Open Access Publications (Univ. de Genève)
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La Vérité sur la Grande Famine: Ukraine 1931–1934
Starting from the Polish director Agnieszka Holland’s film, Mr Jones, The Truth that can’t be hidden forever, this article is the result of an extensive reading of the articles and notebooks of Gareth Jones, a valiant young Welsh journalist who, in 1931, after interviewing Hitler, sets out to interview Stalin. But, when he arrived in Moscow, with a recommendation letter from Lloyd George, he discovered, with the help of a colleague’s confidence, that a severe famine was occurring in Ukraine, and that the regime and nearly all the Western journalists appointed in the USSR were doing their utmost to conceal it.
Gareth’s articles and note-books reveal appalling details of this famine, which was organized to export as much grain as possible. He joined the starving peasants and experienced the famine and its first effects himself. Gareth Jones was then captured by the secret services who offered him a deal : Gareth Jones was released and could return to England, but he had to refute the \u27false rumours\u27, otherwise six English engineers who had been specially arrested and charged with espionage would be sentenced.
This article analyzes the process of the Stalinian taboo, and its relaying by Western press just after Jones has proclaimed the truth about the Famine, (and, two years later, has been killed in Manchuria, probably as a vengeance). Then, this article shows the slow progression of studies on this frightening episode of a provoked famine. First, the obstinate cover-up, set up by the American journalist and Pullizer Prize winner in 1932, Walter Duranty, will be studied. Then, the slow progress of knowledge on this period will be examined, from the work of Boris Souvarine and his Stalin (1935) to the research of Robert Conquest published in Harvest of Sorrow (1986), to end with Anne Applebaum\u27s latest book, Red Famine(2017), which raises the question, among others : Does the Great Famine in Ukraine correspond to the crime of genocide?
Today, Gareth Jones’s role is recognized in independent Ukraine, and his niece, author of a book called Gareth Jones, the Manchukuo Incident, published in 1999, has received on his behalf the posthumous Ukrainian Order of Merit.Parti du film de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland, L’ombre de Staline, l’article est le fruit d’une relecture des articles et carnets de Gareth Jones, un intrépide jeune journaliste gallois qui, en 1931, après avoir interviewé Hitler, se met en tête d’interviewer Staline. Mais, arrivé à Moscou avec une lettre de recommandation de Lloyd George, il découvre par une collègue la grande famine en Ukraine, que le régime et presque tous les journalistes occidentaux en poste en URSS font tout pour masquer.
Les articles et carnets de Gareth révèlent des détails effarants sur cette famine organisée pour pouvoir exporter autant de grain que possible. Le journaliste se joint aux paysans affamés, et subit lui-même la famine et ses premiers effets. Il est ensuite capturé par les services spéciaux qui lui proposent un marché : Gareth Jones est libéré et peut rejoindre l’Angleterre, mais il doit alors démentir les « fausses rumeurs », sinon, six ingénieurs anglais, tout spécialement arrêtés et accusés d’espionnage, vont être condamnés.
L’article étudie l’effet du tabou stalinien relayé par la presse occidentale, après que Jones ait vainement clamé la vérité (et ait été tué en Mandchourie deux ans plus tard – probablement par vengeance). Puis, cet article montre la lente progression des études sur cet effrayant épisode d’une famine provoquée. Tout d’abord, le camouflage obstiné, mis en place par le journaliste américain et prix Pullizer en 1932, Walter Duranty, sera étudié. Ensuite, la lente avancée des connaissances sur cette période sera examinée, depuis les travaux de Boris Souvarine et son Staline (1935), jusqu’aux recherches de Robert Conquest publiées dans Harvest of Sorrow (1986), pour terminer avec le dernier ouvrage d’Anne Applebaum, Red Famine (2017), qui pose, entre autres, la question : La Grande Famine en Ukraine correspond-elle au crime de génocide ?
Aujourd’hui, le rôle de Gareth Jones est reconnu dans l’Ukraine indépendante, et sa nièce, auteur du livre Gareth Jones : The Manchukuo Incident, paru en 1999, a reçu pour lui, à titre posthume, l’Ordre du Mérite ukrainien
Paysages médiatiques et transformations du journalisme au Sénégal depuis les années 2000: Entretien avec Ousmane Mangane
Cet entretien avec le journaliste sénégalais Ousmane Mangane offre l’occasion de prolonger la réflexion initiée dans ce premier numéro de la Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique portant sur l’histoire des médias sur le continent entre les années 1945 et 1975. Né en 1985 à Lagbar, un village du Ferlo, une région pastorale et très désertique située dans le nord du Sénégal, Ousmane Mangane s’est très tôt impliqué dans la presse scolaire, puis la presse radiodiffusée et télévisée. À travers son parcours, cet entretien est l’occasion de revenir sur plus de vingt ans de journalisme au Sénégal et de suivre la façon dont s’exerce la profession de journaliste aujourd’hui. Il éclaire les liens entre journalisme et politique au Sénégal, ainsi que les transformations du secteur des médias. Ousmane Mangane publie son autobiographie intitulée « Carnets de voyage d’un reporter », à paraître dans le courant de l’année 2021 aux éditions Feu de brousse dirigées par le poète Amadou Lamine Sall. Cet entretien a été réalisé en octobre 2020 à Dakar, puis relu par Ousmane Mangane
« En ville, les Africains sophistiqués ne mangent pas de ces plats-là »: Une histoire sociale de la consommation de petites céréales à Bulawayo (Rhodésie du Sud, années 1920-1950)
Founded in 1840, the city of Bulawayo provides a lens into understanding urban development and city cultures of consumption in southern Africa and Southern Rhodesia (now Zimbabwe). Home to a demographic range of both black Africans (of several ethnicities) and whites, by the time of Responsible Government in 1923, not only had the city established itself as the economic hub of the budding British colony but was also a reflection of the complex black-white relationships that characterized the colonial period. Using the story of African small grains – sorghum, millet and rapoko – cooking and eating patterns, this article traces the development of food in the city of Bulawayo. Relying on archival sources from the National Archives of Zimbabwe and secondary literature, this paper uses the social and political food history of African small grains to rethink facets of the story of black-white socio-political relations and changes in African urban cultures from the early 1920s until the dawn of the Federation of Rhodesia and Nyasaland in 1953. Drawing attention to the city life of Africans, this paper shows how their eating patterns shifted over time, as different socio-political and economic factors including increased economic interaction between blacks and whites, drought and state interventions shaped the reasons and ways to produce and consume small grains in the city. We argue that, while in many cases urban black families were compelled by the colonial economic agenda and encouraged by social trends to adopt new ideas on what to eat, they equally also exercised agency and their own volition in retaining old culinary systems, adopting new ones or adapting both to suit their changing circumstances. This illustrates how African culinary practices were shaped by their ever-changing social and economic contexts and were neither static nor heterogeneous. Contributing to a growing historiography of African urban society, this paper demonstrates how the history of social relations and changes in consumption in Bulawayo in the colonial era can be viewed from the stomach.
French Translation: Traduction : Gilles Baro, Sophie Dulucq et Camille Evrard.Fondée en 1840, la ville de Bulawayo témoigne du développement urbain et de l’évolution des cultures alimentaires en Afrique australe et en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe). Au temps du Gouvernement Responsable de 1923, la ville compte une population très diverse et s’impose non seulement comme le centre économique de la colonie britannique naissante, mais aussi comme le lieu emblématique des relations complexes entre Noirs et Blancs qui caractérisent la période coloniale. En s’appuyant sur l’histoire de la cuisine et des habitudes alimentaires liées aux petites céréales africaines – sorgho, millet et rapoko –, cet article retrace le développement de pratiques alimentaires nouvelles à Bulawayo. Basé sur les Archives nationales du Zimbabwe et l’historiographie existante, il a recours à l’histoire de ces petites céréales dans l’alimentation des citadins pour repenser certains aspects des relations socio-politiques entre Noirs et Blancs dans les cultures urbaines africaines, du début des années 1920 à l’aube de la Fédération des Rhodésies et du Nyassaland en 1953. Contribuant à une historiographie des villes africaines en plein essor, cet article démontre aussi comment, à l’époque coloniale, l’histoire des relations sociales et des changements de consommation à Bulawayo peut être analysée au prisme de l’estomac.
Traduction : Gilles Baro, Sophie Dulucq et Camille Evrard
A new archival hub at Wits University: A conversation with Noor Nieftagodien, Head of History Workshop (University of Witwatersrand)
For some years, the archives in South Africa have faced a series of unprecedented challenges that threaten the high quality of the documentation and the functioning of the centers that maintain them. The crises facing the State Archives reflect problems in the state more generally including inadequate strategic investment and lack of training, which jeopardise the potential renewal of archivists. At the same time, the wide array of political activities and social movements, the dynamics of civil society organizations and activism require more than ever to curate documentation and expand the archives’ capacities. To answer this paradox, a team working in two independent archives and a research center at Wits University is experimenting with a new “hub” to constitute an important center of independent archives in South Africa. Noor Nieftagodien, director of the Wits History Workshop - the research center that has played a role in the creation of the hub - and a member of the board of the South African Historical Archives, sheds light on the new enterprise
Omar Shahabudin McDoom (2021) - The Path to Genocide in Rwanda. Security, Opportunity, and Authority in an Ethnocratic State
Critical review: Omar Shahabudin McDoom, The Path to Genocide in Rwanda. Security, Opportunity, and Authority in an Ethnocratic State, Cambridge, Cambridge University Press, 2021, 412 p. Recensé : Omar Shahabudin McDoom, The Path to Genocide in Rwanda. Security, Opportunity, and Authority in an Ethnocratic State, Cambridge, Cambridge University Press, 2021, 412 p.
Un génocide dé-genré ? Une analyse sexospécifique du rapport Duclert
Le rapport Duclert a été publié en mars 2021 et reconnaît pour la première fois explicitement les implications françaises au Rwanda dans le cadre des violences commises lors du génocide des Tutsi en 1994. En analysant ce rapport dans une optique sexospécifique, cet article soutient qu’en dépit de son importance historique pour pointer les responsabilités françaises dans le génocide, il n’aborde pas de manière adéquate la question du genre. Les violences sexistes ont fait partie intégrante des violences génocidaires et, selon plusieurs témoignages de rescapées, des militaires français auraient joué un rôle direct dans la perpétration de ces crimes sexuels. Néanmoins, le rapport omet la question du genre dans ses descriptions des violences perpétrées par le régime extrémiste hutu. De plus, le rapport minimise le rôle direct supposé de militaires français dans les violences sexistes. Ce faisant, le rapport me paraît, en ne les évoquant pas ou seulement à la marge, perpétuer certaines formes de violences genrées constitutives du génocide des Tutsi
Claridade: Movimento de emancipação cultural e ideológica cabo-verdianas
La revue Claridade, à périodicité intermittente, comprend neuf numéros répartis sur trois cycles, 1936-1937, 1947-1949, 1958-1960, représentant, dans l\u27histoire littéraire capverdienne, l\u27instauration de la période réaliste, suivant à la première période romantique de la seconde moitié du XIX e siècle.
Concernant son idéologème (dans notre interprétation, le Cap-Vert cap-verdien), on peut dire, en simplifiant les données, qu\u27il s\u27élargit selon trois cycles: le premier d\u27affirmation identitaire, le second de dialogue exogène et le troisième motivé par la revendication nationaliste dans un pays soumis au régime colonial.A revista Claridade, de periodicidade descontínua, compreende nove números distribuídos por três ciclos, 1936-1937, 1947-1949, 1958-1960, representando na história literária cabo-verdiana o estabelecimento do período realista, sucedente ao primeiro período, romântico, iniciado na segunda metade do século XIX.
Quando ao seu ideologema (na nossa interpretação: Cabo Verde cabo-verdiano) pode-se dizer, simplificando os dados, que se escande segundo aqueles três ciclos: o primeiro de afirmação identitária, o segundo de diálogo exógeno e o terceiro motivado pela reivindicação nacionalista em situação de país submetido ao regime colonial
Literaturas africanas, história e cultura: uma arqueologia radical e diversas interrogações
Cet article se propose de prendre pour point de départ certaines des questions que la circulation du texte littéraire africain impose et fait émerger dans la contemporanéité, avec la ferme conviction, pour ce qui nous concerne, que cela ne peut se concrétiser que dans une mise en relation avec l\u27histoire, la culture, les arts. L\u27avenir de la réception et de l\u27étude de ces littératures dépend du change-ment assumé des lieux d\u27écoute, de parole et de production critique ; c’est effectivement là que peut résider leur force, dans un processus de déconstruction de modèles conventionnels de lecture, que nous considérons comme fondamentale. Voilà pourquoi, nous nous intéressons à la portée de la littérature radicale et aux méthodologies critiques subversives qui s’y rattachent. Au fond, tout comme les arts et l’histoire, la littérature peut répondre à des questions de nature semblable, notamment à celles qui rompent avec les conventions et ne se bornent pas à débattre des changements entre les textualités à valeurs coloniales et leurs multiples versions post-coloniales.Neste artigo procuramos discutir algumas das questões que a circulação do texto literário africano impõe e permite, na contemporaneidade, sendo certo para nós que tal só pode ser concretizado quando posto em relação com a história, a cultura, as artes. O futuro da receção e estudo destas literaturas depende da mudança assumida dos lugares de escuta, de fala e de produção crítica e aí pode residir a sua importância na desconstrução de modelos convencionais de leitura, o que entendemos como fundamental. Por isso nos interessam o escopo da definição de literatura radical e correspondentes metodologias críticas subversivas. A literatura, tal como as artes e a história, pode responder no fundo a questões da natureza equivalente, nomeadamente àquelas que rompem com o cânone e que não se limitam à discussão do que mudou entre textualidades de validação colonial e as suas muitas versões pós-coloniais
Arte integral, arte coletiva: o caso Mário Cesariny
À partir de l\u27idée de produire une œuvre totale, dans laquelle opère la collectivisation de discours, de supports et de façons de faire, nous cherchons à mettre en valeur la performance ludique et performative de Mário Cesariny, par l\u27approximation du poème, du pictopoème, de la photographie, de la peinture et du collage.A partir da ideia de produção de uma obra integral, em que operam a coletivização de discursos, suportes e modos de fazer, busca-se enfatizar a atuação lúdica e performática de Mário Cesariny, por meio da aproximação de poema, pictopoema, fotografia, pintura e colagem
Paulo Freire en tant que citoyen du monde: Les protestants de l’ISAL et les portes ouvertes du Conseil Œcuménique des Eglises
Invited by the Ecumenical Council of Churches, Paulo Freire traveled to Geneva in February 1970, leaving behind him a teaching position at Harvard University in the United States. This leads us to propose an “archeological” explanation of his trajectory that began in Recife, his hometown, andmoved to Jaboatao (Recife -Pernambuco) during the Crisis of 1929. This path is linked to Freire’s proximity to a group of Latin American Protestant intellectuals before and during their stay in Santiago, Chile. This paper stems from a bibliographic and documentary research that is essentially based on the archives of the World Council of Churches and libraries in Geneva, Switzerland (Geneva Public Library) and in Brazil (Mario de Andrade -São Paulo; Pontifical Catholic University of Paraná -Paraná; Library of the theology faculty of the Methodist church in Brazil; Private archive of the author).Paulo Freire a choisi de se rendre à Genève en février 1970 engagé par le Conseil Œcuménique des Eglises, laissant derrière lui une expérience d’enseignement à l’Université Harvard aux Etats-Unis encouragéepar les intellectuel-les protestant-esde l’ISAL. Ce chemin nous conduit à une explication «archéologique»qui commence à Recife, au sein de la famille, s’étend à Jaboatao (Recife-Pernambouc) lors de la crise de 1929, et sera étroitement lié à sa proximité avec un groupe d’intellectuel-les protestant-es latino-américain-es avant et pendant son séjour à Santiago du Chili. Cet article part d’une recherche bibliographique et documentaire développée surtout grâce aux archives du Conseil Œcuménique des Eglises et les bibliothèques à Genève et au Brésil (Mario de Andrade –São Paulo –Brésil ; Université Catholique Pontificale du Paraná –Brésil ; Archives de la Faculté de Théologie de l’Eglise Méthodiste –São Paulo ; Archive privée de l’auteur)