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Le maître et son disciple dans le Manuel de l’arriviste d’Henri Chateau ou comment devenir un arrivé
Even the form of Henri Chateau’s novel, published in 1901, emphasizes the relationship between a master and his disciple. It uses autobiographical narrative and is based on the advice given by the arrivé to his young follower. The subject places the book among, what we call, arriviste novels – a category of the realist novel developed in 19th century, whose beginnings can be traced back to Stendhal and Balzac. Nevertheless, the structure of the narrative is singular and questions the very principle of arrivisme, inseparable from individualism. This paradox requires a reconsideration of the idea of teaching in such conditions. Our paper analyses the arriviste’s education process and presents the benefits and risks of the relationship between the master and his disciple. Le bref roman d’Henri Chateau, publié en 1901, souligne déjà par sa forme la relation entre maître et disciple. L’œuvre utilise la narration autobiographique et se construit autour des conseils donnés par l’arrivé à son jeune adepte. Le sujet inscrit l’ouvrage dans ce que nous appelons le roman de l’arriviste, une catégorie des romans réalistes développées au XIXe siècle à partir des personnages de Stendhal et de Balzac. Pourtant, l’organisation du récit est singulière et interroge le principe même de l’arrivisme, conçu sur l’individualisme. Ce contexte questionne l’idée de l’enseignement dans de telles conditions. Notre article analyse le procédé d’apprentissage de l’arriviste et montre les bénéfices et les risques de la relation réciproque entre le maître et son disciple
Démythisation dialectique et reconstruction sémantique de la dyade maître-disciple dans L’Enfant-pluie de Francis Bebey
In Francis Bebey's L'Enfant-pluie, the learner Mwana is burning with the desire to grow up. Weaned almost from his parents, he is forced to live in the village with his grandmother Iyo. He bases his daily sapiential quest on a repetitive questioning that he formulates towards his master. But beyond the child's fascination and in the face of the immensity of the training modules, what types of links do they singularize their relationship with Iyo? A didactic support for the teacher or simply a guidance for the learner? By backing our analysis with the phenotext-genotext diptych that underlies Edmond Cros' sociocritical approach, we organize our work into two main parts. First, we examine the thematic components that articulate Mwana's learning by showing each time how the artist-writer stylizes this theme to finally question the vision of the world he posits through his writing.
Dans L’Enfant-pluie de Francis Bebey, l’apprenant Mwana brûle d’envie de devenir grand. Sevré pour ainsi dire de ses parents, il est obligé de vivre au village aux côtés de sa grand-mère Iyo. Il fonde sa quête sapientiale journalière sur un questionnement répétitif qu’il formule à l’endroit de son maître. Mais par-delà la fascination de l’enfant et face à l’immensité des modules de formation, quels types de liens singularisent-ils son rapport à Iyo ? Un accompagnement didactique pour le maître ou simplement une guidance pour l’apprenant ? En adossant notre analyse au diptyque phénotexte-génotexte qui sous-tend l’approche sociocritique d’Edmond Cros, nous organisons notre travail en deux grandes parties. D’abord, nous scrutons les composantes thématiques qui articulent l’apprentissage de Mwana en montrant à chaque fois comment l’artiste-écrivain stylise cette thématique pour enfin interroger la vision du monde qu’il postule à travers son écriture
Le maître dans l’œil du disciple. À propos de l’apprentissage ou de l’initiation écologique dans Les Neuf consciences du Malfini de Patrick Chamoiseau
Les Neuf Consciences du Malfini by Patrick Chamoiseau is a Bildungsroman centred around pedagogical experience of a disciple, and didactic and pedagogical achievements of a master. The educational process based on careful observation and formative imitation of the master, allows the novice to transcend his predatory impulses to reach the stage of ecological responsibility. Unlike the traditional Bildungsroman in which the master mobilizes some multisensory and multimodal devices to relay knowledge or truth, the novel in question confronts the reader with an archetypal "pedagogical" situation, where the master-disciple relationship is not interpersonal, interactive, voluntary or ritualized. Moreover, a pedagogical bond forms not only between the protagonists of the text, but also between the novel and the reader, its target audience. The paper proposes to approach the educational process and the master-disciple relationship from the point of view of ecocriticism, using semiotic analysis of a character. It is argued that by means of the allegorical account, Chamoiseau criticizes anthropocentrism for being the main cause of ecological degradation and advocates horizontality in the human-nature relationship, as a guarantee of ecological balance.Les Neuf consciences du Malfini de Patrick Chamoiseau est un roman initiatique articulé autour de l’expérience pédagogique d’un disciple et des prouesses didactico-pédagogiques d’un maître. Fondé sur l’observation minutieuse et l’imitation formatrice du maître, cet apprentissage permet à l’initié de transcender ses élans prédateurs pour accéder au stade de la responsabilité écologique. Contrairement au roman de formation traditionnel dans lequel le maître mobilise le dispositif multisensoriel et multimodal pour relayer le savoir ou la vérité, celui-ci met le lecteur devant une situation « pédagogique » archétypale où la relation maître-disciple n’est pas interpersonnelle, interactive, volontaire ou ritualisée. En outre, le lien pédagogique ne s’y déploie pas seulement entre les protagonistes mis en texte, mais aussi entre le roman et le lecteur qui en est la cible privilégiée. À l’aune de l’écocritique et de l’approche sémiologique du personnage, cette réflexion se propose d’étudier le processus d’initiation et la dynamique des relations maître-disciple pour montrer que, par ce récit allégorique, Chamoiseau fait le procès de l’anthropocentrisme comme cause principale du déclin écologique et préconise l’horizontalité dans les relations Homme/Nature, gage de l’équilibre écologique
« Mais qui ose en affronter les suites ? » : Emil Cioran et les rapports entre la vanité, le suicide et l’écriture
According to Emil Cioran, every human being is “full of the conviction that all is vain.” But Cioran wonder immediately after indicating that universal recognition of vanity: “But who dares to face the consequences?” How does the writing voice in Cioran associate with and distinguish himself from this generalized humanity? And what should our reaction to the vanity of all things be? We could be tempted to say that destruction, and self-destruction above all, seems to be the most reasonable reaction. Although Cioran writes in a near-obsessional way about suicide, he does not ultimately recommend it as a solution to vanity precisely because vanity resists all solutions. The writer is thus in a contradictory position: what would be the use of declaring the vanity of all things if that declaration only participates in that same vanity? The act of publishing books is not, according to Cioran, more effective than suicide as far as the attenuation of vanity is concerned, but reading and writing as simultaneous creation and destruction allow us to forget vanity at least enough to continue living.Selon Emil Cioran, tout être humain est « imbu de la conviction que tout est vain ». Par contre, Cioran se demande tout de suite après avoir indiqué cette reconnaissance universelle de la vanité : « Mais qui ose en affronter les suites ? ». En quoi l’écrivain cioranien s’associe-t-il à cette humanité généralisée et en quoi est-ce qu’il s’en distingue ?
Quelle doit être notre réaction alors, face à la vanité de tout ? On pourrait être tenté de dire que la destruction, et surtout l’autodestruction, semble être la réaction la plus raisonnée. Bien que Cioran écrive de manière quasi-obsessionnelle sur le thème du suicide, il n’arrive pas à le recommander comme solution à la vanité justement parce que la vanité résiste à toute solution. L’écrivain se voit ainsi dans une position contradictoire, car à quoi sert-il de déclarer la vanité de tout si cette déclaration ne fait que participer à cette même vanité ? L’acte de publier des livres n’est pas, selon Cioran, plus efficace que le suicide en ce qui concerne l’atténuation de la vanité, mais l’écriture et la lecture en tant que création et destruction simultanées nous permettent d’oublier la vanité au moins assez pour continuer à vivre
Lyrisme de la vanité et vanité du lyrisme. Quelques exemples de poétiques du XIXe siècle, de Baudelaire à Laforgue
At its peak in the 17th century, Vanity, thanks to its codification, persists beyond that age favourable to its blossoming. Just as the religious and dogmatic dimension tends to fade in the 19th century, the symbols of vacuity and existential delusion are partly used again. Can we still talk about Vanity then, when the symbolic discourse is incomplete? From Baudelaire to Laforgue, the poetics of the 19th century bring about an axiological transfer which tends to annihilate the initial argumentative impact. Consequently, why revive a tradition which is apparently incompatible with the lyrical discourse? In fact, endowed with a metadiscursive dimension, Vanity seems to relate to the critical dynamic specific to the lyricism of the second half of the 19th century and contributes to renew it. Between seriousness and irony, the pictorial transposition of Vanity fosters an intersemiotic dialogue which makes room for another method of transmission of feelings.À son apogée au XVIIe siècle, la Vanité, grâce à sa codification, perdure au-delà de cette époque propice à son épanouissement. De même que la dimension religieuse et dogmatique tend à s’estomper au XIXe, les symboles de la vacuité et de l’illusion existentielle sont repris de manière partielle. Peut-on alors encore parler de Vanité quand le discours symbolique est lacunaire ou incomplet ? De Baudelaire à Laforgue, les poétiques du XIXe siècle opèrent un déplacement axiologique qui tend à annihiler la portée argumentative initiale. Dès lors, pourquoi reprendre une tradition apparemment incompatible avec le discours lyrique ? En fait, dotée d’une dimension métadiscursive, la Vanité semble participer de la dynamique critique, propre au lyrisme de la deuxième moitié du XIXe siècle et contribue à le renouveler. Entre sérieux et ironie, la transposition picturale de la Vanité favorise un dialogue intersémiotique qui ménage un espace vacant pour un autre mode de transmission des sentiments
La vanité ou le miroir des faux-semblants dans Chaque heure blesse de Raoul Danaho
Vanity, in its most general representation, invites us to stop for a moment our race ahead, to set aside our various actions and to ask ourselves about our destiny. Literature, painting often focuses on the fragility of life. It is compared to a breath, a vapor that appears for a short time. Earthly goods, worldly pleasures seem vain and ephemeral and the incessant quest of man equally illusory. Raoul Danaho, in his novel Every hour hurts, published in 1968 evokes the story of a young man who seeks his own identity and his own place in the world. Albert, this man from Cayenne, ended up in Paris, but he did not find the desired tranquility. There is no attraction to life in his eyes. He must "strive to live". It feels empty, unable to merge with the surrounding world and the writing of Danaho becomes by the same fragmentary as to "reflect" the vanity of existence. Will Albert seek "vainly" to "continue his journey," "This groping in the dark, this blind march in the night," or is the rhetoric of vanity so distended to allow him to find a salutary way? The Rochefoucauld stated with some acuity the following words, referring the man to himself, to his fellows and to the reflecting prism: "What makes us the vanity of others unbearable is that it hurts ours " (1664, 390). We are entitled to ask ourselves whether the light will be able to reach and radiate the human heart.La vanité, dans sa représentation la plus générale, nous invite à arrêter quelques instants notre course en avant, à mettre de côté nos divers agissements et à nous interroger sur notre destinée. La littérature, la peinture se focalisent souvent sur la fragilité de la vie. Elle est comparée à un souffle, à une vapeur qui paraît pour peu de temps. Les biens terrestres, les plaisirs mondains paraissent vains et éphémères et la quête incessante de l’homme toute aussi illusoire. Raoul Danaho, dans son roman Chaque heure blesse, publié en 1968, évoque l’histoire d’un jeune homme qui cherche sa propre identité et sa propre place dans le monde. Albert, cet homme originaire de Cayenne, s’est retrouvé à Paris, mais il n’y trouve pas la tranquillité souhaitée. La vie ne présente aucun attrait à ses yeux. Il doit « s’efforcer de vivre ». Il se sent vide, incapable de fusionner avec le monde environnant et l’écriture de Danaho devient par là même fragmentaire comme pour « réfléchir » la vanité de l’existence. Albert cherchera -t-il « vainement » à « poursuivre sa route », « ce tâtonnement dans le noir, cette marche aveugle dans la nuit » ou la rhétorique de la vanité se distendra-t-elle donc pour lui permettre de trouver une voie salutaire ? La Rochefoucauld énonçait avec une certaine acuité les propos suivants, renvoyant l’homme à lui-même, à ses semblables et au prisme réfléchissant: « Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c’est qu’elle blesse la nôtre» (1664, 390). Nous sommes en droit de nous demander si la lumière parviendra à atteindre et à irradier le cœur humain
Vanités : une invitation à jouir et à se réjouir ?
Although a distinction between a Still life and a Vanitas painting could rest upon their respective mode of reception: iconographic for the former, iconological for the latter, the interpretation of Vanitas remains highly problematic. In direct opposition to its intended message of repudiation of earthly goods, the Vanitas runs always the risk to be perceived as an incitement to enjoy and rejoice. Tempus fugit? Therefore, carpe diem instead of memento mori.Alors que l’histoire de l’art ne s’est jamais beaucoup intéressée à établir un critère satisfaisant de discrimination entre Natures mortes et Vanités, cet article propose une distinction basée sur le mode de réception adopté : là où une lecture iconographique révèle une Nature morte, une lecture iconologique manifeste une Vanité. Cela dit, l’herméneutique de celle-ci demeure éminemment problématique. Contrairement au message de renonciation aux biens terrestres qu’elle s’efforce en principe de diffuser, la Vanité sera toujours susceptible d’être perçue comme une invitation à jouir et à se réjouir. Tempus fugit ? Donc carpe diem plutôt que memento mori
Bossuet face à La Vallière : la topique de la vanité, entre enjeux religieux et enjeux politiques
We will analyse the motives of vanity and of contempt of the world in Bossuet’s Carême du Louvre and Sermon pour la profession de La Vallière in both a topical and clearly enunciated perspective. The relationship between Louis XIV and La Vallière raises a religious and political issue: the motive of vanity is used by the preacher not only as a theological argument, but also as a political weapon. The motives of contempt of the world can’t do without the world itself: religious and political fields are constantly reflected on one other.Nous voulons analyser les motifs de la vanité et du mépris du monde dans le Carême du Louvre et dans le Sermon pour la profession de La Vallière dans une perspective à la fois topique et énonciative. La liaison de Louis XIV et de La Vallière pose un double problème religieux et politique. À cet égard, Bossuet utilise la topique de la vanité comme une arme paradoxale qui montre que le mépris du monde ne peut se passer du monde. Le champ religieux et le champ public se reflètent alors sans cesse l’un dans l’autre