Actes sémiotiques (E-Journal)
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    Mémoire et médiation paysagère

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    Notre objectif est de souligner la fonction médiatrice du paysage. Nous nous appuyons sur le paysage urbain comme surface d’inscription qui fait foi des événements historiques et des idées qui y sont corrélées, vérifiables dans quelques occurrences devenues emblématiques d’un sens et d’une valeur. Nous proposons une définition simplifiée du paysage qui permette de souligner le lien qui l’unit à la mémoire, structurante pour le sujet, dans ses deux dimensions temporelle et spatiale. Nous explorons ensuite les principales modalités d’inscription de la mémoire dans le paysage qui relèvent d’opérations énonciatives distinctes, avant de terminer par une recension des fonctions qu’induisent les pratiques, convaincue que nous sommes que le sens n’est jamais donné directement mais toujours médiatisé par une pratique qui le fait exister sous des formes parfois motivées par des logiques sociales

    Pour changer, commencer par la fin

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    Representations of veridictory modalities and post-truth in the digital transition: discourse and corporeality in the Netflix show Clickbait

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    The article discusses the representation of truth and falsity in the Netflix show Clickbait (2021), utilising its diegesis to review Greimas’ (1983) Veridiction Contract and Keyes’ (2004) text on Post-truth. A show presenting a commentary on the various challenges the digital substance poses to the construction and sanction of truth, the analysis of selected sequences facilitates the debate of two facets of truth-making in the digital transition: the manipulation of discursive substances—verbal language and iconic representation—and the emergence of a modality of truth anchored in the corporeality of subjects. The analysis approaches digital platforms and the intersubjective relations they enable and the extent to which different substances are capable of producing separate levels of reality. The examination of the crisis of truth emerging from the clash between “real life” and life post-digital transition permits the interrogation of mechanisms of sanction, which are replaced with an artificial enlargement of attention.L’article présente la question de la représentation de la vérité et fausseté dans la série télévisée Clickbait (2021) créée par Netflix, utilisant sa diégèse comme un objet d’analyse permettant la discussion de la théorie du contrat véridictoire de Greimas (1983) et le texte de Keyes (2004) traitant la Post-vérité. Dans Clickbait, il s’agit d’un commentaire social des plusieurs défis que la substance numérique présente à la formulation de la vérité : l’analyse des fragments de la série nous offrait l’occasion de débattre deux faces du faire-vrai dans la transition numérique : la manipulation des substances discursives – la langue verbale et la représentation iconique – et l'émergence d’une modalité de vérité ancrée dans la corporéité des sujets. À travers les arguments autour de la possibilité d’une vérité au-delà de la construction binaire «.vrai et faux.» l’analyse approche les plateformes numériques et les relations inter-subjectives qu’elles permettent, interrogeant dans quelle mesure les substances différentes sont capables de produire des niveaux séparés de réalité. L’examen de la crise de vérité qui émerge du choc entre «.la vie réelle.» et la vie après la transition numérique permet l’interrogation des mécanismes de sanction, qui sont remplacés par une élargissement artificielle de l’attention

    Penser la maintenance : outil conceptuel ou pratique et poétique de la coexistence ?

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    Le terme « maintenance » fait l’objet de nombreuses discussions dans des domaines disciplinaires hétérogènes et dans des champs d’expérience fort divers, comme par exemple le discours politique, les études environnementales, la philosophie morale, les sciences de l’aménagement urbain et de la construction etc. En effet, des termes tels maintenance, care, réparation, se retrouvent de plus en plus au cœur des nombreux dispositifs conceptuels qui s’interrogent sur les problèmes concernant la coexistence, la survie et l’entretien des artefacts sociaux, des êtres vivants (humains et non-humains), ainsi que des environnements physiques et des habitats (ou milieux naturels). Il semblerait que la question de la « maintenance » ait le statut d’un véritable thème pivot dont toute pensée ou culture écologiste ne pourrait pas faire l’économie, car elle croise plusieurs questions qui intéressent la sémiotique : i) la complexité des relations entre les différentes ontologies sociales qui organisent et structurent la vie des objets et des êtres ; ii) le prolongement du temps de vie de ces objets (et êtres) tout au long d’échelles temporelles variables (ou du moins très différentes), et surtout dans des conditions de vie adéquates ; iii) les rapports de signification entre ces régimes de coexistence. C’est en vertu de ces raisons que la sémiotique — discipline travaillant sur les cultures en tant que milieux hétérogènes — ne peut point ignorer ce thème de recherche.The term « maintenance » is the subject of much discussion in heterogeneous disciplinary fields and in a wide variety of fields of experience, such as political discourse, environmental studies, moral philosophy, urban planning and construction sciences, and so on. Indeed, terms such as maintenance, care and repair are increasingly found at the heart of the many conceptual devices that examine problems concerning the coexistence, survival and maintenance of social artefacts, living beings (human and non-human), as well as physical environments and habitats (or natural environments). It would seem that the question of « maintenance » has the status of a veritable pivotal theme that any environmentalist thought or culture could not do without, as it intersects with several issues of interest to semiotics : i) the complexity of the relationships between the different social ontologies that organise and structure the lives of objects and beings ; ii) the extension of the lifetimes of these objects (and beings) throughout variable temporal scales, and above all under suitable living conditions ; iii) the relationships of meaning between these regimes of coexistence

    Entre le paysage-existence et le paysage-expérience, le paysage-itinérance

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    La véritable offre de paysage n’est pas liée à un espace aréolaire, isotrope et statique mais elle se déploie le plus souvent dans la pratique du déplacement, de l’itinérance. Certes le choix d’un trajet et d’un mode de déplacement est déjà le résultat d’une projection du sujet à travers ses représentations et ses expérience sensibles antérieures, mais il apparaît que même déterminé par l’expérience, l’exercice du déplacement va filtrer fortement les conditions de conversion du paysage-géographie en paysage-expérience.Depuis plus de trente ans, sous la houlette de Jean-Claude Wieber, les géographes bisontins, ont développé une approche systématique de l’analyse paysagère d’entités surfaciques. Depuis quelques années, certains d’entre eux se sont penchés plus spécifiquement sur l’évaluation des paysages au long d’entités linéaires, en se plaçant dans la situation de leurs utilisateurs potentiels.Pour caractériser le paysage au long d’itinéraires, il convient d’avoir un regard d’ensemble, le moins subjectif possible, tout en réduisant la somme d'informations pour alléger les traitements. Nous illustrerons ici la démarche à travers l’exemple du chemin de Saint-Jacques entre Besançon et Compostelle, pour lequel nous tenterons également l’évaluation d’une certaine sensibilité des utilisateurs au paysage

    Et la figure va en s’amenuisant

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    Un des enjeux de la sémiotique des arts plastiques nous semble être, aujourd’hui, de forger des outils lui permettant de se distinguer, dans sa pratique, des approches de l’histoire de l’art, tout en s’en nourrissant et en l’éclairant en retour. Au nombre de ces outils, nous comptons la figure, le geste, le processus, le protocole, le rythme… à condition de reconstruire ces concepts à nouveaux frais dans une optique morphodynamique et ce en vue de mettre au jour le sens à partir de la structure de l’œuvre et non selon une approche descriptive.Dans cette optique, nous nous proposons ici de dégager le rôle de la figure du retournement, successivement dans les œuvres de Rubens, Picasso et Duchamp, en montrant la mutation de son rôle structural par-delà les contextes historiques, les modifications des pratiques et la diversité des médiums.One of the challenges in the semiotics of the visual/plastic arts today seems to us to be the development of tools that make it possible for it to differ in its practice from approaches in art history, while taking a leaf out of its book and in turn, enlightening it. Such tools include the figure, gestures, process, protocols, rhythm… provided those concepts are reconstructed anew within a morpho-dynamic approach, with a view to bringing meaning to light based on the structure of the work, and not on a descriptive approach. From this perspective we propose to delineate the role of the figure of flipping/tilting/eversion, successively in the works of Rubens, Picasso and Duchamp, showing the mutation of its structural role, beyond historical contexts, changes in practice and the diversity of media

    Une « forme » pour la sémiotique discursive : la théorie des instances énonçantes

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    Pour « l’instance de réception » du sens que nous sommes, tout procès sémiosique, tout ensemble signifiant suppose une « instance énonçante » qui se trouve à son origine et qui « énonce », à travers ce qu’elle signifie, un rapport au monde, le sien ou celui d’autrui, vécu ou imaginé, tout en « s’énonçant » en même temps comme dotée de telle ou telle « identité ». Il s’agit non pas d’une identité socio-historique mais d’une « identité sémiotique » car elle fait sens pour nous, récepteurs et interprètes. Cependant, la saisie de cette identité varie d’un interprète à un autre : certains, tablant sur le « principe d’immanence » typique de toute pensée scientifique, ne tiennent compte que du logos et des « prédicats cognitifs » qui le manifestent ; d’autres, au contraire, peuvent en plus, en faisant le leur un « principe de réalité », mettre en avant les « prédicats somatiques » et la phusis qu’ils traduisent. Ce sont ces différents types de réception et d’interprétation du « discours », effectuation du langage, modèle par excellence de toute signification, que la « théorie des instances énonçantes » (Coquet) essaie de penser, non pas dans le cadre commun hypothético-déductif et génératif, mais plutôt en tablant, à travers la mise au jour d’un certain nombre de régularités sémiotiques, sur un « parcours inductif » de nature interprétative conjuguant les manifestations discursives aussi bien du logos que de la phusis. Ce sont les articulations importantes de cette « forme » singulière donnée à la « sémiotique discursive » (Greimas) que nous allons tenter de cerner et d’expliciter ici.For the “receiving instance” of meaning that we are, any semiotic process, any signifying ensemble presupposes an “enunciating instance” which is at its origin and which “states”, through what it signifies, a relationship to the world, one’s own or that of others, experienced or imagined, while at the same time “expressing” oneself as endowed with this or that “identity”. It is not a socio-historical identity but a “semiotic identity” because it makes sense for us, receivers and interpreters. However, the grasp of this identity varies from one interpreter to another: some, relying on the “principle of immanence” typical of the scientific thought, only take into account the logos and the “cognitive predicates” which manifest it; others, on the contrary, can also, by making theirs a “reality principle”, highlight the “somatic predicates” and the phusis that they translate. It is these different types of reception and interpretation of “discourse”, effectuation of language, the model of all meaning, that the “theory of enunciating instances” (Coquet) tries to think about, not in the common hypothetical framework. deductive and generative, but rather by relying, through the bringing to light of a certain number of semiotic regularties, on an “inductive process” of an interpretive nature combining the manifestations of both logos and phusis. These are the important articulations of this singular “form” given to “semiotics of discourse” (Greimas) that we will attempt to identify and explain here

    Réussir les transitions en s’inspirant de pratiques traditionnelles, un paradoxe ? Entre idéalisation et pragmatisme, la fluctuation

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    Les transitions qui sont les enjeux actuels de civilisation appellent une évolution de notre rapport au monde. Nous avons étudié, par l'observation participante et la description dense, l'évolution du rapport au monde dans deux pratiques fondées sur des textes : le Karatédo et la franc-maçonnerie. Une homologie est montrée entre le dispositif pédagogique de ces pratiques et l'auto-organisation des systèmes vivants. Dans les deux cas, entre un texte-mémoire que l'on pourrait croire déterministe et une interaction cohérente, adaptative et évolutive avec l'environnement, une médiation relevant d'un "ordre par fluctuations", procédant à la fois de déterminisme et de créativité, se révèle comme facteur simultané de stabilité et d’évolution. Ce phénomène pourrait être inspirant pour la réussite des transitions : une pédagogie fondée sur ces principes pourrait favoriser l'adoption d'un nouveau rapport au monde et stimuler une inventivité porteuse de solutions innovantes pour l'avenir.Transitions which are at stake in our civilization require an evolution of our relationship to the world. We used participant observation and thick description to study the evolution of the relationship to the world in two practices which are based on texts : Karatedo and freemasonry. A homology is demonstrated between their pedagogical process and the self-organization of living systems. In both cases, between a textual memory, which one could see as determinist, and a coherent, adaptative and evolutionary interaction with the environment, a mediation based on ‘order by fluctuation’, simultaneously determinist and creative, appears as a factor of stability and evolution. This phenomenon could be inspiring for successful transitions : basing a pedagogy on these principles could nurture the adoption of a new relationship to the world and stimulate the emerging of innovative solutions for the future

    Photographier et questionner un nouvel appariement territorial

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    À la différence de la transition écologique, une transition territoriale, au départ, met à égalité les espaces, les vivants et les choses par rapport à ce qui leur arrive et la situation nouvelle – la réalité administrative d’une région qui devient autre - est muette pour le langage ou stérile pour l’imaginaire. Au contraire, le projet Vu d’ici ce n’est pas si loin s’occupe par sa démarche globale et tout particulièrement par un ouvrage photographique, d’enquêter puis de traduire en vues l’existence de cette nouvelle dimension et la sensation d’être lié à la Nouvelle-Aquitaine d’une manière ou d’une autre. À travers la médiation d’isotopies spatio-temporelles sensibles, nous affirmons que les photographies collectées puis agencées instaurent une économie interprétative. En effet, elles font circuler ces vues comme traces, repères et symbolisations en s’adressant à trois types de participants : les enquêteurs eux-mêmes, par un effet de boucle ; les sujets enquêtés, qu’ils soient présents à l’image ou reliés aux espaces, vivants et choses présentés ; et les lecteurs de l’ouvrage, néo-aquitains ou simples curieux. Ainsi, l’appréhension de ce que peut être une transition territoriale s’enrichit : l’ouvrage nous engage à nous intéresser à l’appariement territorial que crée le régime de transition et aux différentes configurations objectives, subjectives, vécues et imaginatives qu’il déploie à partir d’un « paradigme moléculaire » (Hébert 1995 : 71).Unlike the ecological transition, a territorial transition initially puts spaces, living beings and things on an equal footing in terms of what happens to them, and the new situation - the administrative reality of a region that is becoming something else - is mute for language or sterile for the imagination. On the contrary, the Vu d'ici ce n'est pas si loin project, through its overall approach and particularly through a photographic work, is concerned with investigating and then translating into views the existence of this new dimension and the feeling of being linked to New Aquitaine in one way or another. Through the mediation of sensitive spatio-temporal isotopes, we argue that the photographs collected and then arranged create an interpretative economy. In effect, they circulate these views as traces, markers and symbolisations, addressing three types of participant: the investigators themselves, through a loop effect; the subjects investigated, whether present in the image or linked to the spaces, lives and things presented; and the readers of the work, whether New Aquitaine residents or simply the curious. In this way, our understanding of what a territorial transition can be is enriched: the book encourages us to take an interest in the territorial pairing created by the transition regime, and in the different objective, subjective, lived and imaginative configurations that it deploys on the basis of a “molecular paradigm” (Hébert 1995: 71)

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