Alternative francophone (Journal)
Not a member yet
260 research outputs found
Sort by
Une langue pour les dire: Enseigner les littératures autochtones dans un contexte d\u27enseignement exclusivement francophone
This article reflects on the linguistic borders imposed by colonial languages on the teaching of indigenous literatures in the context of French-speaking CEGEPs. If a disparity emerges from these borders, this is because indigenous literatures have been studied for more than forty years in English-speaking universities across Turtle Island — now called North America. However, they have been studied in the French-speaking world, in so-called Quebec, for only around fifteen years. The rather recent arrival of this new field of literary study in the CEGEP environment leads us to examine the theoretical, methodological, and institutional obstacles that professors wishing to teach, in French, indigenous literatures may encounter. It will be proposed, here, to reflect on the issues linked to the knowledge of indigenous literatures that teachers acquired during their academic education. Then, the paper will address the question of access to fundamental works on indigenous literatures written in English. Finally, based on a real-world scenario, will be discussed possible ways of integrating these literatures in institutions that remain deeply Eurocentric.Cet article propose une réflexion sur les effets des frontières linguistiques imposées par les langues coloniales anglaises et françaises en ce qui a trait à l’enseignement des littératures autochtones dans le contexte des cégeps francophones. Si une disparité émerge de ces frontières, c’est que les littératures autochtones sont étudiées dans les milieux universitaires anglophones depuis plus d’une quarantaine d’années à travers l’Ile de la Tortue — l’actuelle Amérique du Nord. Or, ce n’est que depuis une quinzaine d’années qu’elles le sont dans le milieu francophone sur le territoire dit québécois. L’arrivée plutôt récente de ce nouveau champ d’étude littéraire dans le milieu collégial amène à se pencher sur les obstacles théoriques, méthodologiques et institutionnels que peuvent rencontrer les professeur·e·s désirant enseigner, en français, les littératures autochtones. Il sera ici proposé de réfléchir aux questions liées tout d’abord à la formation des professeur·e·s de cégep en ce qui a trait à leurs connaissances au sujet des littératures autochtones acquises pendant leur parcours scolaire. Ensuite, la réflexion se poursuivra sur la question de l’accès à des œuvres fondamentales des littératures autochtones écrites en anglais. Enfin, à partir d’un cas de figure concret, il sera proposé de voir comment intégrer ces littératures dans des institutions jusqu’à présent foncièrement eurocentrées
Ce que les littératures autochtones ont à voir avec la décolonisation: Extraits tirés de A Really Good Brown Girl (1996) et de The Pemmican Eaters (2015) de Marilyn Dumont
This article explores selected poems from Dumont’s A Really Good Brown Girl and The Pemmican Eaters as critical works that address dual aspects of Indigenous decolonization struggles. While the poems from A Really Good Brown Girl adopt the language/poetics of resistance to critique cultural and linguistic discrimination, The Pemmican Eaters focuses on reclaiming and regenerating the author’s Indigenous identity. One of the strategies common to the poems is the repositioning of former derogatory terms to reclaim the Indigenous affirming meanings and histories of these words. By representing these words and memories through a Cree Métis perspective, Dumont subverts popular colonial myths and shows the truth about settler-colonization to the colonizer. Dumont’s poems offer a strong and direct critique of settler-colonization as well as the colonizer’s attempts to control Indigenous bodies and worldviews. And by so doing, they demonstrate the connections between literary activism and ongoing Indigenous journeys to sovereignty.Cet article explore une sélection de poèmes de A Really Good Brown Girl et The Pemmican Eaters de Dumont en tant qu’œuvres critiques qui abordent deux aspects des luttes de décolonisation autochtones. Alors que les poèmes de A Really Good Brown Girl adoptent le langage/poétique de la résistance pour critiquer la discrimination culturelle et linguistique, The Pemmican se concentre sur la récupération et la régénération de l’identité autochtone de l’auteur. L’une des stratégies communes aux poèmes est le repositionnement d’anciens termes péjoratifs pour récupérer les significations et les histoires autochtones affirmatives de ces mots. En représentant ces mots et ces souvenirs à travers une perspective métisse crie, Dumont renverse les mythes coloniaux populaires et montre au colonisateur la vérité sur la colonisation par les colons. Les poèmes de Dumont offrent une critique forte et directe de la colonisation ainsi que des tentatives du colonisateur de contrôler les corps et les visions du monde autochtones. Et ce faisant, ils démontrent les liens entre l’activisme littéraire et les efforts continus des Autochtones vers la souveraineté
Enjeux de la vulnérabilité et du care dans Halfbreed de Maria Campbell
In 2021, Halfbreed (Sudbury, Prise de parole) by Maria Campbell, an essential autobiographical text in Canadian Indigenous literatures, initially published in English in 1973, was released in French translation for the first time. Drawing on non-Indigenous feminist theories of the ethics of care, this article analyzes vulnerability in a subversive way. It makes the hypothesis that paying attention to Métis personal stories allows us to deconstruct hierarchical relationships imposed by colonialism and to understand the role of storytelling in the restitution of Indigenous knowledge.En 2021, paraît pour la première fois en traduction française Halfbreed (Sudbury, Prise de parole) de Maria Campbell, un texte autobiographique primordial dans les littératures autochtones du Canada, initialement publié en anglais en 1973. À partir de théories féministes non-autochtones de l’éthique du care, cet article analyse les enjeux de la vulnérabilité de manière subversive. Il fait l’hypothèse que prêter attention aux histoires personnelles des Métis permet de déconstruire les rapports hiérarchiques imposés par le colonialisme et de comprendre le rôle de l’art de raconter dans la restitution des savoirs autochtones
Black-Label et une flèche pour un pays à l’encan : marronnages et écopoésies chez Léon Gontran Damas et Elie Stephenson
To "marronner" poetic texts to identify the different weavings and vanishing lines offered by these same works, this article attempts to explore through two Guyanese authors, Leon-Gontran Damas and Ellie Stephenson. On the one hand, Damas\u27s Black Label, where the "imaginary of entanglement" proposed by Sandrine Bédouret-Larraburu and David Bérouret unfolds, and on the other, Ellie Stephenson, in her poetic work Une flèche pour le pays à l\u27encan. Bringing these works into dialogue with one another is part of the desire to forge intentional geographies of marronnage, to inscribe them in the "dynamics of lyannaj" proposed by Dénètem Touam Bona through the question formulated by Gramsci: "What to do, how to fight back, how to create alliances in the face of the fragmentation of subaltern forces brought about by all hegemony? In this way, we\u27ll have to design this reflection around the shifting, contested territory of these brown works, according to the ever-renewed imaginary frontiers of exile and the quest for self.Faire « marronner » des textes poétiques pour y relever les différents tissages et lignes de fuite qu’offrent ces mêmes œuvres : Voici ce que tente d’explorer cet article à travers deux auteurs guyanais, Leon-Gontran Damas et Ellie Stephenson. D’un côté, Black Label de Damas, où se déploie cet « imaginaire de l’enchevêtrement » proposé par Sandrine Bédouret-Larraburu et David Bérouret et de l’autre, Ellie Stephenson, dans son œuvre poétique Une flèche pour le pays à l’encan. Faire dialoguer ces œuvres entre elles participe du désir de forger des géographies intentionnelles de marronnage, d’inscrire celles-ci dans cette « dynamique de lyannaj » que nous propose Dénètem Touam Bona à travers cette question, formulée par Gramsci : « Que faire, comment riposter, comment créer des alliances face à la fragmentation de forces subalternes qu’opère toute hégémonie ? ». Il nous faudra ainsi concevoir cette réflexion autour du territoire mouvant et contestataire de ces œuvres marron, selon les frontières imaginaires toujours renouvelées de l’exil et de la quête de soi
Pour en finir avec la contre-culture settler : place à la contre-culture autochtone
To this day, counterculture has mostly been studied from an occidental and colonialist perspective, without recognizing its cultural appropriation, whether it be the numerous superficial borrowings from oriental spiritualities (Roszak 1995 [1969]) or the artificial adoption of Indigenous lifestyles, wrongly qualified as a "return to the nature" (Deloria 2013). Counterculture in its true meaning challenges the oppressive structures of life (le Blanc 2014) and is intrinsically linked to Indigenous voices from the 1970s and 1980s. According to Emma LaRocque (Cree/Métis), since Indigenous literatures were not possible as a collective form of expression before the 1970s (2010: 19), Indigenous writings constitute the history of a strategic contestation. Furthermore, dissenting literature is the literary canon in Indigenous literatures (LaRocque 2010: 25). The colonialist devaluation provoked a countercultural response, an Indigenous counter-discourse that calls for a review of eurocentric knowledges (LaRocque 2010: 70 and 108). Through this contribution, I aim to deconstruct settler counterculture, and to provide an outline of what Indigenous literary countercultures are. À ce jour, on a surtout étudié la contre-culture d’un point de vue occidentalocentriste et colonialiste, et ce sans reconnaître l’appropriation culturelle qui la caractérise pourtant, qu’il s’agisse des nombreux emprunts superficiels aux spiritualités orientales (Roszak 1995 [1969]) ou encore de l’adoption artificielle de modes de vie autochtones, que l’on a qualifiée, à tort, de « retour à la nature » (Deloria 2013). La contre-culture, dans sa signification véritable de remise en question des structures oppressives de la vie (le Blanc 2014), est intrinsèquement liée aux prises de parole autochtones des années 1970 et 1980. Pour Emma LaRocque (Crie/Métisse), puisque les littératures autochtones, en tant que forme d’expression collective, n’étaient pas possibles avant les années 1970 (2010 : 19), les écritures autochtones seraient l’histoire d’une contestation stratégique (2010 : 24). Plus encore, la littérature contestataire serait le canon des littératures autochtones (LaRocque 2010 : 25). C’est la dévalorisation colonialiste des cultures autochtones qui a généré une réponse contre-culturelle, un contre-discours autochtone qui, porté par la colère et la polémique, invite à une révision de plusieurs sources de savoir eurocentrées (LaRocque 2010 : 70 et 108). Avec cette contribution, j’espère parvenir à déconstruire la contre-culture settler et à esquisser les contours de ce que sont les contre-cultures littéraires autochtones.
 
Introduction : le temps de l’anthologie mondiale de langue française
Introduction to the special issue.Introduction au numéro spécial
Modéliser des pratiques langagières pour la classe de FLE: apports de l’analyse du discours et des théories de l’action
Learning the use of a language requires not only the identification of this use but also the didactic modeling of it: it is a question of carefully distinguishing what the expert user (having to perform authentic actions ) of what the learner does in a learning process (having to develop the ability to master a didactic variant of the original action). The transition from the reference usage situation to the learning situation involves a process of complex didactic contextualization that can be conceptualized as organized around the following phases: identification of language practices applying for teaching / description of these practices in their situational and linguistic dimensions /Design of learning situations reproducing the main aspects of situations of use and fulfilling, depending on the circumstances, a learning function (acquisition of new learning) a training function for the integration of acquired or an evaluation function of the level of development of the skills worked. We will approach the notion of didactic contextualization in language as a process breaking with an exclusively coding vision of language in favor of a broader vision, considering verbal activity in its relationship with the action situation that produces it.Faire apprendre l’usage d’une langue nécessite non seulement le repérage de cet usage mais aussi la modélisation didactique de celui-ci: il s’agit de distinguer soigneusement ce que fait l’usager expert (ayant à accomplir des actions authentiques) de ce que fait l’apprenant dans un processus d’apprentissage (ayant à développer la capacité à maîtriser une variante didactique de l’action d’origine). Le passage de la situation d’usage de référence à la situation d’apprentissage implique un processus de contextualisation didactique complexe que l’on peut conceptualiser comme organisé autour de trois phases principales: repérage des pratiques langagières postulant à l’enseignement / description de ces pratiques dans leurs dimensions situationnelle et linguistique /Conception de situations d’apprentissage reproduisant les aspects principaux des situations d’usage et remplissant, selon les circonstances, une fonction d’apprentissage de nouveaux acquis, une fonction d’entrainement à l’intégration de ces acquis ou une fonction d’évaluation du niveau de développement des compétences travaillées. L’on abordera la notion de contextualisation didactique en langue comme processus rompant avec une vision exclusivement codique du langage au profit d’une vision élargie, envisageant l’activité verbale dans son rapport avec la situation d’action qui la produit.
 
La nouvelle somme de poésie du monde noir : « Signe que la Négritude continue ? »
In 1966, during the World Festival of Black Arts in Dakar, the journal Présence Africaine published its 57th issue, which brought together 144 poets and 393 poems. A collective work, the Nouvelle somme de poésie du monde noir is a multilingual anthology, gathering poems written in five different languages (French, English, Portuguese, Spanish and Dutch). The author recaptures the intentions of the anthologists (Léon-Gontran Damas, Lamine Diakhaté, Abiola Irele and Virgílio de Lemos) and their conceptions of the "poetry of the Black world" from the accompanying apparatus and the organization of the New Sum. There is a desire to give substance to both a literature ("the poetry of the black world"), and an imagined community ("the black world"). It then indicates the stakes underlying the project to gather the poetry of a new generation of writers on the occasion of the World Festival of Black Arts and the attempt led by Damas to affiliate the new generation of poets to the Négritude.En 1966, à l’occasion du Festival mondial des arts nègres de Dakar, la revue Présence Africaine publie son 57e numéro qui rassemble 144 poètes et 393 poèmes. Ouvrage collectif, la Nouvelle somme de poésie du monde noir est une anthologie plurilingue, rassemblant des poèmes écrits dans cinq langues différentes (français, anglais, portugais, espagnol et néerlandais). L’auteur ressaisit les intentions des anthologistes (Léon-Gontran Damas, Lamine Diakhaté, Abiola Irele et Virgílio de Lemos) et leurs conceptions de la « poésie du monde noir » à partir de l’appareil d’accompagnement et de l’organisation de la Nouvelle somme. Se manifeste une volonté de donner corps tant à une littérature (« la poésie du monde noir »), qu’à une communauté imaginée (« le monde noir »). Il indique ensuite les enjeux sous-jacents au projet de rassembler la poésie d’une nouvelle génération d’écrivains à l’occasion du Festival mondial des arts nègres et la tentative menée par Damas d’affilier la nouvelle génération de poètes à la Négritude
Anthologie de littérature mondiale en français et littératures africaines : quelques réflexions à partir du Livre du Pays noir. Anthologie de littérature africaine (1927) de Roland Lebel
The elaboration of a world anthology of African literatures represents, in my opinion, an opportune moment to revisit African literary history in order to refocus and rethink it in its relations with the framework in which it was constituted on the African continent. Roland Lebel\u27s anthology Le Livre du pays noir (1927), subsequently republished in Roger Little\u27s collection (L\u27Harmattan, Autrement mêmes) represents, in this respect, a milestone. For, beyond its colonial bias, it points to the complexity of the African canon formed at the intersection of extra-national, even transnational, literary practices.
The essay proceeds in a three-step study. It opens with a cross-reading of colonization and globalization, crucial turning points in literary denationalization; then, based on a reading of a series of colonial and postcolonial anthologies, it identifies the changes and transformations in the idea of African literature; and finally, it closes with an investigation of what literary critics say about the relationship between these two literary poles. The importance of taking into account the historical process of the elaboration of world literature when conceiving a world anthologization of African literatures will thus be understood.L’élaboration d’une anthologie mondiale des littératures africaines représente, à mon sens, une conjoncture opportune pour revisiter l’histoire littéraire africaine pour la recentrer et la repenser dans ses relations avec le cadre dans lequel elle s’est constituée dans le continent africain. L’anthologie de Roland Lebel Le Livre du pays noir (1927), rééditée ensuite dans la collection de Roger Little (L’Harmattan, Autrement mêmes) représente, à cet égard, un jalon. Car, au-delà de son parti-pris colonial, il pointe la complexité du canon africain formé à l’intersection des pratiques littéraires extranationales, voire transnationales.
L’essai procède en étude en trois temps. Il ouvre avec une lecture croisée de la colonisation et de la mondialisation, tournants cruciaux de la dénationalisation littéraire ; et cerne ensuite, à partir d’une lecture d’une série d’anthologies coloniales et postcoloniales, les évolutions et les transformations de l’idée que l’on se faisait de la littérature africaine ; pour clore, enfin, sur une enquête sur ce que disent les critiques littéraires des relations entre ces deux pôles littéraires. On aura saisi ainsi l’importance de la prise en compte du processus historique de l’élaboration de la littérature monde dès lors qu’il s’agit de concevoir une anthologisation mondiale des littératures africaines
Le Parlement des écrivaines francophones et son anthologie : discours et positionnements
The Parliament of Francophone Women Writers was born in 2018 in Orleans under the impetus of Tunisian writer Fawzia Zouari. The initiative is immediately supported by the Orleans City Council and the International Organization of La Francophonie. Referring to the notion of archipelago bequeathed by Édouard Glissant, the Parliament brings together approximately one hundred and thirty members from five continents and representing twenty-four nationalities. These women have decided to take their place in the world. If they are not all professional writers, they know what they have to say. Their fight in favor of women, especially those who do not have the right to speak, makes them a Voice that deserves to be heard. The French language, which they choose as the principal means of reaching the world, is echoed by this Voice, which resonates with strength and intelligence in her anthology, Voix d\u27écrivaines francophones, the subject of this reflection.Le Parlement des écrivaines francophones naît en 2018 à Orléans sous l’impulsion de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari. L’initiative est aussitôt soutenue par la Mairie d’Orléans et l’Organisation internationale de la Francophonie.Se référant à la notion d’archipel léguée par Édouard Glissant, le Parlement réunit environcent-trentemembres venues des cinq continents et représentantvingt-quatre nationalités. Ces femmes ont décidé prendre leur place dans le monde. Si elles ne sont pas toutes des écrivaines professionnelles, elles savent cependant ce qu’elles ont à dire. Leur combat en faveur des femmes, surtout celles qui n’ont pas droit à la parole, fait d’elles cette Voix qui mérite d’être écoutée et entendue. La langue française qu’elles choisissent comme le principal moyen d’atteindre le monde se répercute par cette Voix qui résonne avec force et intelligence dans son anthologie, Voix d’écrivaines francophones, objet de la présente réflexion