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    Nomination de militants environnementalistes et d’opposants politiques : effets de manche, crispation et dialogisme

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    International audienceMa communication se centre sur les modes de nomination et qualification dépréciatifs, voire insultants de militants environnementalistes et d’opposants politiques en France. En effet, dans ce contexte français des années 2020 où les enjeux écologiques s’amplifient tout en se médiatisant davantage et où, pour certains, l’écologie est une question politique, des noms et expressions sont lancés à leur propos dans les discours publics par différents acteurs et sur différents supports : personnels politiques (déclarations diverses en interview, conférences de presse, tribunes), éditorialistes et commentateurs de presse, usagers de forums, blogs et réseaux sociaux. On trouve ainsi les expressions dépréciatives plaisamment ironiques ou inquiétantes (selon les interprétations) ayatollah vert, khmer vert, ayatollah de l’écologie ou encore amish, et même black bloc vert. Enfin, la parole politique du ministre de l’intérieur (10/2022) et plus généralement le contexte général politique et social de la fin 2022 début 2023 associe à ces expressions celles d’écoterrorisme et écoterroriste, d’ultra-gauche et de zadiste basées sur un vocabulaire qui joue des ressorts de la crainte de l’extrême et du terrorisme ; en s’étendant au-delà du strict domaine de l’écologie, ces qualifications visent des activistes et opposants politiques de manière englobante et en donnent délibérément une représentation péjorative, dramatisante – ou supposée telle –, afin de les disqualifier. Ainsi, devenu explicitement politique, l’antagonisme est marqué dans les mots, supposés pour certains « refléter » le réel, mais surtout influant sur celui-ci. Ces événements discursifs et l’emploi de ces expressions prennent place dans une période pourtant pleine de contrastes et même de paradoxes parfois saisissants du point de vue des actes et du langage. Alors que certaines pratiques discursives (notamment dans les sites politiques et militants et la presse spécialisée) intègrent l’urgence écologique, la documentent et la confrontent aux actions et à la temporalité, d’autres acteurs optent pour un ethos de calme, de responsabilité et de temporisation, comme on le voit dans les instances officielles, nationales et internationales ; d’autres encore s’appuient sur la conscience de l’environnement et en usent comme d’une ficelle propagandiste – ainsi du discours publicitaire. Si on prend pour commencer l’exemple des adjectifs durable et vert (dans leur acception liée à l’environnement), on remarque ainsi qu’ils peuvent transmettre des messages très différents, selon le nom auquel ils sont syntaxiquement associés (et l’énonciateur qui s’en empare) : l’expression développement durable qui a pu, à juste titre, être analysée comme une formule (Krieg-Planque 2010), c’est-à-dire une expression circulante et objet de polémique, paraît être devenue tout à la fois incontournable et banale ; l’acception « environnementaliste » de durable s’est elle-même routinisée, elle semble appartenir désormais à un « air du temps » et on la rencontre non seulement dans les discours politique et médiatique mais aussi marketing et publicitaire (tourisme durable, viande durable). Quant à vert (qui nous intéressera centralement ici), son cas est à la fois comparable – en ceci que l’adjectif endosse souvent le rôle de « joker » environnementaliste qui est aussi celui de durable et peut aisément dans certains cas lui être substitué (ou inversement : tourisme vert, investissement vert) – et différent parce qu’il possède une fluidité et une adaptabilité supérieures. On le trouve ainsi dans des expressions comme pacte vert, transition verte (document de l’UE cité) ; économie verte, croissance verte, positivement marqués (mais parfois aussi dénoncés au titre qu’ils relèveraient d’un greenwashing2), capitalisme vert, transition verte. Vert qualifie aussi des personnes ou des attitudes, comme on le voit avec l’emploi nominal un Vert (un écologiste) et adjectival dans ayatollah vert, khmer vert. Bref, vert entre dans des emplois et des combinaisons marqués par les contrastes et les contradictions qui sont aussi ceux de l’époque. Au-delà du cas de vert, je me propose de caractériser, sous un angle linguistique et discursif, les crispations qui, dans les discours des personnels politiques au pouvoir et de certains éditorialistes de l’audiovisuel ou de la presse écrite, semblent signaler une évolution depuis une conception consensuelle de l’écologie vers une vision marquée par les antagonismes et les batailles. À ces positions, que signalent centralement les désignations citées, répond un contre-discours formellement hétérogène, constitué de dénégations, d’ironie, de créations néologiques et de jeux de mots. Ces faits discursifs signalent de la part de leurs auteurs une attention aux mots et globalement un « sentiment linguistique profane » (Lecolle, 2012, 2014, Krieg-Planque, 2012) aiguisé. Envisagés en termes de dialogisme (Bres et al., 2019) et en particulier de dialogisme de la nomination (Siblot, 2001), ils seront au centre de mon étude. Références Bakhtine Mikhaïl, 1979 [1984], Esthétique de la création verbale, Gallimard, Paris.Bres Jacques, Nowakowska Aleksandra et Sarale Jean-Marc, 2019, Petite grammaire alphabétique du dialogisme, Paris, Classiques Garnier, coll. Domaines linguistiques, Série Formes discursives.Chatti, Sarah, 2022, La question environnementale et les organisations internationales (1992-2018). Analyse logométrique des rapports d’activité du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), de la Banque mondiale, et de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Thèse de doctorat, Université libre de Bruxelles (ULB), Université Sorbonne Nouvelle (USN),Détrie Catherine, Siblot Paul Verine, Bertrand, Steuckardt, Agnès, 2017, Termes et concepts pour l’analyse du discours. Une approche praxématique. Nouvelle édition augmentée, Paris, Champion. Julia Catherine (2001), Fixer le sens ? La sémantique spontanée des gloses de spécification du sens, Paris, PSN.Kleiber Georges, 1984, « Dénomination et relations dénominatives ». Langages 76, p. 77-94.Kleiber Georges, 2001, « Remarques sur la dénomination ». Cahiers de praxématique 36, 21-41.Krieg-Planque Alice, 2010, « La formule « développement durable » : un opérateur de neutralisation de la conflictualité », Langage et société, vol. 4, n° 134, 5-29.Krieg-Planque Alice, 2012, Analyser les discours institutionnels, Paris, Colin. Lecolle Michelle, 2012, « Sentiment de la langue, sentiment du discours : changement du lexique, phraséologie émergente et ‘air du temps’ », Diachroniques 2, p. 59-80.Lecolle Michelle, 2014, « Introduction », Le Discours et la langue 6.1, Métalangage et expression du sentiment linguistique ‘profane’, p. 7-18.Paissa Paola, 2018, « Développement durable » et « diversité culturelle » : les enjeux d’un foisonnement lexical et discursif. Repères DoRiF, 17. DoRiF Università. https://www.dorif.it/reperes/paola-paissa-developpement-durable-et-diversite-culturelle-les-enjeux-dun-foisonnement-lexical-et-discursif/ Siblot Paul, 2001, « Dialogisme de la nomination », in Détrie C., Siblot P., Verine B., Termes et concepts pour l’analyse du discours. Une approche praxématique, Paris, H. Champion, 95-96.Volochinov, Valentin, 1929, [1977], Le marxisme et la philosophie du langage. Essai d'application de la méthode sociologique en linguistique. Paris, Les Éditions de Minuit, trad. du russe. Wagener Albin, 2020, « Internet contre Greta Thunberg : une étude discursive et argumentative », Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], 25 | 2020, mis en ligne le 15 octobre 2020, consulté le 24 avril 2023. URL : http://journals.openedition.org/aad/4747 ; DOI : https://doi.org/10.4000/aad.474

    Références bibliographiques

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    Aarsleff Hans, 1981, « Bréal, la sémantique et Saussure », Histoire Épistémologie Langage, t. III, fasc. 2, p. 115-133. Achard-Bayle Guy et Lecolle Michelle éd., 2009, Sentiment linguistique. Discours spontané sur le lexique, Metz, Université Paul Verlaine-Metz (Recherches linguistiques). Achard-Bayle Guy et Lecolle Michelle éd., 2003, « In memoriam Rudolf Engler (25 octobre 1930-5 septembre 2003) », Cahiers Ferdinand de Saussure, vol. 56, p. 3-18. Amsterdamska Olga, 1987, Schools of Thought...

    Le nom propre en discours

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    Ce numéro des Carnets du Cediscor propose une approche du nom propre comme « mot du discours ». Prenant appui sur les réflexions et les acquis des sciences du langage, ainsi que ceux d'autres disciplines (philosophie du langage, sciences sociales, approches littéraires), les auteurs proposent de montrer en quoi le nom propre participe à la construction du sens dans les discours, mais aussi voit son sens se modeler et se configurer par les discours. Les contributions rassemblées ici s'attachent aux caractéristiques spécifiques du nom propre, mais en renouvellent l'approche en étendant le répertoire de ses fonctions discursives, de ses emplois contextuels et de ses variétés, tant formelles que sémantiques. Sont ainsi abordés des noms propres prototypiques comme l'anthroponyme et le toponyme, ou plus atypiques, comme le praxonyme (nom propre d'événement) ou le polémonyme (nom de bataille), tous contribuant en discours à la construction des identités, des mémoires et des sens

    Jeux de mots et créativité

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    Jeux de mots et créativité

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    This volume seeks to shed light on the interdependencies between wordplay and language creativity. Contributions explore the most diverse genres and discourses throughout History —anagrams, medieval fatrasies, the works of Rabelais, children books, slam, riddles, and contemporary constrained writing—, trying to understand their theoretical, didactic and historical impact

    Going Beyond Counting First Authors in Author Co-citation Analysis

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    The present study examines one of the fundamental aspects of author co-citation analysis (ACA) - the way co-citation counts are defined. Co-citation counting provides the data on which all subsequent statistical analyses and mappings are based, and we compare ACA results based on two different types of co-citation counting - the traditional type that only counts the first one among a cited work's authors on the one hand and a non-traditional type that takes into account the first 5 authors of a cited work on the other hand. Results indicate that the picture produced through this non-traditional author co-citation counting contains more coherent author groups and is therefore considerably clearer. However, this picture represents fewer specialties in the research field being studied than that produced through the traditional first-author co-citation counting when the same number of top-ranked authors is selected and analyzed. Reasons for these effects are discussed
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