Revues électroniques université Paris Ouest Nanterre La Défense
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Voix et responsabilité dans le théâtre de Gertrude Stein
-----Le problème de la voix traverse et travaille l’écriture de Gertrude Stein. Des voix multiples se donnent à entendre, des voix qui se donnent pour la Voix, voix sans visage mais non pas sans corps. La voix introduit à un régime de singularité sans identité, tout à la fois corporel et impersonnel : elle barre la possibilité de la « voix poétique » et amène à interroger cette catégorie communément retenue par la critique pour parler du poème, à formuler ses conditions mêmes de possibilité. Ce que l’écriture steinienne a de plus remarquable, au double sens d’idiosyncrasique et de reconnaissable, est pourtant inséparable de son rapport à la voix. La question de la voix et de la responsabilité sera posée à partir du corpus théâtral. Gertrude Stein rompt dans l’écriture dramatique avec le principe d’indentification de la voix : le texte n’est pas forcément porté par un acteur désigné ou nommé. Là semble résider la cause de tous les écarts d’une écriture du théâtre qui ne ressemble à rien
"A Strange, Almost Biblical Feeling": Poétique de l'anti-lecture dans The Death of Klinghoffer de John Adams et Alice Goodman
The Death of Klinghoffer (1991), John Adams’s second opera, raises highy complex questions about the nature and function of the reading process. Although based on historical fact, it is less concerned with representing events than with narrating them; the question of mimesis takes second place to an examination of the dynamics of story-telling from the point of view of the cultivated reader who turns to historical accounts, literary texts or scriptural sources in an attempt to understand current events. Hermeneutics matter less than the pragmatics of reading in an opera whic recognizes that words can be as deadly as bullets. The Death of Klinghoffer recalls a recent episode in the conflict between Israelis and Palestinians; in other words, it refers to a situation in which a consensus on appropriate ways of reading history and Scripture is urgently needed, yet in which no such agreement appears possible for now: in this troubled context, any reading is potentially a misreading, so that ambiguity prevails. While Adams and his librettist Alice Goodman perceive the aesthetic implications of this state of affairs, they are fully aware that the real problem is ethical and political. As they are unable to suggest a practical solution, they resort to parody and exaggerate the uncertainties inherent in the reading process in an attempt to make the audience understand the true extent of the problem, which is the first step towards addressing it.The Death of Klinghoffer (1991), le deuxième opéra de John Adams, pose de manière particulièrement aiguë la question de la lecture. Quoique fondé sur des faits historiques, il n’a pas pour but de représenter l’événement, mais de le raconter, et la question de la mimesis y est reléguée au second plan au profit d’une interrogation sur la mise en récit ; qui plus est, cette problématique est abordée du point du lecteur qui va chercher dans les textes les plus divers les clefs de l’actualité immédiate. Davantage que l’herméneutique, c’est la pragmatique de la lecture qui constitue l’enjeu premier de cet ouvrage où les mots blessent ou tuent non moins sûrement que les armes. The Death of Klinghoffer a pour sujet un épisode récent du conflit israélo-palestinien, autrement dit une situation où tout incite à rechercher une réponse universellement acceptable à la question de la « juste » interprétation des témoignages historiques ou des textes sacrés, mais où nul consensus n’est actuellement possible, de sorte que toute lecture est d’une certaine manière mélecture (« misreading »), confrontation avec l’incertain et l’indécidable. Si Adams et sa librettiste Alice Goodman tirent de cet état de fait des conclusions d’ordre esthétique, ils restent pleinement conscients que la vraie question est d’ordre éthique et politique. Faute de pouvoir contribuer à la résoudre, ils inventent une pratique de l’anti-lecture parodique, dans l’espoir de susciter ainsi, chez le spectateur, une prise de conscience salutaire
« To remember [...] audibly » : la voix accidentée dans Lord Jim
The paper addresses the centrality and the singularity of Conrad’s treatment of the voice in Lord Jim. A major mimetic means to individualize characters and determine spaces, its inflexions or its silence also serve to dramatize modes of discourse as shown from the contrast between the scene of justice enacted by disembodied voices and the transference scene between Marlow and Jim where the former makes himself the addressee of Jim’s silent « phrase-affect ». Throughout the novel, voices are dramatized as corporeal efforts at making sense, bearing traces of drives within the workings of the symbolic when they do not tear the fabric of the symbolic under the pressure of the affects of anguish and terror. The text explores relentlessly their imaginary powers, dramatizing split subjectivities or imaginary enthralments and resorts to voices yet again to express its historical and ethical concerns. The very power of Marlowe’s narrative is also conveyed through this issue to such an extent that the whole text seems to be sustained by a desire for the voice, to turn into a prosopopeia of the voice as lost.Il s’agit dans cet article de s’attarder sur le caractère absolument central de la voix dans toutes les problématiques du roman Lord Jim. Si elle sert une mimesis qui singularise les personnages et détermine la spécificité des lieux, ses inflexions et ses silences accompagnent également une dramaturgie des discours ainsi que le montre l’opposition entre la scène de justice, théâtre de voix disincarnées, et la scène de transfert entre Jim et Marlow dans laquelle ce dernier se fait le destinataire de la « phrase affect » silencieuse de Jim. Tout au long du roman, les voix dramatisent un corps qui lutte pour faire sens, attestant ainsi des traces de pulsions dans le frayage du symbolique quand elles ne déchirent pas le tissu du symbolique sous l’effet d’affects comme l’angoisse ou la terreur. Le texte explore sans relâche les pouvoirs imaginaires de la voix, orchestrant la faille des subjectivités ou leurs captations imaginaires et il recourt encore à elle encore pour exprimer son sens de l’histoire et de l’éthique. Le pouvoir même du récit de Marlowe tient à la dimension de la voix, à tel point que le texte tout entier semble être soutenu par un désir de voix, se transformer en une prosopopée de la voix en tant que perdue
Poétique de la voix romantique : du timbre à l’outre-sens
From Coleridge and Keats to Beckett, this paper explores the concept of « resonant listening » developed by Jean-Luc Nancy. From Geraldine’s voice haunting Christabel to the voice of the Nightingale, the voice is staged in scenes of listening where the poetic subject encounters a sense of presence beyond signification and intentionality. In the world of Beckett, on the other hand, logorrhea is the sign that the body is no longer an echo chamber of sonorous plenitude and that voice no longer resonates beyond language and beyond meaning.Ce travail propose un parcours de la voix des Romantiques à Beckett à l’aide des concepts d’écoute et de résonance tels qu’ils apparaissent dans la pensée de Jean-Luc Nancy. De la voix de Geraldine qui hante Christabel à la voix du Rossignol, la voix romantique se met en scène comme expérience poétique de la rencontre avec un outre- sens. Le murmure de la voix rejoint le bruissement du monde pour transporter le sujet de l’écoute en deçà du langage, du sens et de la signification. Chez Beckett en revanche, l’écholalie fait place à la logorrhée et l’écho n’est plus le signe d’une plénitude à atteindre. La voix ne résonne plus dans la certitude de l’outre-sens