Actes sémiotiques (E-Journal)
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    « Ceci n’est pas un traité »Umberto Eco parmi les manuels de sémiotique

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    Qu’est-ce qu’un Trattato ? Quelles sont ses formes textuelles ? Et quels sont ses objectifs de communication ? Bien qu’il existe de nombreux livres dans le monde qui présentent la sémiotique, le Trattato di semiotica generale d’Eco est le seul qui utilise, dans son titre, ce terme philosophique. En analysant la préface du livre, il est clair que le Trattato pourrait en fait servir d’essai théorique. En analysant plutôt sa structure argumentative, on se rend compte que le ton général du livre est narratif.What is a Trattato? What are its textual forms? And what are its communicative purposes? Although there are many books in the world that introduce semiotics, Eco’s Trattato di semiotica generale is the only one that uses, in his title, this philosophical term. Analyzing the Preface to the book, it is clear that the Trattato might actually serve as a theoretical essay. Analyzing instead its argumentative structure, we realize that the general tone of the book is narrative

    La Grande Réinitialisation : projet, symptôme ou promesse ? La transition comme une arme de guérilla sémiotique

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    La grande réinitialisation est une des formules les plus discutées sur internet depuis l’avènement de la Covid-19. C’est le nom de la cinquantième réunion annuelle du Forum Économique Mondial mais c’est également le titre d’un ouvrage-manifeste rédigé par le fondateur du Forum Klaus Schwab et par l’économiste Thierry Malleret, traduit et diffusé en plusieurs langues. C’est en outre le nom d’un grand projet de transformation in progress, qui trouve un espace de déploiement sur le site de l’organisation, dont la dernière série des conférences portait sur l’impératif d’élaborer un nouveau Great Narrative. Au-delà des enjeux politiques et économiques ambitieux et des critiques excessives et démesurées dont cette expression est la cible, par cet article, nous proposons une lecture sémiotique de cette formule médiatique, à la fois pluridiscursive, stratifiée et intégrant plusieurs supports, déclinée en plusieurs objets, portée par un éthos protéiforme générant une polyphonie objectale, et dont la notion de transition s’avère être l’une des clés interprétatives indispensables à sa description.The Great Reset is one of the most talked-about formulas on the Internet since the advent of covid-19. It's the name of the fiftieth annual meeting of the World Economic Forum, but it's also the title of a manifesto written by Forum founder Klaus Schwab and economist Thierry Malleret, translated and distributed in several languages. It is also the name of a major transformation project in progress, which is being rolled out on the organization's website, with the latest series of conferences focusing on the imperative of developing a new Great Narrative. Over and above the ambitious political and economic stakes involved, and the excessive and disproportionate criticism of which this expression is the target, this article proposes a semiotic reading of this media formula, which is at once pluridiscursive, stratified and integrating several media, declined into several objects, carried by a protean ethos generating an objectal polyphony, and for which the notion of transition proves to be one of the interpretive keys indispensable to its description

    Transition écologique, transition littéraire : la représentation de la communication du vivant dans les Sciences et les Lettres

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    Les sciences et la philosophie proposent une vision renouvelée des mondes animaux et végétaux. La littérature prend acte des avancées en la matière et participe à la sensibilisation et à la conscience écologiques en recherchant une position non anthropocentrée dans sa représentation du vivant. Cet article fait le point sur la question très spécifique de la représentation de la communication animale et végétale qui, pour les écrivains, constitue un véritable défi. Nous montrerons dans un premier temps qu’un changement de paradigme s’est opéré dans les sciences du langage sur la question du langage animal. Nous verrons ensuite que la communication végétale devient également un objet d’étude saillant dans les sciences. Nous pourrons alors envisager comment, par le biais de la médiation littéraire, ces nouvelles « voix » peuvent nous guider sur la « voie » de la transition écologique.Science and philosophy offer a renewed vision of the animal and plant worlds. Literature is taking note of advances in this field, and contributing to ecological awareness and consciousness by seeking a non-anthropocentric position in its representation of living things. This paper takes stock of the very specific issue of representing animal and plant communication, which represents a real challenge for writers. We begin by showing that a paradigm shift has taken place in the language sciences with regard to animal language. Next, we'll see that plant communication is also becoming a prominent object of study in the sciences. We will then consider how, through literary mediation, these new "voices" can guide us along the "path" of ecological transition

    Comment (inter)définir les concepts de produits, marques, gammes et lignes ?Exploration sémiotique des stratégies de marque de Aaker et Kapferer

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    La question n’est pas nouvelle, mais reste cruciale : qu’est-ce qui différencie une marque d’un produit, un produit d’une gamme, une gamme d’une ligne ? Les réponses peuvent être nombreuses, mais manquent d’une approche holistique pour considérer ces concepts dans un système qui s’interdéfinirait. L’objectif de ce travail est de caractériser et spécifier ces quatre notions sémiotiquement, dans le but d’avoir des concepts encore plus opérationnels, pouvant être utilisés avec une meilleure compréhension dans la planification stratégique de portefeuilles de marques. À cette fin, nous nous appuierons sur les propositions théoriques des deux spécialistes de la marque David A. Aaker et Jean-Noël Kapferer. À travers leurs réflexions sur les stratégies de marque, ces auteurs en sont venus à convoquer et croiser les termes susmentionnés, mais aussi, comme nous le verrons, à formuler des observations et à tirer des conclusions parfois incomplètes ou contradictoires. Pour appuyer nos arguments, nous procéderons à une analyse sémiotique s’appuyant sur la théorie des plans de langage, ainsi que sur les principes de la sémantique structurale (Greimas, Hjelmslev, Rastier). Cette démarche nous conduira à clarifier l’ensemble des stratégies de type « branded house », et surtout à conclure que les marques, les produits, les gammes et les lignes se distinguent entre eux sur la base de la qualité qu’ils incarnent : le fait d’être spécifiques, spéciaux, spécialisés, spectaculaires ou d’avoir une vision propre. Il s’agit là d’un changement de paradigme qui souligne l’importance des contributions théoriques sémiotiques dans le domaine du marketing.The question is not new, but remains crucial: what differentiates a brand from a product, a product from a range, and a range from a line? There can be many answers, but they often lack a holistic approach to consider them within a coherent system. The objective of this article is to characterize and specify these four notions semiotically, so as to make these concepts more efficient for brand portfolio strategies. To this end, we will rely on the theoretical proposals of two brand specialists, David A. Aaker and Jean-Noël Kapferer. Through their reflections on brand strategies, these authors have come to summon and intersect the aforementioned terms, but also, as we shall see, to make observations and draw conclusions that are sometimes incomplete or contradictory. To support our arguments, we will conduct a semiotic analysis based on the theory of language planes, as well as on the principles of structural semantics (Greimas, Hjelmslev, Rastier). This approach will lead us to clarify the entire category of “branded house” strategies, and above all, to conclude that brands, products, ranges, and lines distinguish themselves based on the quality they embody: being specific, special, specialized, spectacular, or having a very own vision. This represents a paradigm shift that highlights the importance of semiotics in the field of marketing

    Sémiotique des portes et issues de secours de l’avion : factitivité, scènes-prédicatives et multimodalité

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    La porte d’avion est un objet particulier dans sa conception et ses fonctions. Sa signification en tant qu’objet sémiotique se révèle essentiellement à l’intérieur de trois grandes scènes prédicatives : à l’arrêt de l’avion, durant le vol et en situation d’urgence. Et si, par son affordance, la porte d’un avion entretient un rapport de dépendance avec l’ensemble du fuselage, chacune des scènes pratiques dans lesquelles l’usager interagit avec elle appelle une modalisation spécifique et adaptée. Ainsi, la scène-pratique de l’arrêt modalise l’interdiction (faire ne pas faire). La scène pratique du vol modalise à la fois l’interdiction (faire ne pas faire) et l’improbabilité (faire ne pas pouvoir faire). Enfin, la scène prédicative de l’urgence, qui transforme la porte en issue de secours, fait intervenir les modalités de l’autorisation d’usage (faire pouvoir faire), voire de l’obligation d’usage (faire devoir faire) pour l’évacuation des passagers, faisant de la porte de l’avion un objet multimodal.The aircraft door is a particular object in its design and functions. Its meaning as a semiotic object is revealed essentially within three predicative scenes: when the plane is on the ground, during the flight and in emergency cases. If through its affordance, the aircraft door presents a formal structure which maintains a relationship of dependence with the entire fuselage, each of these practical scenes calls for a specific and adapted modalization. Thus, the scene-practice of stopping modalizes prohibition. The flight modalizes both the prohibition and the improbability. Finally, the predicative scene of the emergency, which transforms the door into an emergency exit, involves the modalities of the authorization of use, and even the obligation of use for the evacuation of passengers. Therefore, the aircraft door is a multimodal object

    La générativité est-elle soluble dans le sensible ?Réflexions topologiques et énonciatives « au cœur » du parcours génératif

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    Chaque période de la sémiotique, à travers l’un et l’autre de ses courants majeurs, a connu son modèle spatial emblématique, véritable signature épistémique de la mise en forme théorique : carré, hexagone, cercle, strates feuilletées, ellipse, aile de papillon, courbes entre abscisse et ordonnée, spirales, bulles, sphères, etc. On s’intéresse ici à l’une des représentations les plus largement répandues : celle des niveaux entre surface et profondeur. Si la linguistique générative et la sémiotique greimassienne à sa suite, mais dans une autre perspective, ont popularisé le schéma des structures profondes opposables aux structures de surface, elles n’ont fait que prolonger un dispositif spatial qui était transversal à bien d’autres disciplines : sens immanent et sens transcendant ; sens explicite et sens caché ; contenu manifeste et contenu latent ; saillance et prégnance. En recherchant les raisons d’un motif formel aussi récurrent, notre exploration de cette modélisation spatiale interroge l’hypothèse localiste, qui postule la spatialisation comme une isotopie sémantique première et modélisante, se présentant comme un signifiant disponible pour la formation des contenus non spatiaux. Le « catachrésisme » spatial régirait la formation du langage. On revient alors sur le parcours génératif de la signification pour tenter de comprendre les raisons de son succès pédagogique et de son relatif insuccès scientifique. Les procédures de conversion qui assurent le passage d’un niveau à l’autre transforment le statisme des niveaux en dynamisme des échanges. Les strates opèrent comme des filtres à mailles progressives : les très grosses mailles des structures profondes s’affinant peu à peu pour ne plus laisser passer, en surface que les sèmes à mailles fines. Une nouvelle figure spatiale refait alors son apparition, la densité sémique, et la syntagmatique du parcours l’emporte sur la paradigmatique des niveaux. C’est donc pour finir ce mot « parcours » qui nous arrête, avec la mouvance indéterminée et sans bord qui lui est inhérente. Cela implique une instance mobile qui prend en charge ce parcours, un randonneur énonciatif du faire scientifique. On place alors l’énonciation comme centre opérateur du parcours, muni de ses composantes liées : sensible, par l’ancrage somatique de toute énonciation possible (cf. la phusis), et cognitive, par une projection des formants dont la générativité peut donner l’image. Soumis au primat de la perspective, ce sont les différents régimes sémiotiques de sélection des formes d’expression et des formes de contenu qui modélisent, in fine, le, ou plutôt les, parcours.Each period of semiotics, through one or other of its major currents, has had its own emblematic spatial model, a kind of epistemic signature of theoretical form: square, hexagon, circle, laminated strata, ellipse, butterfly wing, curves between abscissa and ordinate, spirals, bubbles, spheres, and so on. We are interested here in one of the most widespread representations: that of levels between surface and depth. While generative linguistics and Greimasian semiotics, following it but from a different perspective, popularized the schema of deep structures as opposed to surface ones, they merely extended a spatial device that was transversal to many other disciplines: immanent and transcendent meaning; explicit and hidden meaning; manifest and latent content; salience and pregnancy. In seeking the reasons for such a recurrent formal motif, our exploration of this spatial modeling calls into question the localist hypothesis, which posits spatialisation as a primary semantic isotopy, presenting itself as a signifier available for the formation of non-spatial contents. Spatial “catachresism” would govern language formation. We then return to the generative process of signification in an attempt to understand the reasons for its pedagogical success and its relative scientific failure. The conversion procedures that ensure the passage from one level to another transform the statism of the levels into dynamism of exchanges. The strata operate like filters with progressive meshes: the very large meshes of the deep structures are gradually refined to allow only the finely meshed semes to pass through to the surface. A new spatial figure then appears, semantic density, and the syntagmatics of the process takes precedence over the paradigmatics of the levels. In the end, then, it’s the word “process” that stops us in our tracks, with its inherent indeterminate, borderless movement. This implies a mobile instance that takes charge of this trajectory, an enunciative hiker of the scientific act. We then establish enunciation as the operating centre of the process, with its related components: sensible, through the somatic anchoring of any possible enunciation (cf. phusis), and cognitive, through a projection of the formants whose generativity can provide the image. Submitted to the supremacy of perspective, the different semiotic regimes for selecting forms of expression and forms of content ultimately model the meaning process, or rather processes

    Igor E. Klyukanov, Communication. A House Seen from Everywhere

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