Revues électroniques université Paris Ouest Nanterre La Défense
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Framing Significance in John Banville's The Book of Evidence
John Banville’s The Book of Evidence has been hailed as an existentialist novel whose anti-hero tries to make sense of a meaningless murder through his retrospective confession. The notions of intentional action and illocutionary act run parallel in the novel, through the embedded intrigues of Freddy’s crimes and his convoluted, unreliable narrative. Banville addresses the problem of meaning through a philosophy of linguistic action based on intentionality, but he also pits the notion of authorial responsibility against that of the intrinsic power of the work of art, in the form of the mysterious Dutch painting which prompts Freddy’s killing rage. This article examines the question of intentional meaning in The Book of Evidence through Banville’s recurring metaphor of the frame, from the linguistic perspective of Frame semantics. In the novel, the ambiguous first-person narrator is both an author burdened with the consciousness of his criminal and manipulative intent, and an aimless drifter subjected to linguistic, cultural and social frames he cannot escape, even after he commits the ultimate transgression. The Book of Evidence finally presents us with a series of jarring frames, through its constant meta-narrative irony, so that its self-proclaimed indictment of the author is ultimately a testimony to the complexity of fiction. The Book of Evidence de John Banville est généralement considéré comme un roman existentialiste dont le héros cherche la rédemption à travers le récit de son crime. La notion d’intentionnalité est centrale dans le roman, tant en ce qui concerne les actions que les discours de son narrateur. Banville aborde la question du sens à travers une philosophie de la responsabilité et oppose la figure de l’auteur à celle de l’oeuvre d’art autonome, dans la rencontre entre son anti-héros, Freddie, et le tableau mystérieux dont la puissance évocatrice pousse au meurtre. Cet article examine la question de l’intentionnalité et du sens dans The Book of Evidence, en s’appuyant sur la métaphore du cadre, présente à tous les niveaux du roman, et à travers la perspective théorique de la sémantique des cadres (Frame Semantics). Le héros-narrateur de The Book of Evidence est à la fois un auteur subissant le poids de sa responsabilité et un témoin passif de sa propre vie, soumis à des cadres de compréhension définis, linguistiques, culturels et sociaux auxquels il ne peut se soustraire. Le roman offre finalement une réflexion sur le statut de la fiction, sa relation complexe avec la réalité, et sa fonction cognitive essentielle à notre compréhension du monde
"It is impossible to say just what I mean!" : intention et vouloir-dire dans "The Love Song of J. Alfred Prufrock"
Dans ce célèbre poème de T.S.Eliot qui se présente comme un monologue dramatique, la voix est divisée entre une volonté de dire et une peur du commencement, entre le rêve d'un parfait recoupement de son vouloir-dire et de son dire et une intuition de la structure différentielle du langage qui empêche toute intention et tout message de jamais coïncider avec eux-mêmes, tout comme le sujet lui-même est essentiellement divisé. La peur d’une inadéquation entre vouloir-dire et dire qu'exprime cette voix rend audible leur fondamentale distinction. Parce que, pour cette voix poétique, le « dire » devrait coïncider parfaitement avec l’intention de signifier qu’il suppose mais parce qu’aucune parole ne saurait jamais, en elle-même, répondre à une telle attente, c’est bien sur le vouloir dire que repose finalement cette responsabilité. Les manifestations textuelles de ce malaise posent le problème de la présence de l'énonciateur à son propre énoncé, interrogent la place et le rôle du destinataire du poème, le rapport entre lecture et écriture en termes d'intentionnalité et la pertinence d'une éventuelle distinction entre communication parlée et communication écrite
"I Speak According to the Book": propaganda et vouloir-dire dans Nixon in China de John Adams et Alice Goodman
Dans Nixon in China (1987), le compositeur John Adams et sa librettiste Alice Goodman tirent prétexte d'un épisode de l'histoire contemporaine pour se livrer à une imitation poussée du Détachement féminin rouge (1964), ballet de propagande que Jiang Qing, l'épouse de Mao Zedong, avait érigé en modèle à l'époque de la Révolution Culturelle. Ce geste ne peut s'interpréter de manière univoque comme un clin d'œil ironique à une esthétique discréditée car les objectifs poursuivis par Adams et Goodman s'apparentent étrangement à ceux des artistes chinois, eux aussi désireux de donner naissance à un nouveau style national conforme aux aspirations d'un vaste public. Plutôt qu'une volonté parodique, l'allusion au Détachement féminin rouge traduit une inquiétude face à l'aisance avec laquelle la culture populaire se met au service d'un vouloir-dire manipulateur, non parce que les propagandistes se montrent capables d'instrumentaliser l'art au nom de « basses » intentions idéologiques mais au contraire parce que les liens ambigus que le projet artistique entretient bon gré mal gré avec un vouloir-dire auctorial l'apparentent d'emblée, qu'on le veuille ou non, à une entreprise de manipulation. Dès lors, Nixon in China attribue au Détachement féminin rouge une fonction heuristique : si Adams et Goodman s'y réfèrent avec autant de précision, c'est afin de mettre en lumière le rôle paradoxal des intentions en art et de trouver, grâce à un retour réflexif, le moyen de s'accommoder des apories auxquelles les auteurs du ballet maoïste doivent à la fois leur réussite et leur échec. In Nixon in China (1987), composer John Adams and writer Alice Goodman use a historical event as a pretext for offering a detailed imitation of The Red Detachment of Women (1964), a mainstay of Cultural Revolution propaganda and one of the “model works” championed by Mao's wife Jiang Qing. This cannot be interpreted solely as an ironic nod to the discredited aesthetics of Socialist realism, since the aims pursued by Adams and Goodman are strangely similar to those of Cultural Revolution artists — like their Chinese counterparts, they are interested in creating a new national style of music theater capable of satisfying the broadest possible audience. Thus, Nixon in China's pointed references to The Red Detachment of Women are not primarily parodic. Their main function is to express unease at the way popular culture can be used in the interest of propaganda, not so much because its agents are able to control art for “base” ideological purposes as because art itself is essentially akin to a form of manipulation due to its ambiguous reliance on authorial intentions. In the end, Nixon in China attributes a heuristic function to The Red Detachment of Women: the reason why Adams and Goodman give it so much importance is that it sheds light on the paradoxical role or artistic intentions, thereby helping the composer and his librettist come to terms with the aporias to which the Chinese ballet owes both its success and its failure