Revues électroniques université Paris Ouest Nanterre La Défense
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What Can Theory Do? (The Cultural Limits of Theory and Some Edifying and Practical Applications of Deleuze, Literature, and Emptiness)
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L'excès en tous lieux dans l'oeuvre d'Edwidge Danticat
Dépassant les contraintes de l’anglais en l’infusant d’expressions créoles et alternant faits réels et contes du folklore haïtien, le métadiscours de l’auteure haïtiano-américaine Edwidge Danticat permet la surabondance des dimensions historique, politique et personnelle et dépasse souvent l’entendement. Cet article s’attache à démontrer comment l’auteure construit un discours hybride au delà des frontières et transforme l’expérience diasporique en une histoire transculturelle et transtextuelle. Dans toute son œuvre, le réel et l’imaginaire sont souvent exacerbés au sein d’espaces du milieu qui représentent avec une violence démesurée le démembrement des corps, le dépassement des subjectivités et la déconstruction des histoires. Il s’agira d’analyser la mise en œuvre d’une poétique de l’excès illustrée dans « Nineteen Thirty Seven » par la dissolution des frontières, dans Brother, I’m Dying par le chancellement des discours et dans Breath, Eyes, Memory par la fragmentation des corps féminins excédés. Les récits fictifs et non fictifs de Danticat semblent exister au cœur de ces espaces de l’excès où silences, voix et corps s’expriment au delà des maux et illustrent les intempérances discursives de l’auteure. Ses écrits imaginent l’impact des espaces incontrôlés sur les subjectivités et le débordement des lieux de mémoire, soulignant ainsi que « le souvenir a toujours une fonction de re-territorialisation » (Deleuze et Guatarri). Pour Danticat, mémoires et territoires ne peuvent donc s’écrire que dans la démesure, l’outrance et le dépassement des subjectivités meurtries.Spaces of Excess in Edwidge Danticat’s FictionWhile she writes in Standard English, Haitian American author Edwidge Danticat’s prose is infused with Creole expressions and cultural references belonging to Haitian folk memory. Within her fiction, the historical, political and personal dimensions intermingle and often contribute to defying logic. This article seeks to demonstrate the extent to which the author constructs a hybrid discourse across borders and transforms the diasporic experience into a transcultural and transtextual narrative. Throughout Danticat’s work, the real and the imagined are constantly exacerbated within these in-between spaces which represent, with an excessive violence, the dismemberment of bodies, the transcendence of subjectivities, and the deconstruction of histories. Danticat’s poetics of excess will be enhanced through the analysis of the dissolution of borders in her short story « Nineteen Thirty Seven » and of the fragmentation of overwhelmed bodies in her novel Breath, Eyes, Memory. Danticat’s fictional narratives are constructed at the very heart of these spaces of excess from which silences, voices and bodies can be heard beyond grief. Her stories foresee the impact of uncontrolled spaces on the construction of female subjectivities and imagine the overflowing sites of memory, thus underlining that memory also has “a function of re-territorialization” (Deleuze and Guatarri). In Danticat’s work, memories and territories can only be narrated through excess, overabundance and transcendence of wounded subjectivities
Beloved de Toni Morrison : l’écriture aux limites du transmissible
Avec son roman Beloved, Toni Morrison a choisi de rompre avec un certain héritage des lettres américaines, marqué par le discours blanc, parce qu’il écrase d’autres voix qui demandent à être entendues. Beloved est un roman qui cherche à transmettre la part maudite de l’histoire afro-américaine, interrogeant au passage la tradition paternaliste qui vise la seule reproduction des structures sociales qui la soutiennent. La référence à l’esclavage des Noirs n’est plus masquée, l’arrachement subi par les populations africaines pour être exploitées aux Etats-Unis n’est plus éludé. Il s’agit dès lors de transmettre un savoir sur l’indicible, l’horreur, l’inhumain sur lesquels repose l’imposture d’une civilisation supposée exemplaire. C’est à la parole refusée qu’une place doit être faite, et notamment à celle d’une mère qui a préféré interrompre le fil d’une forme de transmission établie en mettant à mort sa fille destinée à la condition d’esclave. L’exploration du traumatisme de Sethe étant impossible, Toni Morrison opte pour le recours au registre du fantastique et fait revenir d’entre les morts l’enfant qui n’a pu exprimer son point de vue. La transmission se révèle dès lors progressivement doublée d’une part d’invention, qui, articulée au manque qui fonde le désir, détourne du pire. A partir de là, le roman parvient à une véritable subversion des codes, témoignant de ce que toute passation du savoir s’obtient à partir d’un réel avec lequel le sujet n’a de cesse de se séparer.With her novel Beloved, Toni Morrison chose to break with the legacy of the American literary institution because it was influenced by the views of the Whites and because it kept crushing new voices that demanded to be heard. Beloved is a novel which attempts to transmit the shameful part of the African-American history and which questions the paternalistic tradition that aims at the reproduction of inadequate social structures. The reference to Black slavery is not veiled anymore. On the contrary, the text shows how the African population was wrenched from their country in order to be exploited in the United States. The novel cannot therefore but express the unspeakable, the horror, the inhumanity that found a so-called exemplary civilisation. It offers a breach onto the words that keep being suppressed, in particular those of a mother who decided to kill her daughter so that she should not become a slave too. Yet, as Sethe’s trauma cannot be explored fully, Toni Morrison chooses to use the fantastic mode of writing and calls back to life the child who was not able to present her position. Thus, transmission and invention not only become indissociable but prevent the worst because they are supported by the basis of desire, i.e. lack. The novel is therefore strongly subversive: it demonstrates that experience can be passed on if the subject keeps separating from the unbearable.
De femme à femme : la "refiguration" de la lectrice dans Winter Studies and Summer Rambles in Canada (1838) d'Anna Jameson
Anna Jameson adresse son récit de voyage, Winter Studies and Summer Rambles in Canada (1838), qu’elle qualifie de « journal addressed to a friend », non à une seule amie, mais à toutes les femmes : « [I wish] it to be understood that this little book, such as it is, is more particularly addressed to my own sex ». À la lumière du concept allemand de la Bildung, nous étudions les implications politiques de la transmission des réflexions de la voyageuse sur la littérature allemande. Cette approche thématique se double en fait d’une illustration pratique, dans la façon dont Jameson manipule son ethos. Ainsi, d’autres modèles que des blondes vertueuses et ennuyeuses sont présentées à la lectrice victorienne qui peut, en lisant ce récit de voyage au Canada, accompagner Jameson dans la « refiguration » de son identité (Ricœur). L’oubli dont fait aujourd’hui l’objet celle qui fut pourtant la mentor des féministes de la Langham Place et qui fit figure de pionnière semble entériner l'acte de transmission. Paradoxalement, il semblerait que l’omission de Jameson dans le panthéon littéraire signale la réussite de son entreprise dans la mesure où, ses œuvres ayant fait leur office, elle fut assimilée par la jeune génération jusqu’à être complètement absorbée