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Le corps abstrait d’une princesse nuwaubienne : l’extra-terrestre comme figure de l’altérité dans l’œuvre de Juliana Huxtable
Cet article procède d’une étude esthétique et sémiologique des autoportraits de Juliana Huxtable en princesse nuwaubienne afin de comprendre les enjeux de l’usage artistique de la figure de l’extra-terrestre dans son travail plastique. À partir d’une analyse des œuvres et des entretiens de l’artiste, nous établissons que l’autoportrait extra-terrestre d’Huxtable est, en premier lieu, une exploration philosophique et artistique de la notion de race, considérée comme une corporéité abstraite, mais aussi un outil d’affirmation politique, dans la mesure où la créature nuwaubienne apparaît comme une métaphore de l’altérité chez l’artiste afro-américaine. Enfin, nous constatons que l’artiste est également proche de la théorie queer lorsqu’elle aborde son identité intersexuée et transgenre en posant un regard critique sur la représentation de l’hermaphrodisme dans l’art antique qu’elle déconstruit avec les conceptions du genre de la société contemporaine et son esthétique afrofuturiste.This article stems from an aesthetic and semiotic study of Juliana Huxtable’s self-portraits as a nuwaubian princess in order to understand the stakes of the artistic use of the extraterrestrial’s figure in her work. From an analysis of the artworks and interviews of the artist, we esStablish that the extra-terrestrial self-portrait of Huxtable is, firstly, a philosophical and artistic exploration of the concept of race, considered as an abstract body, but also as a political affirmation tool, insofar as the nuwaubian creature appears as a metaphor for the otherness for the African-American artist. Finally, we notice that the artist is also close to queer theory when she approaches her intersex and transgender identity through a critical view of the representation of hermaphroditism in ancient art that she deconstructs, using the conceptions of gender in contemporary society and her afrofuturist aesthetics
Du Drag au PostDrag: la performance travestie à l’épreuve de l’ethnicité et de la classe
L’objectif de cet article est d’examiner les limites du discours et des stratégies esthétiques du drag king, inspirées par la théorie butlérienne de Trouble dans le genre. Nous mettons l’accent sur le risque potentiel – mais réellement problématique – de la stigmatisation des hommes issus des minorités ethniques et des populations pauvres au sein de plusieurs actions drag kings. Enfin nous qualifions de post-drag les performances qui abordent les intersectionnalités du genre, de la sexualité, de la race et de la classe sans reproduire les stéréotypes de la suprématie hétérosexuelle blanche
La performativité du corps chez Deborah de Robertis. Ambivalences dans les espaces visuels du féminisme contemporain
International audienceThis article focuses on the performances of Deborah De Robertis who invests the visual space of the museum in order to criticize the sexist discourses of the art world that sexualize the female body in collections and current exhibitions. Our article aims to analyze the power relations the artist establishes with artistic institutions; it tries to understand how the artistic exhibition of her body/sex challenges the sexual passivity of women within artistic representation. We will also demonstrate that De Robertis’ performances make sense in relation to the corporeal practices of feminist art introduced in the 1960s, while recalling that this work adopts a contemporary posture that borrows its aesthetics from the contemporary feminist activism of Femen. Finally, we proceed to a critical examination of the aesthetics we have described as « Femen-ist » and which seem to us to be a source of ambivalences in the work of De Robertis because of the fascination she exercises on the media.Cet article s’intéresse aux performances de Deborah De Robertis qui investissent l’espace visuel du musée afin de critiquer les discours sexistes du monde de l’art qui sexualisent le corps féminin dans les collections et les expositions actuelles. Notre exposé se donne pour objectif d’analyser les rapports de force que l’artiste instaure avec les institutions artistiques ; il tente d’établir en quoi l’exposition artistique de son corps/de son sexe permet de venir contester la passivité sexuelle des femmes dans les représentations artistiques. Nous démontrerons également que les performances de De Robertis s’inscrivent à la suite des pratiques corporelles de l’art féministe initiées dans les années 1960, tout en rappelant que ces travaux adoptent une posture contemporaine qui emprunte son esthétique aux militantismes contemporains des Femen. Nous procèderons par ailleurs, et pour finir, à un examen critique de cette esthétique que nous avons qualifié de « Femen-iste » et qui nous semble être source d’ambivalences dans l’œuvre de De Robertis du fait de la fascination qu’elle exerce sur les médias
Les artistes transgenres de 1990 à nos jours : des corps et des identités en lutte avec la différence sexuelle
International audienc
Annie Sprinkle et la pratique post-pornographique de l’intime
Cet article interroge l’intimité en étudiant la relation intime qui a lieu entre la modèle (ou l’actrice) et le spectateur à travers les médiums que sont l’ensemble des technologies de représentations corporelles (photographies, cinéma, performances, etc). Nous voudrions nous intéresser à l’étude du travail artistique et pornographique d’Annie Sprinkle. Dans un premier temps, nous voudrions revenir sur les débuts de la photographie et du cinéma au XIXe siècle, avec Linda Williams et la théorie du hard core comme modernité de la pornographie, pour analyser les stratégies relationnelles mises en place par Eadweard Muybridge afin de s’adresser aux spectateurs majoritairement masculins. Cela nous amènera à revoir l’indémodable concept féministe de Laura Mulvey, le « male gaze ». Une étude mulveyenne du film Dressed to Kill nous permettra d’aborder la relation castratrice entre l’actrice et le spectateur. Enfin, nous souhaitons étudier les points communs et les différences de l’usage de la relation actrice/spectateur, comme pratique de l’intime, chez Muybridge, dans la pornographie, le cinéma en général et chez Annie Sprinkle.This article examines intimacy by looking at the intimate relationship between the model (or actress) and the viewer through the medium of all the technologies of bodily representation (photography, film, performance, etc.). We hereby study Annie Sprinkle's artistic and pornographic workFirst we return to the beginnings of photography and cinema in the nineteenth century, with Linda Williams and the theory of the hard core as the modernity of pornography, in order to analyse the relational strategies put in place by Eadweard Muybridge to appeal to a predominantly male audience. This will lead us to revisit Laura Mulvey's timeless feminist concept of the 'male gaze.' A Mulveyan study of the film Dressed to Kill will enable us to examine the castrating relationship between the actress and the viewer. Finally, we wish to study the similarities and differences in the use of the actress/spectator relationship as a practice of intimacy in Muybridge, pornography, cinema in general, and Annie Sprinkle
The aesthetic of drag, from cross-dressed performance to transgender art : uses and counter-uses of Butler’s theory
Dans Trouble dans le genre (1990), Judith Butler affirme que le drag démontre la structure imitative du genre. Si, dans le sens commun, le drag est souvent rattaché à la performance travestie, nous allons voir avec Butler qu’il recouvre un ensemble complexe de pratiques corporelles (rôles sexuels, modifications corporelles, etc.). Alors, comment s’est constituée la théorie butlérienne ? Quelle est son influence sur les pratiques plasticiennes et sur les théories queer qui lui succèdent, participant indirectement (sinon involontairement) à la construction d'une esthétique drag qui intègre le transgenre ? En premier lieu, nous verrons que Butler étudie la performance drag à travers une anthropologie des artistes travestis élaborée par Esther Newton (Mother Camp, 1972), ainsi que par une critique du transgenre dans les films Paris is Burning (1991) et Boys don't cry (1999). Nous observerons ensuite comment les drag kings, photographiés par l’artiste Del LaGrace Volcano, sont interprétés par Judith Halberstam, à la suite de Butler, comme des performances qui dénaturalisent le genre et engagent parfois le corps des artistes jusqu'à la limite du transgenre. Enfin, à l’appui du philosophe Paul B. Preciado qui théorise sa propre "intoxication" à la testostérone (Testojunkie, 2008), nous aborderons l'art transgenre comme une esthétique biodrag qui incorpore littéralement la théorie butlérienne, en même temps qu'elle l'altère. À travers ces trois moments-clés, nous voudrions montrer comment la théorie butlérienne a produit une esthétique drag en mutation constante qui s'imprègne des grands récits de son temps, mais évolue aussi jusqu'à bouleverser les discours qui l'ont en partie engendréeIn Gender Trouble (1990), Judith Butler asserts that drag demonstrates the imitative structure of gender. If, in the common sense, the drag is often connected with cross-dressed performance, we will go to see with Butler that it recovers a complex set of bodily practices (sexual roles, body modifications, etc.). Then, how was etablished the Butler’s theory? What is its influence on the artistic practicals and on the queer theories that succeed her, contributing indirectly (if not involuntarily) to the construction of a drag aesthetic which integrates the transgender? Firstly, we will see that Butler studies the drag performance through an anthropology of the female impersonators elaborated by Esther Newton (Mother Camp, 1972) as well as by criticism of the transgender in the films Paris is Burning (1991) and Boys don't cry (1999). We observe afterwards how, after Butler, Judith Halberstam interprets the drag kings, photographed by the artist Del LaGrace Volcano, as performances whom denaturalize gender and, sometimes, engage the body of the artist until the limit of the transgender. At last, by using the philosophy of Paul B. Preciado who theorizes his own testosterone "intoxication" (Testojunkie, 2008), we will discuss the transgender art like a biodrag aesthetic which literally incorpore the Butler’s theory, at the same time that she modifies it. Through these three moments, we would want to show how Butler’s theory produced a drag aesthetics constantly changing which is permeated with grand narratives of his time, but also evolves until overturn the speeches which partially engendered i
Do Drag ao Pós-Drag: a performance travesti frente à etnicidade e à classe
O objetivo deste artigo é estudar os limites do discurso e das estratégias estéticas da performance drag king, inspirados pela teoria butleriana em Problemas de gênero [Trouble dans le genre]. Enfatizamos o risco potencial – mas realmente problemático – da estigmatização de homens vindos de minorias étnicas e de populações pobres em diversas ações drag kings. Assim, qualificamos de pós-drag as performances que abordam as intersecionalidades do gênero, da sexualidade, da raça e da classe sem reproduzir os estereótipos da hegemonia heterossexual branca
Devenir post-straight ?
Cette expérience d’écriture s’inscrit dans une démarche artistique — à la fois personnelle et scientifique —, questionnant la pratique auto-ethnographique comme une forme plastique. Elle résulte d’une réflexion esthétique sur la possibilité d’une philosophie de soi — donner un « récit de soi », pour reprendre la formule de Judith Butler — comme travail artistique conceptuel. S’inscrivant dans la perspective foucaldienne et butlérienne selon laquelle le corps est sculpté par les discours, mon travail propose ainsi d’interroger la capacité d’un corps à pouvoir se dire et se dédire, et donc travailler sa forme (sociale) par l’écriture de soi ; et dans le cadre plus particulier de ce texte, il s’agira d’éprouver mon corps dans sa faculté de pouvoir dire et dédire sa propre hétérosexualité.This writing experience is part of an artistic process—both personal and scientific—questioning self-ethnographic practice as a creative form. It leads to an aesthetic reflection on the possibility of making a philosophy about the self—“Giving an Account of Oneself”, to use the Judith Butler’s formula— as a conceptual artistic work. As part of the Foucauldian and Butlerian perspective according to which the body is sculpted by discourses, my work proposes to question a body’s capacity to say and to withdraw from oneself, and thus to work its (social) form by the self-writing; in the particular context of this text, I wanted to try my body’s ability to say and withdraw (from) its own heterosexuality
Luca Greco, Dans les coulisses du genre : la fabrique de soi chez les Drag Kings
L’ouvrage s’intéresse aux pratiques langagières et corporelles des performeurs et performeuses, tous genres confondus, qui se travestissent en hommes lors d’ateliers mensuels se déroulant à la Maison Arc-en-Ciel, dans le quartier homosexuel de Bruxelles. Dans cette ethnographie sociolinguistique, Luca Greco observe et décrit une diversité de genres pour qui le travestissement devient une technique corporelle de présentation de soi : « On peut rencontrer dans les ateliers des personnes s’ident..
