Actes sémiotiques (E-Journal)
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    La force illocutoire des défilés du couturier britannique Lee Alexander McQueen

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    Cet article porte sur les défilés de mode du couturier britannique Lee Alexander McQueen, qui se servit de ces événements comme tremplin pour faire réagir, voire provoquer le public et, dans le sillage, rénover le monde de la mode en transgressant presque toutes les règles qui le traverse. Guidées par les propositions théoriques de Denis Vernant concernant le paradigme actionnel et celles de Jacques Fontanille à propos des formes de vie, les analyses des défilés choisis visent à mettre en exergue les moyens employés par le designer pour métamorphoser l’univers de la création vestimentaire en renversant ses assises. La force illocutoire de ces mises en scène saisonnières résulte d’ailleurs spécifiquement de ces multiples retournements, qui concernent autant la confection des étoffes, que les normes de présentation conventionnelles et la théâtralisation des collections gouvernées par des thématiques poignantes.This article is about the fashion shows of British couturier Lee Alexander McQueen, who used these seasonal events as a vector to make the public react and provoke, and in the wake of this, renovating the fashion world by breaking almost all the rules that go through it. Guided by the theoretical proposals of Denis Vernant concerning the action paradigm and those of Jacques Fontanille about life forms, the analyses of the selected catwalks aim to highlight the means employed by the designer to transform the universe of clothing creation by overturning its foundations. The illocutionary force of these seasonal events is specifically due to these multiple reversals, whether it be the making of fabrics, the conventional presentation standards or the dramatization of his collections governed by poignant themes

    Comment se met en place une norme ?Le processus de normalisation vu à travers l’analyse d’un genre de discours : la fiche de lecture

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    Envisagée comme « chaînon manquant » entre la langue et la parole, la norme se réalise au sein d’un dispositif complexe constitué de trois éléments : le discours de référence, les pratiques de manipulation et d’interprétation, les textes objets de ces pratiques. Pour analyser le processus d’émergence d’une norme, et plus précisément d’une norme éditoriale, nous allons analyser un corpus d’écrits particuliers : les fiches de lecture. Premièrement, nous allons nous pencher sur l’émergence de la norme au niveau du signe, en nous appuyant sur l’idée, proposée par Hjelmslev, que la norme occupe la place de la manifestation, c’est-à-dire de la relation entre forme et substance sur le plan de l’expression et du contenu. Deuxièmement, nous allons nous pencher sur l’émergence de la norme au niveau du texte, au sein duquel la norme se présente comme une « contrainte gérée par des positions de valeur » (Fabbri 2020), et cela dans un sens littéralement topologique, en ce qui concerne les écrits. Les normes sont alors envisagées comme des régularités, explorées à l’aide de la notion de routine développée notamment en analyse du discours. Du point de vue sémio-linguistique, les routines concernent autant des séquences linguistiques que sémiotiques, et sont à l’origine des notions de genres et de format.Considered as the “missing link” between language and speech, the norm is achieved within a complex system made up of three elements: the discourse of reference, the practices of manipulation and interpretation, and the texts that are the objects of these practices. To analyse the process of emergence of a norm, and more precisely of an editorial norm, we analyse a particular corpus of writings: reading records. Firstly, we look at the emergence of the norm at the level of the sign, based on the idea, proposed by Hjelmslev, that the norm occupies the place of manifestation, i.e. of the relationship between form and substance at the levels of expression and content. Secondly, we look at the emergence of the norm at the level of the text, within which the norm is presented as a constraint “managed by positions of value” (Fabbri 2020), and this in a literally topological sense, as far as writing is concerned. Norms are then seen as regularities, explored using the notion of routine developed in discourse analysis in particular. From a semio-linguistic point of view, routines concern both linguistic and semiotic sequences, and are at the origin of the notions of genre and format

    Sémiotique de l’expérience : la médiation entre réalité et langageÀ propos de la réalité dans l’œuvre de Jean-Claude Coquet

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    Jean-Claude Coquet distingue phusis et logos, le passage de l’une à l’autre étant assuré par l’articulation entre prise et reprise. Notre proposition consiste, dans cette perspective, à préciser le rôle de l’expérience, et à rendre compte plus finement de l’énonciation, comme processus enchaînant une série de traductions-transpositions. Ce processus serait notamment lié à ce que Greimas appelait la praxis énonciative. Cette proposition vise à élargir la perspective d’une réflexion sur l’articulation entre réalité et énonciation chez Jean-Claude Coquet, en suggérant notamment la pertinence et la compatibilité de solutions théoriques développées dans d’autres types de sémiotiques, lotmanienne et peircienne. Lotman, par exemple, définit la sémiosphère comme le lieu théorique où l’expérience sémiotique reçoit ses conditions d’existence et de pertinence, qui lui permettent de développer des langages. Chez Lotman comme chez Peirce (et même, à sa manière, chez Greimas), les transitions de phase qui conduisent à la sémiose sont conçues comme des traductions, transpositions et transductions. Lorsque le rapport au réel est médiatisé par des dispositifs expérimentaux, des techniques d’exploration et de visualisation, des algorithmes, cet apport s’avère essentiel. À titre provisoire, comme hypothèse de travail et résultat espéré de cette recherche, nous souhaitons développer le processus pratique d’énonciation sous la forme d’une séquence, qui pourrait être celle-ci : [Réflexion → Exploration → Expression → Transmission → Modification].Jean-Claude Coquet distinguishes phusis and logos, the transition from one to the other being ensured by the articulation between capture and recapture. Our proposal consists, in this perspective, of specifying the role of experience, and of giving a more detailed account of enunciation, as a process linking together a series of translations-transpositions. This process would be particularly related to what Greimas called enunciative praxis. This proposal aims to broaden the perspective of a reflection about the articulation between reality and enunciation in Jean-Claude Coquet, by suggesting in particular the relevance and compatibility of theoretical solutions developed in other types of semiotics, Lotmanian and Peircian. Lotman, for example, defines the semiosphere as the theoretical place where semiotic experience receives its conditions of existence and relevance, which allow it to develop languages. In Lotman as in Peirce (and even, in his own way, in Greimas), the phase transitions which lead to semiosis are conceived as translations, transpositions and transduction. When the relationship with reality is mediated by experimental devices, exploration and visualization techniques, and algorithms, this contribution proves essential. Provisionally, as a working hypothesis and hoped-for result of this research, we wish to develop the practical process of enunciation in the form of a sequence, which could be: [Reflection → Exploration → Expression → Transmission → Modification]

    Remarque sur l’intelligibilité de l’échange

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    De la force illocutionnaire de l’énoncé comme potentialité de performativité dans l’interaction verbale

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    L’article propose une définition de la force illocutionnaire comme faisceau de potentialités non seulement de performance d’actes de parole pluriels, mais également de performativité plurielle dans les interactions verbales interpersonnelles et sociales. La thèse de la complexité modale de la force illocutionnaire et de la performativité plurielle qu’elle habilite est illustrée avec l’étude du reproche dans quatre espaces linguistiques et culturels : français métropolitain, anglais américain, arabe marocain et roumain. Le cadre de cette recherche est celui de la sémantique de l’(inter)action verbale – la SIV, développement d’une théorie plus générale du sens linguistique, de ses potentialités discursives et sémantiques, la Sémantique des Possibles Argumentatifs. Les données analysées sont issues d’une recherche expérimentale, portant aussi bien sur les savoirs déclaratifs que sur les savoir-faire langagiers de sujets parlants dans les 4 espaces linguistiques mentionnés.The article proposes a definition of illocutionary force as a bundle of potentialities for not only performing plural speech acts but also for plural performativity in interpersonal and social interactions. The thesis of the modal complexity of illocutionary force and the plural performativity it enables is illustrated through the study of reproach in four linguistic and cultural spaces: metropolitan French, American English, Moroccan Arabic, and Romanian. The framework of this research is that of the semantics of verbal interaction – SIV, a development of a more general theory of linguistic meaning, its discursive and semantic potentialities, the Semantics of Argumentative Possibilities. The data analyzed are drawn from experimental research, focusing on both the declarative knowledge and the linguistic know-how of speakers in the 4 mentioned linguistic spaces

    Approche sémiotico-gestionnelle des ressources humaines : entre système de signes et acteurs organisationnels

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    L’approche sémiotico-gestionnelle des ressources humaines appréhende l’organisation comme un système de signes à l’intérieur duquel évoluent des acteurs organisationnels. La question est, par conséquent, de savoir comment la fonction « ressources humaines » peut établir des synergies communicationnelles reliant son action aux rôles de ses acteurs organisationnels afin de parvenir à une construction négociée du sens et des objectifs. Intéressé par la jonction entre la sémiotique, la communication et la gestion des hommes au travail, il s’agit de montrer que l’énonciation altérante, c’est-à-dire la double réflexivité, entre conscience de soi et conscience de l’autre, est ce qui doit distinguer cette approche sémiotico-gestionnelle. L’objectif ici poursuivi est de modéliser la gestion d’une organisation du point de vue sémiotique, à partir d’une étude de cas, en y saisissant les travailleurs comme des acteurs qui évoluent au sein d’un système élargi de signes.The semiotic-managerial approach to human resources understands the organization as a system of signs within which organizational actors operate. The question, therefore, is how the “human resources” function can establish communicative synergies linking its actions to the roles of its organizational actors in order to achieve a negotiated construction of meaning and objectives. Focused on the intersection of semiotics, communication, and human resource management at work, the aim is to demonstrate that alterative enunciation, that is, double reflexivity between self-awareness and awareness of the other, is what should distinguish this semiotic-managerial approach. The objective pursued, here, is to model the management of an organization from a semiotic perspective, using a case study, by capturing workers as actors within an expanded system of signs

    Au bout du tunnel. Vers un protocole d’analyse sémiotique des controverses écologiques : le cas du projet Lyon-Turin en France1

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    L’article présente les premiers résultats d’un projet de recherche qui, à partir de l’hypothèse de l’Anthropocène, propose d’analyser les conflits écologiques comme des conflits interprétatifs régulés par des opérations de praxis énonciatives. Après avoir précisé l’intérêt de l’étude des controverses pour une sémiotique de la culture et avoir soutenu la pertinence d’une théorie étendue de l’énonciation pour les aborder, l’article analyse les matériaux issus d’enquêtes de terrain et d’archives sur le projet de nouvelle ligne ferroviaire entre Lyon et Turin, dans l’objectif de repenser les dynamiques des conflits environnementaux comme une chaîne d’actes sémiotiques.The article presents the initial results of a research project which, on the basis of the Anthropocene hypothesis, proposes to analyse ecological conflicts as interpretative conflicts regulated by enunciative praxis operations. After specifying the interest of the study of controversies for a semiotics of culture and supporting the relevance of an extended theory of enunciation to address them, the article analyses the materials from field surveys and archives on the project for a new railway line between Lyon and Turin, with the aim of rethinking the dynamics of environmental conflicts as a chain of semiotic acts

    Morsures et acolytat, histoire de vocabulaire.Sujet et non-sujet en relation avec la réalité

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    La relation entre signe et réalité sensible hante la quête du sens. Elle est objet d’un débat qui traverse toute l’histoire de la sémiose depuis Homère jusqu’à Coquet, comme l’atteste le choix des deux termes polaires retenus par ce dernier : phusis et logos. On interroge ainsi les tentatives d’ajustement du discours au réel, entre « morsure » performative, riche de références multiples (dont Benveniste), et distanciation tactique dans l’immanence du texte (Greimas). L’article dresse une typologie de ces écarts, et surtout interroge l’élasticité propre de cette relation entre les mots et les choses, lieu théorique de la phénoméno-logie. On est ainsi conduit à observer le sens tantôt du côté de la phusis, tantôt du côté du logos. Des approches considérant la « sémiotique naturelle » à partir d’une morphosémiotique (Petitot) proposent une articulation plus nuancée entre ces deux pôles. En considérant toutefois que les « prédicats somatiques » (Coquet) sont inévitablement pris dans les filets du logos – qui a pour ainsi dire le dernier mot –, on insiste ici sur la nécessité d’une « bonne distance ». Et on plaide pour une approche fondée sur l’« acolytat », c’est-à-dire un ajustement réciproque du discours et du réel, cohabitation faite de retenue et soucieuse de l’approximation – l’inexorable imperfection.The relationship between sign and sensible reality haunts the quest for meaning. It is the subject of a debate that runs through the entire history of semiosis, from Homer to Coquet, as evidenced by Coquet's choice of two polar terms : phusis and logos. In this way, we examine attempts to adjust discourse to reality, between performative ‘bite’, with its multiple references (including Benveniste), and tactical distancing in the immanence of the text (Greimas). The article draws up a typology of these gaps, and above all questions the elasticity of this relationship between words and things, the theoretical locus of phenomeno-logy. We are thus led to observe meaning from the perspective of phusis or from the logos one. Approaches that consider ‘natural semiotics’ on the basis of morphosemiotics (Petitot) propose a more balanced articulation between these two poles. However, considering that ‘somatic predicates’ (Coquet) are inevitably caught in the net of logos - which has the last word, so to speak - we insist on the need for a ‘good distance’. And we argue for an approach based on ‘acolytat’, that is to say, a reciprocal adjustment of discourse and reality, a cohabitation made up of restraint, mindful of the approximation – the inexorable imperfection

    L’émotion et la règle : stratégies signantes de persuasion affective en Langue des Signes Brésilienne

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    Dans cet article, nous examinons comment les variations prosodiques qui rompent avec la normativité lexicale dans les textes en Langue des Signes Brésilienne (Libras) configurent des stratégies signantes de persuasion affective, ouvrant ainsi sur une dimension rhétorique de l’énonciation, au sein de la modalité visuospatiale. Dans la perspective de la sémiotique tensive, nous analysons le vidéopoème V&V (2018) pour montrer comment les modifications spontanées de la structure phonologique prévue par la norme lexicale constituent des procédés persuasifs de l’« énonciateur signant » qui, par cette manière de manifester le contenu, introduit des déformations cohérentes d’ordre semi-symbolique dans le texte. Cela génère un impact visuel associé à l’expressivité esthétique de la langue des signes qui engage et sensibilise le public spectateur. Grâce à ces procédés de textualisation, l’énonciateur superpose une couche d’affectivité à la surface intelligible des discours signés, offrant à l’énonciataire une expérience unique.In this article, we investigate how prosodic variations that break lexical normativity in Brazilian Sign Language (Libras) texts constitute affective persuasive signal strategies, introducing a rhetorical dimension into visuospatial enunciation. From the perspective of tensive semiotics, we analyze the videopoem V&V (2018) to demonstrate how spontaneous changes in the phonological structure prescribed by lexical norms highlight persuasive procedures by the enunciator. Through this mode of content manifestation, coherent semi-symbolic distortions are established in the text. This results in a visual impact linked to the aesthetic expressiveness of the signaling, which engages and moves the audience. Through these textualization procedures, the enunciator overlays a layer of affectivity onto the intelligible surface of signed discourses, offering the enunciatee a unique experience

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