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Papa se meurt, maman est morte : quand l’écrivain·e devient orphelin·e
Au commencement, il y a une expérience, à la fois banale et tragique, banale parce qu’universelle, tragique parce que vécue par chacun en son corps et son cœur propres : devenir orphelin à l’âge adulte, à l’âge où il est justement normal de « perdre » ses parents. Mais ce qui s’inscrit dans le cours des choses n’est pas pour autant sans effet sur l’écrivain et sur son œuvre. Les textes réunis ici interrogent la productivité littéraire contemporaine de ces réalités existentielles si communes et si peu communes, si anciennes et toujours neuves, à travers différentes générations d’auteurs (Perec, Derrida, Cixous ; Claude Louis-Combet, Jean Rouaud ; Philippe Vilain, Gwenaëlle Aubry, Lydia Flem, Anne Pauly…). L’expérience du deuil ouvre un espace d’écriture lié à un désir d’exploration, entre exigences de l’intime et publication, où les formes littéraires se réinventent
La genèse contrariée de Belle du Seigneur : le projet déjoué d’une « Geste des Juifs »
L’œuvre d’Albert Cohen fait assurément partie de celles qui sont entourées du plus grand mystère. L’auteur a en effet pris soin d’éliminer toutes les traces de son activité créatrice, se méfiant des destinées posthumes offertes aux romans. Il a ainsi voulu entretenir le mythe d’une œuvre météore, quasi sui generis. Néanmoins il semble possible de retracer quelques aspects signifiants de la genèse de ces textes. Pénétrer dans les coulisses de la création cohénienne permet alors de comprendre comment les trois derniers romans procèdent en réalité d’une œuvre unique et que les textes publiés sont la résultante de facteurs éditoriaux indépendants de la volonté de l’écrivain. C’est pourquoi l’étude génétique de l’œuvre de Cohen apparaît comme nécessaire pour reconstituer la cohérence d’un projet global, sans laquelle la signification des romans se trouve amoindrie et les lectures partiellement biaisées.Albert Cohen’s work is definitely among those wrapped in the greatest mystery. Indeed, the author took pains to eliminate all traces of his creative activity, as he was wary of novels’ posthumous fate. He wanted to keep up the myth of a meteoric work, practically unique of its kind. Nonetheless it seems possible to trace back a few significant aspects of these texts’ genesis. By going backstage of the Cohenian creation we can understand that his last three novels spring in fact from a single work and that the published texts are the result of editorial factors independent of the writer’s will. That is why a genetic study of Cohen’s work seems necessary to reconstitute the coherency of a global project, without which the novels’ meaning is reduced and their reading partially distorted.La obra de Albert Cohen forma parte, sin duda, de aquellas que aparecen envueltas en un halo de misterio. En efecto, el autor ha eliminado cuidadosamente todas las huellas de su actividad creadora, desconfiando del destino póstumo reservado a las novelas. Ha tratado así de mantener el mito de una obra meteoro, casi sui generis. Sin embargo, se podrían reconstituir algunos aspectos significativos de la génesis de esos textos. Penetrar en el taller creativo de Cohen permitiría entonces entender hasta que punto sus últimas tres novelas proceden en realidad de una obra única y los textos publicados son una resultante de factores editoriales independientes de la voluntad del escritor. Es por ello que el estudio genético de la obra de Albert Cohen se revela necesario para restituir la coherencia de un proyecto global, sin la cual la significación de las novelas resulta menoscabada y las lecturas parcialmente distorsionadas.Das Werk Albert Cohens gehört mit Sicherheit zu jenen Werken, die von einem großen Geheimnis umwoben sind. Der Autor, den postumen Schicksalen von Romanen misstrauend, hat sich in der Tat bemüht, alle Spuren seiner kreativen Tätigkeit zu verwischen. Er wollte auf diese Weise den Mythos eines meteoritenhaften Werkes, quasi sui generis, aufrecht erhalten. Dennoch scheint es möglich, einigen signifikanten Aspekten der Textgenese nachzuspüren. So erlaubt ein Blick hinter die Kulissen des Cohenschen Schaffens, die drei letzten Romane als eine Einheit zu verstehen, deren Veröffentlichung in Form von Einzeltexten editorialen Faktoren geschuldet ist, die nichts mit dem Willen des Autors zu tun haben. Die textgenetische Erforschung von Cohens Werk stellt mithin eine Notwendigkeit dar, um die Kohärenz eines umfassenden Projektes zu rekonstruieren, ohne die der Sinn der Romane verkürzt und ihre Lesarten teilweise verzerrt erscheinen.A obra de Albert Cohen é, sem dúvida, daquelas que um espesso mistério rodeia. O autor teve o cuidado de eliminar todos os vestígios da actividade criadora, desconfiando dos destinos póstumos que os romances têm. Pretendeu assim alimentar o mito de uma obra meteórica, quase sui generis. No entanto parece possível reconstituir alguns aspectos significativos da génese destes textos. Nos bastidores da criação de Cohen, percebe-se que os seus três últimos romances derivam na realidade de uma obra única e que as versões publicadas são a resultante de factores editoriais independentes da vontade do escritor. É por isso que o estudo genético da obra de Cohen aparece como necessário para reconstituir a coerência de um projecto global, sem o que a significação dos romances resulta apoucada e as suas leituras um tanto desfocadas.L’opera di Albert Cohen è certamente tra quelle circondate dal più grande mistero. L’autore ha avuto cura di eliminare tutte le tracce della sua attività creatrice, diffidando dei destini postumi offerti ai romanzi. Così ha voluto alimentare il mito di un’opera meteora, quasi sui generis. Nondimeno sembra possibile rintracciare alcuni aspetti significativi della genesi di questi testi. Penetrare dietro le quinte della creazione di Cohen permette di comprendere allora che i tre ultimi romanzi derivano in realtà da un’opera unica e che i testi pubblicati sono la risultante di fattori editoriali indipendenti dalla volontà dello scrittore. Per questa ragione lo studio genetico dell’opera di Cohen appare necessario per ricostituire la coerenza di un progetto globale, senza la quale il significato dei romanzi appare sminuito e le interpretazioni parzialmente falsate
Going Beyond Counting First Authors in Author Co-citation Analysis
The present study examines one of the fundamental aspects of author co-citation analysis (ACA) - the way co-citation
counts are defined. Co-citation counting provides the data on which all subsequent statistical analyses and mappings
are based, and we compare ACA results based on two different types of co-citation counting - the traditional type that
only counts the first one among a cited work's authors on the one hand and a non-traditional type that takes into
account the first 5 authors of a cited work on the other hand. Results indicate that the picture produced through this non-traditional author co-citation counting contains more coherent author groups and is therefore considerably clearer. However, this picture represents fewer specialties in the research field being studied than that produced through the traditional first-author co-citation counting when the same number of top-ranked authors is selected and analyzed. Reasons for these effects are discussed
De la verve avant toute chose
Parler de verve chez Cohen, c’est affronter une question délicate tant elle est partout présente. C’est évoquer un complexe réseau d’interactions entre la parole des personnages, celle du narrateur et une sorte de poétique de la lecture, voire une éthique de la littérature. Opposant le bavardage stérile des « sociaux » à la verve des protagonistes élus, comme les Valeureux, Cohen fait de l’excès le principe d’une nouvelle vision du monde autant que le comblement de tout ce qui fore le réel de ses manques. Assumée et consciente, cette verve se définit comme un devoir vital pour le personnage comme pour l’œuvre littéraire, la marque de leur opposition à tous les psittacismes et les scléroses qui les menacent
« 53 jours » de Georges Perec : les lieux d’une ruse
Le projet de Perec avec « 53 jours » était d’écrire un texte qui déconstruirait lui-même sa première partie dans une seconde partie. Aussi est-ce la spécularité qui focalise le travail de Perec dans les brouillons, autour d’une intrigue policière plusieurs fois déconstruite et chevillée sur la mise en abyme de quatre romans différents. Ce sont les listes, combinaisons, chiffrages, schémas et structures qui retiennent le travail de l’écrivain dans une volonté de mise en ordre et d’épuisement de tous les possibles. Trois éléments sont alors récurrents : le travail sur une diégèse ramifiée, l’essai d’équilibrage des vingt-huit chapitres entre eux, et la tentative de faire se correspondre les quatre romans en abyme qui composent le livre. Confronté à une volonté de mettre en ordre, le système mis en place par Perec est pourtant toujours débordé par un certain désordre. Il semble alors que « 53 jours » ne résulte pas de contraintes préalables à l’écriture mais que les dispositifs mis en place soient essayés et trouvés au cours de la rédaction afin de répondre à l’enjeu de départ que s’était fixé Perec.Perec, with “53 jours”, wanted to write a book in which he would deconstruct its first part in a second one. As a result the manuscript works on the mise en abyme of four detective novels based on a deconstructed and articulated plot. Perec uses lists, combinations, encodings and sketches to organize the profusion of possibilities. There are three recurrent elements: the work on a branched story, the attempt to balance the twenty eight chapters, and the search for correspondences between the novels put in abyme. But, faced with the desire for order, the system sought by Perec always yields to disorder. Apparently “53 jours” is not the result of previous constraints but of devices that Perec sought and found in the course of writing to attain the goal he had set for himself.El proyecto de Perec, con “53 jours”, era escribir un texto, cuya segunda parte deconstruyera la primera. Por ello, la especularidad focaliza el trabajo de Perec en los borradores, alrededor de una intriga policial varias veces deconstruida y sujeta a la mise en abyme de cuatro novelas diferentes. Son las listas, combinaciones, cuantificaciones, esquemas y estructuras que acaparan el trabajo del escritor buscando poner en orden y agotar todas las posibilidades. De allí que tres elementos sean recurrentes: el trabajo sobre una diégesis ramificada, el esfuerzo por reequilibrar entre ellos los veintiocho capítulos y la tentativa de establecer una correspondencia entre las cuatro novelas en abyme que componen el libro. Confrontado a una voluntad de poner orden, el sistema instaurado por Perec sucumbe sin embargo ante un cierto desorden. Resulta evidente entonces que “53 jours” no es el resultado de disposiciones previas a la escritura sino que los dispositivos son experimentados y descubiertos en el momento de la redacción como respuesta a los objetivos iniciales que se había finado Perec.Mit „53 jours“ verfolgte Perec den Plan, einen Text zu schreiben, der selbst seinen ersten Teil in einem zweiten Teil dekonstruiert. Diese Vision verfolgt Perecs Arbeit auch in seinen Entwürfen rund um eine Kriminalintrige, die anhand der „Mise en abyme“ vier verschiedener Romane mehrfach dekonstruiert und neu zusammengefügt wird. Listen, Kombinationen, Berechnungen, Schemata und Strukturen halten die Arbeit des Schriftstellers in seinem Willen, alle Möglichkeiten und Anordnungen auszuschöpfen, fest. Drei Elemente wiederholen sich dabei: die Arbeit an einer verzweigten Diegenese, der Versuch eines Gleichgewichts zwischen den 28 Kapiteln und die Absicht, die vier Romane „en abyme“, aus denen das Buch besteht, in Übereinstimmung zu bringen. Doch entgegen seines Willens nach Ordnung endet das von Perec entwickelte System immer wieder in einem gewissen Durcheinander. Es scheint deshalb, dass „53 jours“ nicht aus dem Schreibprozess vorangegangenen Zwängen heraus entstanden ist, sondern dass die eingesetzten Mechanismen im Verlauf des Verfassens ausprobiert und gefunden wurden, mit dem Ziel, eine Antwort auf die von Perec zu Beginn festgelegte Herausforderung zu geben.Com “53 jours”, Perec projectava escrever um texto que desconstruiria a primeira parte, dando como resultado a segunda. Daí a visão especular que enfoca o trabalho de Perec nos rascunhos, em redor de uma intriga policial várias vezes desconstruida e alicerçada na “mise en abyme” de quatro romances diferentes. Listas, combinações, codificações e esquemas são estruturas que contêm o trabalho do escritor numa vontade de organização e de esgotamento dos recursos possíveis. Três elementos são recorrentes: o trabalho sobre uma diegese ramificada, a tentativa de equilíbrio entre os 28 capítulos e a busca de correspondências entre os quatro romances “en abyme” que formam o livro. Confrontado com o desejo de organizar, o sistema montado por Perec acaba, no entanto, ultrapassado por certa desordem. Parece assim que “53 jours” não resulta de normas estabelecidas previamente à escrita, mas que os dispositivos instalados foram achados e experimentados durante a redacção como respostas ao desafio de partida que Perec se fixou.Il progetto di Perec, con “53 jours”, era di scrivere un testo che decostruisse esso stesso la sua prima parte in una seconda parte. È la specularità che focalizza il lavoro di Perec nei manoscritti, attorno a un intrigo poliziesco smontato e ricostruito più volte sulla myse en abyme di quattro diversi romanzi. Liste, combinazioni, cifrature, schemi e strutture manifestano la volontà dello scrittore di mantenere l’ordine e di esaurire tutti i possibili. Tre elementi ricorrono: il lavoro su una storia ramificata, la costruzione di un equilibrio dei ventotto capitoli tra loro, e il tentativo di fare corrispondere i quattro romanzi en abyme tra loro. Stimolato da questa volontà, il sistema organizzato da Perec è tuttavia perturbato da un certo disordine. Sembra allora che “53 jours” non derivi da limiti prestabiliti ma che Perec misuri e crei i meccanismi del testo nel corso della redazione, al fine di rispondere alla sfida che si era posto fin dall’inizio
Où est passé le roman policier ? Disparition et saturation chez Jean Echenoz
Le roman policier fut l’un des rares genres inventés par la modernité littéraire, celui qui, de l’aveu de Borges, a « créé un type spécial de lecteurs », suspicieux et affairé, un double de l’enquêteur. Si ce genre a nourri tout un pan de la création du xxe au xxie siècle, ce n’est pas seulement en raison du suspense et du romanesque qu’il prodigue si facilement. C’est aussi parce qu’il est le genre par excellence où une part essentielle du fonctionnement de la littérature est mise à l’épreuv..
Alain Fleischer : l’écriture du Dibbuk
Si notre XXe siècle s’est ouvert par la découverte du rôle sans précédent octroyé à la mémoire dans la constitution du sujet avec l’œuvre de Proust, c’est la deuxième partie du siècle qui a été plongée tout entière dans la mnémosphère. Entre les deux, c’est l’Histoire du monde et de l’humanité qui s’est brisée, ce sont nos catégories mentales et nos concepts qui se sont effondrés, c’est la mémoire de l’homme qui s’est rompue, c’est la notion même du sujet qui s’est collapsée : avec la guerre ..
« Un Nobel qui dérange : Peter Handke et le principe de responsabilité de l’écrivain »
International audienceL'attribution du prix Nobel à Peter Handke a soulevé une vague d'enthousiasme mais aussi de protestations, en particulier en Bosnie et au Kosovo. Certaines polémiques refont surface, rappelant que l'écrivain autrichien s'est affiché publiquement comme un admirateur de Slobodan Milosevic, se rendant à ses obsèques et minimisant les crimes de l'armée serbe pendant le conflit en ex-Yougoslavie, notamment le massacre de Srebrenica. Choisissant de défendre les auteurs de crimes de guerre et d'un génocide, s'inscrivant dans une tradition négationniste encore vive aujourd'hui, se faisant le porte-voix de la purification ethnique, Peter Handke nous rappelle que les écrivains ne sont pas préservés de basculer dans les délires racistes et xénophobes. Il serait bon de relire certaines de ses déclarations pour mesurer l'ampleur des choses. Et de s'interroger sur la manière dont la responsabilité historique d'un écrivain ne se fonde pas seulement sur l'allégeance à un parti politique mais aussi sur la façon dont il se positionne auprès d'un large public en embrassant les idées les plus barbares de son époque. Il leur confère de la sorte une légitimité intellectuelle accrue ; et l'institution qui le canonise en lui octroyant le prix Nobel ne peut pas se croire préservée d'une participation à leur reconnaissance au moment où elle sacre l'un de leurs porte-paroles. Voilà en tout cas qui réactive un débat ancien concernant non seulement la place des écrivains dans notre société mais aussi l'autorité morale des instances qui les légitiment. Il importe de le dire clairement : le fondement de notre malaise face à l'attribution de ce prix Nobel provient de la difficulté qu'il y a à séparer l'homme de l'oeuvre. On le sait, au moins depuis que Proust s'est insurgé contre les penchants biographiques de Sainte-Beuve, le Moi de l'écrivain n'est pas superposable au Moi de l'homme. D'autant que tout écrivain adopte une posture, une image de lui qu'il construit aussi bien par ses textes que par tout ce qui les entoure, y compris ses déclarations publiques. En ce sens, celles-ci ne peuvent pas être entièrement écartées de notre perception et de notre compréhension d'une oeuvre, même quand elles ne correspondent pas le moins du monde au contenu des textes publiés
Mauvais lecteur (notice)
International audienceComment bien lire un texte ? Telle est la question qui, un jour ou l'autre, traverse l'esprit de tout lecteur. Interrogation fréquente mais dont la portée est le plus souvent sous-estimée. Face à ce silence, plusieurs raisons peuvent être avancées. L'une d'entre elles est que la notion de mauvais lecteur, bien qu'elle s'impose comme une évidence, ne peut pourtant pas être définie de manière simple et catégorique. Si elle a suscité bien des réflexions du point de vu
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