Canadian Journal of Bioethics / Revue canadienne de bioéthique
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    Réflexions éthiques relatives à l’étude du Proche-Orient antique

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    Assyriology covers disciplines that concern the study of the ancient Near East, and more specifically the period and the geographic area defined by the use of cuneiform writing. Archaeologists, historians and art historians who conduct research in this field work in countries at war or in countries that do not respect the Universal Declaration of Human Rights. They are confronted with situations that affect their daily work. To better understand these situations, it is essential to understand the recent history of these countries, the role played by Western researchers in the rediscovery of antiquity, and the relationship of local politicians and populations to their past. In 2003, Assyriologists created the International Association for Assyriology to better address the situation in the Near East, and since 2014, they have reacted through official statements, before reflecting on the ethical behaviour of researchers. This concerns respect for the laws of the countries under study, cooperation with local scientists, the training of future generations and the well-being of the workforce employed on archaeological excavation sites. It concerns the means to be implemented for the safeguarding and restoration of cultural heritage, without cooperating with dictatorial regimes. Finally, the ethical behaviour of the researcher depends on the transmission of knowledge to the public, and in particular information to potential buyers about the danger of contributing to the trafficking of antiquities.L’assyriologie recouvre les disciplines qui portent sur l’étude du Proche-Orient antique, et plus spécifiquement sur la période et la zone géographique définies par l’usage de l’écriture cunéiforme. Les archéologues, historiens et historiens de l’art qui mènent des recherches dans ce domaine, travaillent dans des pays en guerre ou des pays qui ne respectent pas la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ils sont confrontés à des situations qui affectent leur travail au quotidien. Pour mieux appréhender les situations, il est indispensable de maîtriser l’histoire récente de ces pays, le rôle qu’y ont joué les chercheurs occidentaux dans la redécouverte de l’antiquité, et la relation des politiques et des populations locales vis-à-vis de leur passé. En 2003, les assyriologues ont créé l’International Association for Assyriology pour mieux faire face à la situation au Proche-Orient, et depuis 2014, ils ont réagi par le biais de déclarations officielles, avant de mener une réflexion sur le comportement éthique des chercheurs. Celui-ci porte sur le respect des lois des pays objets d’étude, la coopération avec les scientifiques locaux, la formation des futures générations et le bien-être de la main-d’œuvre employée sur les chantiers de fouilles archéologiques. Il concerne les moyens à mettre en œuvre pour la sauvegarde et la restauration du patrimoine culturel, sans pour autant se compromettre avec des régimes dictatoriaux. Enfin, le comportement éthique du chercheur passe par la transmission du savoir vers le public, et en particulier l’information à destination des acheteurs potentiels du danger de contribuer au trafic des antiquités. Depuis 2003, les assyriologues se sont organisés en une association internationale pour mieux faire face à la situation au Proche-Orient, et depuis 2014, ils ont réagi par le biais de déclarations officielles et multilingues, avant de mener une vaste réflexion sur le comportement éthique des chercheurs. Celui-ci porte sur le respect des lois des pays objets d’étude, la coopération avec les scientifiques locaux et l’échange de données, la formation des futures générations et le bien-être de la main-d’œuvre employée sur les chantiers de fouilles archéologiques. Il concerne également les efforts et moyens à mettre en œuvre pour la sauvegarde et la restauration du patrimoine culturel, sans pour autant se compromettre avec des régimes dictatoriaux ou des groupes belligérants. Enfin, le comportement éthique du chercheur passe par la transmission du savoir vers le public, et en particulier l’information à destination des acheteurs potentiels du danger de contribuer au trafic des antiquités

    Book Review: F. Baylis & A. Ballantyne (2016) Clinical Research Involving Pregnant Women

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    There is a paucity of scientific evidence to support prenatal care due to the wide exclusion of pregnant women from clinical research. Baylis and Ballantyne’s book, Clinical Research Involving Pregnant Women, stands as a powerful advocate for promoting clinical research with pregnant women, although a few issues may deserve further attention to facilitate such research.Les preuves scientifiques à l'appui des soins prénataux sont rares en raison de l'exclusion généralisée des femmes enceintes de la recherche clinique. L'ouvrage de Baylis et Ballantyne, Clinical Research Involving Pregnant Women, est un puissant défenseur de la promotion de la recherche clinique avec des femmes enceintes, bien que quelques questions méritent une attention plus soutenue pour faciliter cette recherche

    Jonathan Glover ou le besoin d'une éthique appliquée

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    I introduce here a special issue dedicated to the British philosopher Jonathan Glover (1941-). Recognized as an important figure in applied ethics in the Anglo-Saxon world, Glover does not yet enjoyed the same reputation in the French-speaking world. In 2017, forty years after the original publication of Causing Death and Saving Lives (1977), I published a French translation of the same book, entitled Questions de vie ou de mort (translated by B. Basse, Labor et fides, 2017). In this editorial, I begin by recalling the reasons why Glover considered it necessary in the 1960s to give ethics a more "applied" character. Then I present in broad terms the ethics of "making people die" defended by Glover, resolutely pluralist, and not strictly utilitarian as some may have thought. Finally, I introduce the contributions to this special issue (written by French-speaking authors), as well as the three interviews I conducted with Jonathan Glover, Peter Singer and Jeff McMahan.Nous introduisons ici un numéro spécial consacré au philosophe britannique Jonathan Glover (1941-). Reconnu comme une figure importante de l'éthique appliquée dans le monde anglo-saxon, Glover ne bénéficie pas encore de la même renommée dans le monde francophone. En 2017, quarante ans après la publication originale de Causing Death and Saving Lives (1977), nous avons publié une traduction française de ce même ouvrage, sous le titre Questions de vie ou de mort (trad. B. Basse, Labor et fides, 2017). Dans cet éditorial, nous commençons par rappeler les raisons pour lesquelles Glover jugea nécessaire, dans les années 60, de donner à l'éthique un caractère davantage "appliqué". Puis nous présentons dans ses grandes lignes l'éthique du "faire-mourir" défendue par Glover, résolument pluraliste, et non pas strictement utilitariste comme d'aucuns ont pu le penser. Enfin, nous introduisons les contributions de ce numéro spécial (rédigées par des auteurs francophones), ainsi que les trois entretiens que nous avons menés avec Jonathan Glover, Peter Singer et Jeff McMahan

    Actions et omissions, effets voulus et effets latéraux : le conséquentialisme contre la morale intuitive

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    Intuitively, we judge that our responsibility has more to do with what we do than what we omit to do, and that it extends more to intended effects than to side-effects of our deeds. These intuitions have been expressed in our tradition through two principles: the doctrine of acts and omissions (DDE) and the doctrine of double effect (DDE). Jonathan Glover acknowledges that these two principles are important, but believes that it is eventually better to discard them and, instead, to stick to the consequentialist view that our responsibility extends equally to all the consequences of our behavior (acts and omissions). I first examine Glover’s objections against the two principles and then present Joshua Greene’s research on the neuropsychology of moral judgment. These rest heavily on our reactions to certain moral dilemmas, in particular the trolley problem, and have recourse to neuroimaging. Greene’s conclusions go in the same direction as Glover’s more conceptual arguments. However, both authors share a common philosophical view, i.e., consequentialism. Thus, in a last section I consider some difficulties that this moral view encounters, and with the aid of other neuropsychological studies, I conclude that it is not judicious to put aside the intentions of an agent.Intuitivement, nous jugeons que notre responsabilité concerne davantage ce que nous faisons que ce que nous omettons de faire, et qu’elle s’étend plus aux effets voulus qu’aux effets simplement prévus de nos actes. Ces intuitions ont été thématisées dans notre tradition par deux principes, celui de la distinction de l’action et de l’omission (PDAO) et celui des actions à double effet (PADE). Jonathan Glover reconnaît l’importance de ces principes, mais considère que, en définitive, il n’est pas judicieux de les conserver et qu’il vaut mieux s’en tenir à la doctrine conséquentialiste que notre responsabilité s’étend également à toutes les conséquences de nos actes et de nos omissions. Après avoir examiné les objections de Glover contre ces deux principes, je présente les recherches de Joshua Greene sur la neuropsychologie du jugement moral. Elles s’appuient sur nos réactions à certains dilemmes moraux, particulièrement à celui du wagon fou (trolley problem) et recourent à l’imagerie cérébrale. Ses conclusions vont dans le même sens que les arguments plus conceptuels de Glover. Toutefois, ces deux auteurs partagent une conception philosophique commune, le conséquentialisme. C’est pourquoi j’examine dans une dernière partie certaines objections que rencontre cette conception morale, ce qui m’amène, avec l’aide d’autres études de neuropsychologie, à conclure qu’il est peu judicieux de mettre de côté les intentions de l’agent

    Overuse of Diagnostic Tests in Canada: A Critical Perspective

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    In this commentary we describe the interplay between 1) contemporary popular and professional understandings of “risk” and “normality” in health and healthcare, and 2) the promotion by state and market forces of individual self-regulation of health. We draw upon the work of critical theorists who have described the relationship between risk, fear, and the notion of “normal” in health discourse to argue that these factors act, primarily via the popular media, to shape the discourse on, and overuse of, diagnostic tests in Canada.Dans ce commentaire, nous décrivons l’interaction entre 1) les conceptions populaires et professionnelles contemporaines du « risque » et de la « normalité » en santé et en soins de santé, et 2) la promotion par l’État et par les forces du marché de l’autorégulation individuelle de la santé. Nous nous appuyons sur les travaux de théoriciens critiques qui ont décrit la relation entre le risque, la peur et la notion de « normalité » dans le discours sur la santé afin de soutenir que ces facteurs agissent principalement par l’entremise des médias populaires, en vue de façonner le discours sur les tests diagnostiques et leur utilisation excessive au Canada

    L’archéologie préventive, une source de solutions pour demain? Réflexions sur les enjeux scientifiques et sociétaux de l’archéologie préventive face aux effets délétères du néo-libéralisme

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    In recent decades, rescue archaeology in Europe has uncovered a much larger number of remains than planned archaeology. The mass of information resulting from this preventive research is such that its processing is a colossal task, but also unavoidable if preventive excavations are not to become synonymous with the destruction of the remains – which is precisely what they are supposed to prevent. The effort that our society must make (in terms of time and financial resources in particular) may seem heavy, even insurmountable to some; nevertheless, this effort is imperative and essential, because preventive excavations raise major challenges, both scientific and societal. This article aims to detail these issues and analyse them in the light of the deleterious effects of neoliberal logic on rescue archaeology and the associated ecological and societal difficulties.Depuis plusieurs décennies, en Europe, l’archéologie préventive met au jour un bien plus grand nombre de vestiges que l’archéologie programmée. La masse d’informations issue de ces recherches préventives est telle que son traitement constitue une tâche colossale, mais aussi incontournable si on ne veut pas que les fouilles préventives deviennent synonymes de destruction des vestiges – ce qu’elles sont précisément censées empêcher. L’effort que doit fournir notre société (en termes de temps et de moyens financiers, notamment) peut paraître lourd, voire insurmontable à certains ; pourtant, cet effort est impératif et primordial, car les fouilles préventives sont porteuses d’enjeux majeurs, aussi bien scientifiques que sociétaux. Cet article vise à détailler ces enjeux et à les analyser au regard des effets délétères de la logique néolibérale sur l’archéologie préventive et des difficultés écologiques et sociétales actuelles

    Deficit-Based Indigenous Health Research and the Stereotyping of Indigenous People

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    Health research tends to be deficit-based by nature; as researchers we typically quantify or qualify absence of health markers or presence of illness. This can create a narrative with far reaching effects for communities already subject to stigmatization. In the context of Indigenous health research, a deficit-based discourse has the potential to contribute to stereotyping and marginalization of Indigenous Peoples in wider society. This is especially true when researchers fail to explore the roots of health deficits, namely colonization, Westernization, and intergenerational trauma, risking conflation of complex health challenges with inherent Indigenous characteristics. In this paper we explore the incompatibility of deficit-based research with principles from several ethical frameworks including the Tri-Council Policy Statement (TCPS2) Chapter 9, OCAP® (ownership, control, access, possession), Inuit Tapiriit Kanatami National Inuit Strategy on Research, and Canadian Coalition for Global Health Research (CCGHR) Principles for Global Health Research. Additionally we draw upon cases of deficit-based research and stereotyping in healthcare, in order to identify how this relates to epistemic injustice and explore alternative approaches.La recherche en santé a tendance à être basée sur les déficits ; en tant que chercheurs, généralement nous quantifions ou qualifions l’absence de marqueurs de santé ou la présence d’une maladie. Cela peut créer un récit ayant des effets d’une grande portée pour les communautés déjà victimes de stigmatisation. Dans le contexte de la recherche en santé autochtone, un discours basé sur les déficits peut contribuer aux stéréotypes et à la marginalisation des peuples autochtones dans une société élargie. C’est particulièrement vrai lorsque les chercheurs ne parviennent pas à explorer les racines des déficits de santé, à savoir la colonisation, l’occidentalisation et les traumatismes intergénérationnels, au risque de confondre des problèmes de santé complexes avec des caractéristiques autochtones inhérentes. Dans cet article, nous explorons l’incompatibilité de la recherche basée sur les déficits avec les principes de plusieurs cadres éthiques, y compris le chapitre 9 de l’Énoncé de politique des trois Conseils (EPTC2), les principes PCAP® (propriété, contrôle, accès, possession), la Stratégie nationale sur la recherche inuite Inuit Tapiriit Kanatami et les principes de la Coalition canadienne pour la recherche en santé mondiale (CCRSM). En outre, nous nous appuyons sur des cas de recherche basée sur les déficits et le stéréotypage dans le domaine des soins de santé, dans le but d’identifier leur lien avec l’injustice épistémique et d’explorer des approches alternatives

    “I Like to Keep my Archaeology Dead”. Alienation and Othering of the Past as an Ethical Problem

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    As archaeologists, we have to deal with the dead, and as David Clarke once said, we like to keep our archaeology dead. From an epistemological perspective, alienation from the dead seems almost inevitable; otherwise, we would only project today’s conditions onto the past. Therefore, the past must be, and must remain, a foreign country. These alienating processes have ethical implications, however, especially when it comes to the study of human remains. In this article, we analyze the structures within the scientific discipline of archaeology that normalize practices, such as the labeling of human bone material during excavations and the object-like display of skeletons in museums. We argue that archaeologists have an – often rejected – ethical responsibility towards subjects from the past. We, therefore, seek to open up a debate concerning alternative strategies for the treatment of the dead.En tant qu’archéologues, nous avons affaire à la mort. Et, pour reprendre les mots de David Clarke, nous aimons garder notre archéologie morte. D’un point de vue épistémologique, l’aliénation des morts semble être presque inévitable. Sinon, nous ne ferions que projeter les conditions d’aujourd’hui sur celles d’hier. Ainsi, le passé doit être et rester une terre étrangère. Ces processus d’aliénation ont toutefois des implications éthiques, en particulier lorsqu’il s’agit de l’étude des restes humains. Dans cet article, nous analysons les structures dans le domaine scientifique de l’archéologie qui normalisent des pratiques telles que l’étiquetage du matériel osseux humain pendant les fouilles ou l’exposition de squelettes, tels des objets, dans les vitrines de musées. Nous soutenons que les archéologues ont une responsabilité éthique – souvent niée – envers les sujets du passé et souhaitons ouvrir le débat sur l’adoption de stratégies alternatives dans le “traitement” des morts

    Favoriser l'autonomie du patient face aux données additionnelles en médecine génomique

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    In recent years, we have witnessed a technological revolution in molecular genetics with the advent of next-generation sequencing (NGS). During medical genetics consultations in hospitals, patients are confronted with the difficult question of research and disclosure of so-called additional data, which are not related to their pathology, the primary data. This may be incidental data (the discovery is incidental) or secondary data, i.e., data actively searched for in a defined list of genes. How can we ensure that patients are sufficiently autonomous in dealing with this issue? What is the role of the healthcare team? Can we harmonize practices with respect to these data? We propose a variable scale strategy applied to genetics that consists in adapting the degree of autonomy required according to the medical impact and the level of reliability of the genetic data transmitted to the patient. We also provide elements to promote patient autonomy. We believe it is necessary to separate primary from additional data, to develop the means to provide adequate information to patients, and finally to support patients in their process with psychological support and to respecting a certain period of reflection. Ultimately, it is the responsibility of the medical team to assess, on a case-by-case basis, the appropriateness of seeking this data and disclosing it to the patient.Depuis ces dernières années, nous assistons à une révolution technologique en génétique moléculaire avec l’avènement du séquençage de nouvelle génération (NGS). Lors des consultations médicales de génétique à l’hôpital, le patient est confronté à la question difficile de la recherche et de la divulgation des données dites additionnelles, qui ne sont pas en lien avec sa pathologie, la donnée primaire. Il peut s’agir de données incidentes (la découverte est fortuite) ou de données secondaires, c’est-à-dire des données recherchées activement dans une liste de gènes définie. Comment s’assurer de l’autonomie suffisante des patients face à cette question? Quel est le rôle de l’équipe soignante? Peut-on harmoniser les pratiques relativement à ces données? Nous proposons une stratégie de l’échelle variable appliquée à la génétique qui consiste à adapter le degré d’autonomie exigé en fonction de l’impact médical et du niveau de fiabilité des données génétiques transmises au patient. Nous apportons également des éléments pour favoriser l’autonomie du patient. Il nous paraît nécessaire de dissocier distinctement la donnée primaire des données additionnelles, de développer les moyens visant à délivrer une information adéquate au patient et enfin d’accompagner le patient dans sa démarche par un soutien psychologique et de respecter un délai de réflexion. De manière ultime, il appartient à l’équipe médicale d’évaluer au cas par cas du bienfondé de la recherche de ces données et de leur révélation au patient

    Les restes humains anciens en France : entre objets de science et sujets de droit

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    Over the past 40 years, the increase in the number of archaeological excavations of large funeral complexes in France has led to a considerable increase in the number of human remains in the State’s excavation sites. These remains are not strictly speaking part of the archaeological material but are instead considered “scientific documentation”. On the one hand, the requirements of science necessitate the mobilization of all available techniques in order to better understand the populations that have left us these traces. On the other hand, material and cultural limitations necessarily lead to sampling techniques being seen as an efficient archaeological system. On the other hand, the mission of general interest that is archaeological research requires particular care be taken with these remains, sparing them from an overly managerial and short-term vision. The ethical virtues of archaeological excellence must not be forgotten; archaeological knowledge must be based on the requirement of scientific rigour. This primary requirement is questioned in particular by the choices made in the management of human remains collections. A second ethical requirement leads to questions about the legal or moral limits of the first. Should scientific rigour be limited in certain cases, particularly when the research involves human remains? Should remains be subject to a specific legal or ethical status that would distinguish them from other elements of archaeological material? This article addresses these questions through the prism of the study of the case of the perfectly preserved body of Louise de Quengo, a 17th century Breton noble discovered in 2014 in Rennes (France).Depuis 40 ans, la multiplication des fouilles archéologiques de grands ensembles funéraires en France a entrainé un accroissement considérable des vestiges osseux humains dans les dépôts de fouilles de l’État. Ces restes ne font pas partie du mobilier archéologique stricto-sensu mais relèvent de la « documentation scientifique ». D’un côté, les exigences de la science commandent de mobiliser toutes les techniques disponibles afin de mieux connaître les populations qui nous ont laissé ces traces. De l’autre côté, des limites matérielles et culturelles conduiraient à voir dans les techniques d’échantillonnage un dispositif archéologique efficient. La mission d’intérêt général qu’est la recherche archéologique commande au contraire de porter un soin particulier à ces vestiges en les épargnant d’une vision trop gestionnaire et de court terme. Les vertus éthiques de l’excellence archéologique ne doivent pas être oubliées, ainsi le savoir archéologique doit-il d’abord porter une exigence de rigueur scientifique. Cette exigence première est notamment questionnée par les choix de gestion des collections des restes humains. Une seconde exigence éthique conduit à s’interroger sur les limites juridiques ou morales de la première. L’ambition de rigueur scientifique doit-elle être limitée dans certaines hypothèses, notamment lorsque la recherche porte sur des restes humains? Ces restes doivent-ils faire l’objet d’un statut juridique ou éthique spécifique qui tendrait à les distinguer des autres éléments du mobilier archéologique? L’article se propose d’aborder ces questions sous le prisme de l’étude du cas du corps parfaitement bien conservé de Louise de Quengo, noble bretonne du XVIIe découverte en 2014 à Rennes (France)

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