Revues électroniques université Paris Ouest Nanterre La Défense
Not a member yet
365 research outputs found
Sort by
“I am afrege this is true”: Puzzling over ∑ Not-Percival’s Wor(l)ds
SummaryIn his latest metafictional satire, Percival Everett by Virgil Russell, Percival Everett uses the artifice of fiction-making as both a parodic illustration and a thought experiment to question the primarily epistemological value ascribed to language by such philosophers as Frege, Russell, or Husserl to name but a few. In other words, can language account for any metaphysical truth about the world and human experience, or is it a self-contained system, closed upon itself and therefore separate from any reality other than that of the speaking subject's consciousness? Drawing on various linguistic theories grounded on the metaphysical postulate of a pure logical language lying outside the empirical plane, Everett tips the balance of their semantic dualism toward sheer abstraction. The point is to suggest that nothing can be said or known about the world, undermining both notions of subjectivity and authority as “I” becomes an empty signifier, a mere algebraic sign pertaining to a non-empirical sphere of ideality. Language can only miscommunicate the subject's thoughts and emotions, a phenomenon illustrated by Everett's own playful mistranslations of a wide-ranging philosophical and fictional intertext, questioning the very possibility of intersubjectivity. In the end, do we actually live in a world of solipsistic monads gesturing at each other without being able to communicate their experience? In the context of a pseudo-biographical novel staging the fictional dialogue of a dying, and possibly already dead father with his middle-aged son, the ultimate question might prove to be less epistemological than aesthetic in fact: misreading allows for the silent expressiveness of a lyrical though theoretical prose tangentially touching upon the other's wor(l)d, opening onto a subtle reflection upon loss and mourning, an intimation of man's mortality.RésuméDans sa dernière métafiction satirique, Percival Everett by Virgil Russell, Percival Everett exploite l'artifice de la création fictionnelle à la fois comme une illustration parodique et comme une expérience de pensée pour interroger la valeur épistémologique attribuée au langage par des philosophes comme Frege, Russell ou Husserl pour n'en nommer que quelques-uns. En d'autres termes, le langage peut-il rendre compte d'une quelconque vérité métaphysique sur le monde et l'expérience humaine, ou bien s'agit-il d'un système autonome et clos sur lui-même, de fait séparé de toute autre réalité que celle de la conscience du sujet parlant ? S'inspirant de diverses théories linguistiques fondées sur le postulat métaphysique d'une pure langue logique qui se situerait en dehors du plan empirique, Everett fait pencher la balance du dualisme sémantique vers l'abstraction pure : il s'agit de suggérer que rien ne peut-être dit ou connu à propos du monde, minant dès lors la notion de subjectivité et d'autorité puisque « je » devient un signifiant vide, un simple signe algébrique qui relève de la sphère non-empirique de l'idéalité. Le langage ne peut qu'échouer à communiquer les pensées et les émotions du sujet, phénomène illustré par les métraductions pratiquées par Everett lui-même à partir d'un vaste intertexte philosophique et fictionnel, remettant en question la possibilité même de l'intersubjectivité. Au bout du compte, vivons-nous vraiment dans un monde peuplé de monades solipsistes qui s'adressent des signes sans pour autant pouvoir communiquer leur expérience ? Dans le contexte de ce roman pseudo-biographique qui met en scène le dialogue fictif d'un père mourant, et peut-être déjà mort avec son fils d'âge mûr, la question ultime est peut-être moins épistémologique qu'esthétique au bout du compte : la mélecture autorise permet le déploiement de l'expressivité muette d'une prose théorique qui n'en est pas moins lyrique, touchant tangentiellement au monde et aux mots de l'autre, ouvrant sur une réflexion subtile qui porte sur la perte et le deuil, pressentiment de la mortalité humaine
Le livre — aller-retour, et au-delà
The question of the survival or becoming of the book as an object and technology is one, today, that the rapid and irrevocable progress of the new media raises. Bound as it is, for some, to disappear, can the book still resist and claim an identity all its own? If the computer screen seems to be remediating the book page with no hope of return, is literature for all that condemned to an exclusively virtual future? This paper aims at questioning the boundary between old and new media, with a focus on the book in a context when literary habits are mutating. With what might at first sight have appeared as borderline examples taken from contemporary American fiction, the paper tries to show how new technologies may contribute to emancipating the book from certain constraints. In that regard, it may not be the book so much as the conventional use it is put through that comes to be threatened. As it more and more foregrounds its own materiality, the book thus ceases to be the neutral and invisible medium for textual practices to be instead their definitional interface. “The book” as such may very well be, then, but an abstraction, not to say a fiction which ends up collapsing on itself as soon as its status as a remainder or subsistence is asserted, turning the book-as-object into the singular space of a permanent becoming as well as coming-back.Avec l’avancée rapide et irrémédiable des nouveaux médias, se pose sans doute aujourd’hui la question de la survie ou du devenir du livre en tan tqu’objet et technologie. Voué pour certains à disparaître, le livre peut-il encore résister et affirmer une identité qui lui soit propre ? Si l’écran semble « remédiatiser » la page sans espoir de retour, la littérature est-elle pour autan tcondamnée à un avenir exclusivement « virtuel », au sens usuel du terme ? Cet article vise à interroger la frontière entre anciens et nouveaux médias à partir de l’exemple du livre dans ce contexte de mutations des pratiques littéraires. A partir d’exemples qu’on aurait pu qualifier de « limites », pris dans la littérature américaine contemporaine, il s’agit demontrer en quoi les nouvelles technologies peuvent contribuer à affranchir le livre de certaines contraintes ; dès lors, ce n’est pas tant le livre qui est menacé que l’usage conventionnel qu’on en fait. Ainsi, en affirmant de plus en plus sa matérialité, le livre cesse peut-être d’être le support neutre et transparent de pratiques textuelles, pour s’en faire plutôt l’interface définitoire. A cet égard, le livre se révèle peut-être rien moins qu’une abstraction, voire une fiction qui s’efface dès lors qu’on parvient à revendiquer son statut de survivance, faisant de l’objet-livre l’espace singulier d’un devenir autant que d’un revenir permanents.Avec l’avancée rapide et irrémédiable des nouveaux médias, se pose sans doute aujourd’hui la question de la survie ou du devenir du livre en tan tqu’objet et technologie. Voué pour certains à disparaître, le livre peut-il encore résister et affirmer une identité qui lui soit propre ? Si l’écran semble « remédiatiser » la page sans espoir de retour, la littérature est-elle pour autan tcondamnée à un avenir exclusivement « virtuel », au sens usuel du terme ? Cet article vise à interroger la frontière entre anciens et nouveaux médias à partir de l’exemple du livre dans ce contexte de mutations des pratiques littéraires. A partir d’exemples qu’on aurait pu qualifier de « limites », pris dans la littérature américaine contemporaine, il s’agit demontrer en quoi les nouvelles technologies peuvent contribuer à affranchir le livre de certaines contraintes ; dès lors, ce n’est pas tant le livre qui est menacé que l’usage conventionnel qu’on en fait. Ainsi, en affirmant de plus en plus sa matérialité, le livre cesse peut-être d’être le support neutre et transparent de pratiques textuelles, pour s’en faire plutôt l’interface définitoire. A cet égard, le livre se révèle peut-être rien moins qu’une abstraction, voire une fiction qui s’efface dès lors qu’on parvient à revendiquer son statut de survivance, faisant de l’objet-livre l’espace singulier d’un devenir autant que d’un revenir permanents.The question of the survival or becoming of the book as an object and technology is one, today, that the rapid and irrevocable progress of the new media raises. Bound as it is, for some, to disappear, can the book still resist and claim an identity all its own? If the computer screen seems to be remediating the book page with no hope of return, is literature for all that condemned to an exclusively virtual future? This paper aims at questioning the boundary between old and new media, with a focus on the book in a context when literary habits are mutating. With what might at first sight have appeared as borderline examples taken from contemporary American fiction, the paper tries to show how new technologies may contribute to emancipating the book from certain constraints. In that regard, it may not be the book so much as the conventional use it is put through that comes to be threatened. As it more and more foregrounds its own materiality, the book thus ceases to be the neutral and invisible medium for textual practices to be instead their definitional interface. “The book” as such may very well be, then, but an abstraction, not to say a fiction which ends up collapsing on itself as soon as its status as a remainder or subsistence is asserted, turning the book-as-object into the singular space of a permanent becoming as well as coming-back
"The fragment of an uncreated creature" : reprise et syncope dans le poésie de Shelley
-----
In the Heat of Combat: Insurrectional Moment and Political Time in Mohsin Hamid's The Reluctant Fundamentalist and Hari Kunzru's My Revolutions
The Reluctant Fundamentalist and My Revolutions address the way individual acts trigger change, by staging insurgents who try to connect their intimate revolt to the political movements of the time. Both novels are set in times of violence (the Cold War and 9/11), historic turning points characterized by strong ideological pressure. The essay focuses on the narrative strategies that work towards producing the category of moment as kairos, that is to say as bearing a degree of intensity likely to cause change. Acts of insurgency are staged as imminent, thus creating a crepuscular poetics, which shatters the theological teachings of ideologies under scrutiny and challenge the notion of utopia. These political novels provide a theory of fiction as a space for writing potentiality: differed action becomes a means to test possible outcomes and to reflect upon the writing of history. Instead of being pictured, violence is encoded in language, thus creating a narrative of terror (the narrator confiscates the enunciative space in Hamid’s novel, the past contaminates the present in Kunzru’s). Ethical decisions of refusal become pivotal narrative moments: they are triggered by untimely events that sever individuals from the group to which they belong, and lead to restore a sense of historicity into the present moment. Cet article propose de montrer que The Reluctant Fundamentalist et My Revolutions, deux romans publiés en 2007, traitent de la question du changement provoqué par des actes individuels, en mettant en scène des insurgés qui tentent de relier leur révolte intime avec les mouvements politiques du moment. Les deux romans sont ancrés dans des périodes de violence (la guerre froide et le 11 septembre), des tournants historiques caractérisés par la prégnance des idéologies. Cet article s’intéresse aux stratégies narratives qui conduisent à produire la catégorie de moment commekairos, c'est-à-dire comme porteuse d’une intensité à même de provoquer le changement. Les actes insurrectionnels sont figurés comme imminents, contribuant à créer une poétique crépusculaire, qui met à bas les enseignements téléologiques des idéologies en jeu, et remet en question la notion d’utopie. Ces romans politiques produisent une théorie de la fiction comme espace d’écriture de la potentialité, l’action différée devenant un moyen de tester des issues possibles et de réfléchir à l’écriture de l’histoire. Au lieu d’être représentée, la violence est encodée dans la langue, créant ainsi des récits de terreur (le narrateur confisque l’espace d’énonciation dans The Reluctant Fundamentalist ; le passé contamine le présent dans My Revolutions). Les décisions éthiques de refus deviennent des moments clé des récits: suscités par des événements intempestifs, elles arrachent les individus aux groupes et restaurent une forme d’historicité dans le moment présent.Cet article propose de montrer que The Reluctant Fundamentalistet My Revolutions, deux romans publiés en 2007, traitent de la question du changement provoqué par des actes individuels, en mettant en scène des insurgés qui tentent de relier leur révolte intime avec les mouvements politiques du moment. Les deux romans sont ancrés dans des périodes de violence (la guerre froide et le 11 septembre), des tournants historiques caractérisés par la prégnance des idéologies. Cet article s’intéresse aux stratégies narratives qui conduisent à produire la catégorie de moment commekairos, c'est-à-dire comme porteuse d’une intensité à même de provoquer le changement. Les actes insurrectionnels sont figurés comme imminents, contribuant à créer une poétique crépusculaire, qui met à bas les enseignements téléologiques des idéologies en jeu, et remet en question la notion d’utopie. Ces romans politiques produisent une théorie de la fiction comme espace d’écriture de la potentialité, l’action différée devenant un moyen de tester des issues possibles et de réfléchir à l’écriture de l’histoire. Au lieu d’être représentée, la violence est encodée dans la langue, créant ainsi des récits de terreur (le narrateur confisque l’espace d’énonciation dans The Reluctant Fundamentalist ; le passé contamine le présent dans My Revolutions). Les décisions éthiques de refus deviennent des moments clé des récits: suscités par des événements intempestifs, elles arrachent les individus aux groupes et restaurent une forme d’historicité dans le moment présent.The Reluctant Fundamentalist and My Revolutions address the way individual acts trigger change, by staging insurgents who try to connect their intimate revolt to the political movements of the time. Both novels are set in times of violence (the Cold War and 9/11), historic turning points characterized by strong ideological pressure. The essay focuses on the narrative strategies that work towards producing the category of moment as kairos, that is to say as bearing a degree of intensity likely to cause change. Acts of insurgency are staged as imminent, thus creating a crepuscular poetics, which shatters the theological teachings of ideologies under scrutiny and challenge the notion of utopia. These political novels provide a theory of fiction as a space for writing potentiality: differed action becomes a means to test possible outcomes and to reflect upon the writing of history. Instead of being pictured, violence is encoded in language, thus creating a narrative of terror (the narrator confiscates the enunciative space in Hamid’s novel, the past contaminates the present in Kunzru’s). Ethical decisions of refusal become pivotal narrative moments: they are triggered by untimely events that sever individuals from the group to which they belong, and lead to restore a sense of historicity into the present moment.