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    Se nommer soi-même. L’usage des pseudonymes en migration, entre peur du contrôle et reprise de pouvoir

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    International audienceL’usage des pseudonymes dans les parcours migratoires constitue une pratique récurrente, un enjeu de survie parfois, qui s’inscrit plus largement dans un régime d’identifications complexe. Le pseudonyme répond avant tout à une économie de l’anonymat, ressource majeure de la clandestinité (Le Courant, 2019), qui vise d’abord à ne pas être contrôlé, mais aussi, le cas échéant, à ne pas être reconnu. Il s’agit alors de donner un autre nom, faux ou emprunté, aux policiers pour éviter un enregistrement néfaste dans les fichiers de l’administration. Le recours au pseudonyme dépasse cependant la situation d’irrégularité. Les procédures de régularisation questionnent également le nom des requérants au prisme du « choix », que ce soit parce que l’on a migré sous une autre identité (Ibidem), ou parce qu’il faut figer un nom à travers des normes qui ne sont pas celles du pays d’origine (Idris, 2003). Ainsi, face aux dispositifs de contrôle, qu’ils soient sécuritaires ou bureaucratiques, les exilés doivent répondre aux injonctions identificatoires d’un pouvoir étatique qui assujettit en catégorisant – injonctions qui entravent les appartenances et les affiliations (Kouakou, 2003), mais aussi les rapports à soi-même : quand le nom fait frontière, l’individu en exil se heurte à « la souffrance de ne pas pouvoir être soi » (Le Courant, 2019 : 64).Ce sont ces enjeux, qui lient processus d’identifications externes et d’auto-identifications, que j'explore dans cette communication, au prisme d’une étude de cas particulière : celle de Reda et de sa mobilisation des pseudonymes comme instrument de dissimulation et de subjectivation. Reda est un jeune homme dans la vingtaine, originaire d’Irak, en exil depuis près de dix ans, et que j’ai accompagné dans le cadre de ma recherche doctorale tout au long de sa demande d’asile en France – demande dont il a été débouté. Dans son parcours migratoire, Reda change de nom au gré des pays, régions ou situations qu’il traverse. Si le pseudonyme sert une première fonction d’anonymisation pour vivre la migration, il représente également la production d’alter-egos pour Reda, l’incarnation d’une variété de « soi » à différents moments de son parcours. L’usage de pseudonymes éclaire en ce sens le pouvoir performatif que revêt la pratique de (se) nommer (Rose-Redwood, 2021) : plus qu’un nom, le pseudonyme représente une « identité », qui n’est plus alors une étiquette assignée et subie, mais la construction d’un récit de soi choisi et maitrisé (Fehlmann, 2010 ; Bourdache et Lanseur, 2020). La migration entraine l’expérience d’un « soi en troisième personne » (Fanon, 1952) parce que l’individu devient lui-même frontière (Khosravi, 2007). Le pseudonyme peut parfois être révélateur de cette ambiguïté, voire de cette dépossession identitaire. Néanmoins, il peut également être mobilisé comme un outil pour se réinventer soi-même et reprendre le contrôle d’un soi public et intime. Ainsi, à partir de l’étude du rapport que Reda entretient avec son nom (ou plutôt ses noms), je propose dans cette communication d’interroger l’usage des pseudonymes comme étant à la fois caractéristique d’un assujettissement aux logiques de contrôle, mais aussi un outil de subjectivation et d’agentivité

    Se nommer soi-même. L’usage des pseudonymes en migration, entre peur du contrôle et reprise de pouvoir

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    International audienceL’usage des pseudonymes dans les parcours migratoires constitue une pratique récurrente, un enjeu de survie parfois, qui s’inscrit plus largement dans un régime d’identifications complexe. Le pseudonyme répond avant tout à une économie de l’anonymat, ressource majeure de la clandestinité (Le Courant, 2019), qui vise d’abord à ne pas être contrôlé, mais aussi, le cas échéant, à ne pas être reconnu. Il s’agit alors de donner un autre nom, faux ou emprunté, aux policiers pour éviter un enregistrement néfaste dans les fichiers de l’administration. Le recours au pseudonyme dépasse cependant la situation d’irrégularité. Les procédures de régularisation questionnent également le nom des requérants au prisme du « choix », que ce soit parce que l’on a migré sous une autre identité (Ibidem), ou parce qu’il faut figer un nom à travers des normes qui ne sont pas celles du pays d’origine (Idris, 2003). Ainsi, face aux dispositifs de contrôle, qu’ils soient sécuritaires ou bureaucratiques, les exilés doivent répondre aux injonctions identificatoires d’un pouvoir étatique qui assujettit en catégorisant – injonctions qui entravent les appartenances et les affiliations (Kouakou, 2003), mais aussi les rapports à soi-même : quand le nom fait frontière, l’individu en exil se heurte à « la souffrance de ne pas pouvoir être soi » (Le Courant, 2019 : 64).Ce sont ces enjeux, qui lient processus d’identifications externes et d’auto-identifications, que j'explore dans cette communication, au prisme d’une étude de cas particulière : celle de Reda et de sa mobilisation des pseudonymes comme instrument de dissimulation et de subjectivation. Reda est un jeune homme dans la vingtaine, originaire d’Irak, en exil depuis près de dix ans, et que j’ai accompagné dans le cadre de ma recherche doctorale tout au long de sa demande d’asile en France – demande dont il a été débouté. Dans son parcours migratoire, Reda change de nom au gré des pays, régions ou situations qu’il traverse. Si le pseudonyme sert une première fonction d’anonymisation pour vivre la migration, il représente également la production d’alter-egos pour Reda, l’incarnation d’une variété de « soi » à différents moments de son parcours. L’usage de pseudonymes éclaire en ce sens le pouvoir performatif que revêt la pratique de (se) nommer (Rose-Redwood, 2021) : plus qu’un nom, le pseudonyme représente une « identité », qui n’est plus alors une étiquette assignée et subie, mais la construction d’un récit de soi choisi et maitrisé (Fehlmann, 2010 ; Bourdache et Lanseur, 2020). La migration entraine l’expérience d’un « soi en troisième personne » (Fanon, 1952) parce que l’individu devient lui-même frontière (Khosravi, 2007). Le pseudonyme peut parfois être révélateur de cette ambiguïté, voire de cette dépossession identitaire. Néanmoins, il peut également être mobilisé comme un outil pour se réinventer soi-même et reprendre le contrôle d’un soi public et intime. Ainsi, à partir de l’étude du rapport que Reda entretient avec son nom (ou plutôt ses noms), je propose dans cette communication d’interroger l’usage des pseudonymes comme étant à la fois caractéristique d’un assujettissement aux logiques de contrôle, mais aussi un outil de subjectivation et d’agentivité

    De l'exil à l'asile, expériences de l'ambiguïté.: Assignations identitaires et résistances depuis la frontière italo-française.

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    My doctoral research explores the migratory experience through the lens of identity assignment processes and their negotiation. Through an immersive, multi-sited ethnography—first within the activist collective Kesha Niya, operating at the Italian-French border, and then through the accompaniment of an asylum seeker and an unaccompanied minor during their respective regularization procedure in France—I seek to understand the effects of borders on the relationships that people in exile maintain with the world, with others, with their group(s) of belonging, and with themselves.I examine the institutional production of the "migrant" by showing how the security apparatus at the Italian-French border and the bureaucratic one of the asylum procedure shape a category that identifies, designates, and defines exiled people. As two instruments of a broader border regime, these systems operate through a continuum of labelling that subjugates individuals in exile. I thus question the power of identity assignments beyond institutional spaces, in order to grasp how, and in what forms, boundaries manifest in the everyday experiences of exiled people.The study of a generalized atmosphere of mistrust in Ventimiglia and across French territory allows me to reveal how these categories spread beyond institutional walls, shaping the frameworks of experience and hindering the construction of social ties. Helping relationships crystallize these dynamics, highlighting the weight of a label that confines the exiled person within their otherness. The performative effects of the category imply a third-person experience of the self: perceived as an Other, the exiled individual comes to live themselves as such. Social relationships and forms of belonging are thus obstructed by identity assignments. Presumed to be dispossessed of their capacity for agency and subjectivation, the exiled subject is confronted with an impossible anchoring. Relations to others and to the self are thus experienced as border situations.Nevertheless, these boundaries of otherness are not only endured: they also constitute spaces of resistance, where the subject—both individual and collective—emerges by asserting itself against relations of domination. In this way, my dissertation explores the tensions and negotiations that traverse and shape relationships with the Other, inviting us to think of borders as experiences of ambiguity.Ma recherche de doctorat propose de questionner l’expérience migratoire au prisme des processus d’assignation identitaire et de leurs négociations. Par une ethnographie immersive et multisituée, au sein du collectif militant Kesha Niya actif à la frontière italo-française, puis au travers de l’accompagnement d’un demandeur d’asile et d’un mineur isolé dans leur procédure respective de régularisation en France, je cherche à appréhender les effets des frontières sur les relations que les individus en exil entretiennent avec le monde, les autres, leur(s) groupe(s) d’appartenance et avec eux-mêmes.J’explore la fabrique institutionnelle du « migrant » en montrant comment le dispositif sécuritaire de la frontière italo-française et celui bureaucratique de la demande d’asile, produisent une catégorie qui identifie, désigne et définit les exilés. Constituant deux outils d’un régime frontière plus large, la frontière s’éprouve au travers d’un continuum d’étiquetages qui assujettit les individus en exil. Je questionne alors le pouvoir des assignations au-delà des espaces institutionnels, afin de comprendre comment et sous quelles formes se manifeste la frontière dans les expériences quotidiennes des exilés. L’étude d’une atmosphère de méfiance généralisée à Vintimille et sur le territoire français, me permet de révéler comment les catégories se diffusent au-delà des murs de l’institution et façonnent les cadres d’expérience, endiguant la construction de liens sociaux. La relation d’aide cristallise ces enjeux, révélant le poids d’une étiquette qui cloisonne l’exilé dans son altérité. Les effets performatifs de la catégorie impliquent alors l’expérience de soi en troisième personne : l’exilé, perçu comme un Autre, se vit également comme un Autre. Les relations sociales et les appartenances sont ainsi entravées par les assignations identitaires. A priori dépossédé de ses capacités d’action et de subjectivation, l’exilé se confronte à un impossible ancrage. Les relations aux autres et à soi sont ainsi éprouvées comme des situations de frontière.Néanmoins, ces frontières de l’altérité ne sont pas seulement subies : elles constituent des espaces de résistance, où le sujet, individuel et collectif, émerge en s’affirmant contre les rapports de domination. Ainsi, ma thèse explore les tensions et négociations qui traversent et façonnent les relations à l’Autre, invitant à penser les frontières comme des expériences de l’ambiguïté

    Se nommer soi-même. L’usage des pseudonymes en migration, entre peur du contrôle et reprise de pouvoir

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    International audienceL’usage des pseudonymes dans les parcours migratoires constitue une pratique récurrente, un enjeu de survie parfois, qui s’inscrit plus largement dans un régime d’identifications complexe. Le pseudonyme répond avant tout à une économie de l’anonymat, ressource majeure de la clandestinité (Le Courant, 2019), qui vise d’abord à ne pas être contrôlé, mais aussi, le cas échéant, à ne pas être reconnu. Il s’agit alors de donner un autre nom, faux ou emprunté, aux policiers pour éviter un enregistrement néfaste dans les fichiers de l’administration. Le recours au pseudonyme dépasse cependant la situation d’irrégularité. Les procédures de régularisation questionnent également le nom des requérants au prisme du « choix », que ce soit parce que l’on a migré sous une autre identité (Ibidem), ou parce qu’il faut figer un nom à travers des normes qui ne sont pas celles du pays d’origine (Idris, 2003). Ainsi, face aux dispositifs de contrôle, qu’ils soient sécuritaires ou bureaucratiques, les exilés doivent répondre aux injonctions identificatoires d’un pouvoir étatique qui assujettit en catégorisant – injonctions qui entravent les appartenances et les affiliations (Kouakou, 2003), mais aussi les rapports à soi-même : quand le nom fait frontière, l’individu en exil se heurte à « la souffrance de ne pas pouvoir être soi » (Le Courant, 2019 : 64).Ce sont ces enjeux, qui lient processus d’identifications externes et d’auto-identifications, que j'explore dans cette communication, au prisme d’une étude de cas particulière : celle de Reda et de sa mobilisation des pseudonymes comme instrument de dissimulation et de subjectivation. Reda est un jeune homme dans la vingtaine, originaire d’Irak, en exil depuis près de dix ans, et que j’ai accompagné dans le cadre de ma recherche doctorale tout au long de sa demande d’asile en France – demande dont il a été débouté. Dans son parcours migratoire, Reda change de nom au gré des pays, régions ou situations qu’il traverse. Si le pseudonyme sert une première fonction d’anonymisation pour vivre la migration, il représente également la production d’alter-egos pour Reda, l’incarnation d’une variété de « soi » à différents moments de son parcours. L’usage de pseudonymes éclaire en ce sens le pouvoir performatif que revêt la pratique de (se) nommer (Rose-Redwood, 2021) : plus qu’un nom, le pseudonyme représente une « identité », qui n’est plus alors une étiquette assignée et subie, mais la construction d’un récit de soi choisi et maitrisé (Fehlmann, 2010 ; Bourdache et Lanseur, 2020). La migration entraine l’expérience d’un « soi en troisième personne » (Fanon, 1952) parce que l’individu devient lui-même frontière (Khosravi, 2007). Le pseudonyme peut parfois être révélateur de cette ambiguïté, voire de cette dépossession identitaire. Néanmoins, il peut également être mobilisé comme un outil pour se réinventer soi-même et reprendre le contrôle d’un soi public et intime. Ainsi, à partir de l’étude du rapport que Reda entretient avec son nom (ou plutôt ses noms), je propose dans cette communication d’interroger l’usage des pseudonymes comme étant à la fois caractéristique d’un assujettissement aux logiques de contrôle, mais aussi un outil de subjectivation et d’agentivité

    De l'exil à l'asile, expériences de l'ambiguïté.: Assignations identitaires et résistances depuis la frontière italo-française.

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    My doctoral research explores the migratory experience through the lens of identity assignment processes and their negotiation. Through an immersive, multi-sited ethnography—first within the activist collective Kesha Niya, operating at the Italian-French border, and then through the accompaniment of an asylum seeker and an unaccompanied minor during their respective regularization procedure in France—I seek to understand the effects of borders on the relationships that people in exile maintain with the world, with others, with their group(s) of belonging, and with themselves.I examine the institutional production of the "migrant" by showing how the security apparatus at the Italian-French border and the bureaucratic one of the asylum procedure shape a category that identifies, designates, and defines exiled people. As two instruments of a broader border regime, these systems operate through a continuum of labelling that subjugates individuals in exile. I thus question the power of identity assignments beyond institutional spaces, in order to grasp how, and in what forms, boundaries manifest in the everyday experiences of exiled people.The study of a generalized atmosphere of mistrust in Ventimiglia and across French territory allows me to reveal how these categories spread beyond institutional walls, shaping the frameworks of experience and hindering the construction of social ties. Helping relationships crystallize these dynamics, highlighting the weight of a label that confines the exiled person within their otherness. The performative effects of the category imply a third-person experience of the self: perceived as an Other, the exiled individual comes to live themselves as such. Social relationships and forms of belonging are thus obstructed by identity assignments. Presumed to be dispossessed of their capacity for agency and subjectivation, the exiled subject is confronted with an impossible anchoring. Relations to others and to the self are thus experienced as border situations.Nevertheless, these boundaries of otherness are not only endured: they also constitute spaces of resistance, where the subject—both individual and collective—emerges by asserting itself against relations of domination. In this way, my dissertation explores the tensions and negotiations that traverse and shape relationships with the Other, inviting us to think of borders as experiences of ambiguity.Ma recherche de doctorat propose de questionner l’expérience migratoire au prisme des processus d’assignation identitaire et de leurs négociations. Par une ethnographie immersive et multisituée, au sein du collectif militant Kesha Niya actif à la frontière italo-française, puis au travers de l’accompagnement d’un demandeur d’asile et d’un mineur isolé dans leur procédure respective de régularisation en France, je cherche à appréhender les effets des frontières sur les relations que les individus en exil entretiennent avec le monde, les autres, leur(s) groupe(s) d’appartenance et avec eux-mêmes.J’explore la fabrique institutionnelle du « migrant » en montrant comment le dispositif sécuritaire de la frontière italo-française et celui bureaucratique de la demande d’asile, produisent une catégorie qui identifie, désigne et définit les exilés. Constituant deux outils d’un régime frontière plus large, la frontière s’éprouve au travers d’un continuum d’étiquetages qui assujettit les individus en exil. Je questionne alors le pouvoir des assignations au-delà des espaces institutionnels, afin de comprendre comment et sous quelles formes se manifeste la frontière dans les expériences quotidiennes des exilés. L’étude d’une atmosphère de méfiance généralisée à Vintimille et sur le territoire français, me permet de révéler comment les catégories se diffusent au-delà des murs de l’institution et façonnent les cadres d’expérience, endiguant la construction de liens sociaux. La relation d’aide cristallise ces enjeux, révélant le poids d’une étiquette qui cloisonne l’exilé dans son altérité. Les effets performatifs de la catégorie impliquent alors l’expérience de soi en troisième personne : l’exilé, perçu comme un Autre, se vit également comme un Autre. Les relations sociales et les appartenances sont ainsi entravées par les assignations identitaires. A priori dépossédé de ses capacités d’action et de subjectivation, l’exilé se confronte à un impossible ancrage. Les relations aux autres et à soi sont ainsi éprouvées comme des situations de frontière.Néanmoins, ces frontières de l’altérité ne sont pas seulement subies : elles constituent des espaces de résistance, où le sujet, individuel et collectif, émerge en s’affirmant contre les rapports de domination. Ainsi, ma thèse explore les tensions et négociations qui traversent et façonnent les relations à l’Autre, invitant à penser les frontières comme des expériences de l’ambiguïté
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