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Pain and Suffering: In Conversation with Paul Ricœur
In this contribution, I focus on three key questions that arise when engaging with Ricœur’s lecture, “Suffering is Not Pain.” The first is the methodological issue concerning the philosopher’s role, particularly in taxonomizing. I will examine mental taxonomy, as well as taxonomy more broadly, before turning to pain and suffering more specifically. I then move to Ricœur’s characterization and contrast of suffering and pain throughout the lecture. Following this, I expand on Ricœur’s definition of suffering as a diminution of the power to act by incorporating my own account of suffering as a significant disruption to agency. I explore how this expanded view can contribute to a deeper investigation of Ricœur’s agentive hypothesis of suffering within each of his three identified “moments” of suffering, thus enhancing our understanding of the specific agentive challenge that suffering represents.Dans cette contribution, je me concentre sur trois questions clés qui émergent de l’analyse de la conférence de Ricœur, « La souffrance n’est pas la douleur ». La première concerne la méthodologie et le rôle du philosophe, notamment en ce qui a trait à la taxonomie. J’examinerai la taxonomie mentale ainsi que la taxonomie en général, avant de me pencher plus spécifiquement sur les notions de douleur et de souffrance. J’aborderai ensuite la caractérisation et le contraste que Ricœur établit entre souffrance et douleur au cours de sa conférence. Enfin, je développerai la définition de la souffrance selon Ricœur, comprise comme une diminution du pouvoir d’agir, en y intégrant ma propre description de la souffrance comme une perturbation significative de l’« agency ». J’explorerai comment cette vision élargie peut enrichir l’examen de l’hypothèse agentive de la souffrance chez Ricœur dans chacun des trois « moments » de souffrance qu’il identifie, approfondissant ainsi notre compréhension du défi agentif particulier que représente la souffrance
Les apories de l\u27identité narrative
The notion of narrative identity brings the possibility of self-identity (or idem-identity) with that of change. But is what Ricoeur calls a “dialectical” mediation between identity and change necessary? Only if identity is supposed to exclude change, but this is not the case with identity in the most fundamental sense of the term: numerical identity. The second difficulty is that Ricoeur often seems to reduce the notions of history and narration to one another. It is hardly controversial that we are historical beings, but does this mean that our identity depends on the narratives we fashion for our histories? Finally, the third aporia lies in the primordial position Ricoeur gives to fiction in his determination of narrative identity. However, it’s not at all clear that fictional characters enjoy a genuine identity in any possible sense: e.g., contemporary theorists of reference such as Saul Kripke and David Kaplan have insisted that fictional characters possess only an appearance of identity. How, then, can we make this semblance of identity, which amounts to a bundle of more or less stable characteristics, the model for addressing the question of the status of our real identities?La notion d’identité narrative place la possibilité de l’identité à soi (ou identité-idem) avec celle du changement. Mais a-t-on besoin d’une médiation « dialectique », comme la désigne Ricœur, entre identité et changement ? Seulement si l’identité est supposée exclure le changement. Or, tel n’est pas le cas de l’identité au sens le plus fondamental du terme, l’identité numérique. La seconde difficulté tient à ce que Ricœur paraît souvent rabattre l’une sur l’autre les notions d’histoire et de narration. Nous sommes des êtres historiques, cela n’est guère discutable, mais est-ce à dire que notre identité dépend de la narration que nous faisons de notre histoire ? Enfin, la troisième aporie réside dans la place primordiale accordée par Ricœur à la fiction dans sa détermination de l’identité narrative. Or il n’est pas du tout évident que les personnages de fiction jouissent d’une identité véritable en un quelconque sens. Des théoriciens contemporains de la référence, tels Saul Kripke ou David Kaplan, ont au contraire insisté sur le fait que les personnages romanesques ne possédaient qu’une apparence d’identité. Comment dès lors faire de ce semblant d’identité, qui se réduit à un faisceau de caractéristiques plus ou moins stables, le modèle pour penser nos identités réelles
Ricœur’s Practical Philosophy of Suffering in Medicine: a Contextualization of “Suffering is Not Pain” with Other Peripheral Works
Contextualizing Ricœur’s lecture “Suffering is Not Pain” alongside his other peripheral works on the matter uncovers a “practical philosophy,” that could provide new perspectives for clinicians faced with suffering. The analysis unfolds in four stages. First, it examines Ricœur’s interest in dialoguing with psychiatry to nourish his philosophical work. Second, it highlights Ricœur’s contributions as a third party to help psychiatrists overcome some major issues at that time. Third, it contextualizes the topic of suffering within the prevailing medical views at that time, and their corresponding issues in clinical practice. Finally, it delineates three principles for an applied ethics of suffering; namely, the need to dissociate suffering from any moral justification, approaching the therapeutic relationship as an alliance, and a minimal recognition that patients endure despite the damages suffering inflict on the self-other axis, to preserve their dignity.Contextualiser la conférence de Ricœur « La souffrance n’est pas la douleur » parmi ses autres travaux périphériques sur ce sujet révèle une « philosophie pratique » pouvant offrir des perspectives fécondes aux cliniciens confrontés à la souffrance. L’analyse s’offre en quatre temps. Premièrement, elle examine l’intérêt de Ricœur pour un dialogue avec la psychiatrie. Deuxièmement, elle recense les contributions de Ricœur pour aider les psychiatres à surmonter les problématiques épistémologiques et cliniques majeures de cette époque. Troisièmement, elle contextualise le choix du sujet de la souffrance au sein des conceptions médicales dominantes et de leurs impasses. Enfin, elle dégage trois principes pour une éthique appliquée : la nécessité de dissocier la souffrance de toute justification morale, la considération de la relation thérapeutique comme une alliance et la reconnaissance minimale de l’endurance des patients pour préserver leur dignité malgré les dommages que la souffrance inflige à un soi qui ne se conçoit pas en dehors de sa relation à l’autre
Discourse, Metaphysics, and Hermeneutics of the Self
“Discourse, Metaphysics ,and Hermeneutics of the Self” deals with the connection between the hermeneutics of the self, as constituted in the ethical-anthropological framework of Oneself as Another (1990), and Ricoeur’s conception of a metaphysics of human agency as developed within this period of his work. It relates to his inquiries in the fields of ontology and metaphysics, from the lectures entitled Être, essence et substance chez Platon et Aristote (1953-1954) – translated as Being, Essence and Substance in Plato and Aristotle (2013)—, up to “De la métaphysique à la morale” (1993) published in the Revue de métaphysique et de morale – translated into English as “From Metaphysics to Moral Philosophy” (1996)—, via the article “Ontologie” (1972) for Encyclopaedia Universalis, the last chapter of The Rule of Metaphor (1975), and the first section of the conclusions to the third volume of Time and Narrative (1985). Ricœur aims at determining a specific kind of philosophical discourse as a common ground for the perspectives stemming from a hermeneutic phenomenology and from a more speculative ontological-metaphysical research.« Discours, métaphysique et herméneutique du soi » revient sur les liens entre l’herméneutique du soi, telle qu’elle est déployée dans le cadre éthique-anthropologique de Soi-même comme un autre (1990), et la conception ricœurienne d’une métaphysique de l’agir humain, telle que revendiquée au cours de la même période. Synthétisant des recherches dans les champs de l’ontologie et de la métaphysique – depuis les cours de 1953-1954 intitulés Être, essence et substance chez Platon et Aristote jusqu’à l’article « De la métaphysique à la morale » (1993) publié dans la Revue de métaphysique et de morale, en passant par l’article « Ontologie » (1972) pour Encyclopædia Universalis, la dernière étude de La métaphore vive (1975) ou la première section des conclusions de Temps et récit (1985) –, Ricœur vise à déterminer un discours philosophique en tant que sol commun à ces perspectives issues d’une phénoménologie herméneutique et d’une recherche ontologique-métaphysique plus spéculative
The Ontology of Actuality and Potentiality as a Way for a Speculative Approach to the Aporetics of Time
In this article we will show the process that allowed Ricœur to apply the Aristotelian ontology of actuality and potentiality to his hermeneutics, and how this development ended up providing him with a speculative solution to the aporetics of time. We will distinguish two alternative solutions: the poetic solution, given in Time and Narrative and the speculative one, developed in Memory, History, Forgetting. Despite the importance of the existential analytic, we believe that the introduction of the Spinozian conatus was decisive for Ricoeur’s change of perspective.Dans cet article, nous montrerons le processus qui a permis à Ricœur d’appliquer l’ontologie aristotélicienne de l’acte et de la puissance à son herméneutique, et comment ce développement a fini par lui fournir une solution spéculative à l’aporétique du temps. Nous distinguerons deux solutions alternatives : la solution poétique, donnée dans Temps et récit, et la solution spéculative, développée dans La mémoire, l’histoire, l’oubli. Bien que dans les deux cas l’analytique existentielle joue un rôle important, nous considérons que c’est l’introduction du conatus spinozien qui a rendu possible le changement de perspective
Another in Oneself: Hybridity of the narrative identity and followability as narrative hospitality for others
The following article investigates the hybridity of narrative identity. It explores how idem-identity and the ipse-identity interrelate through time and otherness and illustrates the process of self’s reflexive re-cognition via others. It posits that narrative identity encompasses both private and public dimensions, requiring a co-authorship that integrates collective identities. This article argues for an ethical dimension to this identity, emphasizing the reciprocal movement between self and other. It introduces the concept of followability, which involves reconstructing narratives in a resonance relationship, fostering narrative hospitality and mutual transformation. The study concludes by proposing an eschatological perspective as a horizon for followability, enhancing narrative refiguration through future-oriented imagination.Cet article examine l’hybridité de l’identité narrative. Il explore comment l’identité-idem et l’identité-ipse entrent en relation mutuelle à travers le temps et l’altérité et illustre le processus de reconnaissance réflexive de soi via les autres. Il postule que l’identité narrative englobe à la fois des dimensions privées et publiques, nécessitant une co-auteurisation qui intègre les identités collectives. Cet article plaide en faveur de la dimension éthique de cette identité, en mettant l’accent sur le mouvement réciproque entre soi et l’autre. Il fait appel au concept de « followability », qui implique la reconstruction des récits dans une relation de résonance et favorise l’hospitalité narrative ainsi que la transformation mutuelle. L’étude conclut en proposant une perspective eschatologique comme horizon de cette « followability », susceptible de renforcer la refiguration narrative par le biais d’une imagination tournée vers l’avenir
Après la « Petite Éthique » de Paul Ricœur (1990), le sens de sa révision (2001)
Paul Ricœur presents his ethical thought in two important texts: first, in studies 7, 8, and 9 of Oneself as Another (1990), and eleven years later (2001), in the article, “From the Moral to the Ethical and to Ethics,” in Reflections on the Just. As well known, the discussion in Oneself as Another moves from ethics to morality to practical wisdom. The present article emphasizes the implications of Ricoeur’s rethinking of this relation in his 2001 presentation. There Ricoeur inverts his order, beginning with the morality of duty, the origin of which must be thought before the ethics of the good life, now called “anterior ethics.” Two questions are then posed: what is the basis of duty and obligation, and what is the relationship between practical wisdom and “posterior ethics,” the new title given to “practical wisdom”? Lastly, the article incorporates an essential detail Ricœur developed in his essay Love and Justice, with a view toward completing his most recent overview of ethics.En deux textes importants Paul Ricœur présente sa pensée éthique : en premier lieu, dans les études 7, 8 et 9 de Soi-même comme un autre (1990) et, onze ans après (2001), dans l’article « De la morale à l’éthique et aux éthiques » dans Le juste 2. Comme on le sait, la discussion dans Soi-même comme un autrepasse de l\u27éthique à la morale et à la sagesse pratique. Le présent article met l\u27accent sur les implications de la refonte de cette relation par Ricœur dans sa présentation de 2001. Ricœur y inverse son ordre, en commençant par la morale du devoir, dont l’origine doit être pensée avant l’éthique de la vie bonne, devenue entre-temps « éthique antérieure ». Deux problèmes se posent alors : quel est le fondement du devoir et de l’obligation ? Quelle est la relation entre sagesse pratique et les « éthiques postérieures », nouveau titre donné à « la sagesse pratique » ? Nous incorporons enfin une donnée essentielle que Ricœur développe dans son écrit Amour et justice, en vue de compléter son plus récent panorama de l’éthique.
De Rawls à Ricœur : les paradoxes de la justice
The article explores Ricœur’s critical interpretation of Rawls’ theory of social justice. While Ricœur has a dialectical conception of justice (where the “good” encompasses the “just”), contrasting with Rawls’ procedural approach (where the just is defined independently of the good), Ricœur shows a strong interest in Rawls’ ideas. He situates Rawls’ project within one of the moments of the dialectic of the just: the moral moment. This dialectic arises from the aporetic nature of the just and manifests in ethical life as three paradoxes: political, legal, and socio-economic. While Rawls’ approach struggles with these paradoxes, they are the driving force of Ricœur’s approach to justice, highlighting its strength.L’article explore l’interprétation critique que Ricœur propose de la théorie de la justice sociale de Rawls. Bien que Ricœur ait une conception dialectique de la justice (selon laquelle le « bon » englobe le « juste »), contrastant avec l’approche procédurale de Rawls (selon laquelle le juste est défini indépendamment du bon), Ricœur exprime un intérêt marqué pour les idées de Rawls. Il rapporte le projet rawlsien à l’un des moments de la dialectique du juste : le moment moral. La dialectique prend sa source dans le contenu aporétique du juste et elle se manifeste, dans la vie éthique, à travers trois paradoxes : politique, juridique et socio-économique. Alors que l’approche rawlsienne bute sur ces paradoxes, il sont le ressort de l’approche ricoeurienne de la justice et en révèlent la puissance
Solicitude, Emotions, and Narrative in Technology Design Ethics
The first objective of this paper is to recognize the role of emotion and feeling in Ricœur’s “little ethics” and what they can further add to it, then to explore in more detail how solicitude as a virtue, and affective disposition more broadly, can contribute to a modern ethics of technology. Ultimately, emotions help us to understand technologies and technological ways of being today; Ricœur’s “little ethics”, along with his narrative theory, provide a framework for understanding the ethically salient aspects of technical practice, especially through the openness to the other demanded by solicitude, and essentially by emphasising emotion or feeling as a way of being in the world, and a mode of existence: one which is done with, if not sometimes because of, technology and technical practice.L’objectif de cet article est d’abord de reconnaître le rôle de l’émotion et du sentiment dans la « petite éthique » et d’examiner ce que peuvent être leurs apports complémentaires ; puis il explore plus en détail comment le concept de la sollicitude en tant que vertu, et, plus largement, la disposition émotionnelle, sont susceptibles de contribuer à une éthique moderne de la technologie. Il montre enfin que les émotions nous aident à comprendre les technologies et les modes d’existences technologiques aujourd’hui ; la « petite éthique » de Ricœur, ainsi que sa théorie narrative, offrent un cadre qui nous aide à comprendre les aspects éthiques le plus essentiels de la pratique technologique, en montrant en particulier l’ouverture à l’autre que requiert la sollicitude et en mettant fondamentalement l’accent sur l’émotion ou le sentiment comme manières d’être au monde, et comme modes d’exister : lesquels se réalisent avec, voire même parfois à cause de la technologie et de la pratique technologique
La place de la clinique dans « La souffrance n’est pas la douleur » de Paul Ricœur
This essay tries to underline the original position, sometimes hidden, sometimes not recognized by the author himself, that Paul Ricoeur attributes to psychiatric clinical experience in his lecture “Suffering is not pain”. Ricoeur first seems to separate markedly medical and philosophical phenomenological discourses, each having to separate objects and methods. But in many instances, some quite decisive, Ricoeur is compelled to dive into clinical experience in order to inform his phenomenology of suffering. He then seems to point at the necessity of an authentic clinical philosophy, ultimately attentive to the paramount role of pain in any suffering.Cet article s’efforce de relever la place originale, parfois discrète, parfois non reconnue par l’auteur lui-même, qui est dévolue à l’expérience clinique psychiatrique par Paul Ricœur dans sa conférence « La souffrance n’est pas la douleur ». En effet, celle-ci semble de prime abord nettement séparer discours médical et discours philosophique phénoménologique, qui auraient deux objets et méthodes bien distincts. Pour autant, en bien des points, pour certains décisifs, Ricœur est amené à puiser dans l’expérience clinique pour alimenter sa phénoménologie de la souffrance. Il nous semble ainsi esquisser la nécessité d’une authentique philosophie clinique, attentive in fine à la place essentielle de la douleur dans toute souffrance