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    Semer le trouble

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    On étouffe. La situation n’est pas tenable. Nous courons à la catastrophe. L’effet de sidération paralyse les velléités d’action. Ce contre quoi nous avons des raisons de nous insurger semble se fondre dans un même mouvement global, une lame de fond irrépressible. Quels moyens possédons-nous pour semer le trouble dans la mécanique des rapports de domination ? Ce numéro fait appel à notre expérience collective des techniques de lutte et enquête sur les foyers de résistance qui s’élaborent et opposent aux gouvernementalités de nouvelles priorités, d’autres perspectives. Les collectifs travaillent leurs outils autant que leurs convictions ; ils suspendent le temps, par adaptation ou détournement de choses et de dispositifs. Comment la « mésentente », qui vient troubler l’idylle consensuelle de la politique, se trouve-t-elle instruite et équipée par les gestes et les instruments propres aux mouvements de lutte ? Ce numéro est élaboré dans le contexte de la mobilisation contre des réformes qui mettent en danger la vitalité de l’enseignement supérieur et de la recherche. Par cette matérialisation, en revue, d’un désaccord têtu, Techniques&Culture propose un répertoire non exhaustif des actions qui sèment et cultivent le trouble

    Fos - Étang de Berre. Un littoral au cœur des enjeux environnementaux

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    Les espaces littoraux méditerranéens situés entre le grand Rhône et l’étang de Berre ont, au cours des trois derniers siècles, fait l’objet de projets d’industrialisation successifs qui frappent par leur démesure. C’est plus particulièrement le cas des travaux engagés à la fin des années 1960. Le golfe de Fos a été dédié à la pétrochimie, la métallurgie, au traitement des déchets et plus récemment, au fret et à la logistique. L’étang de Berre, déjà considérablement affecté par des pollutions aux hydrocarbures, a été sacrifié sur l’autel de l’économie pétrolière et de la production hydroélectrique. Les effets environnementaux et sanitaires ont été immédiats, provoquant la mobilisation de riverains bien décidés à obtenir de l’Etat qu’il les protège. Ce numéro spécial prend appui sur des travaux interdisciplinaires engagés depuis plusieurs années pour mettre en lumière les vulnérabilités d’un des principaux espaces productifs français. Ne se contentant pas de documenter la catastrophe chronique qui s’y joue, il souligne certaines des forces de ce territoire qui pourraient nous inspirer pour habiter plus précautionneusement l’anthropocène

    Habiter le crassier. Un art anthropocène comme chronique de la catastrophe

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    Cet article se propose d’explorer des stratégies artistiques contemporaines qui se trouvent sinon en consonance avec l’hypothèse d’un Anthropocène, du moins en étroit voisinage avec les incidences stimulantes de cette notion sur les sciences-humaines. Se gardant toutefois d’aplatir la création contemporaine sur une seule acception philosophique de l’Anthropocène, l’auteur propose un panorama d’une avant-garde artistique qui s’attache moins aux questions de « représentation » de la nature qu’aux démarches d’enquête qu’adoptent les artistes afin d’intensifier leurs expériences d’un milieu naturel dévasté par la Modernité. L’expression « habiter le crassier » signifie en l’occurrence qu’il appartient à l’art de développer une fonction résidentielle à l’intérieur des « ruines du capitalisme » (Anna Tsing), en prenant appui sur une « économie générale » (Georges Bataille) de la nature anthropisée.The aim of this article is to explore contemporary art strategies which are, maybe not strictly consistent with an Anthropocene hypothesis, but at least close to the stimulating implications of this notion for the social sciences. The author of the article, who is unwilling to foist contemporary works on a single philosophical understanding of the Anthropocene, provides an overview of an artistic avant-garde which is less and less interested in how to “represent” nature and more and more in the empirical approaches favored by artists in order to get more intense experience of natural environments that have been devastated by Modernity. “Living in the slag heap” implies that it is the responsibility of art to nurture a residential function in the midst of the “ruins of capitalism” (Anna Tsing), using a “general economy” (Georges Bataille) of human-made nature

    Écrire la ville dans les espaces numériques

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    Par la description du parcours de Urbain, trop urbain, cet article éclaire la relation entre un projet éditorial (écrire sur la ville contemporaine), un média (le Web) et des écritures. Relatant les processus d’écriture de cinq objets éditoriaux (un site web, une page Facebook, un compte Instagram, deux livres numériques), cette contribution s’appuie sur des notions de la recherche en écriture numérique (auteur, éditeur, architexte, interprétation) pour s’interroger sur ce qui fait sens, œuvre et culture dans l’écriture numérique, et sur les conditions sociotechniques de son émergence.Through the description of Urbain trop Urbain’s course, this article sheds light on the connection between an editorial project (to write on the contemporary city), a media (the Internet) and modes of writing. This contribution relates the writing processes of five editorial objects (a website, a Facebook wall, an Instagram account, and two digital books). It is based on notions of digital writing experimentations (author, publisher, architext, interpretation), in order to question this field on several respects: what is constitutive of meaning, work and culture, as well as the socio-technical conditions of its emergence

    Arrimer l’enquête en sol évanescent

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    Entretien avec Matthieu Duperrex Matthieu Duperrex est philosophe, maître de conférences à l’École nationale d’architecture de Marseille, docteur en arts plastiques et directeur artistique du collectif Urbain, trop urbain. Au croisement de l’écocritique, de l’ethnographie et de l’enquête artistique, ses travaux portent notamment sur l’artificialisation des fleuves et des paysages et les interactions inter-spécifiques dans les « paysages sentinelles ». En 2019, il a publié l’ouvrage Voyages ..

    I can swim home : Research-creation around the relationship between art and the living in two Mediterranean territories

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    Cette thèse de création dont le maître objet est un moyen métrage – I Can Swim Home (I C S H) – s’inscrit dans le contexte du renouvellement des formes et des pratiques plastiques, dans un contexte où le climat général est en crise (environnement, sanitaire, économie, politique, institutionnel). Quels potentiels de l’art permettent-ils toutefois d’envisager un horizon commun ? Comment l’art et la recherche se proposent t-ils d’expérimenter et d’inventer des outils, des formes partageables, des alternatives concrètes pour renouveler nos modes d’échange, de partage, d’attention, d’adresse et d’imaginaire ? L’angle adopté dans ce doctorat ne consiste pas à recenser des formes plastiques au travers d’une histoire de l’art, mais à saisir ce qui, dans leur motif, relève du désir de « collectif » de l’artiste, et même du travail du « commun » comme œuvre principale. Il s’agit de revenir à cette vérité première de l’art comme « instauration » d’une communauté ouverte, tant par le concernement écologique de l’artiste que par son inscription dans une éthique du soin (care).De ce fait, le travail artistique oscille bien entre la polarité négative d’une crise de la production/reproduction à l’heure de l’Anthropocène et la polarité positive d’une quête d’identité par la pluralité des inscriptions environnementales et sociales de l’artiste. Quant aux pratiques mobilisées ici, en adéquation avec le parti-pris théorique,I Can Swim Home expérimente les voies de l’enquête sur la « reconnexion » (de l’artiste au milieu de l’art, de l’art au vivant) à partir de deux terrains méditerranéens, la Villa Arson et les Îles de Lérins. I Can Swim Home est une œuvre multiforme, constituée d’un film de fiction, de nombreux moments collectifs d’intensification de l’expérience esthétique, d’un carnet de recherche donnant libre cours aux intuitions et questionnements de l’artiste, et d’une analyse critique sur la pratique artistique mobilisant entités et personnes au bénéfice de l’invention plastique.This creation/thesis revolves around a medium-length film – I Can Swim Home (I Can Swim Home), questioning the renewal of forms and the artist’s practice in a context of global crisis (environmental crises, health crisis, economical, political and institutional crisis.) What leads may art provide toward envisioning a communal horizon? How may art, through research and experimentation, contribute to invent tools and practical alternatives allowing us to renew our modes of exchanging, sharing, attention, and imagining? This research doesnot aim to make an inventory of forms throughout art history, but to underline what, in the patterns encountered therein, might reveal the artist’s desire to invoke the collective, and to invoke commonality as the nature of the work itself. I C S H aims to go back to one of art’s primary truth: the “inauguration” of an open community, relying upon both the ecological concern of the artist and their adhesion to an ethics of care. The work of the artist will therefore oscillate between the negative pole of the crisis of production/reproduction in the era of the Anthropocene, and the positive pole of a quest for an identity through the plurality of their environmental and social inscriptions. In line with this theoretical stance, through the multiplicity of practices it implements, I C S H constitutes an experiment in investigating “reconnection” (between the artist and the art world, between art and the living), situated in two Mediterranean sites, the Villa Arson and the Lerins Islands.I Can Swim Home is a multiform comprehensive work including a fictional film, a number of collective moments of intensification of the aesthetical experience, a research notebook documenting the artist’s intuitions and questioning, and a critical analysis of the artist’s practice, inviting entities and individuals to partake into the aesthetic invention

    Going Beyond Counting First Authors in Author Co-citation Analysis

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    The present study examines one of the fundamental aspects of author co-citation analysis (ACA) - the way co-citation counts are defined. Co-citation counting provides the data on which all subsequent statistical analyses and mappings are based, and we compare ACA results based on two different types of co-citation counting - the traditional type that only counts the first one among a cited work's authors on the one hand and a non-traditional type that takes into account the first 5 authors of a cited work on the other hand. Results indicate that the picture produced through this non-traditional author co-citation counting contains more coherent author groups and is therefore considerably clearer. However, this picture represents fewer specialties in the research field being studied than that produced through the traditional first-author co-citation counting when the same number of top-ranked authors is selected and analyzed. Reasons for these effects are discussed

    Le paysage féral, une tentative de définition

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    International audienceLors de son séminaire 2020-2021 à l’EHESS intitulé « Paysages incertains (enquêtes, récits, poèmes) », l’historienne de la littérature Marielle Macé écrivait que « vivre dans ce monde abîmé, c’est habiter des paysages foncièrement incertains. Grands lacis de lignes de vie et de lignes de mort, faits de déchets, de fantômes, de poisons, de dangers, mais aussi de rêves, d’inventions, de pratiques bien vivantes ». Dans cette communication, je propose avec le concept de « paysage féral » une illustration de ces assemblages de lignes de vie et de mort au sein de la dialectique du paysage altéré que je thématise depuis plusieurs années. Si l’on accepte de laisser en arrière-plan le régime esthétique scopique et statique du paysage – ce en quoi il tient généralement lieu de fond et d’arrière-plan dans la culture visuelle –, le terme de « paysage » a toute sa pertinence pour qualifier les métamorphoses à l’œuvre dans le territoire, qui engagent des designs de matières et des imaginaires productifs, des régimes d’engagements politiques comme esthétiques, et pour envelopper aussi les associations multi-espèces en devenir. En m’appuyant sur mes enquêtes de terrain, au Maroc, en Corse ou en Louisiane, je livrerai quelques exemple de processus qui selon moi définissent le paysage féral

    La rivière et le bulldozer

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    International audienceEn un temps très court de leur histoire, les humains ont transformé la planète, au prix du dérèglement climatique et de la détérioration des écosystèmes. Cette « compétence » inattendue, ils la doivent aux relations qu’ils ont entretenu aux sédiments, c’est-à-dire à l’ordre minéral. Alors qu’on souligne avec de plus en plus d’insistance la nécessité de faire davantage de place au vivant, le parti pris ici est de nourrir la pensée écologique à l’aide d’une description attentive de l’essence géologique de l’être humain, en commençant par suivre à la trace un galet de rivière.Des civilisations, nous savions qu’elles étaient mortelles, ce dont des ruines et autres héritages attestent pour l’archéologie. Mais qu’elles deviendront fossiles et seront léguées comme telles, c’est ce que ce petit essai enlevé et érudit entreprend de décrire
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