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Le continuum conception-mise en oeuvre des politiques publiques : variations inter-sites, création du sens et jugement
Notre thèse a deux objectifs, un d’ordre conceptuel et l’autre d’ordre empirique. Nous avons développé un cadre conceptuel interdisciplinaire et interprétatif (IICF) pour l'évaluation du continuum conception-mise en oeuvre. L'IICF comprend trois composantes : 1) évaluer le continuum; 2) interpréter les écarts et les variations; et 3) juger de la mise en oeuvre. Premièrement, en utilisant la littérature sur l'évaluation de la mise en oeuvre, nous évaluons et notons l'écart entre la conception et la mise en oeuvre en mettant en évidence les adaptations apportées par les acteurs locaux. Ensuite, nous tentons d'interpréter et de contextualiser l’écart entre la conception et la mise en oeuvre en utilisant les théories du sensemaking et du sensegiving. L’objectif est d’analyser le processus de création du sens de la politique lors de la mise en oeuvre selon les acteurs, ce qui expliquerait les adaptations locales et les variations pour les évaluations inter-sites. Enfin, le jugement de la qualité de la mise en oeuvre (succès ou échec) sera contextualisé et dérivé des interprétations des acteurs.
Afin de mettre en application ce cadre conceptuel, nous avons évalué la mise en oeuvre des amendements de la loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) en vigueur depuis juillet 2007. Il s’agit d’une approche basée sur des études de cas multiples, de type instrumental. L’évaluation porte sur trois études de cas et chaque cas correspond à un Centre jeunesse (CJ). Nous réalisons principalement une analyse secondaire de données primaires1. Pourtant l’analyse réalisée dans le cadre de cette étude apporte une nouvelle perspective et regard novateur sur des données analysées différemment dans le cadre de l’évaluation originale. Ainsi, nous avons répondu, en utilisant ces données, à des questions non considérées au moment de la collecte de données. Les données proviennent principalement de quatre sources : 1) entrevues individuelles; 2) entrevues de groupe; 3) questionnaire; 4) documentation. Plusieurs niveaux d’acteurs ont participé à la recherche : des intervenants, des chefs de service et des directeurs. En tout, 159 personnes ont participé à une entrevue individuelle ou de groupe et 384 ont répondu au questionnaire quantitatif. 32 entrevues individuelles ont été réalisées avec les directeurs et certains chefs de service. De même, 19 entrevues de groupe ont été effectuées auprès des intervenants et des comités d’usagers ou groupe de famille d’accueil. Le recrutement des participants a été réalisé selon des critères de représentativité et de pertinence : 1) des représentants de chaque secteur (DPJ, AM, ÉO, Révision, Contentieux, adoption, etc.); 2) les intervenants doivent avoir une expérience de plus de trois ans au sein du CJ; 3) des représentants de chaque palier hiérarchique.
L’analyse des données est largement qualitative et interprétative. L’analyse des données porte principalement sur trois unités d’analyse : 1) la mise en oeuvre locale; 2) le transfert et la création du sens; et 3) l’effectivité de la mise en oeuvre. Les résultats sont présentés selon des analyses intra-cas et inter-cas. Principalement, les préparatifs régionaux sont assez similaires d’un CJ à un autre. Bien que l’agence de santé fût l’organisation responsable de la planification et l’organisation de ces activités, le leadership a été porté plutôt par les acteurs des CJ. Des variations sont par ailleurs notées au niveau des préparatifs locaux en rapport avec le moment du début des préparatifs, la formation (PNF, informatisation et formation spécialisée) ainsi que le rôle du DPJ et le soutien de la direction. Bien que la pertinence et le sens des modifications à la LPJ sont presque unanimement reconnus positifs par les acteurs des trois CJ, leur application reste variable à deux niveaux : 1) à l’interne; 2) à l’externe. La variabilité interne est fonction des préparatifs locaux assumés par chaque CJ. Un des éléments soulevés particulièrement est la complexité des procédures et l’informatisation du processus. Le manque de ressources et le taux de roulement élevé au niveau des employés affectent la mise en oeuvre. La variabilité externe réfère aux conditions contextuelles et aux perceptions des ressources du milieu, particulièrement les CSSS qui affectent le niveau d’application de certaines modifications. Des projets innovateurs et créatifs dressent des pistes pour voir la collaboration autrement.
Lorsque nous avons tenté de comprendre ces variations selon les processus de création du sens des modifications de la LPJ, on a remarqué que l’essentiel des indices qui ont influencé la création du sens des amendements de la LPJ par les acteurs des CJ provient de la documentation, des formations et des rencontres d’information. Néanmoins, ces indices combinés avec les cadres de référence propres à chacun des acteurs et avec les facteurs contextuels propres à chaque CJ ont influencé le processus de création du sens. La création et le transfert du sens des amendements sont deux processus parallèles, itératifs et perpétuels. Chaque nouvel indice (discussion de groupe, nouvelle formation, etc.) réenclenche ces processus.
La création individuelle du sens est omniprésente dans les trois CJ et parfois, apporte des confusions et de multiples interprétations. La tendance vers une création organisationnelle, du moins au moment de la collecte de données, n’était pas totalement établie. Certains écarts d’interprétation persistent encore d’un chef de service à un autre. Dans un contexte où ces derniers – en tant que cadres intermédiaires- sont des créateurs-transmetteurs de sens, ces écarts ont des impacts sur le sens organisationnel. De même, la trajectoire de la création objectivée vers la création intersubjective du sens des amendements n’a pas encore abouti. Des défaillances persistent encore dans le processus de création interorganisationnelle du sens des amendements de la LPJ.
Enfin, la préservation des objectifs des modifications de la LPJ est problématique en fonction des moyens dont disposent les CJ. Les moyens nécessaires ne sont pas toujours disponibles. Le manque de ressources (humaines, financières, etc.), mais aussi celles au niveau des ressources du milieu pour assurer une prise en charge complète des parents et favoriser ainsi un retour rapide des enfants en milieu familial, est une réalité soulevée par les participants. De ce fait, le jugement de la qualité de la mise en oeuvre des modifications à la LPJ est relatif dépendamment des acteurs qui portent ce jugement, mais aussi dépendamment de la perspective d’analyse. La mise en oeuvre des modifications a influencé autant les processus de protection des enfants, les processus de prise en charge des parents, mais aussi les conditions de travail des intervenants qui mettent de l’avant une lourdeur administrative et une augmentation de la charge de travail –notamment à cause du temps mis pour l’évaluation de tiers et des échanges avec les partenaires-
Le développement durable dans les ministères et organismes de l’administration publique québécoise : une évaluation de la crédibilité des informations divulguées
L’objectif de cette étude est d’évaluer la crédibilité des informations divulguées par les organisations publiques en matière de développement durable. L’étude propose de s’intéresser à une dimension sous-estimée dans la littérature, en l’occurrence les facteurs susceptibles d’affecter la crédibilité des pratiques de divulgation. Cette étude repose sur une analyse de contenu qualitative des rapports annuels de gestion de 113 ministères et organismes publics québécois (Canada). Le processus d’analyse a permis d’identifier deux principaux facteurs pouvant affecter la crédibilité des informations: la conception déficiente des mécanismes de mesure utilisés (86 % des rapports) et le manque de transparence des organisations (50 % des rapports). Les résultats de cette étude permettent de remettre en cause la capacité des informations divulguées de rendre possible la mesure et l’évaluation du degré d’atteinte des objectifs de développement durable poursuivis par les organisations publiques
Jeux politiques et agents administratifs : analyse de la mise en œuvre d’une politique agricole au Cameroun
Cette thèse porte sur la mise en oeuvre des politiques publiques. Une des particularités des recherches actuelles portant sur la mise en oeuvre des politiques publiques est leur forte concentration dans les contextes occidentaux et, principalement, nord-américains (Merton 1940 ; Selznick, 1949 ; Matland, 1995 ; O’Toole, 2000 ; Pressman & Wildavsky, 1984 [1973] ; Sabatier & Mazmanian, 1979 ; Sabatier, 2005). Les contextes africains ayant retenu peu d’attention, la présente thèse trouve donc sa pertinence dans l’analyse de la mise en oeuvre dans un contexte africain de pays en développement. En cela, va au-delà des particularités des recherches actuelles portant sur la mise en oeuvre. En permettant d’élargir la conception occidentale principalement nord-américaine de celles-ci, elle permet elle permet également de surmonter les enjeux de transférabilité des outils théoriques occidentaux (Wafeu, 2008 ; Enguéléguélé, 2008) par l’élucidation des contraintes spécifiques dans la conduite de l’action publique dans ce contexte de recherche. L’objectif étant d’élargir la conception occidentale des modèles d’analyse de la mise en oeuvre proposée dans la littérature et de mieux les adapter au contexte africain de pays en développement.
La thèse étudie le cas de la mise en oeuvre de la politique d’accompagnement des producteurs agricoles au Cameroun. Elle répond à la question de savoir : comment les politiques publiques dans le secteur agricole sont dans les faits, mises en oeuvre au Cameroun ? Plus spécifiquement, elle répond aux questions de savoir : quels sont les facteurs déterminants de la mise en oeuvre des politiques publiques dans le secteur agricole ; quels sont les défis et les contraintes d’une mise en oeuvre effective ; quels sont les rôles des agents administratifs dans la gouvernance et la prise en charge locales des politiques publiques au Cameroun et en Afrique subsaharienne, en général.
La thèse analyse les mécanismes de la mise en oeuvre en s’attardant aux processus et à la dynamique des acteurs. L’analyse utilise, en complémentarité, la littérature sur la mise en oeuvre des politiques publiques, la littérature sur l’action stratégique des acteurs et la littérature portant sur les conditions de développement des politiques et les modes de gouvernance des pays africains en développement. Elle se situe donc entre l’analyse des politiques publiques et la sociologie politique de l’action publique. Cette recherche s’inscrit dans une démarche inductive et qualitative basée sur l’étude de cas.
Les résultats permettent de conclure que le gouvernement camerounais a mis en oeuvre la politique publique d’accompagnement des producteurs agricoles, mais son effectivité demeure minimale, avec très peu d’impact sur les changements espérés auprès des populations cibles. Les analyses permettent d’avancer que dans la mise en oeuvre, il y a un aveuglement volontaire des différents acteurs qui a été à l’origine du maintien du statu quo. Cela a été rendu possible du fait de la prédominance des logiques sociales et administratives qui privilégient la solidarité et le paternalisme, les pratiques informelles de privatisations de l’État et la super politisation du système de mise en oeuvre.
Quelques particularités ont été notées sur le plan de la mise en oeuvre. Concernant les déterminants, la recherche a notamment identifié l’important consensus social, économique et politique sur la question agricole, les documents produits ; le processus d’élaboration de la politique conformes aux prescriptions des bailleurs de fonds et le leadership politique fort. Ces déterminants ont chacun, à sa manière, favorisé la mobilisation des ressources qui ont permis de concrétiser la politique sur le terrain.
Quant aux défis et aux contraintes, la recherche a permis d’identifier certains éléments qui ont constituéer un frein dans la mise en oeuvre effective de la politique étudiée. En lien avec les processus citons, notamment : l’important écart entre les normes officielles et les pratiques réelles dans l’administration de la politique ; l’inadéquation du financement de la politique, au regard de la complexité des enjeux du secteur agricole; la planification opérationnelle opportuniste de la politique, qui permet difficilement d’implanter la vision globale de la politique ; la gestion inefficace et inefficiente des ressources ; le défaut de sanction, de contrôle et d’incitation et, l’absence d’une volonté réelle d’implanter un système de suivi et de reddition de comptes fiable, transparent et sérieux.
En lien avec la dynamique d’acteurs, citons, notamment : l’importance du pouvoir politique et les pressions exercées par celui - ci sur les agents administratifs en réduisant leurs capacités d’action ; le leadership politique ambivalent et ses effets pervers sur la mise en oeuvre ; les défaillances de la collaboration et les dysfonctionnements de l’ancrage institutionnel de la politique; la prédominance des valeurs fondées sur des intérêts privés, contradictoires aux valeurs de performance et d’équité et qui empêchent toute préoccupation pour les intérêts et les besoins réels des bénéficiaires ; la prédominance de divers types de logiques sociales et la légitimation des mécanismes informels de gouvernance inhérents aux sociétés africaines.
À partir du portrait offert de la mise en oeuvre, la présente recherche doctorale permet de générer une connaissance pratique et théorique pertinente sur l’administration publique et l’action publique dans le contexte africain de pays en développement. D’abord, les défis et les contraintes de la mise en oeuvre ont favorisé l’émergence d’une dynamique contre-productive par rapport aux résultats attendus de la politique. Les agents administratifs adoptent une approche essentiellement réactive, qui leur permet de s’ajuster à leur environnement pour survivre. Onze jeux politiques ont été identifiés en présence de contingences spécifiques, liées au milieu de travail des agents administratifs. En considérant ces jeux politiques, les motivations et les intérêts divers des agents administratifs dans leurs cadres spécifiques de travail, la recherche a permis d’identifier leurs rôles, qui se situent dans un continuum entre la recherche d’effectivité et l’absence d’efficacité. En décrivant sept profils différents, la recherche propose un modèle de profilage des agents administratifs, qui permet de poser un diagnostic sur les rôles de ces derniers et dont la contribution reste largement destinée à priver les producteurs agricoles d’un service d’accompagnement effectif.
En outre, les résultats de l’analyse permettent de proposer un cadre analytique, qui permet d’appréhender la dynamique de reconstruction de la mise en oeuvre à partir des spécificités observées et qui puisent leurs ferments dans l’histoire de la gouvernance et les logiques sociales locales et culturelles propres aux pays africains en développement. Il s’appuie sur trois concepts (le contexte, la gouvernance et l’autorité politique) dont la redéfinition, au regard des spécificités du mode de fonctionnement des administrations publiques africaines, fournit, de façon réaliste, le cadre des possibilités et des limites dans lesquelles, tout changement pourrait être pratiqué. Ce faisant, ce cadre d’analyse offre une perspective analytique nouvelle de la mise en oeuvre qui, en complétant les modèles actuels, leur permet de mieux s’opérationnaliser dans le contexte africain
Travailler dans des contextes complexes : une exploration des profils d'intelligence culturelle de gestionnaires du Nunavik
Au Nunavik (Québec, Canada), près de 60 % des postes de gestionnaires en santé sont occupés par des non-Inuit. Cette réalité s’explique en bonne partie par la scolarisation plus faible de la population locale constituée à 90 % d’Inuit. Dans ce contexte, le développement des compétences en matière de diversité culturelle représente un défi important pour les organisations évoluant dans des environnements complexes. Cette étude vise à identifier et décrire des profils d’intelligence culturelle (IC) chez des gestionnaires en santé du Nunavik. Les profils font référence à un ensemble de données qui caractérisent le gestionnaire et influencent ses comportements. Cette étude constitue une première étape décrivant des profils qui aideront à identifier des gestionnaires susceptibles de contribuer à la sensibilité des soins. Pour atteindre ces objectifs, une méthodologie mixte a été privilégiée. Des entretiens semi-dirigés ont d’abord été menés auprès de gestionnaires (n=17). Par la suite, les participants ont été invités à passer un test d’évaluation de l’intelligence culturelle (E-CQS). L’analyse des données a permis d’identifier 3 profils types de gestionnaire, en l’occurrence : le « missionnaire moderne », le « sage-expérimenté » et « l’opportuniste ». Les techniques de mesure complémentaires utilisées ont permis d’approfondir la dynamique du modèle démontrant que cette dernière diffère d’un profil à l’autre. Cette étude ouvre la porte à de futures recherches examinant le développement de l’IC en introduisant une nouvelle perspective dans la littérature, soit celle des profils d’IC. Une contribution importante de cette étude est la mise en perspective de différents profils d’individus dans le modèle de l’IC. Ces profils pourraient éventuellement influencer les stratégies de recrutement de gestionnaires dans les organisations de santé de plus en plus diversifiées et à l'image de la société moderne et globalisée dans laquelle elles évoluent
Cartographie des acteurs impliqués dans l’adaptation aux changements climatiques et le développement de la résilience à l’échelle du territoire de l’île de Montréal
La participation d’une organisation dans un réseau tend à augmenter sa performance, selon de nombreuses études (Provan et al., 2015; Provan, 2008). Cela est particulièrement vrai pour des problèmes complexes, comme l’adaptation aux changements climatiques (CC) et le développement de la résilience dans les villes, qui nécessitent la sollicitation d’acteurs de secteurs et domaines variés. Aux fins de ce projet, nous considérons la résilience comme la capacité d’adaptation des institutions et populations à des stress et chocs. Ceci inclut les enjeux climatiques - autant par la capacité d’appréhension des évènements météorologiques extrêmes que par les stress à long terme engendrés par les changements climatiques -, mais aussi d’autres types de questions comme le terrorisme, la pauvreté, etc. Dans les dernières années, les préoccupations face à ces enjeux ont engendré le développement de diverses initiatives prenant place sur le territoire de l’Île de Montréal. Ces initiatives sont menées par une diversité d’acteurs, liés entre eux pour de multiples raisons. Cette toile de relations crée un réseau d’acteurs, reliés par leur travail sur l’adaptation aux CC et le développement de la résilience. Nous étudions ici ce réseau. Dans la première partie de cette étude, le réseau fut observé à l’aide d’une méthode appelée « Analyse de Réseau social » (ARS), ou Social Network Analysis. Cette dernière permet de donner un portrait du réseau, et d’évaluer comment certaines caractéristiques observées sont bénéfiques ou non au développement d’un réseau fort et favorable à ses membres. Dans la deuxième partie, nous avons analysé comment une cartographie du réseau pouvait être utilisée par les membres de manière utile. Nous avons développé une méthodologie de transfert, afin qu’une ou des organisations puissent reprendre l’exercice et encourager le développement du réseau dans la direction désirée
Approches et méthodes d’évaluation de la pertinence des programmes fédéraux au Canada
Remplacée depuis le 1er juillet 2016 par la Politique sur les résultats, la Politique sur l’évaluation de 2009 a été évaluée en 2013-2014. Cette évaluation a mis en lumière les difficultés associées à l’examen de la pertinence des programmes (SCT, 2015). Entre autres, l’évaluation de la Politique précisait que les ministères et agences qui y étaient assujettis peinaient à compléter l’examen des dépenses directes relatives aux programmes sur un cycle quinquennal, en raison de la charge de travail et des ressources exigées. L’évaluation de la Politique remettait alors en question la nécessité d’apprécier systématiquement la pertinence des programmes dans toutes les évaluations fédérales. L’une des solutions envisagées était l’assouplissement des exigences relatives à l’évaluation de la pertinence, puisque les constats issus des trois aspects qui la composent (le besoin continu, la concordance avec les priorités ministérielles, l’harmonisation avec les rôles et les responsabilités du gouvernement fédéral) changent très peu d’un cycle d’évaluation à l’autre. Notre objectif est de décrire de façon empirique comment était évaluée la pertinence des programmes fédéraux sous la politique de 2009 afin de mieux comprendre les implications d’un assouplissement des exigences de son évaluation systématique.
Pour arriver à nos fins, nous avons adopté une démarche exploratoire qui vise à décrire comment les questions de pertinence sont abordées dans les évaluations fédérales. Nous pensons qu’une démarche exploratoire est de mise, puisque la question de la pertinence est peu traitée dans les écrits scientifiques portant sur l’évaluation. L’étude est qualitative : principalement une analyse de contenu de 75 rapports d’évaluation des ministères et agences du gouvernement fédéral suivie de 2 entretiens semi-dirigés. La collecte de données s’articule sur les six premières années de la Politique d’évaluation de 2009 (2009–2014).
Notre cadre conceptuel s’inscrit dans la perspective de Scriven (1991) qui décrit l’évaluation comme la détermination systématique de la qualité et la valeur d’une chose. Ce cadre nous a permis d’identifier deux outils d’évaluation de la pertinence : l’évaluation des besoins de Massé (2009) qui a servi de base à l’analyse du besoin continu ; la programmation des programmes publics de Knoepfel, Larrue, Varone et Savard (2015)sous le prisme de laquelle ont été examinées la concordance des objectifs des programmes avec les priorités ministérielles et l’harmonisation avec les rôles et les responsabilités du gouvernement fédéral. Nous avons abouti à l’élaboration d’un modèle d’évaluation de la pertinence qui nous a permis de structurer notre démarche. Nous nous sommes servi de ce modèle pour vérifier si ses différents éléments figurent dans les outils conçus et mis en oeuvre lors des évaluations.
Nous avons constaté que la démarche de l’évaluation de la pertinence est classique à tout type d’évaluation. On y trouve une phase conceptuelle qui vise à définir une stratégie évaluative qui sera ensuite mise en oeuvre dans la phase empirique. Cette dernière consiste à collecter les informations indispensables pour porter un jugement sur la valeur des programmes. Nous avons également identifié les déterminants qui encadrent l’évaluation de la pertinence : le discours du trône et le budget. En dehors de ces deux outils de pilotage des programmes, il existe dans chaque ministère des actes ou des textes connexes qui régissent la conduite des programmes sans que ceux-ci soient nécessairement inscrits comme des priorités gouvernementales. Par ailleurs, nous avons constaté qu’il arrive que des recommandations soient formulées au sujet de certains programmes. Toutefois, ces recommandations ne remettent pas en cause le besoin continu. Nous avons montré que la raison principale se situe dans la nature politique de cette dimension qui de ce fait est du ressort du pouvoir politique. L’évaluation relève du pouvoir administratif qui sur ce plan dispose d’un mandat limité. Par contre, nous avons constaté que la concordance et l’harmonisation sont beaucoup plus questionnées. Les recommandations portent alors sur quelques points liés à l’alignement des programmes avec les priorités du gouvernement sans que la raison d’être des programmes ne soit contestée. Au terme de notre étude, nous nous sommes demandé s’il est réellement opportun d’évaluer la pertinence des programmes fédéraux compte tenu du jugement systématiquement favorable qui en résulte.
Cette étude pourrait constituer une base pour d’autres études portant sur la pertinence des programmes. Il serait intéressant de questionner de nouveau l’évaluation de la pertinence cinq années après l’entrée en vigueur de la politique sur les résultats (2016). Il est question de savoir s’il est véritablement judicieux d’instaurer une flexibilité dans sa mise en oeuvre. Par ailleurs, nous pensons qu’une recherche pourrait être menée afin de questionner l’évaluation de la pertinence du point de vue des personnes qui en ont fait l’expérience (Fortin, 2010)
Collectivités locales et actions publiques en direction des jeunes : les actions des adolescents et adultes dans les expériences nouvelles d’engagement en France et au Québec
Les Coopératives Jeunesse de Services (CJS), organisations d’été créées par des adolescents au Québec, sont expérimentées à Rennes depuis 2013. Comment l’expertise québécoise interroge-t-elle les actions publiques existantes soutenant les collectifs d’adolescents à Rennes? J’ai eu recours au concept de travail bénévole (Simonet, 2010) pour comprendre la promotion d’un engagement associatif proche de l’entrepreneuriat. La notion d’acteur-réseau (Latour, 2006 ; Akrich et al, 2013) éclaire par ailleurs mes réflexions sur le lien entre les acteurs de ces expériences, appliqué à la politique de jeunesse (Loncle, 2011) et au transfert (Delpeuch, 2009) d’une initiative étrangère en Bretagne. J’ai mené une étude de cas sur l’expérimentation bretonne des CJS, en m’entretenant avec des personnes à ce sujet en France et au Québec. Ma deuxième étude de cas porte sur une junior association, créée en 2010 à Rennes. J’ai procédé par entretiens avec les jeunes créateurs de l’association et des adultes qui les ont soutenus.
Les analyses reposent sur une comparaison transnationale (Hassenteufel, 2005) entre la CJS rennaise et le système mis en place au Québec. Une comparaison locale de la junior association et de la CJS rennaise complète cet écrit, qui documente ainsi la mise en place de dispositifs associatifs encourageant les adolescents à s’engager bénévolement dans des logiques très proches du travail. Ces expériences correspondent aussi à des espaces de créations collectives et de construction de rapports aux communautés, éléments faiblement pris en compte par les acteurs institutionnels. Globalement, j’ai montré que le programme des CJS est très systématisé et implique un nombre conséquent d’acteurs. Ceci permet d’expliquer le développement rapide de cette initiative en France et sa mobilisation forte par les structures locales. Enfin, le travail plus spécifique sur le processus du transfert des CJS en Bretagne a permis de mettre en avant la reprise de la pédagogie du programme québécois et les fortes difficultés à diffuser le paradigme communautaire en France
Modélisation et simulation de l’émergence décisionnelle en politiques publiques en tant que système complexe : développement d’un modèle de diagnostic décisionnel basé sur des techniques de l’intelligence artificielle
La présente thèse, qui vise à explorer l’environnement micro ou sous-systémique du processus décisionnel en politiques publiques, s’inscrit au carrefour de l’analyse décisionnelle, des systèmes complexes, de la modélisation et simulation, et de techniques de l’intelligence artificielle, en particulier la logique floue. Cette démarche multidisciplinaire constitue la colonne vertébrale de ce projet de recherche, marquant ainsi une transition paradigmatique et méthodologique importante. L’analyse décisionnelle a en effet engendré plusieurs approches ayant pour objectifs d’expliquer la prise de décision et d’interpréter les actions des États et des pouvoirs publics. Ces approches concernent toutefois des analyses systémiques au niveau global – ou macro − du processus décisionnel. Par contre, le niveau micro du processus demeure jusqu’ici inexploré par ces approches analytiques classiques, faute d’outils appropriés. Ce niveau est pourtant l’environnement fondamental à l’origine même de l’émergence décisionnelle, un environnement animé par plusieurs facteurs et dynamiques composites qui lui confèrent les caractéristiques d’un système complexe. De tels systèmes exigent des techniques et des outils adéquats, comme la modélisation et simulation. Toutefois, la modélisation requiert l’identification des entités qui composent le système et de leurs dynamique, et la simulation une technique et une plateforme informatique appropriée. De plus, ce système complexe doit reposer sur une articulation avec le champ des politiques publiques. Ce travail de recherche consiste à développer un nouvel outil de modélisation et de simulation de l’environnement micro du processus décisionnel en tant que système complexe. Cet outil est une innovation qui s’appuie sur plusieurs théories et techniques. Il propose de faire bénéficier les champs de l’administration et des politiques publiques des apports et des développements issus de l’intégration de disciplines à première vue lointaines, mais pourtant complémentaires