Open Access Publications (Univ. de Genève)
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Le rapport Duclert et le filtre des lendemains génocidaires
La commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi, ou commission Duclert, s’est récemment penchée sur l’engagement de la France au Rwanda, en cherchant également à contribuer à la compréhension historique des processus menant au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Le rapport qu’elle a produit propose toutefois une lecture problématique des événements au Rwanda au début de la décennie 1990. Cet article soutient que, faisant du génocide la clé de lecture du Rwanda, ce rapport filtre ce qui s’est passé au Rwanda à la seule lumière des violences génocidaires de 1994. Afin de démontrer ce « filtre génocide », le propos s’articule autour de deux illustrations tirées de l’interprétation que la commission Duclert fait du début de la guerre qui entame la période dite de radicalisation au Rwanda en octobre 1990. Il s’agit de la tendance à culpabiliser les autorités rwandaises à rebours, ainsi que d’une lecture « exceptionnaliste » faite des motivations (quasi ataviques) et des relations entre les acteurs de l’époque (nécessairement hors du commun) dès 1990. L’article conclut sur l’importance de comprendre l’histoire du génocide en revenant au contexte, et ainsi à la nuance et l’ambiguïté, des événements de 1990
Une découverte inattendue : Les archives audiovisuelles et cinématographiques du Sénégal
Le rêve de chaque historien est de trouver une archive où perdre et passer ses journées, de rester immergé dans des documents, de découvrir des sources historiques inédites et de pouvoir leur donner une nouvelle vie en les valorisant. Imaginons aussi qu’au moment de la trouvaille, l’historien en question n’est même pas en train de chercher des archives, mais le hasard lui permet de faire une découverte exceptionnelle qui dépasse le rêve et s’apparente, osons le dire, à un miracle. C’est dans une telle circonstance qu’en 2009, ma collègue vidéaste, Tiziana Manfredi et moi, comme historien et restaurateur audiovisuel, nous avons découvert l’existence des archives audiovisuelles du Service d’Informations (SI) du Sénégal, et depuis presque deux ans, nous avons pour objectif de donner, avec la Direction de la Cinématographie (DCI) sénégalaise, une nouvelle existence à ces images
(Re)escrever a China no século XVI: marcas portuguesas e especificidades no Discurso de la Navegación de Bernardino de Escalante
Cet article présente la dette de Bernardino de Escalante envers des textes portugais du XVIe siècle sur la Chine, notamment ceux de João de Barros et de Gaspar da Cruz. Il illustre quelques-uns des moyens employés par le frère Augustin dans son Discurso de la Navegación pour la réécriture de ses sources : sélection des contenus, restructuration de ceux-ci et traduction d’importants pans des textes originaux. Malgré la forte empreinte des écrits portugais, le Discurso montre également des spécificités telles que la présence de l’auteur dans son propre texte ou la comparaison des réalités du monde chinois avec celles du monde castillan, qui visent à vivifier le texte et à l’adapter à son nouveau public cible.Este artigo apresenta a dívida de Bernardino de Escalante para com os textos portugueses do século XVI sobre a China, nomeadamente com os textos de João de Barros e Gaspar da Cruz. Ilustra alguns dos meios usados pelo frade Agostinho no seu Discurso de la Navegación para a reescrita das suas fontes: seleção de conteúdos, reestruturação dos mesmos e tradução de partes importantes dos textos originais. Apesar de tomar grandemente de empréstimo escritos portugueses, o Discurso apresenta também especificidades tais como a presença do autor no seu próprio texto ou a comparação das realidades do mundo chinês com as realidades do mundo castelhano, com o objetivo dar mais vida ao texto e adaptá-lo ao seu novo público-alvo
L’enseignement à distance à l’Université au Niger : un processus en construction
This paper studies the development of distance education at Abdou Moumouni University (UAM). Despite their relevance, distance education and educational technologies remain undeveloped or underdeveloped at UAM. Based on this observation, we carried out a systematic analysis of research in this field based on the question that motivated our literature review, namely: can tapping into the potential of Information and Communication Technologies (ICT) and distance education create a new culture of learning? The study has two aims: first, to analyse distance education and the process by which it is constructed; and second, to examine the possible effects of distance learning by determining how it actually changes teachers’ practices. The main results show the limited expertise of UAM and recommend the training of teachers and students in educational technologies to develop distance education.
Cet article étudie le développement de l’enseignement à distance à l’Université Abdou Moumouni (UAM). Nous relevons que, malgré leur pertinence, l’enseignement à distance et le développement des technologies éducatives ne sont pas ou peu développées à l’UAM. Sur la base de ce constat, nous avons procédé à une analyse systématique des travaux en situant l’état du savoir dans le domaine sur la base d’un questionnement à l’origine de notre revue de littérature : l’exploitation du potentiel des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et l’enseignement à distance peuvent-ils créer une nouvelle culture de l’apprentissage ? Nous poursuivons un double objectif : le premier consiste à analyser l’enseignement à distance et son processus de construction, et le second se propose d’examiner les possibilités d’apprentissage à distance en déterminant leurs apports réels dans les changements des pratiques des enseignants. Les principaux résultats montrent le peu d’expertise de l’UAM et recommandent la formation des enseignant-es et des étudiant-es en matière de technologies éducatives pour développer l’enseignement à distance.
 
Le financement de la recherche dans les pays non-hégémoniques : coopération internationale et compétence nationale
Scientific research has become a globalised activity carried out in networks and around issues and questions that are largely financed by public and private international and national organizations. As partnerships for scientific cooperation have multiplied, the project mode has become the prevailing mode of research funding. This new configuration (as compared to research configurations in the 20th century) raises questions about how international scientific cooperation is carried out. Such cooperation is highly complex and cannot be reduced to a question of access to financial resources or connection to international scientific networks. This article, which is based on field observation, uses actor-network theory to show that taking part in internationally funded, collaborative development research projects necessarily involves building and strengthening a country’s national competence. It also discusses the extent to which agencies that support development research help increase the investments of non-hegemonic countries at the local level while at the same time strengthening these countries’ international position.
La recherche scientifique est aujourd’hui une activité mondialisée qui s’effectue en réseau, autour d’objets ou de questions largement financés par des organismes internationaux, nationaux, aussi bien publics que privés. Si les partenariats des coopérations scientifiques se sont démultipliés, le mode projet, lui, s’est imposé comme mode de financement de la recherche par excellence. Cette nouvelle configuration par rapport à celle de la science du XXème siècle pose des questions sur les modalités de mise en œuvre de la coopération scientifique internationale, qui, de par sa complexité, ne peut pas se résumer à une question d’accès à des ressources financières ni de connexion à des réseaux scientifiques internationaux. Ainsi, en nous appuyant sur une enquête de terrain, la théorie de l’Acteur-réseau nous permet de montrer que la participation à des projets de recherche pour le développement collaboratifs, soutenus par des financements internationaux, passe nécessairement par la construction et/ou la consolidation d’une compétence nationale. Nous discutons, en même temps, dans quelle mesure les agences qui soutiennent la recherche pour le développement contribuent à renforcer les investissements réalisés par les pays non-hégémoniques sur le plan local tout en consolidant leur positionnement à l’international.
 
Estonia “has not time”: Existential Politics at the End of Empire
This article is about the Estonian transition from the era of perestroika to the 1990s. It suggests that the Estonian national movement considered the existence of the nation to be threatened. Therefore, it used the window of opportunity presented by perestroika to take control of time and break free of the empire. This essay has the following theoretical premises. First, Estonia was not engaged in “normal politics” but in something that I will conceptualise, following the Copenhagen School, as “existential politics.” Second, the key feature of existential politics is time. I will draw on the distinction, made in the ancient Greek thought, between the gods Chronos and Kairos. By applying these concepts to Estonia, I suggest Kairos presented the opportunity to break the normal flow of time and the decay of Socialism (Chronos) in order to fight for the survival of the Estonian nation. The third starting point is Max Weber’s historical sociology, particularly his notion of “charisma,” developed in Stephen Hanson’s interpretation of the notions of time in Marxism-Leninism-Stalinism. Based on this, I will argue that Estonian elites thought they were living in extraordinary times that required the breaking of the normal flow of time, which was thought to be corroding the basis of the nation’s existence.Cet article porte sur la transition estonienne de la perestroïka aux années 1990. Mon analyse suggère que le mouvement national estonien considérait que la nation été menacée dans son existence. Il a donc utilisé la fenêtre d’opportunité offerte par la perestroïka pour prendre le contrôle du temps et se libérer de l’empire. Cette étude repose sur les prémisses théoriques suivantes : premièrement, l’Estonie n’était pas engagée dans une « politique normale » mais dans quelque chose que l’on peut conceptualiser, en s’inspirant de l’école de Copenhague, comme une « politique existentielle ». Deuxièmement, la caractéristique principale de toute politique existentielle est le temps. Je m’appuierai sur la distinction qu’établit la pensée grecque ancienne entre les dieux Cronos et Kairos. En appliquant ces concepts à l’Estonie, j’avancerai l’hypothèse que Kairos a représenté l’opportunité de briser le cours normal du temps et la décadence du socialisme (Cronos) afin de lutter pour la survie de la nation estonienne. Le troisième point de départ de mon analyse est la sociologie historique de Max Weber, en particulier sa notion de « charisme », développée dans l’interprétation que livre Stephen Hanson des notions du temps appliquées au marxisme-léninisme-stalinisme. Sur cette base, je mettrai en avant que les élites estoniennes pensaient vivre à une époque extraordinaire qui nécessitait la rupture du cours normal du temps car, selon elles, ce dernier portait atteinte aux bases de l’existence de la nation
Mario BIAGIOLI et Vincent Antonin LÉPINAY (dir.), From Russia with Code. Programming Migrations in Post-Soviet Times. Durham – London: Duke University Press, 2019, 372 p.
Crise politique et discours médiatiques au Sénégal: Le traitement informationnel des évènements de décembre 1962 à Dakar
Le présent article s’intéresse au traitement informationnel d’une radio, Radio-Dakar et de trois organes de presse écrite que sont Dakar-Matin, Afrique Nouvelle et Le Monde dans une période charnière de développement économique et social et de crise des institutions gouvernementales au Sénégal en décembre 1962. La crise qui opposa Léopold Sédar Senghor, président de la République, à Mamadou Dia, président du Conseil, place les médias dans une posture délicate et parfois ambivalente au moment où l’État sénégalais s’employait à élaborer un cadre juridique et réglementaire des médias devenus un enjeu indiscutable de pouvoir et de construction nationale