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Les relations dialectiques entre l’entrepreneuriat social et l’ESS au Maroc
International audienceThe rise of social entrepreneurship, which originated as a concept in the Anglo-American sphere, has led to division among advocates for more diverse forms of entrepreneurship: Can social entrepreneurship (re)energize the SSE sector? Or is it merely another repackaging of capitalism? Both positions are better understood through contextualized analyses, which the author provides based on a survey conducted in Morocco in the 2010s. This survey shows that, in this context, social entrepreneurship was immediately more strongly associated with the start-up model than with the social enterprise model. Moroccan “social entrepreneurs” also reported having relatively uncritical views of capitalism, even though their efforts were built around providing social utility. While it has paradoxically marginalized some SSE structures, this focus on “social” aspects could lead to the emergence of new, more solidarity-oriented practices.Le développement de l’entrepreneuriat social, dans son acception dominante d’origine anglo-saxonne (social entrepreneurship), divise parmi ceux qui défendent une pluralité des formes d’entreprendre : peut-il (re)dynamiser le secteur de l’ESS, ou bien s’agit-il d’une énième réinvention du capitalisme ? De telles positions gagnent à être étayées par des analyses contextualisées, ce que l’auteur réalise dans cet article à partir d’une enquête conduite au Maroc dans les années 2010, montrant que l’entrepreneuriat social y a d’emblée été bien plus proche du modèle porté par la start-up que de celui de l’entreprise sociale. Les « entrepreneurs sociaux » marocains témoignent ainsi d’une vision peu critique du capitalisme, bien que la recherche d’utilité sociale soit au cœur de leur engagement. Si, paradoxalement, cela participe à la marginalisation des structures de l’ESS, cet attrait pour le « social » pourrait être favorable à l’émergence de pratiques plus solidaires
L'émergence des "startuppers" au Maroc : institutions, trajectoires, réseaux sociaux
Morocco has been characterized in recent years by the emergence of associations, incubators, and other institutionalizednetworks that promote the “start-up spirit.” The circulation of these Western discursive registers, regularly associated with the idea of “modernity” and “progress”, brings to question the internal relevance of such ideas. Far from the outdated image of the few "success stories" from Silicon Valley, in this dissertation, we ask what it means to be a “start-upper” in the Morocco of the 2010s. Who are those who embark on this path, and what is their logic? The desire to demystify entrepreneurship and to study what it means to be a “startupper” is accompanied by a theoretical ambition, namely how to conceive the entrepreneur as an actor both socialized and embedded in relational structures.In the first part, we use a network analysis to understand at the macro level how start-up promotion actors or agencies (associations, incubators, etc.) seek to impose a symbolic revolution in the Moroccan field of entrepreneurship. Through a process of selection of “start-uppers” profiles and an active socialization, these “promoters” participate in the emergence of a cohesive group likel to be the ambassadors of the ideology that the western ideology of the “start-up” carries.On a more micro level, we analyze what makes an entrepreneur’s commitment to the “uncertain horizon” – that is, the creationof a “start-up” – possible. If an entrepreneur can be characterized by a willingness to act given his level of risk aversion, we show that these traits are not fixed but become active only in some biographical periods. The socio-genetic analysis of their discourses also suggests that the aspiration for financial enrichment is rarely a priority. Financial gains are secondary to the desire for distinction and to show of one’s uniqueness that often goes hand-in-hand with a trajectory of social ascension.Finally, we show that this aspiration to distinguish themselves and build their singularity is also observed at the meso level.“Start-up” entrepreneurs aspire to become autonomous, i.e. maintaining a level of social embeddedness in order to feel not constraint by networks or social groups (especially family). How “start-up” entrepreneurs mobilize their social networks to obtain resources during the creation process is particularly illustrative of their motivating drivers. On the one hand, these entrepreneurs find themselves with a desire for increased autonomy, and on the other, with the desire to construct an economically sustainable enterprise.Demystifying the figure of the entrepreneur is allowed by a multilevel analysis coupled with the analysis of temporalities thatmakes entrepreneurship possible. There is no "startupper", but individuals who, at a given moment in their existence and in a given context, find an interest in - and can - claim it.Le Maroc se caractérise depuis quelques années par l’apparition d’associations, d’incubateurs et autres réseaux institutionnalisés qui promeuvent « l’esprit start-up ». La circulation de ces registres discursifs occidentaux, volontiers associés à l’idée de modernité et de progrès, interroge quant aux relais qu’ils trouvent au sein du pays et aux réappropriations dont ils font l’objet. Loin de l’image éculée des quelques « success stories » de la côte ouest états-unienne, nous nous demandons ce qu’être « startupper » veut dire dans le Maroc des années 2010. Qui sont celles et ceux qui se lancent dans cette voie et quelles sont leurs logiques d’action ? Notre volonté de dénaturaliser l’entrepreneuriat et d’étudier la plasticité de sa forme dite start-up se double d’une ambition théorique, à savoir concevoir l’entrepreneur comme un acteur à la fois socialisé et encastré dans des structures relationnelles. Pour ce faire, la thèse se situe au croisement d’une sociologie « dispositionnaliste » et d’une sociologie de l’encastrement.La première partie appréhende les créations de start-up à partir d’un point de vue macrosocial et illustre en quoi les stratégiesdes « promoteurs » de la start-up sont orientées vers une tentative de révolution symbolique dans le champ marocain. En sélectionnant les profils de « startuppers » et en exerçant sur eux une action enveloppante, ces « promoteurs » participent à l’émergence d’un groupe susceptible de relayer l’idéologie dont la start-up est porteuse.La deuxième partie porte ensuite le regard à l’échelle microsociologique des trajectoires individuelles, sur les conditions depossibilité d’un engagement en « horizon incertain » que représente la création d’une start-up. Sont observées en particulier lesdispositions au changement et à la prise de risque et les moments biographiques durant lesquels ces dispositions sont réactualisées.L’analyse sociogénétique du discours des « startuppers » suggère que l’aspiration à l’enrichissement économique est rarement une logique d’action centrale. Elle se retrouve davantage subordonnée à des logiques de distinction qui s’expriment par un désir de singularisation, souvent corollaire d’une trajectoire d’ascension sociale.La troisième partie montre enfin, au niveau méso-social, que ce projet trouve support dans une recherche d’autonomisation des« startuppers » vis-à-vis de certains de leurs réseaux et sphères d’appartenance, notamment de la famille. Ces liens forts sontparticulièrement peu sollicités pour obtenir des ressources ce qui limite la possibilité de leur intrusion dans la start-up. L’espaced’autonomie créé à travers l’entreprise reste néanmoins conditionné par la rentabilité de cette dernière. Les « startuppers » se trouvent ainsi en tension entre désirs de se singulariser et de s’autonomiser de certains liens d’un côté et nécessité de construire une entreprise économiquement pérenne de l’autre.Le croisement des niveaux d’analyse de l’acte d’entreprendre et des temporalités qui le rendent possible nous amène à soutenirqu’il n’existe pas plus de « startupper » que d’« entrepreneur », mais des individus qui, à un moment donné de leur existence et dans un contexte donné, trouvent un intérêt à – et peuvent – s’en revendiquer
Going Beyond Counting First Authors in Author Co-citation Analysis
The present study examines one of the fundamental aspects of author co-citation analysis (ACA) - the way co-citation
counts are defined. Co-citation counting provides the data on which all subsequent statistical analyses and mappings
are based, and we compare ACA results based on two different types of co-citation counting - the traditional type that
only counts the first one among a cited work's authors on the one hand and a non-traditional type that takes into
account the first 5 authors of a cited work on the other hand. Results indicate that the picture produced through this non-traditional author co-citation counting contains more coherent author groups and is therefore considerably clearer. However, this picture represents fewer specialties in the research field being studied than that produced through the traditional first-author co-citation counting when the same number of top-ranked authors is selected and analyzed. Reasons for these effects are discussed
The emergence of "startuppers" in Morocco : Institutions, trajectories, social networks
Le Maroc se caractérise depuis quelques années par l’apparition d’associations, d’incubateurs et autres réseaux institutionnalisés qui promeuvent « l’esprit start-up ». La circulation de ces registres discursifs occidentaux, volontiers associés à l’idée de modernité et de progrès, interroge quant aux relais qu’ils trouvent au sein du pays et aux réappropriations dont ils font l’objet. Loin de l’image éculée des quelques « success stories » de la côte ouest états-unienne, nous nous demandons ce qu’être « startupper » veut dire dans le Maroc des années 2010. Qui sont celles et ceux qui se lancent dans cette voie et quelles sont leurs logiques d’action ? Notre volonté de dénaturaliser l’entrepreneuriat et d’étudier la plasticité de sa forme dite start-up se double d’une ambition théorique, à savoir concevoir l’entrepreneur comme un acteur à la fois socialisé et encastré dans des structures relationnelles. Pour ce faire, la thèse se situe au croisement d’une sociologie « dispositionnaliste » et d’une sociologie de l’encastrement.La première partie appréhende les créations de start-up à partir d’un point de vue macrosocial et illustre en quoi les stratégiesdes « promoteurs » de la start-up sont orientées vers une tentative de révolution symbolique dans le champ marocain. En sélectionnant les profils de « startuppers » et en exerçant sur eux une action enveloppante, ces « promoteurs » participent à l’émergence d’un groupe susceptible de relayer l’idéologie dont la start-up est porteuse.La deuxième partie porte ensuite le regard à l’échelle microsociologique des trajectoires individuelles, sur les conditions depossibilité d’un engagement en « horizon incertain » que représente la création d’une start-up. Sont observées en particulier lesdispositions au changement et à la prise de risque et les moments biographiques durant lesquels ces dispositions sont réactualisées.L’analyse sociogénétique du discours des « startuppers » suggère que l’aspiration à l’enrichissement économique est rarement une logique d’action centrale. Elle se retrouve davantage subordonnée à des logiques de distinction qui s’expriment par un désir de singularisation, souvent corollaire d’une trajectoire d’ascension sociale.La troisième partie montre enfin, au niveau méso-social, que ce projet trouve support dans une recherche d’autonomisation des« startuppers » vis-à-vis de certains de leurs réseaux et sphères d’appartenance, notamment de la famille. Ces liens forts sontparticulièrement peu sollicités pour obtenir des ressources ce qui limite la possibilité de leur intrusion dans la start-up. L’espaced’autonomie créé à travers l’entreprise reste néanmoins conditionné par la rentabilité de cette dernière. Les « startuppers » se trouvent ainsi en tension entre désirs de se singulariser et de s’autonomiser de certains liens d’un côté et nécessité de construire une entreprise économiquement pérenne de l’autre.Le croisement des niveaux d’analyse de l’acte d’entreprendre et des temporalités qui le rendent possible nous amène à soutenirqu’il n’existe pas plus de « startupper » que d’« entrepreneur », mais des individus qui, à un moment donné de leur existence et dans un contexte donné, trouvent un intérêt à – et peuvent – s’en revendiquer.Morocco has been characterized in recent years by the emergence of associations, incubators, and other institutionalizednetworks that promote the “start-up spirit.” The circulation of these Western discursive registers, regularly associated with the idea of “modernity” and “progress”, brings to question the internal relevance of such ideas. Far from the outdated image of the few "success stories" from Silicon Valley, in this dissertation, we ask what it means to be a “start-upper” in the Morocco of the 2010s. Who are those who embark on this path, and what is their logic? The desire to demystify entrepreneurship and to study what it means to be a “startupper” is accompanied by a theoretical ambition, namely how to conceive the entrepreneur as an actor both socialized and embedded in relational structures.In the first part, we use a network analysis to understand at the macro level how start-up promotion actors or agencies (associations, incubators, etc.) seek to impose a symbolic revolution in the Moroccan field of entrepreneurship. Through a process of selection of “start-uppers” profiles and an active socialization, these “promoters” participate in the emergence of a cohesive group likel to be the ambassadors of the ideology that the western ideology of the “start-up” carries.On a more micro level, we analyze what makes an entrepreneur’s commitment to the “uncertain horizon” – that is, the creationof a “start-up” – possible. If an entrepreneur can be characterized by a willingness to act given his level of risk aversion, we show that these traits are not fixed but become active only in some biographical periods. The socio-genetic analysis of their discourses also suggests that the aspiration for financial enrichment is rarely a priority. Financial gains are secondary to the desire for distinction and to show of one’s uniqueness that often goes hand-in-hand with a trajectory of social ascension.Finally, we show that this aspiration to distinguish themselves and build their singularity is also observed at the meso level.“Start-up” entrepreneurs aspire to become autonomous, i.e. maintaining a level of social embeddedness in order to feel not constraint by networks or social groups (especially family). How “start-up” entrepreneurs mobilize their social networks to obtain resources during the creation process is particularly illustrative of their motivating drivers. On the one hand, these entrepreneurs find themselves with a desire for increased autonomy, and on the other, with the desire to construct an economically sustainable enterprise.Demystifying the figure of the entrepreneur is allowed by a multilevel analysis coupled with the analysis of temporalities thatmakes entrepreneurship possible. There is no "startupper", but individuals who, at a given moment in their existence and in a given context, find an interest in - and can - claim it
Le développement de la start-up au Maroc à l’aune de la théorie des champs
International audienceRecently, Morocco is experiencing the emergence of actors, especially associations, promoting « startup » entrepreneurship. Using Bourdieu’s theory of social fields, this article examines how these actors are contributing to the creation of a « little world », relatively autonomous compared to more traditional forms of entrepreneurship. A symbolic fight takes place around « startuper » status, supplanting fight for economic profit that usually rules and hierarchizes the field of entrepreneurship. Attracted by the image of the creative individual, more and more young Moroccans launch into « start-up » and get quickly some symbolic gratifications through competitions or prizes. In front of the economic fragility of their nascent firm, we emphasize tensions they experiment between wish of recognition and necessity to earn a living.Le Maroc connait l’émergence récente de nombreux acteurs, notamment associatifs, promouvant l’entrepreneuriat dit « start-up ». En mobilisant la théorie des champs développée par Pierre Bourdieu, cet article étudie comment ces derniers participent à la construction d’un « petit monde », relativement autonome par rapport à l’entrepreneuriat plus traditionnel. S’organise en son sein une lutte pour le profit symbolique, autour du statut de « startuper », qui prend le pas sur la lutte pour le profit économique, critère de hiérarchisation régissant d’ordinaire le champ de l’entrepreneuriat. Séduits par l’image de l’individu créateur, de plus en plus de jeunes marocains s’engagent dans la « start-up » et obtiennent rapidement quelques gratifications symboliques au travers des compétitions et autres prix. Face à la fragilité économique de leur entreprise et aux faibles perspectives de succès par le marché, l’analyse souligne les tensions qui s’instaurent chez eux entre quête de reconnaissance et nécessité de gagner sa vie
Le Maroc, l’autre « start-up nation » ?
International audienceFondé sur une enquête réalisée entre novembre 2015 et décembre 2017, ce court article s’intéresse à la manière dont les jeunes Marocains s’emparent des discours sur la « start-up » qui émergent ces dernières années dans le Royaume. En se reposant sur l’analyse d’entretiens semi-directifs (réalisés avec des « startuppers » et des responsables associatifs ou institutionnels œuvrant au développement de cette forme d’entrepreneuriat), ainsi que sur plusieurs journées d’observation dans différents espaces de socialisation (dont l’événement Start-up Weekend à Tétouan), nous montrons que l’engagement dans la « start-up » a pour corollaire le désengagement de la sphère politique.Après avoir mis en perspective les voies par lesquelles les jeunes s’engagent dans la « start-up » et le rôle que jouent les associations estudiantines dans ce processus, nous en soulignerons les effets sur leur rapport au politique et à la politique. Celui-ci traduit en effet l’avènement d’une « société entrepreneuriale » où la citoyenneté s’exerce avant tout dans un registre économique et où l’action politique est individualisée. A côté du sens et des finalités que les « startuppers » peuvent donner à leur travail, ils demeurent généralement dans une vulnérabilité sociale et économique qui pose la question de la pérennité de leur engagement et leur capacité d’emprise sur le réel
L'émergence des "startuppers" au Maroc : institutions, trajectoires, réseaux sociaux
Morocco has been characterized in recent years by the emergence of associations, incubators, and other institutionalizednetworks that promote the “start-up spirit.” The circulation of these Western discursive registers, regularly associated with the idea of “modernity” and “progress”, brings to question the internal relevance of such ideas. Far from the outdated image of the few "success stories" from Silicon Valley, in this dissertation, we ask what it means to be a “start-upper” in the Morocco of the 2010s. Who are those who embark on this path, and what is their logic? The desire to demystify entrepreneurship and to study what it means to be a “startupper” is accompanied by a theoretical ambition, namely how to conceive the entrepreneur as an actor both socialized and embedded in relational structures.In the first part, we use a network analysis to understand at the macro level how start-up promotion actors or agencies (associations, incubators, etc.) seek to impose a symbolic revolution in the Moroccan field of entrepreneurship. Through a process of selection of “start-uppers” profiles and an active socialization, these “promoters” participate in the emergence of a cohesive group likel to be the ambassadors of the ideology that the western ideology of the “start-up” carries.On a more micro level, we analyze what makes an entrepreneur’s commitment to the “uncertain horizon” – that is, the creationof a “start-up” – possible. If an entrepreneur can be characterized by a willingness to act given his level of risk aversion, we show that these traits are not fixed but become active only in some biographical periods. The socio-genetic analysis of their discourses also suggests that the aspiration for financial enrichment is rarely a priority. Financial gains are secondary to the desire for distinction and to show of one’s uniqueness that often goes hand-in-hand with a trajectory of social ascension.Finally, we show that this aspiration to distinguish themselves and build their singularity is also observed at the meso level.“Start-up” entrepreneurs aspire to become autonomous, i.e. maintaining a level of social embeddedness in order to feel not constraint by networks or social groups (especially family). How “start-up” entrepreneurs mobilize their social networks to obtain resources during the creation process is particularly illustrative of their motivating drivers. On the one hand, these entrepreneurs find themselves with a desire for increased autonomy, and on the other, with the desire to construct an economically sustainable enterprise.Demystifying the figure of the entrepreneur is allowed by a multilevel analysis coupled with the analysis of temporalities thatmakes entrepreneurship possible. There is no "startupper", but individuals who, at a given moment in their existence and in a given context, find an interest in - and can - claim it.Le Maroc se caractérise depuis quelques années par l’apparition d’associations, d’incubateurs et autres réseaux institutionnalisés qui promeuvent « l’esprit start-up ». La circulation de ces registres discursifs occidentaux, volontiers associés à l’idée de modernité et de progrès, interroge quant aux relais qu’ils trouvent au sein du pays et aux réappropriations dont ils font l’objet. Loin de l’image éculée des quelques « success stories » de la côte ouest états-unienne, nous nous demandons ce qu’être « startupper » veut dire dans le Maroc des années 2010. Qui sont celles et ceux qui se lancent dans cette voie et quelles sont leurs logiques d’action ? Notre volonté de dénaturaliser l’entrepreneuriat et d’étudier la plasticité de sa forme dite start-up se double d’une ambition théorique, à savoir concevoir l’entrepreneur comme un acteur à la fois socialisé et encastré dans des structures relationnelles. Pour ce faire, la thèse se situe au croisement d’une sociologie « dispositionnaliste » et d’une sociologie de l’encastrement.La première partie appréhende les créations de start-up à partir d’un point de vue macrosocial et illustre en quoi les stratégiesdes « promoteurs » de la start-up sont orientées vers une tentative de révolution symbolique dans le champ marocain. En sélectionnant les profils de « startuppers » et en exerçant sur eux une action enveloppante, ces « promoteurs » participent à l’émergence d’un groupe susceptible de relayer l’idéologie dont la start-up est porteuse.La deuxième partie porte ensuite le regard à l’échelle microsociologique des trajectoires individuelles, sur les conditions depossibilité d’un engagement en « horizon incertain » que représente la création d’une start-up. Sont observées en particulier lesdispositions au changement et à la prise de risque et les moments biographiques durant lesquels ces dispositions sont réactualisées.L’analyse sociogénétique du discours des « startuppers » suggère que l’aspiration à l’enrichissement économique est rarement une logique d’action centrale. Elle se retrouve davantage subordonnée à des logiques de distinction qui s’expriment par un désir de singularisation, souvent corollaire d’une trajectoire d’ascension sociale.La troisième partie montre enfin, au niveau méso-social, que ce projet trouve support dans une recherche d’autonomisation des« startuppers » vis-à-vis de certains de leurs réseaux et sphères d’appartenance, notamment de la famille. Ces liens forts sontparticulièrement peu sollicités pour obtenir des ressources ce qui limite la possibilité de leur intrusion dans la start-up. L’espaced’autonomie créé à travers l’entreprise reste néanmoins conditionné par la rentabilité de cette dernière. Les « startuppers » se trouvent ainsi en tension entre désirs de se singulariser et de s’autonomiser de certains liens d’un côté et nécessité de construire une entreprise économiquement pérenne de l’autre.Le croisement des niveaux d’analyse de l’acte d’entreprendre et des temporalités qui le rendent possible nous amène à soutenirqu’il n’existe pas plus de « startupper » que d’« entrepreneur », mais des individus qui, à un moment donné de leur existence et dans un contexte donné, trouvent un intérêt à – et peuvent – s’en revendiquer
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