upon his arrival in the United States in 1919, Jamaican author Claude McKay (who was later given the American citizenship) was soon immersed in left-leaning intellectual and political networks. Although he quickly made a name for himself in African-American literary circles in New York and is rightly considered one of the paragons of the Harlem Renaissance, a study of his work and political career also allows us to view him as an international figure. In this work, we seek to uncover this multifaceted identity, at the crossroads of black nationalism and international solidarity, which seems to evolve towards what we call a transnational utopia. Thus we analyze how Claude McKay's political persona emerges through his travels between Jamaica, the United States, London, and Marseille, which testify to his radical left-wing commitment. This study is based on a predominantly literary corpus, consisting of Claude McKay's poems published in the collection Harlem Shadows in 1922, and the two novels Home to Harlem, 1928, and Banjo, 1929.Dès son arrivée aux Etats-Unis en 1919, l'auteur jamaïcain (plus tard naturalisé américain) Claude McKay est immergé dans des réseaux intellectuels et politiques de gauche. S'il se fait rapidement une place dans les cercles littéraires africains-américains de New York, et qu'il est à juste titre considéré comme l'un des parangons de la Renaissance de Harlem, l'étude de son œuvre et de son parcours politique permet également de l'envisager comme un acteur international. Nous tâchons dans ce mémoire de mettre au jour cette identité plurielle, à la croisée du nationalisme noir et de l'écriture d'une solidarité internationale, qui semble évoluer vers ce que nous appelons une utopie transnationale. Nous nous demandons ainsi comment la figure de Claude McKay s'illustre par ses pérégrinations entre la Jamaïque, les Etats-Unis, Londres et Marseille, lesquelles témoignent de son engagement radical de gauche. Cette étude repose sur un corpus majoritairement littéraire, constitué des poèmes de Claude McKay publiés dans le recueil Harlem Shadows en 1922, et des deux romans Home to Harlem, 1928, et Banjo, 1929</div
Dancourt : Nostalgie de la farce baroque à l’âge de la Comédie-Française
International audienceOn connaît le mot de Voltaire : « Ce que Regnard était à l'égard de Molière dans la haute comédie, Dancourt l'était dans la farce ». En rattachant les « dancourades » aux petites pièces en un acte créées par Molière, Voltaire place Dancourt parmi les nombreux successeurs du dramaturge, habiles dans le genre de la « petite comédie » déjà curialisée qui connut sa première heure de gloire dans les années 1660.Toutefois, à bien regarder en détail son répertoire, on constate que Dancourt puise volontiers ses thématiques à une strate antérieure, celle de la farce parisienne de la première moitié du XVIIe siècle. On y observe ainsi un même goût pour la transposition théâtrale de rituels populaires (Le Charivari, 1697) et pour la dramatisation d'anecdotes issues de la rumeur urbaine (Le Vert Galant, 1714). Mais sa révérence pour ce genre théâtral éclate de manière encore plus patente lorsqu'il entreprend de recréer sur la scène de la Comédie-Française l'atmosphère de la farce ancienne (L'Opérateur Barry, 1702 ; La Comédie des comédiens, 1710), en manière d’hommage aux grand noms de ce genre théâtral désormais disparu des rues parisiennes
Noticias del sitio : les sièges de 1870 au prisme de la presse satirique cubaine
International audienceQue le 27 novembre 1870, l'une des deux revues satiriques cubaines, alors publiées à la Havane, offre à ses souscripteurs un plan des fortifications du Paris assiégé "pour suivre pas à pas les observations de la guerre franco-prussienne" en dit long de l’intérêt public suscité dans l'ile par ce conflit européen, mais aussi de la capacité de cette même presse à entretenir et à cultiver l’appète....