1,721,006 research outputs found
Frontières violentes, recherches à risque : s’engager par le mouvement
International audienceNotre proposition émerge du croisement de nos travaux dans deux espaces frontaliers violents : la frontière Bosnie-Herzégovine/Croatie et la frontière Italie/France. La première dyade s’est illustrée ces cinq dernières années par les refoulements illégaux exercés par les autorités croates, régulièrement accompagnés de traitements violents ou dégradants envers des personnes en migration (Dujmovic 2022). La seconde est le lieu d’une intense activité policière transfrontalière pour contenir en Italie les personnes qui entreprendraient la traversée de la montagne, quitte à rendre ce parcours plus périlleux voire mortel (Duffey et Dujmovic 2017). Ces deux terrains sont reliés par les trajectoires migratoires violentes dont nous recueillons les récits. Depuis la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l’Italie ou la France représentent généralement des étapes futures d’un voyage périlleux qui reste à accomplir ; depuis l’Italie ou la France, les récits rétrospectifs des violences institutionnelles subies dans les Balkans constituent un bagage dont il semble difficile de se séparer. Appréhendés comme un ensemble, ces espaces frontaliers s’apparentent à un continuum de violences.Notre présentation à deux voix reviendra sur la manière dont nous cherchons à rendre compte de cette violence, en intégrant cette préoccupation à toutes les étapes du processus de recherche et de valorisation. Premièrement, nos terrains amènent des adaptations méthodologiques qui nous semblent heuristiques intellectuellement mais physiquement risquées. En Bosnie-Herzégovine, Louis Fernier a identifié les distributions alimentaires nocturnes menées par des collectifs comme l’un des rares modes d’accès aux personnes souhaitant rejoindre la Croatie, qui sont reléguées dans des marges urbaines et périurbaines. Ce choix comporte le risque d’être identifié·e par les autorités, accusé·e de travail humanitaire illégal et en conséquence expulsé·e du pays. Dans un contexte où les points de rencontre évoluent en permanence au fil des contrôles policiers, les maraudes permettent d’aller vers des personnes migrantes en suivant leur mouvement. Ainsi, l’épreuve d’accès à ce terrain (Tarrius, 2017) est incarnée par l’engagement physique du/de la chercheur·e. De son côté, Morgane Dujmovic a construit un dispositif mobile embarqué dans un camion aménagé, intégrant à ses méthodes des difficultés intellectuelles et matérielles pour bâtir une recherche participative : comment travailler avec des personnes exilées dans des lieux régulièrement ciblés par des pressions policières, voire des expulsions – comme des squats, des refuges associatifs ou des zones de distributions alimentaires « à la sauvette » ? Le camion fonctionne comme un espace intermédiaire, à la fois lieu de répit et « objet-frontière » (Trompette et Vinck 2009) qui permet de s’extraire mentalement des réalités frontalières pour favoriser un processus de recherche et de co-création. Dans cette recherche en mouvement qui génère incertitude et précarité par rapport aux contextes habituellement sédentaires de la conduite d’une recherche, elle interroge les conditions d’une relation participante mutuelle pour rebattre les cartes de la relation d’enquête, brouiller les hiérarchies entre catégories de savoirs et dé-monumentaliser l’acte de « rechercher ».Deuxièmement, les choix des modes de valorisation et de diffusion nous paraissent liés à une ambition transformatrice, plus ou moins assumée. Pour Louis Fernier, « aborder l’homme et le monde à partir de la dimension sonore » (Augoyard, 2003) est un moyen de rendre compte des ambiances et des environnements dans ses terrains d’étude. Avec les personnes migrantes, l’utilisation du Jeu de Reconstruction Spatiale (Ramadier et Bronner, 2006), permet de matérialiser leur environnement tel qu’elles se le représentent ou le pratiquent, en créant une carte en trois dimensions. Pour Morgane Dujmovic, la carte sensible et narrative sert de matériau support de la relation d’enquête, de moyen d’expression autonome comme de processus de co-création et d’intelligence collective. Cette ambition s’incarne dans la fabrication d’une exposition itinérante qui a vocation à être présentée à plusieurs voix et à susciter des interactions avec les visiteurs et visiteuses. Dans ce parcours immersif, des cartographies subjectives s’animent hors du plan pour (re)produire une frontière expérientielle, animer les sens et l’esprit de découverte de l’Autre ; la cartographie est alors « mobile », elle devient l’art de « faire-carte » ensemble, de se mouvoir, et s’é-mouvoir.Enfin, notre sentiment d’une « prise de risque » sur le terrain ne nous semble pas déconnecté de la manière dont se structure la production de savoirs engagés sur les frontières. Ce sont le plus souvent les travaux portés par des associations qui s’avèrent pionniers pour documenter (Border Violence Monitoring Network) voire porter devant la justice (Anafé) les faits de violence. De plus en plus d’initiatives opèrent à la charnière de la recherche et de l’associatif, plus spontanément dans un cadre associatif (Migreurop, Border Forensic) qu’académique (Projet Co-Front/ ICM). Dans ce contexte, n’est-il pas logique que les chercheur·e·s se sentent isolé·e·s voire illégitimes pour convoquer leur engagement au-delà de leur terrain, dans leurs productions et prises de position ? Ainsi en est-il des géographes engagé·e·s qui trouvent souvent dans les collaborations associatives et artistiques un moyen pour ancrer leurs travaux dans l’espace social qu’ils et elles étudient.Références citéesDujmovic, Morgane et Duffey, Thibaud (2017), « De Vintimille à la vallée de la Roya », in MIGREUROP, Clochard, Olivier (dir.), Atlas des migrants en Europe. Approches critiques des politiques migratoires, Armand Colin, Paris, p. 109.Dujmovic, Morgane (2022), « Témoigner, une solidarité en voix et en actes », in MIGREUROP, Casella Colombeaun Sara (dir.), Atlas des migrations dans le monde. Libertés de circulation, frontières, inégalités, Armand Colin, Paris, p. 121. Trompette, Pascale et Vinck, Dominique (2009), « Retour sur la notion d'objet-frontière », Revue d'anthropologie des connaissances, vol. 3, n° 1, p. 5-27.Augoyard, Jean-François (2003) « Une sociabilité à entendre », Espaces et sociétés (Paris, France), Erès, 4 (115), p. 25-42.Ramadier, Thierry et Bronner, Anne-Christine (2006), « Knowledge of the Environment and Spatial Cognition: JRS as a Technique for Improving Comparisons between Social Groups », Environment and Planning B: Planning and Design, SAGE Publications Ltd STM, vol. 33, n° 2, p. 285‑299.Tarrius, Alain (2017), « Fluidité de l’identité du chercheur en situation d’immersion le long des territoires de circulations migratoires », Migrations Société, Paris, Centre d’Information et d’Études sur les Migrations Internationales, vol. 167, n° 1, p. 41‑52
Going Beyond Counting First Authors in Author Co-citation Analysis
The present study examines one of the fundamental aspects of author co-citation analysis (ACA) - the way co-citation
counts are defined. Co-citation counting provides the data on which all subsequent statistical analyses and mappings
are based, and we compare ACA results based on two different types of co-citation counting - the traditional type that
only counts the first one among a cited work's authors on the one hand and a non-traditional type that takes into
account the first 5 authors of a cited work on the other hand. Results indicate that the picture produced through this non-traditional author co-citation counting contains more coherent author groups and is therefore considerably clearer. However, this picture represents fewer specialties in the research field being studied than that produced through the traditional first-author co-citation counting when the same number of top-ranked authors is selected and analyzed. Reasons for these effects are discussed
Variations on the Author
“Variations on the Author” discusses two of Eduardo Coutinho’s recent films (Um Dia na Vida, from 2010, and Últimas Conversas, posthumously released in 2015) and their contribution to the general question of documentary authorship. The director’s filmography is characterized by a consistent yet self-effacing form of authorial self-inscription: Coutinho often features as an interviewer that rather than express opinions propels discourses; an interviewer that is good at listening. This mode of self-inscription characterizes him as an author who is not expressive but who is nonetheless markedly present on the screen. In Um Dia na Vida, however, Coutinho is completely absent form the image, while Últimas Conversas, on the contrary, includes a confessional prologue that moves the director from the margins to the center of his films. This article examines the ways in which these works stand out in the filmography of a director who offers new insights into the notion of cinematic authorship
Appropriate Similarity Measures for Author Cocitation Analysis
We provide a number of new insights into the methodological discussion about author cocitation analysis. We first argue that the use of the Pearson correlation for measuring the similarity between authors’ cocitation profiles is not very satisfactory. We then discuss what kind of similarity measures may be used as an alternative to the Pearson correlation. We consider three similarity measures in particular. One is the well-known cosine. The other two similarity measures have not been used before in the bibliometric literature. Finally, we show by means of an example that our findings have a high practical relevance.information science;Pearson correlation;cosine;similarity measure;author cocitation analysis
Socijalna geografija migracija, kritička perspektiva za razmišljanje o društvima sutrašnjice
International audienceLe texte qui suit revient sur la rencontre épistémologique entre la géographie sociale et les migrations internationales. Il présente ensuite une palette d’outils offerts par la discipline pour penser les phénomènes migratoires contemporains et saisir cet objet par définition mouvant. Enfin, dans un champ de la géographie où la notion d’engagement des chercheuses et chercheurs est bien ancrée, un questionnement s’ouvre sur les perspectives critiques d’une géographie sociale des migrations à hauteur d’individus
En pleine mer: Que racontent les personnes exilées secourues au large de la Libye ?
International audienceThis article draws on a year of research conducted on board the Ocean Viking, the civilian search-and-rescue vessel operated by the NGO SOS MEDITERRANEE. It explores the Central Mediterranean through the perspectives of exiled persons, based on testimonies from 110 survivors, participatory maps produced at sea, crew members’ narratives, and the researcher’s immersive fieldwork onboard.Cet article est issu d’une année de recherche à bord de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de l’ONG SOS Méditerranée. Il s’attache à restituer l’expérience de la Méditerranée centrale dans la perspective des personnes exilées qui la traversent. Il présente les opinions recueillies auprès de 110 personnes rescapées, des cartographies sensibles réalisées en mer, des récits de membres de l’équipage et les observations en immersion de la chercheuse qui a mené cette étude embarquée
Socijalna geografija migracija, kritička perspektiva za razmišljanje o društvima sutrašnjice
International audienceLe texte qui suit revient sur la rencontre épistémologique entre la géographie sociale et les migrations internationales. Il présente ensuite une palette d’outils offerts par la discipline pour penser les phénomènes migratoires contemporains et saisir cet objet par définition mouvant. Enfin, dans un champ de la géographie où la notion d’engagement des chercheuses et chercheurs est bien ancrée, un questionnement s’ouvre sur les perspectives critiques d’une géographie sociale des migrations à hauteur d’individus
En pleine mer : que racontent les personnes exilées secourues au large de la Libye ?
International audienceThis article draws on a year of research conducted on board the Ocean Viking, the civilian search-and-rescue vessel operated by the NGO SOS MEDITERRANEE. It explores the Central Mediterranean through the perspectives of exiled persons, based on testimonies from 110 survivors, participatory maps produced at sea, crew members’ narratives, and the researcher’s immersive fieldwork onboard.Cet article est issu d’une année de recherche à bord de l’Ocean Viking, navire de sauvetage de l’ONG SOS Méditerranée. Il s’attache à restituer l’expérience de la Méditerranée centrale dans la perspective des personnes exilées qui la traversent. Il présente les opinions recueillies auprès de 110 personnes rescapées, des cartographies sensibles réalisées en mer, des récits de membres de l’équipage et les observations en immersion de la chercheuse qui a mené cette étude embarquée
Europske granice i "Balkanska ruta": in "Granična pitanja na Balkanu"
Over the past twenty years, migration routes in the Balkans have been driven by increasing numbers of people from Africa, Asia and the Middle East, until they became the main route into the Schengen area in 2015 and 2020. At the same time, the EU's external frontier has shifted towards South-East Europe as a result of the accession process. As the Balkan transit area became a buffer for the EU against the arrival of migrants deemed undesirable, border control measures were reinforced. Increasing resources have been made available to the Balkan states to control their external borders, and the integration process now depends on this (Part 1).Between 2000 and 2015, an international migration area was consolidated in the Balkans, with flows diversifying, routes multiplying and checkpoints scattered. In 2015, the crisis in migration policies caught the Balkan states off guard, prompting bilateral cooperation to ensure migratory transit via a corridor. Nearly a million people transited this "Balkan route" until the EU-Turkey agreement of March 2016. Over the period 2016-2021, several systematic border refoulement zones have been consolidated, particularly at the Hungarian-Serbian (Subotica), Croatian-Serbian (Šid), Croatian-Bosnian (Bihać) and Macedo-Greek (Idomeni) borders (Part 2).A study of Balkan routes over several decades reveals strategies for controlling migration, which are countered by strategies for bypassing them via new routes, although the former are unable to completely stop the latter in the medium-to-long term. In this cat-and-mouse game, the systematic use of pushbacks has become increasingly violent. Finally, the making of the Schengen border in the Balkans is based on an ambivalence between, on the one hand, incentives to settle border disputes and the promotion of human rights, and on the other, inhuman and degrading police practices documented at the closed Balkan borders. Finally, the positioning of new humanitarian or security players in the area makes it a highly strategic space for the coming decades (Part 3).Au cours des vingt dernières années, les routes migratoires des Balkans ont été animées par un nombre croissant d’individus originaires d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, jusqu’à devenir la principale voie d’accès à l’espace Schengen, en 2015 et 2020. Simultanément, la frontière extérieure de l’UE s’est déplacée vers le Sud-Est de l’Europe, au fil des adhésions. L’espace de transit balkanique devenant un espace-tampon pour l’UE face aux arrivées de migrants jugés indésirables, les dispositifs de contrôle frontalier y ont été renforcés. Des moyens croissants ont été mis à la disposition des États balkaniques pour le contrôle des frontières extérieures, auquel le processus d’intégration est désormais conditionné (Partie 1).De 2000 à 2015, un espace migratoire international s’est consolidé dans les Balkans, entre la diversification des flux, la multiplication des routes et la dissémination des points de contrôle. En 2015, la crise des politiques migratoires a pris de cours les États balkaniques, incitant à des coopérations bilatérales pour assurer le transit migratoire via un corridor. Près d’un million de personnes ont transité par cette « route des Balkans » jusqu’à l’accord UE-Turquie de mars 2016. Sur la période 2016-2021, plusieurs zones de refoulements frontaliers systématiques ont été consolidées, en particulier aux frontières hongro-serbe (Subotica), croato-serbe (Šid), croato-bosnienne (Bihać) et macédo-grecque (Idomeni) (Partie 2).L’étude des routes balkaniques sur plusieurs décennies révèle des stratégies de contrôle de la migration face auxquelles se développent des stratégies de contournement par de nouvelles routes, sans que les premières parviennent à enrayer totalement les secondes sur le moyen-long terme. Dans ce jeu du chat et de la souris, le recours systématique à des pushbacks (refoulements) est devenu de plus en plus violent. Finalement, la fabrique de la frontière Schengen dans les Balkans repose sur une ambivalence entre, d’un côté, des incitations au règlement de litiges frontaliers et la promotion des droits humains, et de l’autre, des pratiques policières inhumaines et dégradantes documentées aux frontières fermées des Balkans. Enfin, le positionnement de nouveaux acteurs humanitaires ou sécuritaires dans la zone en fait un espace à fort enjeu stratégique pour les prochaines décennies (Partie 3)
- …
