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Networks of Sociabilities of People Who Inject Drugs : Exposure, Vigilance and Protection against Risks
En France, parmi les personnes utilisant des drogues par injection, la prévalence du VIH a considérablement diminué au cours des années 2000, mais l'hépatite C reste toujours à un niveau très élevé. Une majorité des nouvelles contaminations par l'hépatite C concerne les personnes utilisant des drogues par injection. De nombreuses études se sont intéressées au partage de matériel d’injection, mais elles se sont souvent centrées, soit sur l’analyse des déterminants du partage, soit sur les processus sociaux en jeu dans ces relations de partage. Rares sont les études qui ont pris en compte la dimension sociale et structurelle de l’environnement au risque de ces pratiques. Ce projet de thèse a émergé afin d’enrichir les connaissances, en étudiant les modalités de partage du matériel d'injection, les formes de sociabilités et de supports sociaux au sein de cette population. Ce projet s’intéresse aussi aux interrelations entre ces dimensions et la manière dont elles impactent la transmission de l'hépatite C et du VIH. L’étude pluridisciplinaire RESEAU, menée entre 2017 et 2018, en France, auprès de personnes majeures utilisant des drogues par injection, a été conduite à Paris et en Seine-Saint-Denis, dans deux centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues. Cette thèse s’appuie sur une méthode mixte. Elle combine une enquête quantitative incluant l’analyse descriptive d’une partie des données de l’enquête RESEAU, des analyses multivariées et des analyses de réseau, avec une enquête qualitative incluant l’analyse thématique d’entretiens qualitatifs, l’analyse des commentaires qualitatifs issus des questionnaires et des observations ethnographiques. Des variables scores mesurant les différentes sociabilités et les situations à risques ont été créées pour regrouper des variables d’intérêt. L’utilisation de ce type de méthode permet d'appréhender de manière complémentaire et nuancée l’approche du lien entre les sociabilités et les pratiques à risque. Le réseau de sociabilités entre partenaires de consommation a été exploré par un échantillonnage Respondent-Driven Sampling, où les personnes recrutées ont cité leurs partenaires d’injection. Au total, 149 personnes ont répondu au questionnaire sur un réseau global de 384 partenaires de consommation, incluant les personnes citées, enfin 42 personnes ont été vues en entretien qualitatif semi-directif. Dans le réseau global, deux structures complexes ont été identifiées. Ces sous-réseaux présentent de nombreuses différences en termes de forme, de taille, de composition et enfin de pratiques. Mes résultats montrent que le fait d'appartenir à un réseau plus concentré en termes de densité de liens augmente les risques de s'engager dans des pratiques à risque ; et plus globalement de se trouver dans une situation à risque. Les sociabilités avec les personnes utilisant des drogues par injection les augmentent également. A l’inverse, les sociabilités avec des personnes n’utilisant pas de drogues par injection les diminue. Il est mis en avant que ces (mesures de) sociabilités ne sont ni corrélées, ni inversement corrélées, ce qui révèle l’indépendance de ces deux types de sociabilités. Chaque type de sociabilités n'empêche pas l’existence de l’autre : elles ne sont pas en compétition. Il est donc nécessaire d’accorder à chacune un espace d’analyse propre, ce que je propose au fil de ce travail de thèse. Malgré ces résultats et les difficultés rencontrées pour maintenir une relation avec ses partenaires de consommation, certaines des relations de consommation représentent un réel appui de vigilance face au risque. Je propose une typologie de figures protectrices : le surveillant, le fournisseur de matériel stérile, l’aidant aux gestes, le référent aux bonnes pratiques et le limiteur de consommation. Ce travail de thèse révèle donc la complexité de l’influence des réseaux de sociabilités des personnes utilisant des drogues par injection sur leurs pratiques.In France, the prevalence of HIV has considerably decreased during the 2000s in people who inject drugs, however the prevalence of hepatitis C remains very high. Most cases of new hepatitis C infections are among people who inject drugs. Numerous studies have studied the impact of the sharing of injection equipment, but they have often focused on analyzing the determinants of sharing or the social processes involved in the sharing relationships. Only a few studies have taken into consideration the social and structural dimensions of the environment that may lead to at risk for these practices. The aim of this thesis project is to improve our knowledge, by studying the ways in which the injection equipment is shared, and the type of sociability as well as the social supports within this population. The project also looks into the interrelationships between these dimensions and how they impact the transmission of hepatitis C and HIV.The multidisciplinary RESEAU study was conducted out in Paris and Seine-Saint-Denis, France, between 2017 and 2018 in adults who inject drugs, in two drug-user risk reduction centers. This thesis uses a mixed-method approach. It combines a quantitative survey including descriptive analysis of part of the RESEAU survey data, multivariate analysis, and network analysis, with a qualitative survey including thematic analysis of qualitative interviews, analysis of qualitative comments from questionnaires and ethnographic observations. Scores measuring different sociabilities and risk situations were created to group the variables of interest. This type of method provides a complementary and nuanced approach to link sociabilities and at-risk practices. The network of sociabilities between drug-using partners was explored using Respondent-Driven Sampling, in which recruited individuals named their injection partners. In total, 149 people out of an overall network of 384 consumption partners responded to the questionnaire, including those named and 42 people were interviewed in a qualitative semi-directive interview. Within the overall network, two complex structures have been identified. These sub-networks differ in shape, size, composition, and practices. My results show that belonging to a network that is more concentrated in terms of link density increases the risk of engaging in at-risk practices; and more generally of finding oneself in at-risk situation. Sociabilities with people who inject drugs also increase these risks. Conversely, sociabilities with people who don't inject drugs reduce them. It is emphasized that these (measures of) sociabilities are neither correlated nor inversely correlated, revealing the independence of these two types of sociabilities. Each type of sociabilities does not prevent the existence of the other: they are not in competition. It is therefore necessary to give to each of them its own space for analysis, which is what I propose throughout this thesis.Despite these results and the difficulties encountered to maintain a relationship with one's consumption partners, some of these relationships represent a real support for vigilance against risk. I propose a typology of protective figures: the supervisor, the sterile equipment supplier, the gesture helper, the good practice referent, and the consumption limiter. This thesis reveals the complexity of the influence of the social networks of people who inject drugs on their practices
Quelle efficacité du modèle français de réduction des risques sur la transmission du VIH et de l'hépatite C en France.
International audienc
Représentations sociales des infections virales B et C en population générale et chez les personnes atteintes : expérience et attentes des personnes des personnes vivant avec les hépatites
International audienc
Entre limites du modèle prohibitionniste et résistances à la politique de réduction des risques
L’implantation des salles de consommation à moindre risque en France se fait avec retard par rapport à plusieurs de nos voisins. La raison tient aux résistances à la mise en œuvre de la politique de réduction des risques en France, et en particulier à la persistance du modèle prohibitionniste. Pour le comprendre, il faut retracer la généalogie du concept de réduction des risques en France, analyser les conditions (sociales, culturelles et politiques) de sa mise en œuvre et les tensions que cela suscite.The opening of drug consumption rooms has been implemented late in France comparated to many neighbouring countries. There are two reasons to explain that. First, there are many oppositions to harm reduction policies/policy in this country. Secondly, the prohibitionnist model here is very persistent. To understand these elements, it’s necessary to trace the concept of harm reduction’s genealogy in France, to analyse the conditions (social, cultural & policitical) of its implementation and the tensions it creates
Réduction des risques : succès et limites du modèle à la française
International audienceAfin de minimiser le risque d'infection en lien avec l'usage de drogues, une politique de réduction des risques a été mise en œuvre en France et dans de nombreux pays. Le concept de la réduction des risques recouvre une diversité de conceptions philosophiques et politiques, et soulève de nombreux débats concernant la place de l'abstinence, de la morale et de la loi. La France a mis en place une vision sanitaire de la réduction des risques qui crée une opposition forte entre la réduction des risques et le sevrage, et prend peu en compte la dimension sociale de l'usage. Cette politique de réduction des risques a fait la preuve de son efficacité dans le domaine de la santé publique, mais les pratiques d'exposition au risque infectieux persistent, en particulier parmi les groupes les plus vulnérables, tels que les femmes usagères de drogues, ou dans certains contextes, tels que l'initiation. Afin d'accroître son efficacité, cette politique doit s'ancrer dans une vision gradualiste qui crée un continuum entre les approches de réduction des risques et le sevrage, doit prendre en compte le contexte de vie des individus et doit pouvoir agir sur la dimension structurelle du risque, dans un objectif de réduction des inégalités sociales de santé et d'amélioration de la qualité de vie
Les salles de consommation à moindre risque. De l’épidémiologie à la politique
International audienc
Les salles d’injection à la croisée de la santé publique et de la sécurité publique
International audienc
Quels sont les différents modèles de RdRD ? Quelle place la RdRD doit-elle avoir dans l’ensemble des interventions et dans la politique des drogues et des addictions en France ?
International audienceLa réduction des risques et des dommages (RdRD) opère un changement de paradigme qui rompt avec l'idéal d'éradication des drogues pour la société et l'imposition du sevrage pour l'individu, et qui promeut une approche de santé publique. La France se caractérise par un modèle médicalisé, plutôt neutre et intégrationniste de la RdRD, c'est-à-dire centré autour d'une vision biomédicale faisant de la France un modèle en matière d'accès aux traitements de substitution aux opiacés, neutre voire faible car prenant peu en compte l'environnement social et politique du risque en raison du maintien de la répression de l'usage, et intégrationniste car opposant les approches de RdRD au sevrage et à la psychothérapie. Ce modèle français a été efficace sur la diminution de la transmission du VIH chez les usagers de drogues, mais des résultats préoccupants sont à noter concernant les pratiques de partage du matériel d'injection et les difficultés d'accès aux seringues. Des évolutions sont en cours, mais une nouvelle ère de la RdRD est à inventer, avec la mise en place d'un modèle fort qui s'attache à réduire l'ensemble des dommages liés à l'usage de drogues, tant pour l'individu que pour la société, et un modèle gradualiste plus attentif à la diversité des besoins des usagers, intégrant le sevrage et la psychothérapie au cœur de la RdRD
Les inégalités sociales dans le champ des addictions
International audienceGeneral population surveys show that social position, profession and level of education model relationships to psychoactive products. In adults, gender also plays a major role; in adolescents, confidence in the future and the importance attached to academic success may influence addiction just as much as socio-demographic variables. Social representations of addiction are strongly marked by images linked to social insecurity. The link between social inequalities and addiction is complex and must be reintegrated in a broader social and political context in order to grasp all of the meanings.Les enquêtes en population générale montrent que la position sociale, la profession et le niveau d’éducation modèlent les rapports aux produits psychoactifs ; mais, chez les adultes, le genre joue également un rôle majeur, et chez les adolescents la confiance dans l’avenir et l’importance accordée à la réussite scolaire peuvent influer sur les conduites addictives tout autant que les variables sociodémographiques. Les représentations sociales des addictions sont fortement marquées par une imagerie liée à la précarité sociale. Le lien entre inégalités sociales et conduites addictives est complexe et doit être réintégré dans un contexte social et politique plus large afin d’en saisir toutes les significations
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