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L'économétrie en grande dimension
Ce document de travail est une courte introduction aux principaux problèmes que l'on rencontre lorsque l'on souhaite faire de l'économétrie en grande dimension, c'est-à-dire lorsque p > n -pour chaque observation, on dispose d'un nombre de caractéristiques potentiellement proportionnel ou plus grand que la taille de l'échantillon. La première partie présente les solutions standards de régression pénalisée (Lasso et Ridge). La seconde partie illustre et traite du problème de l'inférence post-sélection et du biais de régularisation. La dernière partie traite de la détection des effets hétérogènes dans les expériences aléatoires au moyen d'algorithmes de machine learning. Des illustrations en code R sont disponibles sur le répertoire GitHub associé : https://github.com/InseeFrLab/grandedim
Au-delà du PIB, une estimation PIB ressenti en Europe et aux Etats-Unis
This paper attempts to define and compute a “Real Feel GDP”, by analogy with meteorologist’s Real FeelTemperature. It is in such terms that we interpret a standard Kolm-Atkinson social welfare function, estimatedwith life-satisfaction micro data reported in Euro-SILC surveys. Using long run World Inequality Labdistributional data, we find that USA haven’t seen any improvement of our Real Feel GDP for the past 40 years,meaning that economic growth did not result in a better aggregate monetary well-being. In the meantime, in mostEuropean countries, except over the recent years, Real Feel GDP and GDP evolved similarly. We also find thateconomic downturns have lasted much longer than measured by GDP. Indeed, US Real Feel GDP took 10 yearsto recover its pre- crisis level after the second petrol shock; almost 10 years after the 2008 downturn, EuropeanReal Feel GDP had not yet recovered its pre-crisis level.L'article tente de définir et de calculer un «PIB ressenti», par analogie avec la température ressentie utilisée par les météorologues. C'est en ces termes que nous interprétons une fonction standard de bien-être social de Kolm-Atkinson, estimée avec les micro-données de satisfaction dans la vie rapportées dans les enquêtes Euro-SILC. En utilisant les données longues de distribution de revenu du World Inequality Lab, nous mettons en évidence, aux États-Unis, une stagnation au cours des 40 dernières années du PIB ressenti ainsi défini, signifiant que la croissance économique n'y a pas entraîné un meilleur bien-être monétaire global. Dans l'intervalle, dans la plupart des pays européens, sauf au cours des dernières années, le PIB ressenti et le PIB ont évolué de manière similaire. Nous montrons également que les ralentissements économiques ont duré beaucoup plus longtemps, en terme de bien-être monétaire, que mesurés par le PIB. En effet, le PIB réel des États-Unis a mis 10 ans pour retrouver son niveau d'avant la crise après le deuxième choc pétrolier; près de 10 ans après le ralentissement de 2008, le PIB réel européen n'avait pas encore retrouvé son niveau d'avant la crise
L’effet hétérogène du commerce international sur l’innovation
We analyze how demand conditions faced by a firm in its export markets impact its innovationdecisions. To disentangle the direction of causality between export demand and innovation, weconstruct a firm-level export demand shock which responds to aggregate conditions in a firm's exportdestinations but is exogenous to firm-level decisions. Using exhaustive data covering the Frenchmanufacturing sector, we show that French firms respond to exogenous growth shocks in their exportdestinations by patenting more; and that this response is entirely driven by the subset of initially moreproductive firms. The patent response arises 2 to 5 years after a demand shock, highlighting the timerequired to innovate. In contrast, the demand shock raises contemporaneous sales and employment forall firms, without any notable differences between high and low productivity firms. We show that thisfinding of a skewed innovation response to common demand shocks arises naturally from a model ofendogenous innovation and competition with firm heterogeneity. The market size increase drives allfirms to innovate more by increasing the innovation rents; yet by inducing more entry and thus morecompetition, it also discourages innovation by low productivity firms.Nous analysons comment les conditions de la demande auxquelles est confrontée une entreprise surses marchés d’exportation influent sur ses décisions d’innovation. Pour s’assurer du sens de lacausalité de la demande vers l’innovation, nous exploitons un choc sur la demande adressée auxexports de l’entreprise, mais qui est indépendant des décisions prises par l’entreprise. En utilisant desdonnées exhaustives sur le secteur manufacturier français, nous montrons que les entreprisesfrançaises brevettent davantage lorsque leurs marchés d’export croissent plus fortement de manièreexogène. Cette réponse est entièrement imputable aux entreprises initialement les plus productives. Laréponse du brevet est perceptible 3 à 5 ans après un choc de demande, mettant en évidence le tempsnécessaire pour innover. En revanche, les ventes et l’emploi augmentent en même temps que le chocde demande, et ceci de façon similaire pour les entreprises quel que soit leur niveau de productivité.Nous montrons que cette réponse différente de l’innovation à des chocs de demande communs découlenaturellement d’un modèle d’innovation et de concurrence endogène avec une hétérogénéité desentreprises. L’augmentation de la taille du marché pousse toutes les entreprises à innover davantage enaugmentant les rentes d’innovation; cependant, en induisant plus d’entrées et donc plus deconcurrence, elle décourage également l’innovation des entreprises à faible productivité
Technologies de l’information et rendements d’échelle
Relying on a novel dataset on hardware and software investments in the universe of French firms, wedocument a robust within-industry correlation between firm size and the intensity of IT demand. Toexplain this fact, we argue that the relative marginal product of IT inputs may rise with firm scale,since IT helps firms deal with organizational limits to scale. We propose a general equilibrium modelof industry dynamics that features nonhomothetic production functions compatible with thismechanism. Estimating this production function, we identify the nonhomotheticity of IT demand andfind an elasticity of substitution between IT and non- IT inputs that falls below unity. Under theestimated model parameters, the cross-sectional predictions of the model match the observedrelationship of firm size with IT intensity (positive) and labor share (negative). In addition, in responseto the fall in the relative price of IT inputs in post-1990 France, the model explains about half of boththe observed rise in market concentration and the market reallocations toward low-labor-share firms.En nous appuyant sur des données encore peu exploitées sur l’investissement en équipementsinformatiques et en logiciels des entreprises françaises, nous documentons une corrélation robuste etpositive entre la taille des entreprises et l’intensité de leur demande en TIC. Nous expliquons ceconstat en défendant l’idée que le produit marginal des TIC augmente avec l’échelle de la production :les TIC aident en particulier les entreprises à dépasser les contraintes d’organisation liées à leur taille.Nous proposons un modèle d’équilibre général de dynamique sectorielle où la fonction de productiondes entreprises est compatible avec ce mécanisme. Nous estimons cette fonction de production etmontrons que la demande en TIC est non-homothétique et que l’élasticité de substitution entre les TICet les autres facteurs de production est inférieure à l’unité. Nous montrons que la relation positiveobservée entre la taille des entreprises et leur intensité en TIC et celle, négative, entre leur taille et lapart du travail dans leur valeur ajoutée, correspondent aux prédictions du modèle calibré selon lesvaleurs estimées des paramètres. En outre, en réponse à la baisse du prix relatif des TIC après 1990 enFrance, le modèle explique environ la moitié de la hausse observée de la concentration et de laréallocation des parts de marché vers les entreprises à faible part du travail
Qu’est-ce qu’une donnée ? Impact des données externes sur la statistique publique
International audienceOfficial statisticians use an original raw material, namely data: survey data, but also administrative data. They also use other management data that are not the result of an observation process. Understanding this material means exploring its main dimensions, using the definition of data as a triple . All data are characterized by a set of conventions, about semantics, classifications, formats, etc. Moreover, data exist within a knowledge infrastructure, and they are stored according to non-neutral choices. Data also depend on the environment in which they were born, and on the productive processes that use them. We then see that data cannot be pure and perfect: data are not given, they are side effects of operational processes. Using efficiently such a material for the purpose of official statistics requires unravelling the implicit set of existing conventions, and building a kind of observation system a posteriori, taking into account the ecosystem in which these data were embedded.Le statisticien public utilise une matière première originale : les données. Mais outre celles qui sont issues d'enquêtes ou de déclarations administratives, il est amené à mobiliser des données d'autres natures, qui ne résultent pas toujours d'un processus d'observation. Comprendre ce matériau « data », c'est en explorer les principales dimensions, en s'appuyant sur le triplet . Toute donnée se caractérise par un vaste faisceau de conventions (sémantique, nomenclatures, formats, etc.), et par l'infrastructure de connaissances dans laquelle elle s'inscrit, impliquant des choix qui n'ont rien de neutre. Une donnée se révèle aussi dépendante de l'environnement qui lui a donné naissance, et des processus productifs qui l'utilisent. On constate alors que les données ne sont pas pures et parfaites, ne vont pas de soi : paradoxalement, les données ne sont pas données. Pour les besoins de la statistique publique, utiliser efficacement une telle matière requiert de démêler un entrelacs de conventions, et de construire une sorte d'appareil d'observation a posteriori, rigoureux sur les temporalités, et tenant compte de l'écosystème dans lequel la donnée externe s'inscrit
L’économie numérique fausse‑t‑elle le partage volume‑prix du PIB ? L’expérience française
International audienceThe slowdown in economic growth over the past two decades is in contrast with thedigitisation of the economy. As a result, certain economists are wondering about a possibleproblem in measuring GDP and, in particular, its volume‑price split. The article reviews the meth‑ods used by statisticians, with a focus on France, to distinguish changes in price from changesin volume, with a particular attention to the particularities and difficulties linked with the digitaleconomy: communication goods and services, the existence of forms of digital sales, the emergenceof new digital services and the development of free services. While the methods put in placedeserve to be questioned, a simulation shows that an error in the measurement of the prices ofinformation and communication products is not likely to explain the slowdown in economic growth.Le ralentissement de la croissance économique ces vingt dernières années contraste avec la numérisation de l'économie. De ce fait certains économistes s'interrogent sur un problème éventuel de mesure du PIB et notamment de son partage volume-prix. L'article revient sur les méthodes utilisées par les statisticiens, avec un focus sur le cas français, pour distinguer les changements de prix des changements de volume, en s'intéressant particulièrement aux particularités et aux difficultés liées à l'économie numérique : les biens et les services de communication, l'existence de formes de ventes numériques, l'apparition de nouveaux services, le développement de services gratuits. Si les méthodes mises en place méritent d'être questionnées, une simulation montre qu'une erreur sur la mesure des prix des produits d'information et de communication n'est pas de nature à expliquer le ralentissement de la croissance économique
Les dimensions dans les projections mondiales : un état des lieux
International audienceThe addition of dimensions beyond age and sex in multistate population projections has two major objectives: first, to increase the accuracy of the projected population by capturing the heterogeneity present in the population that could affect the overall system; secondly, and more importantly, to increase the level of information provided by the projections. This article reviews the main dimensions that have been projected in the past, emphasizing global projections of educational attainment, which have been used largely in modeling exercises outside of the demographic realm. Furthermore, we propose some other dimensions that could be projected in a multistate fashion, possibly for most countries.L'ajout de dimensions allant au-delà de l'âge et du sexe dans les projections de population multi-états a deux finalités principales : premièrement, renforcer l'exactitude des projections en tenant compte de la nature hétérogène de la population, qui pourrait affecter le système dans son ensemble, et, deuxièmement -et surtout -faire en sorte que les projections produisent un plus grand nombre d'informations. Cet article examine les principales dimensions projetées par le passé, mettant l'accent sur les projections mondiales établies pour le niveau d'éducation, qui sont grandement utilisées dans les exercices de modélisation en dehors du contexte démographique. Nous proposons également d'autres dimensions qui pourraient être projetées de façon multi-états, potentiellement pour la plupart des pays
La mortalité stagne à l’âge adulte pour les générations nées entre 1941 et 1955
International audienceSince the end of the 19th century, mortality has tended to decline from generation to generation, but for those born between 1941 and 1955, it has stagnated in adulthood. In early adulthood, this stagnation is mainly due to an increase in traffic accidents, suicides and, for those born around 1955, to the onset of AIDS. Throughout their adult lives, the evolution of mortality is less favorable than for previous or subsequent cohorts, for almost all causes of death. Depending on the cause, mortality declines less for the cohorts born between 1941 and 1955 than for previous and subsequent cohorts, or it increases while it decreases for other cohorts. This is the case in particular for tumors, cardiovascular diseases and deaths mainly caused by alcohol or tobacco. The women of these cohorts started smoking massively in their youth, while the men are the ones who smoked the most during their lifetime. These cohorts may also be more physically or mentally fragile. In March and April 2020, these cohorts experienced a significant excess of deaths, mainly due to the COVID-19 epidemic.Depuis la fin du XIXᵉ siècle, la mortalité a tendance à baisser de génération en génération, mais pour celles nées entre 1941 et 1955, elle stagne à l’âge adulte. Au début de leur vie adulte, cela s’explique principalement par une augmentation des accidents de la route, des suicides et, pour les personnes nées vers 1955, par l’apparition du sida. Tout au long de leur vie adulte, l’évolution de la mortalité est moins favorable que pour les générations précédentes ou suivantes, et ce, pour quasiment toutes les causes de décès. Selon les causes, la mortalité baisse moins pour les générations nées entre 1941 et 1955 que pour les générations précédentes et suivantes, ou bien elle augmente alors qu’elle diminue pour les autres générations. C’est le cas notamment pour les tumeurs, les maladies cardiovasculaires et les décès fortement liés à la consommation d’alcool ou de tabac. Les femmes de ces générations se sont mises massivement à fumer dans leur jeunesse, tandis que les hommes sont ceux qui ont le plus fumé au cours de leur vie. Ces générations pourraient aussi présenter une fragilité physique ou mentale plus importante. En mars et avril 2020, elles ont connu un excès de décès important, lié principalement à l’épidémie de Covid-19
Le vieillissement de la population française est‑il inéluctable ?
International audienceA population projection is not a certain prediction, but rather an estimate of what the future evolution of the population might be under certain assumptions about changes in mortality, fertility and migration, around a central scenario that suggests a continuation of recent demographic trends. This article looks at the assumptions made for the population projections conducted for France in 2016. It first reviews the approach used by Insee to establish them, and then examines the more or less certain nature of the main results. The ageing process observed for more than a century is expected to continue; however, if an indicator based on "prospective age" is used, the population would not age. The evolution of the population as a whole is uncertain. In 2070, the size of the population of the 28-member European Union would be close to that of 2019. The improvement in life expectancy combined with a positive migratory balance would compensate for a fertility level that does not allow for the renewal of generations.Une projection de population n’est pas une prévision certaine, mais une estimation de ce que pourrait être l’évolution future de la population sous certaines hypothèses d’évolution de la mortalité, de la fécondité et des migrations, autour d’un scénario central qui suppose la poursuite des tendances démographiques récentes. Cet article s’intéresse aux hypothèses des projections de population établies pour la France en 2016. Il revient d’abord sur l’approche retenue par l’Insee pour les établir, puis examine le caractère plus ou moins certain des principaux résultats. Le vieillissement observé depuis plus d’un siècle devrait se poursuivre ; toutefois en retenant un indicateur basé sur « l’âge prospectif », la population ne vieillirait pas. L’évolution de l’ensemble de la population est, quant à elle, incertaine. En 2070, l’effectif de la population de l’Union européenne à 28 serait proche de celui de 2019. L’amélioration de l’espérance de vie combinée à un solde migratoire positif compenserait un niveau de fécondité ne permettant pas le renouvellement des générations
L’optimisation fiscale au sein des entreprises : le cas des ajustements de chiffres d’affaires
Corporate tax codes can have notches; values where after-tax profits decrease in before-tax sales. Firms endogenously respond to notches, leading to excess mass in the firm-size distribution. We study a 1997 policy reform in which the French government implemented a transient tax reform that increased profit taxes by 15% for firms with over 50 million Francs in turnover. We use two distinct and complementary approaches to estimate the extent of tax avoidance: (a) using firms far away from (and therefore unlikely to be responsive to) the tax notch in the same year and (b) the entire firm size distribution before the tax reform. Both strategies generate similar results for the extent of tax avoidance. We show that the firms who avoid the tax are the ones with the lowest calibrated adjustment costs and those with the larger profits. The tax avoidance behavior comes mostly from increases in inventories and decreases in sales.Le code de l'impôt sur les sociétés peut créer des encoches; des situations où le profit après impôt diminue quand les ventes avant impôt augmentent. Les entreprises réagissent de façon endogène à ces encoches, ce qui entraîne un excès de masse dans la distribution de la taille de l'entreprise. Nous étudions une réforme fiscale transitoire mise en place en 1997 qui a augmenté l'impôt sur les bénéfices de 15 % pour les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 50 millions de francs. Nous utilisons deux approches distinctes et complémentaires pour estimer l'ampleur de l'optimisation fiscale : a) le recours à des entreprises éloignées de l'encoche fiscale (et donc peu susceptibles d'y répondre) au cours de la même année et b) la répartition de la taille totale des entreprises avant la réforme fiscale. Les deux stratégies donnent des résultats semblables en ce qui concerne l'étendue de l'optimisation fiscale. Nous montrons que les entreprises qui évitent l'impôt sont celles dont les coûts d'ajustement calibrés sont les moins élevés et celles dont les bénéfices sont les plus élevés. Le comportement d'optimisation fiscale provient principalement de l'augmentation des stocks et de la diminution des ventes