Actes sémiotiques (E-Journal)
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Faire un point
« Faire » un énoncé artistique, c’est toujours, au départ « faire un point », fût-il grain du pigment archaïque, point de la peinture (Kandinsky), point-écran de la vidéo (Kuntzel) ou pixel de l’écran informatique. Ce grain-point qui détermine la genèse du visuel procède de pratiques différentes selon qu’il manifeste une intentionnalité rituelle (Leroi-Gourhan) ou esthétique. Il suggère également des rapports distincts à l’énonciation et plusieurs définitions épistémologiques : le grain est posé ; avec un liant, il devient peinture et se dispose au geste du peintre tandis que le pixel, échangeur entre l’image et le calcul mathématique, se « fait » à l’écran.Qui « fait » ? (quelle instance) et que « fait »-il (poser, tracer, composer à l’écran…) ? On voit aussi que le lien intime qui relie, par-delà les âges, le pigment de la Préhistoire au pixel d’aujourd’hui, sous-tend des modèles génératifs et des régimes sémiotiques distincts (l’alternative représentation/simulation de Couchot). La différence porte de même sur les rapports à la perception, l’effet « pelliculaire » du pixel renouant avec celui du pigment mais s’opposant résolument aux profondeurs de la peinture. Pourtant, en dépit de ces différences, une ressemblance essentielle subsiste qui tient au caractère veridictoire du grain-point. En effet, c’est toujours ce grain-point qui, devenu ligne (Kandinsky) et figure, déclare l’image comme telle, qu’il trahisse sa fiction au travers du flou ou du carré insistant du pixel-art. Par cet effet métadiscursif, il révèle que l’image a été faite et relève bien d’un « faire » poïétique séparé de l’être, quand bien même elle paraît-être. En ce sens, la « vérité » des images tiendrait moins à la collusion du paraître et de l’être que consacre le carré de la véridiction qu’à une déhiscence fondamentale entre l’être et le « faire ».This article seeks to praise the importance of the point in graphic arts. As it is the origin, the « starting point » of writing, drawing as well as photography or images in printed form, the point can also, as a metadiscourse, « tell the truth ». Nevertheless, to discuss those functions, one must find a new epistemological point of view, leave the place of the observer familiar to semioticians and take the place of the producer. From this point of view, semiotics turn into poïetics and aims to understand the proceeding : how the image has been made
La production de la sémiosis. Une mise au point théorique
L’appréhension des arts du faire suppose que les objets d’analyse soient considérés selon un registre plus large et plus diversifié que ne les prend la sémiotique classique. Cet élargissement ne va pas toutefois sans poser un certain nombre de problèmes théoriques. Il faut d’abord s’assurer que la sémiotique possède les moyens conceptuels nécessaires pour y procéder. Il faut ensuite s’enquérir des conditions dans lesquelles l’élargissement envisagé est compatible aux états antérieurs de l’analyse. Il faut enfin s’inquiéter des obstacles rencontrés dans l’analyse d’objets aussi globaux que les pratiques culturelles. La présente étude mène cet examen d’un point de vue fidèle à l’enseignement théorique de Hjelmslev. Partant de l’hypothèse que les arts du faire relèvent du plan de l’expression, elle enquête sur les problèmes théoriques évoqués en discutant les tenants d’une synthèse récente proposée par J. Fontanille en vue de l’établissement d’une sémiotique des cultures.Understanding the “arts of do” presupposes that the objects of semiotical analysis are considered according to a broader and more varied register than what classical semiotics pretends to take into account. But widening semiotical objects poses a number of theoretical problems. First, we need to be sure that semiotics is able to afford the conceptual means for the procedure of this widening. Second, we need to know the conditions of compatibility between the new state of the semiotical objects and the previous one. And third, we need to concern ourselves with the potential obstacles encountered when analyzing objects as general as cultural practices. This study carries out a survey that is faithful to the theoretical lesson of Hjelmslev. Based upon the hypothesis that the arts of do are a matter for the expression plane, we will discuss the theoretical problems evoked above from a synthesis that J. Fontanille has proposed for the establishment of a semiotic of cultures
Voir le monde comme il paraît ou le rôle des visualisations réalistes dans la gestion territoriale
Communes, conseils généraux, régions ou services de l'Etat s’offrent de plus en plus couramment des maquettes numériques, souvent accessibles par Internet, pour promouvoir leur territoire ou pour présenter aux habitants concernés l’état futur d’un projet d’urbanisme ou d'infrastructure. Les rendus de ces techniques de représentations numériques tridimensionnelless ont de plus en plus réalistes, interactifs, accessibles à distance sur le Web le texte et directement connectés aux bases de données géographiques disponibles. Certains utilisateurs pensent que ces techniques vont devenir les supports privilégiés pour une exploration et une réflexion partagées des questions de gestion territoriale. Nombreux sont les chercheurs en sciences sociales qui y voient plutôt des vecteurs d'une confusion généralisée entre la représentation et le représenté, le virtuel et le réel. Il est difficile de trancher, faute de données empiriques correctement collectées pour évaluer l’impact de ces visualisations sur les procédures et les pratiques de ceux qui les produisent comme de ceux qui les utilisent. Mais il est utile d’examiner de manière critique un certain nombre d’a priori théoriques sur ces questions
Énonciation textualisée, énonciation vocalisée
Dans mon travail je voudrais considérer une forme assez particulière d’art du faire : l’art du dire. La sémiotique a toujours fort négligé cette forme de production du sens : sa tradition textualiste l’a portée à privilégier l’analyse des textes, en tant que productions déjà textualisées, plutôt que les pratiques qui produisent sens. Les outils de l’analyse sémiotique en effet ont été pensés pour les textes écrits ; en particulier la théorie de l’énonciation s’appuie sur le mouvement fondant et initial d’un acte de débrayage qui éloigne le produit textuel de son acte de production. Dans ce cadre-là, une sémiotique de l’oralité n’est pas arrivée à se définir d’une façon propre ; et en effet, elle a fait l’objet d’autres disciplines, comme l’analyse de la conversation ou la pragmatique linguistique. Les nouvelles directions de la recherche sémiotique actuelle, en se fonçant sur la processualité du sens et de l’énonciation, nous permettent d’approcher une sémiotique de l’oralité d’une façon différente. La sémiotique de l’oralité montrera alors de caractères peut-être pas trop loin des productions artistiques. Le rôle du corps producteur et de la matérialité du plan de l’expression, la processualité du sens, la place du sujet, une différente visée à l’intentionnalité constitueront autant de paliers pour cette enquête.In this paper I will analyse a particular form of art of doing, the art of speaking. Semiotics has always neglected such a form of meaning production, since the main focus in semiotics has always been on the analysis of texts, as textualized products, more than on the processes themselves that generate meaning. Indeed, the methodological tools utilized in semiotics are specifically oriented towards written text. In particular, enunciation theory is based on the first seminal act of débrayage (disentanglement) which separates the textual object from the act of its production. In such a framework a specifically oriented semiotics of oral forms has never been defined and developed, and orality has been dismissed as the object of other disciplines, such as conversational analysis or pragmatics. However, recent contemporary developments in semiotic research, focusing more on processes of sense-production, allow us to approach orality from a different perspective. From this vantage point, orality will exhibit features not too distant from those of artistic production. In particular, the following elements will play an important role in oral production: - the role of the speaker’s body;- the materiality of the expression plane;- the process of sense-production;- the role of the subject and the question of intentionality
Création et restructuration identitaire. Pour une sémiotique de la créativité
La création articule la dialectique entre perception et imagination, langue et textes, praxis et invention. Donc, elle relève d’une écologie sémiotique qui concerne le temps (la création convoque la mémoire à fin d’oublier des connexions sédimentées) et l’espace (elle reformule la relation tensive entre domaine opérable de valeurs autonomes et domaine opératif de valeurs hétéronomes). La création est une « héroicisation » de l’initiative étant donné qu’elle symbolise le sujet comme capable de singularisation au dedans d’un paysage de valeurs préconstitués, sans qu’il doive renoncer à un principe d’organisation. Au contraire, la création va instaurer un ordre naissant capable de fertiliser tout un champ de production sémiotique. La création traduit l’espace d’effectuation de l’agir dans un scénario figurale où on assiste à la de-dramatisation cathartique de la dramaturgie expérientielle garantie par les émotions. Le caractère exaltant de la création est la transposition des patterns émotionnels de la souveraineté du destin à la juridiction du possible
Paysages
Le paysage, d’un point de vue sémiotique, est un ensemble figuratif producteur de valeurs : valeurs différentielles et valeurs visées par une énonciation. L’enjeu, en l’occurrence, est de comprendre comment les valeurs différentielles, saisies dans un acte de perception, sont converties en valeurs narratives et discursives, visées par une énonciation. Cela suppose entre autres que l’on comprenne ce que peut être l’ « énonciation » d’un paysage, et, plus généralement les « instances » actantielles qui le constituent comme sémiotique-objet.L’étude proposée ne prétend pas à la généralisation, car elle se limite à un corpus de paysages limousins, et elle repose sur un mouvement qui va du plan de l’expression au plan du contenu.En partant de l’analyse plastique, on peut montrer en effet comment se mettent en place les opérateurs énonciatifs (la lumière, l’atmosphère, l’horizon) et les acteurs du débrayage et de l’embrayage (ciels, terres et eaux). Pour finir, l’étude détaillée des différentes formes figuratives de l’eau (lacs, fleuves et rivières) conduit à identifier une médiation de type « mythique », où les formes aquatiques assurent la transition entre les paradigmes célestes et terrestres