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    Esthétiques de Diderot

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    Diderot n’est pas seulement l’auteur de traités philosophiques. Il fut aussi romancier, dramaturge et théoricien du théâtre. L’esthétique est le lieu de rencontre des multiples interrogations du philosophe, de l’écrivain et du critique d’art. Aussi n’est-il pas possible de séparer entièrement chez Diderot une pensée esthétique et une philosophie de la nature. Si les Salons, les Essais sur la peinture ou le Paradoxe sur le comédien ne sont évidemment pas des traités métaphysiques, ils sont sous-tendus par les thèses matérialistes et empiristes du Diderot philosophe et penseur de la nature. Porter notre attention sur l’esthétique de Diderot permet ainsi d’interroger les spécificités du matérialisme diderotien, que l’on a pu qualifier d’enchanté. Quel est le statut de cet enchantement ? Pourquoi le matérialisme devrait-il s’exprimer de manière poétique ? Comment s’articulent métaphysique, pensée de la nature et esthétique ? Quelles sont leurs influences réciproques ? Ce questionnement fondamental fut le soubassement de tous les textes composant ce numéro des Cahiers de philosophie de l’Université de Caen

    Totalitas. Aux origines d’un concept

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    Totalitas est un terme tardif de la langue latine, datant probablement du XIIe siècle, qui ne traduit ni l’idée de « toutes les choses » (« ta panta » des Grecs – traduit par « omnia »), ni son « ensemble » (« to pan – universitas rerum »), ni le « tout structuré » (« to holon – totum »). Quand il fait son apparition dans la langue philosophique, il traduit spécifiquement le concept néoplatonicien de « holotes », qui chez Proclus ne signifie pas seulement l’essence d’un tout structuré comme tout (sens qu’utilise Aristote), mais un tout d’une telle simplicité qu’en son sein aucune partition n’est possible. C’est cette acception néoplatonicienne que Guillaume de Moerbeke et Jean Sarrazin désignent par le terme de totalitas dans leurs traductions de Proclus et de Denys l’Aréopagite. Le concept permet aux scolastiques de pallier une déficience de la méréologie antique pour résoudre un certain nombre de problèmes métaphysiques (comme celui de la présence de l’âme au corps) et théologiques (comme celui de la présence de Dieu au monde, de sa simplicité ou du dogme trinitaire). Ce numéro des Cahiers de philosophie de l’université de Caen ouvre ainsi une autre histoire du concept de totalité, où celui-ci n’est réductible ni au problème du tout ni au problème de l’universalité

    Style et subjectivité

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    Dans son usage courant, le terme de style oscille entre la désignation d’un type (conformément à son origine rhétorique et aux styles étudiés par l’histoire de l’art) et la visée d’une singularité (dans le sillage de l’idée moderne du style propre d’un écrivain). Une telle ambiguïté empêche à la fois d’associer nécessairement le style à une subjectivité (comme celle de l’auteur, dont le style serait l’empreinte ou la signature) et d’écarter tout à fait du style le fantôme de la subjectivité qui le hante obstinément. La philosophie peut-elle penser le passage du style individuel au style collectif sans mobiliser l’Esprit hégélien ? Le programme phénoménologique de fondation du style dans la figure du sujet comme être-au-monde est-il à même d’y parvenir ? Ou faut-il renoncer au concept de sujet pour définir le style ? Les études ici rassemblées donnent à voir différents rapports ou absences de rapports du style à une subjectivité. De Husserl à Goodman, en passant par Heidegger, Merleau-Ponty, Maldiney et Foucault, que cherche et trouve la philosophie contemporaine dans le recours à l’idée de style ? En Varia, une traduction et un commentaire de la correspondance entre Ferdinand Tönnies et Carl Schmitt (1924-1930), ainsi qu’une étude sur la fondation par Husserl du concept tönnisien de communauté

    Le souci du détail. Lydia Goehr en quête d'un nouveau discours philosophique sur l'art

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    International audienceLydia Goehr is a major author of the international philosophy of art. In the english and american academic landscape, her originality is the renouncement of the analytic method, to privilege an adornian approach. In Red sea, red square, red thread published in 2022, Lydia Goehr pursuits her way, inventing a new form of philosophical discourse about art, which focalizes on details, without hermeneutical end. But is philosophy able to consider a detail as such ? Beyond the goehrian project, this question is central for all philosophers of art.Lydia Goehr est une figure majeure de la philosophie internationale de l’art. Son originalité dans le paysage académique anglo-saxon est d’avoir renoncé à la méthode analytique, au bénéfice d’une inspiration adornienne. Dans Red sea, red square, red thread, paru en 2022, Lydia Goehr va plus loin en proposant une nouvelle forme de discours philosophique sur l’art, qui se focalise sur des détails, sans toutefois adopter une perspective herméneutique. Mais la philosophie peut-elle prendre en charge le détail en tant que tel ? Au-delà de la démarche goehrienne, la question est centrale pour la philosophie de l’art

    Le style dans la pensée de Michel Foucault. D'une désubjectivation du style à la généalogie stylistique du sujet

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    International audienceThe notion of style is not an explicit concept in Michel Foucault’s works, although it appears regularly in his books and papers. In his introduction to Binswanger’s Dream and Existence, Foucault is still strongly influenced by phenomenology and existentialism: style is defined as the moment where expression is addressed to someone in order to be understood. Foucault’s definition of style is still phenomenological: it is an expression of a subjectivity or a being-in-the-world. On the contrary, in his structuralist period, especially in The Order of Things and in The Archaeology of Knowledge, style strictly characterizes an anonymous historical a priori. But how can one understand that some individuals invent new styles of knowledge and discourse? Foucault does not completely resolve this difficulty in his paper on the author at the Société française de philosophie. In the History of sexuality, Foucault finally links critic and genealogy of subjectivity, thanks to a new definition of style: in the stylistic of existence, style is neither the expression of a subjectivity, nor an anonymous and collective mark, but the operator of a subjectivation process through the quest for an ethical and substantial excellence. This foucaldian conceptualisation of style, in the 1980s, is completely understood having in mind the struggle for gay rights in 1970s and the 1980s. In different militant texts, Foucault explained that the quest for a homosexual style of life is politically as important as gay rights themselves.Le terme de style n’est pas conceptualisé explicitement par Foucault, quoiqu’il apparaisse au fil de toute son œuvre. Dans le texte qu’il consacre au Rêve et l’existence de Binswanger, Michel Foucault est encore fortement influencé par la phénoménologie et l’existentialisme : le style y est défini comme le moment où l’expression est effectivement adressée à quelqu’un, et cherche à se faire comprendre. Le style est donc encore compris selon les coordonnées phénoménologiques de la subjectivité et de l’être-au-monde. Dans la période structuraliste des Mots et les choses et de L’archéologie du savoir, le style au sens strict caractérise au contraire un a priori historique anonyme. La difficulté, que ne parvient pas totalement à résoudre Foucault dans sa conférence sur l’auteur à la Société française de philosophie, est alors de comprendre comment un individu peut inaugurer un style de savoir ou de discours. C’est dans l’Histoire de la sexualité que Foucault parvient à articuler critique et généalogie de la subjectivité à travers le concept de style : avec l’idée d’une stylistique de l’existence, Foucault ne pense plus le style comme l’expression d’un sujet ou comme une simple marque anonyme et collective, mais comme l’opérateur d’une subjectivation par la recherche d’une excellence éthique substantielle. Cette conceptualisation foucaldienne du style, dans les années 1980, doit être mise en perspective avec les textes militants du philosophe, où la recherche d’un « style de vie homosexuel » est un enjeu qui dépasse la simple obtention de droits

    Penser l'enregistrement musical avec Jean-François Lyotard

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    International audienceAlthough Lyotard never dealt explicitly with the musical recording, a thought of it is enshrined in Des dispositifs pulsionnels and L’inhumain. Unlike Benjamin or Adorno, Lyotard doesn’t accuse recording of making music a common merchandise in the capitalist system. The occidental classical music itself is intrinsically mechanical and capitalist. This fundamental process, working in particular in the schoenbergian « new music », is only reenforced by recording. But the serial law is not the ultimate comprehension of music. The most classical sonata is always postmodern, as an inaudible sonorous event is present through audible, as through incessing variations a fundamental theme always absent is nevertheless present. The music we heard is only the recording of this event. Far from considering musical recording as an accident of music, Lyotard thinks music as essentially a kind of recording.Si Lyotard n’a jamais traité explicitement de l’enregistrement musical, il en propose une pensée en creux dans Des dispositifs pulsionnels et L’inhumain. Contrairement à Adorno ou Benjamin, Lyotard n’accuse pas l’enregistrement de faire de la musique une marchandise comme une autre au sein du système capitaliste. C’est la musique classique occidentale elle-même qui est intrinsèquement mécanique et capitaliste, l’enregistrement ne faisant que renforcer ce processus fondamental, à l’œuvre plus particulièrement dans la « nouvelle musique » de Schoenberg. Mais la loi des séries n’est pas le fin mot de la musique. La plus classique des sonates est toujours postmoderne, en ce qu’un événement sonore inaudible y est présent à travers l’audible, en ce qu’à travers les variations incessantes un thème fondamental toujours absent est présent. Toute musique entendue n’est que l’enregistrement d’un tel événement. Loin de voir dans l’enregistrement musical un accident de la musique, Lyotard pense donc essentiellement la musique comme un enregistrement

    Usages et concept de totalitas dans la psychologie thomasienne

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    Sous la direction de Maud Pouradier ; [édité par l'] Équipe "Identité et Subjectivité".International audienceIn Thomas Aquinas’s psychology, both a neo-platonic concept of totality and an Aristotelian one are to be found. At the core of his hylemorphic analysis, in order to answer the question of the presence of the soul in the body (neither a question of predication nor of inherence), Aquinas uses the neo-platonic concept of totality. Holenmerism results from this encounter between a question inspired by neo-platonism and an Aristotelian hylemorphic thesis.La psychologie de Thomas d’Aquin articule un concept néoplatonicien de totalité avec un concept aristotélicien de totalité. Au cœur de l’analyse hylémorphique, Thomas d’Aquin recourt à un concept d’inspiration néoplatonicienne, pour répondre à une question qui n’est ni celle de la prédication ni celle de l’inhérence, mais celle de la présence de l’âme au corps. Le holenmérisme naît de cette rencontre entre une interrogation d’inspiration néoplatonicienne et un hylémorphisme aristotélicien

    Les deux totalités. Naissance et éclipse d’un concept dans le Commentaire des Sentences d’Albert le Grand

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    International audienceThe first occurrence of the Latin word ‘totalitas’ can be dated back to the 12th century. ‘Totalitas’ is not quite synonymous with the Aristotelian signification of whole’s quiddity. In fact, in his Commentary on the Sentences, Albert the Great hesitates between a pseudo-Augustinian definition of totalitas and a Peripatetic one. According to the first definition, totalitas is beyond the classical relationship between a whole and its parts; on the contrary, it refers to the capacity of the soul to be present to itself without being a whole that is composed of parts. By contrast, according to the second definition, totalitas is to be identified with universitas. Although this second signification became the standard one in 13th century, Albert the Great attempts to juxtaposing the pseudo-Augustinian and the Peripatetic significations by means of the notion of totum potestativum. This notion allows the identity between ‘whole’ and ‘perfect’. While the first menaning of totalitas was not consequential on later Scholasticism, it still plays an important role in Albert’s Commentary on the Sentences. It is in fact helpful for settling some difficulties in the Albertinian arguments concerning the soul’s structure

    Le chant prophétique dans les Dialogues des carmélites. De la représentation à la réactualisation du martyre

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    International audienceBernanos text devoted to the blessed Carmelites of Compiegne, martyrized during the French Revolution, has been realized in different medias : theater, opera and cinema. But the opera of Poulenc has passed on posterity Dialogues of Bernanos. Why opera is telling better the story of Blanche de la Force than theater or cinema ? To the modifications Poulenc made to the text of Bernanos, we must add the specific treatment of the prophecy thanks to Poulenc’s music, and the genre of opera. The song makes ambiguous the subject and the recipient of the prophetic utterances. Thus prophecy gets its true meaning : a word that non only predicts future events, but remains mysteriously meaningful for our time. Consequently, the opera of Poulenc is not only a representation of the fictionalized story of the Carmelites martyrdom : each representation of Dialogues of the Carmelites is a kind of new actualization of it.Comment intégrer une prophétie dans un récit tout en conservant son sens biblique ? En tant qu’elle fait partie du système de faits de l’histoire, elle doit trouver son aboutissement au terme du récit — au risque de la transformer en simple prédiction. En tant qu’elle prétend être une prophétie authentiquement chrétienne, elle doit conserver son actualité pour l’auditeur de tous les temps et avoir une dimension eschatologique — au risque de l’éclatement du récit. Comment la prophétie peut-elle avoir un statut intra-diégatique tout en conservant son actualité pour le spectateur ? Comment peut-elle clore le récit et l’ouvrir ? Comment la prophétie peut-elle à la fois être représentée dans la distance de la fiction, et s’incarner effectivement pour le public ? C’est cette gageure que l’opéra de Poulenc réussit mieux que les autres médiums qui s’y essayèrent. Dans cette réussite, quelle est la part du genre de l’opéra en général, et du traitement musical de Poulenc en particulier ? Après une brève étude de la manière dont les coupes effectuées par Poulenc sur le texte de Bernanos en modifient le sens, on réfléchira à la manière dont le dispositif opératique construit une énonciation prophétique valide à l’intérieur et à l’extérieur du récit. On s’attachera ensuite à la manière dont Poulenc met en place une énonciation musicale prophétique avec la figure mélodique « de la mort », extraite du Stabat mater de 1951, pour construire la scène finale comme une réactualisation quasi-eucharistique du martyre des carmélites de Compiègne
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