Alternative francophone (Journal)
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Déserts noirs : du confinement à l’éclatement.
Review of Déserts noirs, Anna Migdal, Paris : L’Harmattan, 2021, 94 p.Compte rendu de Déserts noirs, Anna Migdal, Paris : L’Harmattan, 2021, 94 p
L\u27 enseignement des réalités coloniales dans le roman de jeunesse Rêves amers
Maryse Condé’s youth novel Rêves amers appeared for the first time in the magazine Je bouquine in 1987 before being taken up by the Bayard youth editions in 2001. Dealing with the tragic experience of migration, it highlights the recurrent reality of social slavery (Mbembe 2013). « The French-language novel from the Antilles also brings about a considerable change in the nature of human beings. The men and women who are its heroes do not belong to a well-defined category. They undermine the concept of race. They are the result of various influences. They carry multiple bloods within them and are often half-breeds, sensitive to the color of their skin which conditions the quality of their existence » recently confided Maryse Condé in an interview conducted by Roger Célestin (153). This work, which was published in its initial form shortly before Crossing the mangrove, treats Haiti and the Caribbean as spaces of revolt against the historical curse of brutal reports of colonization (Carruggi). If the novel Rêves amers has had a certain reception within the framework of children’s literarure and pedagogy, it remains relatively neglected in academic literary studies. However, the reference to Haiti is central with the advent of the first independent Black Republic in the New World. The hypothesis here is that Maryse Condé has proposed a didactic book intended to train the yonger generations to question what is taught from a postcolonial perspective. The content, themes and style of this book served as the basis for the series of novels that followed. Our study will focus on the analysis of the relationship between death and dreaming to identify a fundamental position on how to account for socio-historical relationships resulting from colonialism. In this context, Haiti remains the promise of an unfinished emancipation which is taught to the younger generations. These works seem neglected by the critics perhaps because their didactic style is much clearer.Le roman de jeunesse Rêves amers de Maryse Condé est paru pour la première fois dans le magazine Je bouquine en 1987 avant d’être repris par les éditions Bayard jeunesse en 2001. Portant sur l’expérience tragique de la migration, il s’attache à mettre en évidence la pérennité de l’esclavage social (Mbembe 2013). « Le roman francophone des Antilles apporte aussi un changement considérable dans la nature des êtres humains. Les hommes et les femmes qui en sont les héros n’appartiennent pas à une catégorie bien définie. Ils mettent à mal le concept de race. Ils sont le résultat d’influences diverses. Ils portent en eux des sangs multiples et sont souvent des métis, sensibles à la couleur de leur peau qui conditionne la qualité de leur existence » confiait récemment Maryse Condé dans un entretien mené par Roger Célestin (153). Cet ouvrage, qui était dans sa forme initiale paru peu de temps avant Traversée de la mangrove, traite d’Haïti et de la Caraïbe comme des espaces de révolte par rapport à la malédiction historique des rapports brutaux de la colonisation (Carruggi). Si le roman Rêves amers a eu une certaine réception dans le cadre de la littérature jeunesse et de la pédagogie, il reste relativement négligé des études littéraires universitaires. Pourtant, la référence à Haïti est centrale avec l’avènement de la première République noire indépendante du Nouveau Monde. Notre hypothèse est que Maryse Condé a proposé un ouvrage didactique destiné à former les jeunes générations pour qu’elles réinterrogent ce qui est enseigné dans une optique postcoloniale. Le contenu, les thèmes et le style de cet ouvrage lui ont servi de matrice pour la série de romans qui ont suivi. Notre étude portera sur l’analyse de la relation entre la mort et le rêve pour dégager un positionnement fondamental sur la manière de rendre compte de relations socio-historiques issues du colonialisme. Dans ce cadre, Haïti demeure la promesse d’une émancipation inachevée qui est enseignée aux jeunes générations. Ces œuvres semblent négligées par la critique peut-être parce que leur facture didactique est beaucoup plus nette
Des vies sans fards : la représentation des femmes dans la littérature de jeunesse de Maryse Condé
This article proposes a study of the representation of female characters and gender domination in three novels for children by Maryse Condé: Rêves amers (a reprint of Haïti chérie), Savannah Blues and La Belle et la Bête, a Guadeloupean version. The analysis of characters common to her novels for young people and adults seems to show that Maryse Condé\u27s children\u27s literature seeks a priori to water down or pass under silence certain sexual violence by making surprising modifications and deletions. But this apparent self-censorship should not hide the very powerful re-reading and the audacious questioning of some feminine archetypes in her novels for young readers. Between failing mothers and stepmothers reproducing the oppression of race and class on their servants, these fictions shake up stereotypes, especially around motherhood and the figure of the potomitan or the West Indian mother-courage. Maryse Condé also questions the colonial and patriarchal imaginary attached to the figure of the "beautiful mulattress" or the "beauty of the islands".Cet article propose une étude de la représentation des personnages féminins et de la domination de genre dans trois romans pour la jeunesse de Maryse Condé : Rêves amers (réédition de Haïti chérie), Savannah Blues et La Belle et la Bête, une version guadeloupéenne. L’analyse de personnages communs à ses romans pour la jeunesse et pour les adultes semble montrer que la littérature enfantine de Maryse Condé cherche a priori à édulcorer ou passer sous silence certaines violences sexuelles en opérant des modifications et des suppressions surprenantes. Mais cette apparente auto-censure ne doit pas masquer la très puissante relecture et la remise en question audacieuse de quelques archétypes féminins dans ses romans pour jeune public. Entre mères défaillantes et marâtres reproduisant les oppressions de race et de classe sur leurs domestiques, ces fictions bousculent les stéréotypes, en particulier autour de la maternité et de la figure de la potomitan ou la mère-courage antillaise. Maryse Condé questionne aussi l’imaginaire colonial et patriarcal attaché à la figure de la « belle mulâtresse » ou la « beauté des îles »
Rêves amers et Conte cruel : les jeunes migrants de Maryse Condé
Of the seven children\u27s texts written by Maryse Condé, four focus on migration, a complicated, harsh, and frequent human movement that affects many of the world\u27s children. In Bitter Dreams and Cruel Tale, Condé introduces us to two characters, a 13-year-old girl and a 14-year-old boy, who are robbed of their childhoods due to financial challenges and family pressures. In Bitter Dreams, Rose-Aimée leaves her homeland due to a prolonged drought to find a job. Although she hopes to attend school and work at the same time, she ends up being exploited. In Conte cruel, Tafa is responsible for the family of her brother, who has gone into exile in Dubai for a similar reason to Rose-Aimée. The latter giving no sign of life, Tafa goes in search of him. Even though he has received the gift of a sacred cow that allows him to produce pearls while crying, Tafa does not escape several difficulties during his journey. This study proposes to highlight the convergences between these two texts by Condé in order to understand the message she wants to convey to children about migration. This work will examine the aesthetic form and the sociocritical approach adopted by Condé to get closer to the child\u27s imagination.Des sept textes de jeunesse écrits par Maryse Condé, quatre portent sur la migration, un mouvement humain compliqué, dur et fréquent qui touche à beaucoup d’enfants du monde. Dans Rêves amers et Conte cruel, Condé nous introduit à deux personnages, une fille de 13 ans et un garçon de 14 ans, qui sont déchus de leur enfance à cause de défis financiers et de pressions familiales. Dans Rêves amers, Rose-Aimée quitte sa terre natale en raison d’une sècheresse prolongée pour se trouver un emploi. Bien qu’elle espère fréquenter une école et travailler en même temps, elle finit par être victime d’exploitation. Dans Conte cruel, Tafa est responsable de la famille de son frère, qui s’est exilé à Dubaï pour une raison similaire à celle de Rose-Aimée. Ce dernier ne donnant aucun signe de vie, Tafa part à sa recherche. Même s’il a reçu le don d’une vache sacrée qui lui permet de produire des perles en pleurant, Tafa n’échappe pas à plusieurs difficultés pendant son voyage. Cette étude propose de faire ressortir les convergences entre ces deux textes de Condé pour comprendre le message qu’elle veut transmettre aux enfants sur la migration. Ce travail examinera la forme esthétique et l’approche sociocritique adoptées par Condé pour se rapprocher de l’imaginaire de l’enfant
Les œuvres mineures Maryse Condé : théâtre, textes pour la jeunesse et essais: Introduction
This issue was created in response to the relative lack of attention accorded to the "minor" works of Maryse Condé. The contributors have discussed especially the works of Condé written for young readers and her works for the theatre. They have demonstrated not only the richness and diversity that these works bring to our understanding the Condé\u27s discourse, but also the problems and concerns underlying the particular way in which Condé conceives of her role as a Francophone writer in the postcolonial world.La production de ce numéro a été motivée par le peu d\u27attention accordé aux oeuvres "mineures" de Maryse Condé. Les contributeurs se sont penchés notamment sur les ouvrages de Condé destinés à la jeunesse ainsi qu\u27à ses pièces de théâtre. Ils ont fait ressortir non seulement la richesse et diversité que ces ouvrages apportent à l\u27ensemble du discours condéen, mais aussi les problèmes et préoccupations qui sous-tendent la façon particulière dont Condé a conçu son rôle d\u27écrivaine francophone dans un contexte postcolonial. 
Bande dessinée d’aujourd’hui pour auteurs d’hier, quand la BD devient un outil de construction du patrimoine littéraire
This article focuses on the analysis of a project based on the enhancement of the literary heritage using the Ninth Art authors’ work, which was ordered by the cultural agency ALCA (Agence Livre, Cinéma et Audiovisuel) in the Nouvelle Aquitaine Region. This project keeps working on enhancing strategies of the written heritage, which were developed by local libraries, by ALCA, DRAC (Nouvelle Aquitaine Management of cultural matters) and BNF (France National Library), and also aims at reflecting on discourses and narratives about the written heritage and more specifically about the literary one. Indeed, in a communication approach (Davallon, 2006), we can consider that heritage publicizing implies the transmission of an interpretative scheme (age, fragility, representativeness, etc) which allows everyone to acknowledge this specific object as part of a legacy. Consequently, we should question the representations conveyed by these comic strips; in other words, we should monitor the alterations of this “cultural being” (Jeanneret, 2014) that is to say : the literary heritage. In fine, we will ask ourselves to what extent this action can have an impact on the patrimonialising process of literature in a specific territory.Cet article se concentre sur l’analyse d’un projet de valorisation du patrimoine littéraire faisant appel à des auteur.e.s du 9e art et mis en place par l’agence culturelle ALCA (Agence Livre, Cinéma et Audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine). Si ce projet s’inscrit dans la continuité des stratégies de valorisation du patrimoine écrit développées, avec les bibliothèques du territoire, par ALCA, la Drac Nouvelle-Aquitaine et la Bibliothèque nationale de France (BnF), il s’agit de s’interroger sur les discours et récits qui sont proposés autour du patrimoine écrit et plus exactement autour du patrimoine littéraire. Si l’on considère en effet, dans une approche communicationnelle (Davallon, 2006), que la publicisation du patrimoine suppose la transmission d’un schème interprétatif (l’ancienneté, la fragilité, la représentativité, etc.) qui permet à chacun de reconnaître cet objet particulier comme relevant du patrimoine, alors il convient de s’interroger sur les représentations véhiculées par ces bandes dessinées, autrement dit de suivre les altérations de cet « être culturel » (Jeanneret, 2014) que représente le patrimoine littéraire. In fine, on réfléchira à la manière dont cette action peut agir dans le processus de patrimonialisation du littéraire à l’échelle d’un territoire particulier
La postcolonie, la résistance et la subjectivité : Mort d’Oluwémi d’Ajumako et Dieu nous l’a donné de Maryse Condé
While in Mort d’Oluwémi d’Ajumako, Ajumako rules his people with tyranny and refuses to cooperate with the new political regime, Dieudonné wishes in Dieu nous l’a donné to tackle the colonial system and its consequences but is unable to rally his people to his revolutionary ideas. These two plays by Maryse Condé enable us to unravel not only two methods of resistance in response to the colonial historical phenomenon but more importantly the heterogenous resistance among colonized subjects. Drawing on Hamid Dabashi’s theoretical reflection, this article examines the epistemological and socio-discursive strategies employed by colonized subjects to construct their individual and collective identities and the possibility of overcoming the tendency to limit postcolonial identity to the polarity between the colonizer and the colonized.Si dans Mort d’Oluwémi d’Ajumako, Oluwémi dirige son peuple d’une main d’airain et refuse de jouer au jeu de l’administration politique en place, Dieudonné désire dans Dieu nous l’a donné en découdre avec le système colonial et ses conséquences mais n’arrive pas à joindre son peuple à ses idées révolutionnaires. Ces deux pièces de théâtre de Maryse Condé permettent de toucher non uniquement à deux modes de résistance et de gestion du fait historique colonial mais surtout à une résistance hétérogène au sein des sujets colonisés. Cet article examine les stratégies épistémologiques et socio-discursives employées par les sujets colonisés pour construire leurs identités individuelle et collective ainsi que la possibilité de dépasser, en s’appuyant sur la réflexion théorique de Hamid Dabashi, les tendances à restreindre l’identité postcoloniale à la polarité colonisateur et colonisé.
 
BD empathique: Désapplatir la connaissance grâce à la recherche (auto)graphique
The 2015 publication of Nick Sousanis’s graphic dissertation, Unflattening, opened doors for artist-scholars who challenge conventional research methodologies by producing graphic dissertations, graphic research, and comics-based publications in academic, scientific, and medical journals. Unflattening came out one year after I began a PhD program in cultural studies at the University of California, Davis, with a proposed graphic dissertation of my own. In this essay, I will discuss how my intended project, a graphic narrative about my maternal grandmother and her experiences of the Second World War in Germany, became a graphic memoir—an intersectional feminist Bildungsroman that explores themes of transgenerational memory, displacement, and childhood sexual abuse. As an astute scholar in my cohort put it, “You’ve found a new way of ‘doing’ psychology and history.” How is the very particular kind of subjectivity, a seeing from the ground up, or from a “snail’s eye view,” engendered by the comics form, useful for contemporary decolonial scholarship? In addition to writing about my graphic memoir, Queen of Snails (forthcoming by Graphic Mundi, an imprint of Penn State University Press in 2022), I will interview Kay Sohini, a PhD candidate at Stonybrook, about Unbelonging, her graphic dissertation in progress, Helen Blejerman (Lulu La Sensationelle, Presque Lune Editions, 2014), and Sarah Lightman (Book of Sarah, Myriad Press and Penn State University Press, 2021). How has the process of creating their graphic narratives changed their approaches to research? What have they learned by employing drawing and writing in crafting works that include autobiographical elements? How might some of these processes be useful to scholars seeking to unpack intersectional issues of transgenerational trauma, misogyny, and racism?La publication en 2015 de la thèse graphique de Nick Sousanis, Unflattening, a ouvert des portes aux artistes-chercheurs qui défient les méthodologies de recherche conventionnelles en produisant des thèses graphiques, des recherches graphiques et des publications basées sur la bande dessinée dans des revues universitaires, scientifiques et médicales. Unflattening a été publié un an après que j\u27ai commencé un programme de doctorat en études culturelles à l\u27Université de Californie, à Davis, avec un projet de thèse graphique de mon cru. Dans cet essai, je vais expliquer comment mon projet, un récit graphique sur ma grand-mère maternelle et son expérience de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, est devenu un mémoire graphique - un Bildungsroman féministe intersectionnel qui explore les thèmes de la mémoire transgénérationnelle, du déplacement et des abus sexuels pendant l\u27enfance. Comme l\u27a dit un universitaire avisé de ma cohorte, "vous avez trouvé une nouvelle façon de "faire" de la psychologie et de l\u27histoire". En quoi le type de subjectivité très particulier, une vision à partir de la base ou d\u27une "vue d\u27escargot", engendré par la forme de la bande dessinée, est-il utile à la recherche décoloniale contemporaine ? En plus d\u27écrire sur mes mémoires graphiques, Queen of Snails (à paraître chez Graphic Mundi, un label de Penn State University Press en 2022), j\u27interrogerai Kay Sohini, candidate au doctorat à Stonybrook, sur Unbelonging, sa thèse graphique en cours, Helen Blejerman (Lulu La Sensationelle, Presque Lune Editions, 2014) et Sarah Lightman (Book of Sarah, Myriad Press et Penn State University Press, 2021). Comment le processus de création de leurs récits graphiques a-t-il modifié leur approche de la recherche ? Qu\u27ont-ils appris en utilisant le dessin et l\u27écriture pour créer des œuvres comportant des éléments autobiographiques ? Comment certains de ces processus pourraient-ils être utiles aux chercheurs qui cherchent à décortiquer les questions intersectionnelles de traumatisme transgénérationnel, de misogynie et de racisme
Applatir et désapplatir : Réflexions philosophiques sur les images dans les BD scientifiques
In my paper I undertake basic research on comics and knowledge transfer by comparing scientific comics with other forms of visualization in (the history of) science. In doing so, I elaborate the central characteristics of comics in reference to current research, and relate them to philosophical theories of images by arguing that the specific materiality of the images in general, and in comics in particular, has received too little attention so far. The central thesis is that materiality is decisive for images not only to illustrate scientific theories but to become knowledge-generating media themselves. Dans mon article, j\u27entreprends une recherche fondamentale sur la bande dessinée et le transfert de connaissances en comparant la bande dessinée scientifique à d\u27autres formes de visualisation dans (l\u27histoire de) la science. Ce faisant, je développe les caractéristiques centrales de la bande dessinée en référence à la recherche actuelle, et je les relie aux théories philosophiques de l\u27image en soutenant que la matérialité spécifique des images en général, et dans la bande dessinée en particulier, a reçu peu d\u27attention jusqu\u27à présent. La thèse centrale est que la matérialité est décisive pour que les images n\u27illustrent pas seulement les théories scientifiques mais deviennent elles-mêmes des médias générateurs de connaissances
Maryse Condé, autrice de littérature jeunesse
The article proposes to study Maryse Condé\u27s youth literature and to show how they relate to the rest of her work. While she uses various literary genres - rewriting traditional tales, life stories, and historical novels - her concern remains the same: to tell the life of the West Indies, to evoke Africa, to educate about slavery.L’article se propose d’étudier les œuvres pour la jeunesse de Maryse Condé et de montrer comment ces dernières s’articulent avec le reste de son œuvre. Alors qu’elle a cours à des genres littéraires divers – réécriture de conte traditionnel, récit de vie, roman historique – le souci reste le même : raconter la vie des Antilles, évoquer l’Afrique, instruire sur l’esclavage