10 research outputs found
Les Trois Francion de Charles Sorel (1623, 1626, 1633) : impertinence générique et voix d’auteu
Aubague Mathilde. Les Trois Francion de Charles Sorel (1623, 1626, 1633) : impertinence générique et voix d’auteu. In: Cahiers du GADGES n°10, 2012. Impertinence générique et genres de l’impertinence (XVIe-XVIIIe siècles) pp. 177-189
The ambiguities in serio-comic narratives from Rabelais to Fielding : forming of the character, deception of the reader
Notre étude se propose d’analyser les enjeux et les formes de la représentation d’une figure d’auteur dans la fiction narrative comique du XVIe au XVIIIe siècle en Europe. Cette figure, extérieure à la diégèse ou appartenant au personnel narratif, exhibe un discours d’auteur, mime un dialogue avec le lecteur, instaurant une communication narrative fictive avec le lecteur. Cette communication apparaît paradoxale, elle représente une parole orale, problématique dans un texte écrit, et la présence réelle de l’auteur est insituable dans le texte, la figure auctoriale appartenant déjà à l’univers fictionnel. Le dialogue avec le lecteur repose sur une fiction de présence et sur un dispositif rhétorique séducteur dont les enjeux sont pragmatiques. Le récit est donné comme porteur d’enseignements. Il thématise une formation du héros souvent sujette à caution, dont le lecteur doit démêler les enjeux. La structure comique du récit et de l’énonciation contribue à une mystification du lecteur, appelé à interpréter un texte ludique, à la fois comique et sérieux, qui refuse de livrer son sens de façon univoque. Du XVIe au XVIIIe siècle se mettent en place, en relation avec leur contexte d’écriture, les formes d’un genre sério-comique, qui repose sur la parodie et le détournement des codes et des formes de la littérature contemporaine, sur l’instauration d’une attitude intellectuelle ironique et critique et d’une communication fictive avec le lecteur. Nous analyserons les formes de l’ambiguïté énonciative et narrative chez Rabelais, chez l’auteur anonyme du Lazarillo, chez Mateo Alemán, Cervantès, Charles Sorel, Grimmelshausen, Marivaux et Henry Fielding.Our study intends to analyse the stakes and forms of a figure of author’s representation in the comical narrative fiction in Europe from 16th to 18th century. Such figure, either external to the diegesis or belonging to the narrative characters, produces the speech of an author, mimes a dialogue and by doing so, establishes an imaginary narrative communication with the reader. This kind of communication seems paradoxical. It represents oral speech, which is problematic in a written text; the actual presence of the author cannot be placed within the text whereas the auctorial figure already belongs to the fictional world. The dialogue with the author is set on an imaginary presence and on a seducing rhetorical device with pragmatic stakes. Lessons are expected to be drawn from this narrative. It topicalizes the forming of the hero, which is often questionable, and it is up to the reader to untangle the stakes. The comical structure of the narrative and of the enunciation contributes toward a deception of the reader who is expected to give an interpretation of an entertaining text which is both comical and serious, and which refuses to deliver its meaning in a univocal way. From 16th to 18th century forms of a serio-comic gender are established within their writing context. They rely on parody and diversion of the forms and codes of contemporary literature, on the introduction of an ironic and critical intellectual attitude as well as an imaginary interaction with the reader. We will analyse the different forms of enunciative and narrative ambiguity in Rabelais, in the anonymous author of Lazarillo to Mateo Alemán, Cervantès, Charles Sorel, Grimmelshausen, Marivaux to Henry Fielding
Ambiguïtés du récit sério-comique de Rabelais à Fielding (formation du personnage, mystification du lecteur)
Notre étude se propose d analyser les enjeux et les formes de la représentation d une figure d auteur dans la fiction narrative comique du XVIe au XVIIIe siècle en Europe. Cette figure, extérieure à la diégèse ou appartenant au personnel narratif, exhibe un discours d auteur, mime un dialogue avec le lecteur, instaurant une communication narrative fictive avec le lecteur. Cette communication apparaît paradoxale, elle représente une parole orale, problématique dans un texte écrit, et la présence réelle de l auteur est insituable dans le texte, la figure auctoriale appartenant déjà à l univers fictionnel. Le dialogue avec le lecteur repose sur une fiction de présence et sur un dispositif rhétorique séducteur dont les enjeux sont pragmatiques. Le récit est donné comme porteur d enseignements. Il thématise une formation du héros souvent sujette à caution, dont le lecteur doit démêler les enjeux. La structure comique du récit et de l énonciation contribue à une mystification du lecteur, appelé à interpréter un texte ludique, à la fois comique et sérieux, qui refuse de livrer son sens de façon univoque. Du XVIe au XVIIIe siècle se mettent en place, en relation avec leur contexte d écriture, les formes d un genre sério-comique, qui repose sur la parodie et le détournement des codes et des formes de la littérature contemporaine, sur l instauration d une attitude intellectuelle ironique et critique et d une communication fictive avec le lecteur. Nous analyserons les formes de l ambiguïté énonciative et narrative chez Rabelais, chez l auteur anonyme du Lazarillo, chez Mateo Alemán, Cervantès, Charles Sorel, Grimmelshausen, Marivaux et Henry Fielding.Our study intends to analyse the stakes and forms of a figure of author s representation in the comical narrative fiction in Europe from 16th to 18th century. Such figure, either external to the diegesis or belonging to the narrative characters, produces the speech of an author, mimes a dialogue and by doing so, establishes an imaginary narrative communication with the reader. This kind of communication seems paradoxical. It represents oral speech, which is problematic in a written text; the actual presence of the author cannot be placed within the text whereas the auctorial figure already belongs to the fictional world. The dialogue with the author is set on an imaginary presence and on a seducing rhetorical device with pragmatic stakes. Lessons are expected to be drawn from this narrative. It topicalizes the forming of the hero, which is often questionable, and it is up to the reader to untangle the stakes. The comical structure of the narrative and of the enunciation contributes toward a deception of the reader who is expected to give an interpretation of an entertaining text which is both comical and serious, and which refuses to deliver its meaning in a univocal way. From 16th to 18th century forms of a serio-comic gender are established within their writing context. They rely on parody and diversion of the forms and codes of contemporary literature, on the introduction of an ironic and critical intellectual attitude as well as an imaginary interaction with the reader. We will analyse the different forms of enunciative and narrative ambiguity in Rabelais, in the anonymous author of Lazarillo to Mateo Alemán, Cervantès, Charles Sorel, Grimmelshausen, Marivaux to Henry Fielding.DIJON-BU Doc.électronique (212319901) / SudocSudocFranceF
Les auteurs
Mathilde Aubague, normalienne, agrégée de lettres, a soutenu en novembre 2012 une thèse portant sur les ambiguïtés sémantiques et énonciatives de récits fictionnels européens du xvie au xviiie siècle. Elle a publié plusieurs articles et contributions. Elle est actuellement professeur de lettres en lycée et chargée de cours à l’université de Bourgogne. Hoai Huong Aubert-Nguyen est agrégée de lettres modernes et docteur en littérature comparée. Elle est l’auteur de recueils de poèmes (..
5. La production dramatique de Pham Van Ky : état des lieux et propositions d’analyse
Nous souhaitons proposer ici un aperçu de l’œuvre dramatique de Pham Van Ky à partir de l’analyse du corpus disponible aux archives et manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Nous formulerons sur l’écriture dramatique de Pham Van Ky quelques remarques, notamment génériques eu égard à l’importance en volume du théâtre écrit pour la Radiodiffusion française au sein de ce corpus, mais également stylistiques afin de caractériser l’écriture dramatique de Pham Van Ky. À l’heure où nous é..
Silences de Pantagruel, silences de Rabelais dans le Tiers Livre : un paradigme heuristique ?
International audienceSilences are named in the Tiers Livre of Rabelais: they constitute a them, as the silence of Pantagruel who refuses to take part of a false communication with Panurge, as the silence of the mute woman in the play mentioned in the text, or instead they constitute hollows in the narrative, then they report a lack of meaning, such as the abstruse gestures of the mutes, or the general silence of the text on female speech. Above all, the Tiers Livre is almost entirely composed of dialogues, so the silences are highly meaningful: they oppose to an hyperbolic and self-centered discourse a withdrawal of the listening-subject, which finally requires an introspection of the speaker too. As such, Pantagruel’s silence to Panurge works as a paradigm for Rabelais’s silences to the reader, replicating to another level the heuristic and hermeneutic work to which the giant guides Panurge.Des silences apparaissent dans le Tiers Livre de Rabelais : ils sont thématisés, comme le silence de Pantagruel qui refuse d’entrer dans une communication faussée avec Panurge, celui de la femme muette personnage de la comédie morale, ou ils sont inscrits en creux dans le récit, ils signalent alors un vide de sens, comme les gestes abscons des muets, ou le silence général du texte sur le discours féminin. Le Tiers Livre étant composé presque exclusivement de dialogues, ces silences sont fortement signifiants : ils opposent à une parole hyperbolique et centrée sur elle-même un retrait du sujet interlocuteur, qui impose réflexion, retour sur soi de celui qui parle trop. À ce titre, le silence de Pantagruel à l’égard de Panurge fonctionne comme paradigme du silence de Rabelais à l’égard de son lecteur, reproduisant à une autre échelle le travail heuristique et herméneutique vers lequel le géant guide Panurge
Pham Van Ky et son œuvre
Né en 1910, Pham Van Ky est le premier Vietnamien à introduire, grâce à un fond de pensée taoïste et à un sens aigu de la complémentarité des opposés, un moment d’altérité vietnamienne dans la littérature française. Après ses premières contributions littéraires (en poésie, dans les revues), il part en 1938 pour la France où — à l’exception d’un bref retour à Hanoï en 1970 — il s’installe à demeure, et engage une carrière (romans, théâtre) avec une audience notable dans les années 1950-60 ; en 1961, Perdre la demeure obtient le grand prix du roman de l’Académie française. Collaborant avec la Radiodiffusion française à partir de 1947, il réalise nombre de pièces radiophoniques sur l’Extrême-Orient. Sorti du jeu éditorial, il meurt en 1992. Son œuvre apparaît encore plus riche et variée quand on explore ses papiers personnels à la BnF, un fonds qui contient de nombreux textes encore non publiés. En complétant des approches critiques par des extraits inédits, le présent ouvrage vise à rappeler l’ampleur d’une œuvre au double ancrage culturel, et à rendre justice à un auteur dont la valeur littéraire transcende les données historiques particulières et révolues qui ont déterminé son parcours
La question de la nouveauté [Agrégation 2010-2011]
Revue électronique en cours d'attribution d'une nouvelle adresse internet.Sommaire : Anne-Zoé Rillon-Marne - Émergence de la notion de nouveauté en musique : l'Ars nova en questionMathilde Aubague - L'Histoire comique de Francion de Charles Sorel. La nouveauté comme étape dans la formation du roman moderneJean-François Castille - Le poème en prose avant le poème en proseElisabetta Sibilio - Le livre du diable. Les « procédés nouveaux » dans Gaspard de la NuitSandrine Bédouret-Larraburu - Dissonances diaboliques dans Gaspard de la NuitLuc Bonenfant - Le cliché comme économie politique de la nouveautéJean-Claude Larrat - Le roman nouveau est arrivé ; Robbe-Grillet et ses plaidoyers dans Pour un nouveau romanStéphane Gallon - Mille lignes pour mille pattes, dissection et décortication d'une scutigère : La Jalousie, Robbe-GrilletJoël July - Ambiance de permanence et de nouveauté dans les premières pages de deux romans coloniaux contemporains : Un barrage contre le Pacifique de Duras et La Jalousie de Robbe-GrilletLaurence Bougault - La Jalousie de Robbe-Grillet : d'une perception des paradoxes de la narration-description à une approche de la modernité du sujetQuoi de plus ancien que la question de la nouveauté ? Que l'on parte, avec Anne-Zoé Rillon, du Moyen Âge, en questionnant la nouveauté de l'Ars nova, ou que, pour aller à l'extrémité du parcours, on explore ce que Robbe-Grillet entend au juste par « nouveau », la question ne cesse de revenir au fil des époques ou des mouvements esthétiques. Certes, la nouveauté peut d'abord être la rupture avec le passé, l'apport stylistique ou thématique de motifs encore ignorés, ou différemment configurés, et prenant, de la sorte, valeur de nouveauté. Mais on comprend vite que ce qui est affiché comme rupture demande une analyse plus fine. Ainsi, on pourrait penser hâtivement que le refus de l'imitation comme matrice d'écriture ne trouve de solution que dans l'invention.Mais Mathilde Aubague montre bien que le Francion de Charles Sorel invente moins qu'il ne réactive des modèles jusque là périmés. La nouveauté se fait alors, paradoxalement, retour.La notion de rupture s'efface alors, au profit de celle de transformation : comme le montre Jean-François Castille à propos du « poème en prose », on voit, au XVIIIe siècle, moins l'apparition d'un genre nouveau que le déplacement des attentes liées au genre : les Modernes valorisent alors le roman en lui accordant par l'étiquette « poème » la précellence des formes versifiées que pouvaient être la tragédie ou l'épopée ; et ils accordent ainsi à la prose la valeur littéraire dont elle était jusque là dépourvue, et que les traductions de textes étrangers versifiés en prose vont contribuer de la sorte à lui accorder. Mais on le comprend, cette hésitation entre forme versifiée et prose ne traduit pas une rupture, mais une crise, liée à la saturation des formes existantes, et conduisant à un processus de transformation de ces formes l'une par l'autre.Un siècle plus tard, avec Aloysius Bertrand, la situation de crise n'est toujours pas résolue, et Elisabetta Sibilio, montre l'extrême difficulté tant énonciative que structurelle dont témoigne le Gaspard de la Nuit. La crise de la prose et du vers met en jeu le support même de l'écrit, et touche donc même l'objet-livre. Les réflexions d'Aloysius Bertrand sur la typographie, les illustrations qu'il prévoyait de mêler au texte, la prise en compte de l'effet visuel dans le signifiant, sont autant d'éléments qui traduisent la crise du verbal et de ses procédés traditionnels. Mais cette crise, pour mériter ce nom, ne peut relever du seul contenu, ou du seul jeu sur les formes. Elle touche aux significations profondes, et en particulier, pour ce qui touche l'écriture, à sa valeur et à sa réception.Dès lors que la répartition jusque là établie des genres et des formes est atteinte, dès lors que la prose prétend prendre en charge ce qui relevait de la forme versifiée, et que l'on propose un système de valeurs qui peut se décrire comme sens dessus dessous, de quel procédé dispose l'écrivain, si ce n'est celui de la contrefaçon, et de l'ensemble des dissonances que Sandrine Bédouret-Larraburu décrit naturellement comme « diableries » ?Et c'est bien ce dont il s'agit : Luc Bonenfant met l'accent sur la valeur politique des choix littéraires auxquels conduit cette crise des formes et des genres. On le sait, la revendication romantique, par-delà toute étude thématique ou formelle, est bien une redéfinition du littéraire et de ses formes, redéfinition qui va chercher ses modalités d'expression, bien souvent, non pas dans l'invention, mais dans la réactivation d'un passé antérieur à l'héritage immédiat.C'est alors à une conception de la nouveauté comme retour cyclique que nous sommes conviés, et c'est ce que Jean-Claude Larrat met en avant dans son étude du texte de Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman. Il oppose alors le nouveau, qu'il lie au renouveau et au retour, au moderne, indifférent à la notion de passé. De fait, les déclarations de Robbe-Grillet témoignent d'une réelle volonté de s'inscrire dans un discours d'actualité - tant dans ses rapports avec Sartre et l'idéologie dominante de l'époque, que dans l'inscription phénoménologique - et en cela il serait moderne ; sans pour autant s'inscrire dans un processus de transformation des formes comme on a pu le voir avec l'ambivalence que l'expression « poème en prose » traduisait.Stéphane Gallon propose donc une lecture à plusieurs niveaux de La Jalousie qui combine une lecture extrêmement traditionnelle - référentielle et psychologique - à une lecture dialectique et phénoménologique. C'est dans cette triple approche possible qu'il propose de voir la nouveauté du roman.Elle laisse en effet le lecteur indécis, et, à son tour, Laurence Bougault lit cette indécision, qu'elle relie à des procédés textuels comme les marquages déictiques/anaphoriques, ou le discours indirect libre, comme une forme de nouveauté. C'est que l'indécision est le corollaire inattendu de le précision de géomètre, et que l'écart de focale entre indécision et précision a, selon elle, comme effet de bloquer le processus de représentation.Finalement, Joël July souligne la nouveauté de cette forme d'écriture : loin de chercher l'adhésion du lecteur par un quelconque « bien-écrire », ou un quelconque « plaisir du texte », l'écriture lance un véritable défi au lecteur, de qui elle exige une vigilance extrême, dont on peut se demander au nom de quoi le lecteur s'y plierait. Mais ce repli du littéraire sur lui-même, on le sait, est lui-même l'aboutissement d'une longue histoire, d'une série de choix, auxquels il conviendrait de réfléchir
La question de la nouveauté [Agrégation 2010-2011]
Revue électronique en cours d'attribution d'une nouvelle adresse internet.International audienceSommaire : Anne-Zoé Rillon-Marne - Émergence de la notion de nouveauté en musique : l'Ars nova en questionMathilde Aubague - L'Histoire comique de Francion de Charles Sorel. La nouveauté comme étape dans la formation du roman moderneJean-François Castille - Le poème en prose avant le poème en proseElisabetta Sibilio - Le livre du diable. Les « procédés nouveaux » dans Gaspard de la NuitSandrine Bédouret-Larraburu - Dissonances diaboliques dans Gaspard de la NuitLuc Bonenfant - Le cliché comme économie politique de la nouveautéJean-Claude Larrat - Le roman nouveau est arrivé ; Robbe-Grillet et ses plaidoyers dans Pour un nouveau romanStéphane Gallon - Mille lignes pour mille pattes, dissection et décortication d'une scutigère : La Jalousie, Robbe-GrilletJoël July - Ambiance de permanence et de nouveauté dans les premières pages de deux romans coloniaux contemporains : Un barrage contre le Pacifique de Duras et La Jalousie de Robbe-GrilletLaurence Bougault - La Jalousie de Robbe-Grillet : d'une perception des paradoxes de la narration-description à une approche de la modernité du sujetQuoi de plus ancien que la question de la nouveauté ? Que l'on parte, avec Anne-Zoé Rillon, du Moyen Âge, en questionnant la nouveauté de l'Ars nova, ou que, pour aller à l'extrémité du parcours, on explore ce que Robbe-Grillet entend au juste par « nouveau », la question ne cesse de revenir au fil des époques ou des mouvements esthétiques. Certes, la nouveauté peut d'abord être la rupture avec le passé, l'apport stylistique ou thématique de motifs encore ignorés, ou différemment configurés, et prenant, de la sorte, valeur de nouveauté. Mais on comprend vite que ce qui est affiché comme rupture demande une analyse plus fine. Ainsi, on pourrait penser hâtivement que le refus de l'imitation comme matrice d'écriture ne trouve de solution que dans l'invention.Mais Mathilde Aubague montre bien que le Francion de Charles Sorel invente moins qu'il ne réactive des modèles jusque là périmés. La nouveauté se fait alors, paradoxalement, retour.La notion de rupture s'efface alors, au profit de celle de transformation : comme le montre Jean-François Castille à propos du « poème en prose », on voit, au XVIIIe siècle, moins l'apparition d'un genre nouveau que le déplacement des attentes liées au genre : les Modernes valorisent alors le roman en lui accordant par l'étiquette « poème » la précellence des formes versifiées que pouvaient être la tragédie ou l'épopée ; et ils accordent ainsi à la prose la valeur littéraire dont elle était jusque là dépourvue, et que les traductions de textes étrangers versifiés en prose vont contribuer de la sorte à lui accorder. Mais on le comprend, cette hésitation entre forme versifiée et prose ne traduit pas une rupture, mais une crise, liée à la saturation des formes existantes, et conduisant à un processus de transformation de ces formes l'une par l'autre.Un siècle plus tard, avec Aloysius Bertrand, la situation de crise n'est toujours pas résolue, et Elisabetta Sibilio, montre l'extrême difficulté tant énonciative que structurelle dont témoigne le Gaspard de la Nuit. La crise de la prose et du vers met en jeu le support même de l'écrit, et touche donc même l'objet-livre. Les réflexions d'Aloysius Bertrand sur la typographie, les illustrations qu'il prévoyait de mêler au texte, la prise en compte de l'effet visuel dans le signifiant, sont autant d'éléments qui traduisent la crise du verbal et de ses procédés traditionnels. Mais cette crise, pour mériter ce nom, ne peut relever du seul contenu, ou du seul jeu sur les formes. Elle touche aux significations profondes, et en particulier, pour ce qui touche l'écriture, à sa valeur et à sa réception.Dès lors que la répartition jusque là établie des genres et des formes est atteinte, dès lors que la prose prétend prendre en charge ce qui relevait de la forme versifiée, et que l'on propose un système de valeurs qui peut se décrire comme sens dessus dessous, de quel procédé dispose l'écrivain, si ce n'est celui de la contrefaçon, et de l'ensemble des dissonances que Sandrine Bédouret-Larraburu décrit naturellement comme « diableries » ?Et c'est bien ce dont il s'agit : Luc Bonenfant met l'accent sur la valeur politique des choix littéraires auxquels conduit cette crise des formes et des genres. On le sait, la revendication romantique, par-delà toute étude thématique ou formelle, est bien une redéfinition du littéraire et de ses formes, redéfinition qui va chercher ses modalités d'expression, bien souvent, non pas dans l'invention, mais dans la réactivation d'un passé antérieur à l'héritage immédiat.C'est alors à une conception de la nouveauté comme retour cyclique que nous sommes conviés, et c'est ce que Jean-Claude Larrat met en avant dans son étude du texte de Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman. Il oppose alors le nouveau, qu'il lie au renouveau et au retour, au moderne, indifférent à la notion de passé. De fait, les déclarations de Robbe-Grillet témoignent d'une réelle volonté de s'inscrire dans un discours d'actualité - tant dans ses rapports avec Sartre et l'idéologie dominante de l'époque, que dans l'inscription phénoménologique - et en cela il serait moderne ; sans pour autant s'inscrire dans un processus de transformation des formes comme on a pu le voir avec l'ambivalence que l'expression « poème en prose » traduisait.Stéphane Gallon propose donc une lecture à plusieurs niveaux de La Jalousie qui combine une lecture extrêmement traditionnelle - référentielle et psychologique - à une lecture dialectique et phénoménologique. C'est dans cette triple approche possible qu'il propose de voir la nouveauté du roman.Elle laisse en effet le lecteur indécis, et, à son tour, Laurence Bougault lit cette indécision, qu'elle relie à des procédés textuels comme les marquages déictiques/anaphoriques, ou le discours indirect libre, comme une forme de nouveauté. C'est que l'indécision est le corollaire inattendu de le précision de géomètre, et que l'écart de focale entre indécision et précision a, selon elle, comme effet de bloquer le processus de représentation.Finalement, Joël July souligne la nouveauté de cette forme d'écriture : loin de chercher l'adhésion du lecteur par un quelconque « bien-écrire », ou un quelconque « plaisir du texte », l'écriture lance un véritable défi au lecteur, de qui elle exige une vigilance extrême, dont on peut se demander au nom de quoi le lecteur s'y plierait. Mais ce repli du littéraire sur lui-même, on le sait, est lui-même l'aboutissement d'une longue histoire, d'une série de choix, auxquels il conviendrait de réfléchir
