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De Cloporte en Janus : sur quelques représentations du portier dans la caricature française du XIXe siècle
There are numerous caricatures of male concierges or doormen in the nineteenth-century texts and drawings. They constitute a very modern phenomenon, as new building layouts of the time, or new buildings in general, almost always included a lodge. Their role of controlling the whereabouts of people getting in and out of the building was subject to the contradictory pressures from landlords and tenants alike. We will try to demonstrate how the doormen and concierges belonged to the in-between places in the nineteenth-century French caricature, with their social position stretched between their landlords and tenants, a function that allowed them to combine servility and an excessive show of strength, and resulted in their depictions ranging from animals to gods.Les caricatures de concierges, portiers et domestiques auxiliaires des portes et du passage dans les lieux publics de l ’immeuble, ou privés de l'appartement, sont nombreuses au XIXe siècle, en dessin et en littérature. En effet le concierge ou portier est alors un phénomène moderne, et sa situation sociale, de même que celle de son local, est située dans l'entre-deux. Sa fonction de contrôle se heurte dès lors à la fois aux pressions du propriétaire de l'immeuble et à la résistance de ses locataires. Le portier ou concierge occupe donc une place spéciale dans la représentation caricaturale du XIXe siècle. Entre servilité et volonté de surpuissance, il fait l ’objet de nombreux tiraillements. Alors qu'il est écartelé socialement entre locataire et propriétaire, ses représentations caricaturales s'étirent entre animal et dieu
La Mythologie politique de Paul Hadol : des figures du pouvoir à l’épreuve des mythes grecs dans la caricature au début de la Troisième République (1871-1872)
Between 1871 and 1872, the cartoonist Paul Hadol published in the satirical weekly Le Charivari, eleven loaded portraits forming a series entitled La Mythologie politique. This article first places the series against the backdrop of the pre-existing tradition of iconographic parody of antiquity that began in England at the end of the 18th century, before being adopted in France during the July Monarchy. We then question the biographical criteria for the selection of the caricatured celebrities, and the potential thematic coherence of the series based on the typology of mythological filters – the cycle of Troy, the Olympian deities, heroes, monsters. Finally, the more specifically semiotic analysis of the caricatures highlights the resumption of the process associating big-head and versified legend with the two series of the Charivaric Pantheon (1838-1841 and 1866-1867), the dimension of political rebus, and the game of artistic, literary and even musical quotes. The conclusion shows that the scope of the series can be considered from a political and artistic point of view, but also intellectually in relation to the time which it concerns.Entre 1871 et 1872, le dessinateur Paul Hadol publie dans l'hebdomadaire satirique Le Charivari onze portraits-charges formant une série intitulée La Mythologie politique. Cet article rappelle d'abord comment celle-ci s'inscrit dans une tradition préexistante de parodie iconographique de l'Antiquité qui naît en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle avant d'être acclimatée en France à partir de la monarchie de Juillet.On interroge ensuite les critères de sélection biographique des célébrités caricaturées et la cohérence thématique possible de la série à partir de la typologie des filtres mythologiques – le cycle de Troie, les divinités olympiennes, les héros, les monstres. Enfin, l'analyse plus spécifiquement sémiotique des caricatures met en évidence la reprise du procédé associant grosse-tête et légende versifiée aux deux séries du Panthéon charivarique (1838-1841 et 1866-1867), la dimension de rébus politique, et le jeu de citations artistiques, littéraires voire musicales. L'épilogue montre que la portée de la série peut s'envisager d'un point de vue politique et artistique mais aussi intellectuel dans le rapport au temps qu'elle questionne
La caricature ou le mystère des mots bourdonnant aux oreilles dans Le Nègre du Gouverneur de Serge Patient
The caricature, in its most elementary representation, in its polysemy, its multiple extensions, refers to the burden, to the “fagot load” causing man to moan, to bend and to walk bent “with heavy steps”. Writers, such as comedians or painters of modern life, strive to combine the norms of representation and to distort words to emphasize the animality of man. Serge Patient, in his column entitled The Governor’s Negro published in 1978, propels us back in time, into the collective Guyanese imagination and invites us to focus on a black slave, D’Chimbo. It is then up to the reader to decipher the data, correct them or blame them by laughing brutally or domesticating the laughter. With soothed or revived laughter and words buzzing weaker in the ears, what language and clichés could still emerge?La caricature, dans sa représentation la plus élémentaire, dans sa polysémie ou ses multiples extensions, fait référence à la charge, au « faix du fagot » amenant l’homme à gémir, à ployer et à marcher courbé « à pas pesants ». Les écrivains, tels des humoristes ou des peintres de la vie moderne, s’emploient à combiner les normes de la représentation et à distordre les mots pour souligner l’animalité de l’homme. Serge Patient, dans sa chronique intitulée Le Nègre du Gouverneur publiée en 1978, nous propulse dans le temps, dans l’imaginaire collectif guyanais et nous invite notamment à nous focaliser sur l'esclave noir D’Chimbo. Il appartient alors au lecteur de décrypter les données, de les rectifier ou de les blâmer en riant brutalement ou en domestiquant son rire. Les rires apaisés ou ravivés et les mots bourdonnant plus faiblement aux oreilles, quel langage et quels poncifs pourraient encore se dessiner
Flaubert et la caricature : l’exigence de la modernité
Caricatured at times by his contemporaries, Flaubert provokes extreme reactions. In his Correspondence, he dares to present a plethora of caricatures which suit his moods and his opinions, excelling in hyperbole and emphasis. A word of his own summed it up: « hénaurrrme ». Besides, his most memorable characters are caricatures: Emma – of love, Bouvard and Pécuchet – of stupidity, Félicité of Un cœur simple – of kindness. In Flaubert’s factory, the incarnation is intrinsically linked to deformation, itself degraded into a parody. Because the caricature in Flaubert is part of a nihilistic thought: the novelist participates in a general deconstruction of bourgeois society by an obviously political caricature even if the writer refrains from using the work as a platform, in the name of “autotelism” of art. Basically, it is Flaubert’s modernity that justifies his taste and the use of caricature.Quelquefois caricaturé par ses contemporains, Flaubert suscite les réactions dans l'outrance, lui qui ose dans sa Correspondance abonder dans la caricature selon ses humeurs et ses opinions en excellant dans l'hyperbole et l ’emphase. Un mot de son cru le résume : « hénaurrrme ». Au demeurant, ses personnages les plus mémorables sont des caricatures : de l'amour avec Emma, de la bêtise avec Bouvard et Pécuchet, de la bonté avec Félicité d'Un Cœur simple… Dans la fabrique flaubertienne, l'incarnation est intrinsèquement liée à la déformation, elle-même dégradée en parodie. Car la caricature chez Flaubert est partie prenante d'une pensée nihiliste : le romancier participe d'une déconstruction généralisée de la société bourgeoise par une caricature évidemment politique même si l'écrivain se défend d ’utiliser l'œuvre comme une tribune, au nom de l'autotélisme de l'art. Au fond, c'est la modernité de Flaubert qui justifie le goût et l'usage de la caricature
La caricature entre image et parole : Villiers de l’Isle-Adam rival d’Honoré Daumier
This article analyzes, from a comparative perspective, the aims and the characteristics of two types of caricature: Honoré Daumier’s graphic caricature and Villiers de l’Isle-Adam’s literary one. For the purposes of his satiric revenge on bourgeoisie, Villiers resorted, by means of irony, to Daumier’s method, even trying to overshadow him. In their way of presenting the world of bourgeoisie and selected social groups (journalist and artistic ones), this draughtsman and this writer worked out their own means of the use of caricature. Without stopping stigmatising the vices of society, Daumier proposed a peculiar kind of caricature (in which an explanation played a secondary role) and developed the ludic aspect of his art, whereas Villiers was focused on mockery, even though his caricatures were often ambiguous. Villiers’ caricature, which even became a literary genre, connects a distorted portrait with a linguistic and situational caricature, by which means it makes the sense, formed by Daumier’s image, broader.L'article propose d'analyser, dans une optique comparatiste, les objectifs et les spécificités de la caricature graphique d'Honoré Daumier et de la caricature littéraire de Villiers de l'Isle-Adam. Par son projet de vengeance satirique sur les bourgeois, Villiers de l'Isle-Adam se réclame de la méthode de Daumier, fondée sur l'ironie, et envisage de dépasser le dessinateur. Dans la présentation de l'univers bourgeois et des milieux choisis (journalistique, artistique) le dessinateur et l'écrivain élaborent leurs propres façons d'exploiter les ressources de la caricature. Tout en dénonçant les vices de la société, Daumier propose un type particulier de comique (dans lequel la légende joue un rôle secondaire) et développe l'aspect ludique de son art, tandis que Villiers se concentre sur la raillerie violente, même si sa caricature relève souvent de l'ambiguïté. Érigée en genre littéraire, la caricature villiérienne relie le portrait déformé à la caricature langagière et celle de situation, en élargissant ainsi les sens véhiculés par le dessin de Daumier
Les puschts, les bardaches, les « almées… mâles » : une caricature de la femme orientale ou un autre rêve d’Orient ?
The present paper focuses on some representations of male Oriental dancers who dance dressed as women. It tries to answer the question whether those representations form a caricature of the Oriental woman or if it is another, perverse, Oriental dream. The first part of the paper presents the Oriental male dancer and shows how he was perceived in the Middle East and in Europe. The second part discusses the critics of male dancers’ behaviour in the travelogues by Jean Potocki and Vivant Denon. The three following sections analyse three examples of descriptions dating from the 1840-1850 by Gérard de Nerval, Gustave Flaubert and Théophile Gautier. It turns out that, with time, the caricature becomes less obvious and the descriptions are more and more aesthetic. One can no longer only mock and condemn the male dancers, a new perverse dream seems to be born.La contribution analyse quelques représentations des danseurs orientaux qui dansent habillés en femmes et cherche à répondre à la question de savoir si ces représentations forment une caricature de la femme orientale ou s'il s'agit d'un autre rêve pervers d'Orient. La première partie présente la danseuse mâle et montre sa perception en Orient et en Europe. La seconde partie évoque la critique du comportement des danseuses mâles présente dans les relations de voyage de Jean Potocki et de Vivant Denon. Les trois dernières parties analysent trois descriptions datant des années 1840-1850, créées par Gérard de Nerval, Gustave Flaubert et Théophile Gautier. Il s'avère qu'avec le temps, la caricature devient moins évidente qu'auparavant et les descriptions s'esthétisent. Il n'est plus possible de ne faire que se moquer des danseuses mâles ou les condamner. Un nouveau rêve pervers d'Orient semble faire son émergence
Entre l’art de l’invisibilité et l’art de la démesure : Marcel Proust caricaturé par Jean Cocteau
The paper discusses the relationship between Marcel Proust and Jean Cocteau in connection with the problem of their “visibility” (Nathalie Heinich) based on Jean Cocteau’s portrait (1922) of Marcel Proust and Claude Arnaud’s biographical essay (2013). In this context, Cocteau’s drawing, which conveys Marcel Proust’s extravagant character, could nowadays be considered not only a caricatural representation of the author of In Search of Lost Time, but also a demythologizing one, especially in contrast to the image of invisible Proust created by structuralist interpretations. Also, in the mediatic and theoretical contemporary context, Cocteau’s visual representation of Proust could be used to reflect on Proust ’s action (conduite) which, combined with his narrative discourse, defines the “posture” (Jérôme Meizoz) of the author of In Search… within the literary field.Partant d’un dessin de Marcel Proust par Jean Cocteau conçu en 1922 ainsi que d’un essai biographique de Claude Arnaud publié en 2013, l’auteur de l’article présente la relation entre les deux écrivains en référence à la problématique de leur « visibilité » (Nathalie Heinich). Dans ce contexte-là, le dessin de Cocteau, restant en accord avec le caractère démesuré de Marcel Proust, peut être aujourd’hui considéré comme une représentation caricaturale de l’auteur de la Recherche qui démythifie une image de Proust-écrivain invisible créée par la vulgate structuraliste. Aussi, dans le contexte médiatique et théorique contemporain, la représentation visuelle de Proust par Cocteau peut s'avérer utile pour la réflexion à propos de la « conduite » non-narrative de Proust qui, à côté de son activité discursive, définit la « posture » (Jérôme Meizoz) de l’auteur de la Recherche dans le champ littéraire français
L’excès de réel – caricature et réalisme dans quelques nouvelles de Maupassant
By its mimetic exaggeration, the caricature could seem incompatible with the aesthetics of realism, which seeks to give an image faithful to reality. Yet the ironist Maupassant often applies caricature in his portrayals in order to highlight the exaggerated features of the character. By establishing firm links between the portrait of the character and the unfolding of the story, which illustrates the negative consequences of this extravagance, Maupassant reveals the danger of deviating from a moderate behaviour. The realism resides in the coherence between the caricatural portrayal of a character and their acts. It also derives from the application of a rational scheme to depreciate the caricatured character, whose extravagance, often in the form of a passion, provoke a misunderstanding of the objective reality. The impossibility of applying such a normative framework, as in the fantastic genre, could indicate the need to abandon partially the realist aesthetics and embrace other forms of writing.Par son excès mimétique, la caricature peut sembler difficilement compatible avec l'esthétique réaliste, qui cherche à donner une image fidèle au réel. Pourtant l'ironiste Maupassant a souvent recours au portrait caricatural afin de mettre en relief le caractère excessif du personnage. En établissant des liens fermes entre le portrait du personnage et le déroulement de l’histoire, qui illustrera les conséquences négatives de cet excès, Maupassant expose le danger qu’il y a à dévier d'un comportement mesuré. Le réalisme réside ainsi dans la cohérence entre le portrait caricatural du personnage et ses actes. Il dérive aussi de l'application d'un schéma rationnel mis en place pour déprécier le personnage caricaturé, dont l'excès, souvent sous forme de passion, provoque une appréhension erronée du réel objectif. L'impossibilité d'appliquer un tel cadre normatif, comme dans le genre fantastique, pourrait indiquer la nécessité d'abandonner partiellement l’esthétique réaliste pour embrasser d'autres formes de composition
Portraits caricaturaux du gouvernement de Vichy sous la verve démesurée de Céline
In his three novels, commonly referred to as the German trilogy, Céline evokes the story of his dangerous exodus to Germany, from 1944 to 1945, then to Denmark from 1945 to 1951. Our purpose is not to take the whole journey back, but to dwell on his stay in Sigmaringen where almost all the outstanding figures of the Collaboration are depicted and caricatured by Céline in a tone of contempt particular of him and of his exceptional singularity. We will use a few examples to show how the writer amplifies his characters’ features, to strengthen his descriptions. Céline paints their portraits, exaggerating their characteristics or, sometimes, endowing them with ridiculous attitudes. By hilarious, burlesque, comical details, Céline manages to caricature certain figures of the Vichy government in an atmosphere where absurdity, chaos and decadence mingle.Dans ses trois romans, communément désignés comme trilogie allemande, Céline évoque le récit de son périlleux exode en Allemagne, de 1944 à 1945, puis au Danemark de 1945 à 1951. Notre propos n’est pas de reprendre tout ce périple, mais de nous attarder sur son séjour à Sigmaringen où presque toutes les figures marquantes de la Collaboration sont dépeintes et caricaturées par Céline sur un ton de mépris qui lui est exclusif et marque sa singularité exceptionnelle. Nous en retiendrons quelques exemples pour montrer comment l’écrivain amplifie les traits de ses personnages, pour donner plus de vigueur à ses descriptions. Céline brosse leurs portraits, en accentuant leurs caractères ou bien en leur prêtant, parfois, des attitudes ridicules. Par des détails hilariants, burlesques, comiques, Céline parvient à caricaturer certaines personnalités du gouvernement de Vichy dans une atmosphère où se mêlent absurdité, chaos, décadence
Au pays des supplices : caricature et paroxysme dans la Chine fantasmée d’Octave Mirbeau
This article studies the tools and strategies employed in the creation of caricature in one of the prototypical works of the European exotic discourse. Le Jardin des Supplices is indeed an important milestone in the formation of stereotypes about China; however, this representation, far from seeking to develop a realistic depiction of China, or even to point out its supposed barbarity, aims, on the contrary, at producing a caricature of its counterpart, Europe, while using verbal and figurative exacerbation as main devices. Le Jardin des Supplices acts as a mirror in which the West recognizes itself in the described phantasmagorical utopia; in this sadistic farce, we will therefore identify both a parody of European institutional structures and a pastiche of the characteristic features of literary decadence. Notwithstanding, Le Jardin des Supplices provides a lasting and ironical view of the representation of China and the Chinese in the collective unconscious.Cet article étudie les stratégies de la caricature dans Le Jardin des supplices, œuvre emblématique du discours exotique et jalon dans la constitution des stéréotypes sur la Chine. Cependant, le récit, loin de chercher à représenter une Chine réaliste, ni même à en indiquer la barbarie supposée, vise au contraire à produire en creux une caricature de son pendant européen. Le Jardin des supplices a ainsi une vocation spéculaire, par laquelle l'Occident se reconnaît dans l’utopie fantasmagorique proposée ; on identifiera alors à la fois, dans cette farce sadique, une parodie des structures institutionnelles européennes et un pastiche des traits caractéristiques de la décadence littéraire. Nonobstant, Le Jardin des supplices informe bien durablement, et au second degré, la représentation de la Chine et des Chinois dans l’inconscient collectif