Canadian Journal of Bioethics / Revue canadienne de bioéthique
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L'humour macabre : un mécanisme de défense acceptable en soins critiques?
oai:ojs2.cjb-rcb.ojs.umontreal.ca:article/4Health care professionals assigned to critical care (emergency, intensive care, reanimation) are confronted on a daily basis with particularly trying situations. Their hard work conditions can become anxiety-provoking, affect their physical and/or psychological condition, decrease their performance and increase their absenteeism rate at work. To face this particularly stressful and sometimes depressing context, some professionals fall back on “gallows humour”, a sort of black humour with a morbid overtone, which is likely to shock certain people. Although gallows humour is very widespread, its use in critical care is extremely controversial and most of the time reprimanded by professional orders. Based on the codes of ethics that govern them, professional orders assume that gallows humour violates the duties and responsibilities of their members towards their patients, rejecting its use straightaway. In this article, we contest the categorical rejection of gallows humour in critical care. We adopt a consequentialist perspective based on the study of scientific literature on the benefits of using humour in the workplace, to defend its ethical acceptability. By enabling us to be better prepared to provide care despite the tragic events experienced by professionals, we will see how the use of gallows humour can ultimately have a positive effect on patients. A consequentialist ethics is not only interested in maximizing the benefits of gallows humour but also in reducing the risk of harm to others related to its use. This important criterion will therefore lead us to define the terms and suggest certain conditions that must be respected for an ethical use of this important defense mechanism by health care professionals in critical care.Les professionnels de la santé affectés aux soins critiques (urgence, soins intensifs, réanimation et soins coronariens) sont confrontés au quotidien à des situations particulièrement éprouvantes sur le plan émotionnel. Leurs conditions de travail difficiles peuvent devenir anxiogènes, se répercuter sur leur condition physique et/ou psychologique, diminuer leur performance et augmenter leur taux d’absentéisme au travail. Pour faire face à ce contexte stressant et parfois même déprimant, certains professionnels ont recours à l’humour macabre (ou « gallows humour »), une forme d’humour noir à connotation morbide, dont le contenu est susceptible de choquer certaines personnes. Bien que très répandue, l’utilisation de l’humour macabre en soins critiques est extrêmement controversée et la plupart du temps réprimandée par les ordres professionnels. Prenant appui sur les codes déontologiques qui les régissent, les ordres professionnels supposent que l’humour macabre enfreint les devoirs et les responsabilités de leurs membres envers leurs patients, rejetant alors son utilisation d’emblée. Dans cet article, nous contestons le rejet catégorique de l’humour macabre en soins critiques. Nous adoptons une perspective conséquentialiste, axée sur l’étude de la littérature scientifique portant sur les bienfaits de l’utilisation de l’humour en milieu de travail, pour défendre son acceptabilité éthique. En permettant d’être mieux disposés à prodiguer des soins malgré les événements tragiques vécus par les professionnels, nous verrons comment l’utilisation de l’humour macabre peut ultimement avoir des retombées positives sur les patients. L’éthique conséquentialiste n’est pas intéressée seulement par la maximisation des bienfaits de l’humour macabre, mais également par la réduction des risques de préjudices à autrui associés à son utilisation. Ce critère important nous conduira donc à définir les termes et à proposer certaines conditions devant être respectées pour une utilisation éthique de ce mécanisme de défense important par les professionnels de la santé en soins critiques
Beyond Empathy: Teaching Alterity
Clinical empathy has been increasingly recognized as an important component of both professionalism and good patient care. It is generally understood as identifying commonality between patient and provider and responding to this shared experience with appropriate care and concern. However, many clinical encounters are between strangers with little shared experience, which seems to present a challenge for both empathy and a sense of responsibility toward the patient. Physicians can also develop a deep sense of caring and responsibility by learning to appreciate the alterity, the otherness, of the patient, and this skill, like clinical empathy can be modeled and taught. Philosopher Emmanuel Levinas described respect for alterity as foundational to human relationships. That is, my primary experience in meeting other people is one of difference, not an immediate sense of similarity. This sense of difference is both superficial and profound, although in most cases we will recognize only the superficial. Recognizing the profundity of difference opens one up to a radical sense of alterity that is the source of ethics, including our responsibility to the other. By exploring Levinas’ descriptions of human responsibility, humans as infinite and unique, and the consequences of this philosophy for the clinical encounter, it is evident that respect for alterity represents an underappreciated source of human caring, accessible in clinical relationships, even between a patient and physician with radically different life experiences. The implications of this for medical education are that we must help students appreciate and respect both the commonality we share with our patients, and the differences that makes them special and worthy of our care and attention.L’empathie clinique est de plus en plus reconnue comme un élément important du professionnalisme et des soins adéquats aux patients. Il est généralement compris comme identifiant les points communs entre le patient et l’intervenant, et répondant à cette expérience partagée, accompagnée de soins et d’attentions appropriés. Cependant, de nombreuses rencontres cliniques ont lieu entre des étrangers ayant peu d’expérience partagée, ce qui semble constituer un défi à la fois pour l’empathie et le sentiment de responsabilité envers le patient. Les médecins peuvent également développer un profond sens du caring et de la responsabilité en apprenant à apprécier l’altérité, l’extranéité du patient, et cette compétence comme l’empathie clinique peut être adaptée et enseignée. Le philosophe Emmanuel Levinas a décrit le respect de l’altérité comme fondamental dans les relations humaines. Autrement dit, ma première expérience de rencontre avec d’autres personnes en est une de différence, et non un sentiment immédiat de similarité. Ce sens de la différence est à la fois superficiel et profond, bien que le plus souvent nous ne reconnaissions que le superficiel. Reconnaître la profondeur de la différence ouvre à un sentiment radical d’altérité qui est la source de l’éthique, notamment notre responsabilité envers l’autre. En explorant les descriptions de la responsabilité humaine de Levinas, les humains comme infinis et uniques, et les conséquences de cette philosophie pour la rencontre clinique, il est évident que le respect de l’altérité représente une source sous-estimée de caring humain, accessible dans les relations cliniques, même entre un patient et un médecin avec des expériences de vie radicalement différentes. Les implications de ceci pour la formation médicale sont que nous devons aider les étudiants à apprécier et à respecter les points communs que nous partageons avec nos patients, et les différences qui les rendent spéciaux et dignes de nos soins et de notre attention
Managing Conflicts of Interest in a PhD Jury
A researcher or university professor is often required to be a member of a thesis jury. This is part of their scientific activities. However, in an increasingly specialized academic world, it is sometimes difficult to create a thesis jury without being confronted with conflicts of interest between the members and the supervisory team. While in recent years some universities have organized processes to manage these conflicts, others have not yet decided. This case study adapts several real-life situations to show the challenges of such conflict of interest management in setting up a doctoral thesis jury.Un chercheur ou un enseignant universitaire est souvent amené à être membre d'un jury de thèse. Cela fait partie de ses activités scientifiques. Cependant, dans un monde académique de plus en plus spécialisé, il est parfois difficile de créer un jury de thèse sans être confronté à des conflits d'intérêts entre les membres et l'équipe d'encadrement. Si certaines universités ont organisé des processus pour gérer ces conflits depuis quelques années, d'autres n'ont pas encore statué. Cette étude de cas adapte plusieurs situations réelles pour montrer les défis d'une telle gestion des conflits d'intérêts dans la constitution d'un jury de thèse de doctorat
Au-delà de la bureaucratie obligatoire : comment bien travailler avec des comités d’éthique de la recherche
University research ethics boards (REBs), although well established in North American since the 1980s, sometimes still have a poor reputation among researchers. They may be seen by members of the academic community as a bureaucratic system designed to prevent or slow down research, and one that does not understand the reality of researchers. This negative view is often the result of misunderstanding by 1) researchers and 2) some REBs about what an REB’s mandate is and how it should work. Based on the experience of an REB President and a bioethicist, this series of Frequently Asked Questions aims to demystify research ethics so that researchers and REBs can collaborate in the advancement of knowledge, while ensuring the ethical and responsible conduct of research.Les comités d’éthique de la recherche (CÉR) universitaire, même s’ils sont bien établis en Amérique du nord depuis les années 1980, ont encore parfois mauvaise réputation au sein des chercheurs. Parfois, ils sont vus par les membres de la communauté scientifique comme un système bureaucratique voué à empêcher ou à ralentir la recherche et ne comprenant pas la réalité des chercheurs. Cette vision négative relève souvent de la mécompréhension 1) de la part des chercheurs et 2) de certains CÉR de ce qu’est le mandat d’un CÉR et de la façon dont il doit fonctionner. Fondée sur une expérience d’une présidente d’un CÉR et d’un bioéthicien, cette foire aux questions vise à démystifier l’éthique de la recherche pour que les chercheurs et les CÉR puissent collaborer dans l’avancement des connaissances, tout en assurant une conduite de recherche éthique et responsable
Pourquoi choisir de travailler dans le secteur privé de l’ergothérapie? Réflexion sur les motivations des ergothérapeutes à opter pour la pratique privée et leurs implications éthiques
The choice of a profession, a specialty within this profession as well as the public or private sector of practice is based on values and various other considerations, which vary depending on the individuals and their context. This commentary reflects on the motivations that drive occupational therapists to opt for private (for-profit) practice and the ethical implications.Le choix d’une profession, d’une spécialité au sein de cette profession ainsi que du secteur public ou privé de la pratique se base sur des valeurs et diverses autres considérations, lesquelles varient selon les personnes et leur contexte. Ce commentaire propose une réflexion sur les motivations qui poussent des ergothérapeutes à opter pour la pratique privée (à but lucratif) ainsi que sur leurs implications éthiques
Democracy, Effective Referral, and the Instrumentalization of Patients
Philosophers such as Roger Trigg have taken issue with the College of Physicians and Surgeons of Ontario policy on effective referral arguing that it is an example of a culture of consumerism in medicine. In this paper, I take issue with this position and instead argue that physicians who fail to effective refer are instead misusing their power as gatekeepers to healthcare.Des philosophes tels que Roger Trigg ont contesté la politique de référence efficace du Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario, soutenant qu’il s’agit d’un exemple de culture de consommation en médecine. Dans cet article, je conteste cette position et soutiens plutôt que les médecins qui ne parviennent pas à référer efficacement abusent plutôt de leur pouvoir en tant que gardiens des soins de santé
More Than a Biological Condition: The Heteronormative Framing of Infertility
Infertility is often framed from the perspective of heterosexual couples, the dominant patient group using reproductive technologies. However, there are many types of patients availing of fertility treatments and those patients are often overlooked in policy, planning, service provision, and research. This commentary demonstrates the need for further research into LGBT subgroups, who frequently fall outside of infertility discourses, and are therefore especially disadvantaged by current policy and fertility service structures.L’infertilité est souvent abordée du point de vue des couples hétérosexuels, le groupe de patients utilisant majoritairement les technologies de reproduction. Cependant, il existe de nombreux types de patients qui bénéficient de traitements de fertilité et ces patients sont souvent négligés dans les politiques, la planification, la prestation de services et la recherche. Ce commentaire démontre la nécessité d’approfondir la recherche sur les sous-groupes LGBT, lesquels se situent souvent en dehors des discours sur l’infertilité et sont donc particulièrement désavantagés par les structures actuelles des politiques et des services de fécondité
Helping Surrogate Decision-Makers Through Difficult Conversations
Difficult conversations in the ICU are often seen as ones of getting a surrogate decision-maker to make an end-of-life decision. However, allowing the surrogate decision-maker to become a narrator can alleviate the daunting task lying ahead.Les discussions complexes dans les services de soins intensifs sont souvent perçues comme un processus permettant d'amener un mandataire à prendre une décision de fin de vie. Toutefois, le fait de permettre au mandataire de devenir narrateur peut atténuer la tâche ardue qui l’attend