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De la déportation à l’expression : la femme et le témoignage dans les dessins de Violette Rougier-Lecoq et Jeannette L’Herminier
Mon examen des dessins des résistantes françaises Violette Rougier-Lecoq et Jeannette
L’Herminier, déportées au camp de concentration de Ravensbrück entre 1943 et 1945, a pour
but de décloisonner les modes de pensée traditionnels quant à l’appréhension des productions
visuelles issues des centres de détentions nazis. Je désire insérer ces images au coeur des
dynamiques historiques, artistiques et testimoniales qui les caractérisent, de leur création à leur
diffusion, afin de mieux cerner les moyens formels et stylistiques par lesquels leurs auteures,
en tant qu’artistes-témoins, traduisent leur expérience concentrationnaire.
L’analyse comparative que je privilégie explore les questions de genre relatives à la
captivité de la femme et s’appuie sur une approche graphique de la déportation. En renversant
les préceptes iconographiques qui tendent à définir mon corpus d’étude, ma lecture des croquis
s’articule plus précisément autour de la représentation de la femme. Loin de se refermer sur
elle-même, cette dernière se mobilise à travers la narrativité du dessin qui, du cadre
concentrationnaire à l’espace pictural, unit la détention des internées à l’investissement
personnel de l’artiste-témoin. Un regard plus nuancé de son motif, jusqu’alors très peu discuté
dans la recherche scientifique, est ainsi proposé.
Dès lors, pour saisir les réseaux de signification qui traversent la figurabilité de la
femme et les contraintes de représentativité qui s’y rattachent, mon étude s’oriente aussi
autour des conséquences à caractère humain et social que subissent les prisonnières au cours
de leur captivité. Ma réflexion porte, par la suite, sur le rôle de la perception et du geste
artistique dans la création des oeuvres concentrationnaires, de même que sur les propriétés
formelles qui en découlent. Enfin, je me penche sur la mise en récit testimonial de l’image, en
faisant dialoguer les données extra-graphiques des dessins aux sujets figurés, proposant ainsi
un examen, à ce jour, inédit.My analysis of the drawings of the French Resistance fighters Violette Rougier-Lecoq
and Jeanette L’Herminier, who were interned at the concentration camp of Ravensbrück
between 1943 and 1945, endeavours to move beyond traditional modes of thinking about
visual works produced in Nazi detention facilities. I situate these images at the heart of the
historic, artistic and testimonial dynamics whence they emerged, enabling me to better
understand the formal and stylistic processes by which their makers became artist-witnesses
who were capable of interpreting their concentrationary experiences through the works. I
analyse both the creation and reception of the drawings.
Using a comparative analysis of graphic art linked to the internment of women
prisoners, I explore gender issues relating to their captivity. By challenging the iconographic
conventions that usually frame interpretations of my corpus, I offer nuanced readings of the
sketches that are better able to convey the ways in which these representations of women are
significant. Focussing on their narrative dimensions, I suggest the drawings emerge at the
intersection of the space of the camp and pictorial space and of the community of imprisoned
women and the individual personality of each artist-witness. These themes have so far seldom
been discussed in the existing literature.
In order to grasp the network of meanings that traverse representations of the women
and also to explore the representational constraints they simultaneously embody, I attend to
the human and social consequences of captivity upon the inmates. I then consider the roles of
perception and of the gestures of the artist in the production of these concentrationary works
and the formal qualities that derive from these. Finally, by bringing extratextual knowledge to
bear upon them, I provide new readings of the drawings as narrative testimonies
Au-delà de l'hégémonie humaine : examen de deux œuvres équestres de Rosa Bonheur : Le marché aux chevaux (1853-1855) et Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889)
Rosa Bonheur, artiste animalière du 19e siècle se révèle, par ses représentations humaines/ équines, être pionnière dans l’avènement d’une éthique animale. Bien qu’ayant joui d’une popularité enviable de son vivant, les études posthumes faites à son sujet sont majoritairement biographiques et principalement intéressées à examiner son célèbre Marché aux chevaux (1853-1855), sous la loupe de sa sexualité. Cette approche limitée, en plus de ne pas rendre justice à la position artistique adoptée par Bonheur, asservit les sujets équins de ses œuvres. Ce mémoire propose un angle alternatif de lecture de ses tableaux, qui se veut plus en adéquation avec son éthique animale. Inspiré par les recherches récentes des animal studies, particulièrement celles influencées par la déconstruction, il sera démontré que les représentations des relations inter-espèces de Bonheur soulèvent d’importants questionnements éthiques. Dans ce contexte, Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889), une œuvre indûment négligée par les études en histoire de l’art, s’avère essentielle, lorsque considérée aux côtés du Marché aux chevaux, comme moyen de saisir l’éthique équine de l’artiste. Par l’analyse de ses oeuvres, ce mémoire invite à une réévaluation de l’art de Bonheur comme étant l’expression de son engagement pour l’avènement d’une manière plus éthique d’être avec le cheval. De plus, il cherche à contribuer, de façon significative, à la compréhension des rôles que les pratiques de représentation, en général et spécifiquement dans l’art, peuvent jouer dans la transformation de nos perceptions de l’animal non-humain.Through her depictions of the human/horse relationship, the animal painter Rosa Bonheur has shown herself to be a pioneer in the advent of animal ethics. In life she enjoyed an enviable popularity and posthumously her work has continued to attract attention with most studies focussing on her biography, reading her famous The Horse Fair (1853-1855) through the prism of her sexuality. Such approaches are too limited and fail to do justice to Bonheur’s artistic philosophy, overwriting the importance of the horse, a key subject in many of her works. This dissertation takes an alternative approach, one more in keeping with the artist’s animal ethics. Inspired by recent research in animal studies, particularly research informed by deconstruction, the thesis demonstrates how Bonheur’s representation of interspecies relations raises key ethical questions. In this context, Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889), a painting which has been unduly neglected in existing art historical scholarship, forms a vital work, one which is considered alongside the celebrated The Horse Fair as a means to understand Bonheur’s equine ethics. Through an analysis of these paintings in particular, the thesis invites a reassessment of Bonheur’s art as an expression of her commitment to the ethical treatment of horses and also seeks to make a significant contribution to understanding the role practices of representation more generally, including art, can play in the transformation of our perception of non-human animals
The architectural nature of the illustrated books of Iliazd : (Ilia Zdanevich, 1894-1975)
Cette thèse propose l’application de la conception de la promenade architecturale à une sélection de quatre livres qui ont été conçus et produits par Iliazd (Ilia Zdanevitch, 1894-1975, né à Tiflis, en la Géorgie). Les quatre livres sont Pismo (1948), Poésie de mots inconnus (1949), Chevaux de minuit (1956), et Le Courtisan grotesque (1974). Toutes les éditions d’Iliazd avaient des structures soigneusement conçues et aussi des intégrations de textes imprimés et d’éléments gravés, au contraire des designs génériques de ses contemporains, mais chacun de ces quatre livres présentent aussi des variations successives de pliages atypiques. Les structures expérimentales de ces livres demandent considération comme des constructions architecturales, qui a été reconnue par les spécialistes. Les architectoniques complexes des livres exigent un vocabulaire critique du genre suggéré par la promenade architecturale de Le Corbusier, qui a été proposée comme la base pour les structures de ses bâtiments. En effet, la promenade architecturale affirme une chaîne d’événements qui dirige l’explorateur de ses édifices aux pointes de perspective successives, lesquelles présentent des vues internes et externes pendant l’ascension de l’entrée jusqu’au toit.
Flora Samuel a écrit une monographie (The Elements of Le Corbusier’s Architectural Promenade, 2010), dans laquelle elle propose cinq étapes pour la promenade. Des modifications de ses étapes sont utilisées par cette étude, altérées pour la transition d’un bâtiment à un livre. Ces étapes, dont certaines sont descriptives et certaines analytiques, tant qu’elles soient présentées comme l’expérience probable d’un spectateur général, sont basées sur ma connaissance personnelle de tous les détails des structures de ces livres. Ces structures complexes, même fascinantes, ne sont pas le but, mais plutôt le soutien habilitant d’une expérience esthétique individuelle. Cette étude affirme que la promenade architecturale illumine l’expérience de la conception unique d’Iliazd du livre illustré, permettant une appréciation sans précédent de leur complexité.This dissertation proposes the application of Le Corbusier’s conception of the architectural promenade to a selection of four distinctive illustrated books conceived and produced by Iliazd (Ilia Zdanevich, 1894-1975, born Tiflis, Georgia). The four books examined in this study are Pismo (1948), Poésie de mots inconnus (1949), Chevaux de minuit (1956), and Le Courtisan grotesque (1974). While all of Iliazd’s editions featured carefully conceived structures and integrations of typeset texts and engraved elements, as opposed to the largely generic designs of his contemporaries, each of these four books in particular presents successive variations of atypical page foldings. The experimental structures of these books allow for their justifiable designation as architectural constructions, as scholars have previously recognized. The complex architectonics of the books demands a critical vocabulary of the kind Le Corbusier’s architectural promenade, which has been broadly proposed as the basis for the structures of his buildings, provides. The architectural promenade in effect asserts a chain of elements which guide the explorer of Le Corbusier’s buildings to successive perspective points, which present views of internal and external spaces during an ascent from entry level to rooftop.
Flora Samuel wrote a monograph (The Elements of Le Corbusier’s Architectural Promenade, 2010) in which she proposed five stages for the promenade. Modifications of her stages are used for the present study, altered for the transition from building to book. These stages, some of which are descriptive and some analytical, while presented as the likely experience of a general viewer, are based on my individual understanding of all the details of the structures of these books. The complex structures, while fascinating, are not an end in themselves, but rather the enabling support of an individual aesthetic experience. This study asserts that the architectural promenade illuminates the experience of Iliazd’s unique conception of the illustrated book, enabling a hitherto unparalleled appreciation of their complexity
Le cheval à cru : pour une éthique relationnelle, visuelle et textuelle de l'équin en art du XVIIIe siècle à aujourd'hui
Ma thèse porte sur l’évolution de la réception des chevaux dans l’art européen du XVIIIe siècle à aujourd’hui. En examinant minutieusement des œuvres d’artistes tels que Rosa Bonheur, George Stubbs, Sawrey Gilpin, Pablo Picasso, Art Orienté Objet et plusieurs autres, dans des contextes artistiques variés – peinture, dessin, sculpture, bioart ou encore danse –, j’entends démontrer que les façons de voir (ou de ne pas voir) les chevaux dans toute leur complexité sont historiquement limitatives et changeantes. Selon une approche transdisciplinaire, ma recherche combine l’histoire de l’art animalier, les études animales, ma formation en beaux-arts, et une vaste expérience sur le terrain auprès des chevaux. Elle cherche également à modifier et à nuancer les lectures contemporaines de l’art mettant en scène des chevaux, en plus de proposer des façons alternatives, plus accueillantes, d’écrire au sujet de cet Autre. La première moitié de la thèse se concentre sur la façon dont le cheval a été représenté dans l’art aux XVIIIe et XIXe siècles, tandis que la seconde moitié, qui couvre les XXe et XXIe siècles, poursuit ce thème en mettant en exergue les pratiques d’écriture au sujet des œuvres d’art représentant les chevaux et la façon dont elles ont souvent été inhospitalières. Cherchant à dépasser le dualisme linguistique actuel au sein de la discipline pour décrire les dynamiques interespèces, cette thèse propose des avenues de réflexion innovantes sur le binaire cheval/humain, qui ont puisé dans des ressources inusitées en histoire de l’art, soit les idées de la déconstruction en lien avec les animaux, où la notion d’hospitalité est particulièrement importante.
Puisque l’historienne de l’art dispose d’une certaine latitude quant à la structuration de « l’histoire qu’elle raconte », les récits de la thèse sont transmis de manière à être plus empathiques aux réalités équines. Dans cette veine, l’ambition globale de ma thèse est de mettre l’accent sur l’importance de conscientiser le regard posé sur l’œuvre d’art équine ou équestre et sur les responsabilités de l’auteur, de manière à sensibiliser le regardeur à des responsabilités relevant de l’éthique interespèces. Chaque cheval est unique, physiquement et psychologiquement. À l’intérieur d’une pratique qui souhaite étudier l’art qui le représente, (re)connaître la valeur singulière de cet Autre impose des défis particuliers. Aujourd’hui, les contacts avec les chevaux sont pour la majorité des historiens de l’art inexistants, ce qui engendre généralement une vision et une compréhension plus superficielle de l’Autre. Ma thèse apporte de nouvelles perspectives aux débats contemporains sur les possibilités de voir les chevaux dans l’art et sur les paramètres à prendre en compte pour le faire, et elle fournit des modèles potentiels quant à la manière d’écrire sur cet Autre en tant qu’être familier. Bien que mon sujet soit les chevaux dans l’art et dans les écrits sur l’art, les interprétations que je développe ici ont une résonance et une pertinence plus larges, notamment pour les études animales.My thesis considers the shifting reception of equine themed European art from the 18th Century to today. Through a series of close readings of works encompassing diverse media such as painting, drawing, sculpture, bio art and dance, by artists including Rosa Bonheur, George Stubbs, Sawrey Gilpin, Pablo Picasso and Art Orienté Objet, I demonstrate that the ways horses have been seen (or not seen) in all their complexity are historically contingent and changeable. My transdisciplinary approach combines insights from the history of animal art, animal studies, my training in fine art and my substantial practical knowledge of actual horses gleaned from my time teaching bareback riding and rehabilitating horses suffering from physical and psychological trauma. As well as seeking to shift and nuance contemporary readings of art featuring horses, I also strive to develop a mode of writing about horses that is more welcoming to this Other, the horse, than many previous art historical analyses. The first half of the thesis focusses on how horses were represented in 18th and 19th century European art. The second half considers 20th century and 21st century art and also examines how ways of writing about horses in art history have been restrictive and unwelcoming. I seek to move beyond the dualistic language conventionally employed by art history to refer to equine subject matter because it constrains efforts to rethink interspecies dynamics and impedes attempts to reconceptualise the horse/human binary. My attempts to transcend dualism have required me to engage with deconstruction, a way of thinking rarely embraced by art history. In this context, the notion of hospitality has been particularly important.
As art historians possess a measure of agency regarding the structuring of the stories they tell, my own endeavours are organized around the need to show empathy towards horses in their lived reality. In this vein, the overarching concern of my thesis is to emphasize the need for a critically reflexive way of looking at art with equine subject matter, one that foregrounds the viewer’s and the writer’s responsibilities in relation to interspecies ethics. Every horse is physically and psychologically unique and acknowledging this singularity, the singularity of an Other, as it manifests in and through representation, poses specific challenges. Today most art historians have no day-to-day knowledge of horses, a reality that leads to a superficial and unempathic perception of this Other. My thesis, grounded in an intimate familiarity with equines, in lived experience, in fieldwork of a kind, contributes new insights to contemporary debates about the parameters and possibilities for seeing horses in art and provides potential models for how to write of this Other as a familiar. Although my subject is horses in art and in writings about art, the understandings I develop here have a broader resonance and relevance for animal studies
Tomboys and Crossdressers de Sadie Lee, vers une esthétique butch
Ce mémoire propose de localiser une esthétique butch dans la série de portraits Tomboys and Crossdressers de la peintre Sadie Lee. L’identité lesbienne butch est le plus souvent définie à travers un déploiement de codes masculins, sans pour autant insister sur les nuances avec lesquelles ils sont incarnés. C’est pour cette raison que j’articule mon analyse de manière progressive en la confrontant à celles de plusieurs photographies de Del LaGrace Volcano et de Catherine Opie. Dans la considération de ces œuvres, je m’engage à porter une attention particulière au geste pour son aspect fondateur d’une performance de la masculinité, mais aussi pour l’émotion qu’il communique. Elle est le biais par lequel j’appréhende dans un premier temps l’identité butch qui est mise en contexte par l’examen du traumatisme. Cette méthode s’inscrit dans ma volonté de m’opposer à un tournant positiviste dans les études queer qui a tendance à effacer le dénigrement continuel de l’existence queer. Les variations de médiums m’autorisent également à faire ressortir des histoires différentes de ce traumatisme. La considération des œuvres de Volcano permet, par exemple, de comprendre le rôle de la photographie dans la constitution de l’image de la « déviante » et du « déviant » sexuel.le et genré.e. La centralité de la matérialité du corps dans son travail artistique procure à l’identité butch une flexibilité dans son expression de genre et atteste que son esthétique trouve de nombreux points communs avec l’esthétique transgenre. En utilisant son corps, Catherine Opie propose de déstabiliser une dernière fois les conclusions tirées jusqu’ici. La photographe redéfinit l’identité butch, et par la même occasion l’esthétique butch, au-delà du traumatisme en offrant une image du plaisir. C’est alors ainsi que je fais la démonstration d’une esthétique butch toujours dynamique et qui s’oppose à l’essentialisation de l’identité sexuelle et genrée.This thesis explores the butch aesthetic of the painter Sadie Lee’s series of portraits, Tomboys and Crossdressers. Using masculine codes as a yardstick, definitions of butch lesbian identity frequently lack nuance, failing to attend to fine, yet crucial, distinctions that manifest within that identity. In order to provide a corrective to this heavy-handed approach, I tease out the subtleties of butch lesbian identity by bringing Sadie Lee’s works into dialogue with photographs by Del LaGrace Volcano and Catherine Opie. My cumulative consideration of these works, which each manifest butch aesthetics in distinct ways, pays particular attention to gesture as it contributes to the performance of masculinity, and also as it functions as a vehicle for communicating emotion. I then contextualise my analyses of gesture through an examination of trauma. My focus on trauma is rooted in the desire to counter a positive turn in queer studies that tends to erase longstanding denigrations of queer existence. My consideration of different media, namely painting and photography, permits me to highlight differing narratives of this trauma. My readings of the works of Volcano, for example, enhance understanding of the role of photography in the historical construction of images of sexual and gendered deviancy. The centrality of corporeality in Volcano’s artistic work offers a valuable means to appreciate the versatility of butch identity as an expression of gender and also demonstrates that butch aesthetics has numerous points in common with transgender aesthetics. In their turn, Catherine Opie’s self-portraits destabilise my prior conclusions. Opie redefines butch identity – and, concomitantly, the butch aesthetic – moving beyond trauma and offering, instead, an image of pleasure. Through these differing case studies, I demonstrate that the butch aesthetic is always dynamics, continually resisting the essentialisation of gender and sexual identity
La libération de la perception : la matérialité du noir dans l’architecture de Jean Nouvel
La libération de la perception est une recherche consacrée à la perception de la couleur noire dans l’architecture. Ce mémoire s’inscrit dans le champ disciplinaire de l’histoire de l’architecture moderne et contemporaine. Sous-titré : La matérialité du noir dans l’architecture de Jean Nouvel. Il explore les productions architecturales de Jean Nouvel, notamment celles qui sont caractérisées par la dominance de la couleur noire et traite le rôle du noir sous bien des apparences dans sa construction architecturale. Cette recherche entend contribuer à la compréhension de la pensée architecturale de Jean Nouvel, particulièrement en ce qui concerne la relation entre le noir et l’espace architectural. La première partie de ce mémoire se rapporte à l’aspect sociohistorique et artistique de la couleur noire. Elle parcourt, entre autres, l’histoire de son alliance avec l’architecture au 20e siècle. À partir du début du 20e siècle, l'architecture a profité du développement industriel de la couleur. Cette dernière s'est attribué un rôle principal dans la lecture des volumes de l'architecture, contrairement au seul rôle d'un embellissement superflu. Le noir tout particulièrement est un constructeur opératoire. Il structure l’architecture de Mies van der Rohe. Il est chargé de discours et d’images symboliques dans le cas d’Arata Isozaki et il matérialise l’absence dans l’espace avec Étienne Louis Boullée et Tadao Andõ. La deuxième partie de ce mémoire aborde les expressions du noir dans l’univers de Jean Nouvel. Le noir y occupe une place magistrale. Jean Nouvel s’identifie et se singularise par le noir dans son apparence vestimentaire tout autant que dans l’interprétation de ses nouvelles idées. Dans son architecture, le noir figure soit comme une couleur pigmentaire, soit comme une absence de couleur et dans les deux cas il révèle des propriétés spatiales particulières. La troisième partie dévoile l’emploi du noir pour le bâtiment de la Fondation Cartier. Celui-ci émane de l’esthétique de la disparition et du sacrifice de l’architecture moderne. Il figure comme une non-couleur associée à l’absence et au néant. À travers cet aspect du noir, Jean Nouvel a dépassé le réel en créant un monde d’illusion et a inventé de nouveaux espaces de perception qui véhiculent des images figuratives et allégoriques.This thesis explores how the use of the color black can liberate perception in architecture. It is situated within the disciplinary field of the history of modern and contemporary architecture. Subtitled The Materiality of Black in The Architecture of Jean Nouvel, it explores the architectural works of Jean Nouvel, especially those characterized by the dominance of the color black, analyzing the varied manifestations of black in Nouvel’s architectural projects. The research enhances understanding of the architectural thought of Jean Nouvel, particularly with regard to the relations of black to architectural space. The first part of the thesis examines sociohistorical and artistic aspects of the color black. Among other things, it traces the history of the color’s alliance with architecture in the 20th century. From the beginning of the 20th century, color was no longer considered as ornament or as superfluous decoration but as an element of construction of equal importance with other elements of architectural production. In this context, black, in particular, is an effective construction component. For example, it structures the architecture of Mies van der Rohe; it is tasked with discursive and symbolic roles by Arata Isozaki, it materializes absence for Louis Boullée and Tadao Andõ. The second part of the thesis deals with black as an expressions idiom in Jean Nouvel’s architectural practice. Black is central to Nouvel’s identity as an architect, not solely in terms of his architectural innovations but also in his mode of self-presentation, his choice of clothing. Sometimes used as a building material and other times as a defining concept, black in Nouvel’s architecture as either pigment or absence reveals particular spatial properties. The final part of the thesis reveals how black has been employed in the Cartier Foundation [Fondation Cartier]. This use of black derives from an aesthetics of the disappearance and from the sacrifice of modern architecture. Black appears as a non-color associated with absence and nothingness. Through his elaboration of this aspect of the color black, Jean Nouvel is able to surpass reality and create a world of illusion, inventing new spaces of perception that convey figurative and allegorical images
Au-delà de l'hégémonie humaine : examen de deux œuvres équestres de Rosa Bonheur : Le marché aux chevaux (1853-1855) et Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889)
Rosa Bonheur, artiste animalière du 19e siècle se révèle, par ses représentations humaines/ équines, être pionnière dans l’avènement d’une éthique animale. Bien qu’ayant joui d’une popularité enviable de son vivant, les études posthumes faites à son sujet sont majoritairement biographiques et principalement intéressées à examiner son célèbre Marché aux chevaux (1853-1855), sous la loupe de sa sexualité. Cette approche limitée, en plus de ne pas rendre justice à la position artistique adoptée par Bonheur, asservit les sujets équins de ses œuvres. Ce mémoire propose un angle alternatif de lecture de ses tableaux, qui se veut plus en adéquation avec son éthique animale. Inspiré par les recherches récentes des animal studies, particulièrement celles influencées par la déconstruction, il sera démontré que les représentations des relations inter-espèces de Bonheur soulèvent d’importants questionnements éthiques. Dans ce contexte, Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889), une œuvre indûment négligée par les études en histoire de l’art, s’avère essentielle, lorsque considérée aux côtés du Marché aux chevaux, comme moyen de saisir l’éthique équine de l’artiste. Par l’analyse de ses oeuvres, ce mémoire invite à une réévaluation de l’art de Bonheur comme étant l’expression de son engagement pour l’avènement d’une manière plus éthique d’être avec le cheval. De plus, il cherche à contribuer, de façon significative, à la compréhension des rôles que les pratiques de représentation, en général et spécifiquement dans l’art, peuvent jouer dans la transformation de nos perceptions de l’animal non-humain.Through her depictions of the human/horse relationship, the animal painter Rosa Bonheur has shown herself to be a pioneer in the advent of animal ethics. In life she enjoyed an enviable popularity and posthumously her work has continued to attract attention with most studies focussing on her biography, reading her famous The Horse Fair (1853-1855) through the prism of her sexuality. Such approaches are too limited and fail to do justice to Bonheur’s artistic philosophy, overwriting the importance of the horse, a key subject in many of her works. This dissertation takes an alternative approach, one more in keeping with the artist’s animal ethics. Inspired by recent research in animal studies, particularly research informed by deconstruction, the thesis demonstrates how Bonheur’s representation of interspecies relations raises key ethical questions. In this context, Rocky Bear and Chief Red Shirt (1889), a painting which has been unduly neglected in existing art historical scholarship, forms a vital work, one which is considered alongside the celebrated The Horse Fair as a means to understand Bonheur’s equine ethics. Through an analysis of these paintings in particular, the thesis invites a reassessment of Bonheur’s art as an expression of her commitment to the ethical treatment of horses and also seeks to make a significant contribution to understanding the role practices of representation more generally, including art, can play in the transformation of our perception of non-human animals
Une lecture phénoménologique des nus féminins de Francis Bacon et Lucian Freud : vers une éthique identitaire
Lucian Freud et Francis Bacon sont des peintres qui ont, chacun à leur manière, repoussé les limites de la tradition du nu féminin. Leur facture se fait le relais d’une corporéité nouvelle où la chair joue un rôle essentiel. Pour cette raison, ce mémoire propose d’appréhender les corps nus féminins peints par les deux artistes sous un nouvel angle plus humain et plus éthique. Dans ce sens il sera démontré que la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty se révèle être une approche pertinente. Le vocabulaire ontologique déployé par le philosophe dans ses derniers écrits tentera de rendre compte de l’existence des chairs picturales de Freud et Bacon. Néanmoins, l’analyse des nus féminins de ces deux artistes invite à actualiser la théorie merleau-pontienne. Ainsi, ces relectures féministes et queers apportent au corps vécu la dimension sexuée dont il manquait. L’identité sexuelle est de plus en plus remise en cause aujourd’hui dans les sociétés occidentales. Si le corps nu, d’autant plus lorsqu’il est féminin et peint, a longtemps porté les stigmates d’un patriarcat et hétérocentrisme latent, il apparaît, dans les œuvres de Freud et Bacon, vouloir s’en libérer. C’est alors que ce mémoire esquisse, à travers l’analyse des nus féminins de ces deux artistes, une éthique identitaire qui considère l’être humain pour ce qu’il a de plus originel et donc au-delà des préconçus sociétaux et culturels alimentées par nos sociétés occidentales. Ce mémoire se termine avec une analyse de l’œuvre de Jenny Saville. Celle-ci synthétise les idées développées aux sujets de la corporéité chez Bacon et Freud et en incarne plus pleinement la dimension queer ainsi que le potentiel charnel.The painters Francis Bacon and Lucien Freud both transformed and rejuvenated the genre of the female nude. Through the specifics of their handling of paint, they incarnated new modes of corporeality. In recognition of this innovativeness, the thesis offers a new, more ethically informed reception of their works. In this context, the usefulness of the phenomenological approach of Maurice Merleau-Ponty for interpreting the corpora of the two artists will be demonstrated. The ontology of the flesh developed in Merleau-Ponty’s later works provides a vital vocabulary for articulating the painterly fleshiness present in both Bacon’s and Freud’s artworks. It is nevertheless necessary to supplement Merleau-Ponty’s approach with more recent scholarship in phenomenology, particularly feminist and queer approaches, that enables greater discussion of sexuality. In Western culture, traditional conceptions of sexuality are being increasingly questioned. The painted nude, particularly when female, has conventionally affirmed patriarchal and heterosexist values. In Bacon’s and Freud’s female nudes, however, there is a marked effort to move beyond these limiting conventions and liberate the body from them. Through its analysis of the two artists, the thesis gestures towards a new ethics of identity that resists the constraining effects of cultural and social influences. The thesis concludes with an analysis of the art of Jenny Saville which it reads as synthesizing the corporeal insights of Bacon and Freud, embracing their nascent queer politics and more fully realizing its fleshy potential
Art du tatouage autochtone contemporain au Canada : empuissancement, résurgence culturelle et affirmation identitaire
Le paysage sociopolitique canadien est, actuellement, transformé par les mouvements de résurgence culturelle de Premières nations, des Métis et des Inuits. Parmi les traditions revitalisées, la pratique du tatouage traditionnel gagne en importance. Un nombre croissant d’artistes-tatoueur.euse.s autochtones réparti.e.s à travers le Canada s’évertuent à revitaliser le médium. Ce mémoire s’intéresse, particulièrement, au travail de Dion Kaszas, de Toby Sicks et d’Angela Hovak Johnston. En explorant leur projet de revitalisation, j’aborde, entre autres, les questions de la transmission intergénérationnelle, de l’hybridité culturelle et de l’agentivité du tatouage. Employant une méthodologie décolonisée axée sur la culture lakota, ce travail propose les récits d’autochtones tatoué.e.s rencontré.e.s lors de séjours de re-cherche. En me basant sur nos conversations, je tente d’expliquer l’importance du tatouage ancestral dans l’affirmation identitaire des autochtones contemporain.e.s J’y montre que, dans les milieux urbains, principalement, la pratique du tatouage permet une guérison collective et individuelle, en plus de contribuer à l’affirmation des identités autochtones et à l'autonomisation des diverses nations sur le territoire. De plus, grâce à divers témoignages, j’explique que le tatouage autochtone contemporain sert de levier dans les luttes sociopolitiques actuelles. Ainsi, l’art du tatouage, un médium indûment négligé par les études en l’histoire de l’art, s’avère être un acteur déterminant dans les grands mouvements de résurgence culturelle autochtone actuellement au Canada. Ce mémoire invite, donc, le lecteur ou la lectrice à reconsidérer l’importance de l’art du tatouage autochtone contemporain et les enjeux qu’il soulève.The Canadian socio-political landscape is currently being transformed by the cultural resurgence movements of First Nations, Métis and Inuit. The practice of traditional tattooing is gaining importance as a component of this process of revitalization. A growing number of Aboriginal tattoo artists across Canada are working to revive the medium. This thesis examines the work of Dion Kaszas, Angela Hovak Johnston and Toby Sicks, in particular. As part of my exploration of their revitalizing projects, I examine, among other things, questions of transmission, cultural hybridity, and agency. Employing decolonizing methodologies, particularly insights from Lakota culture, I share the stories of several tattooed Indigenous people encountered during my re-search. Based on our conversations, I seek to explain the importance of the ancestral tattoo in the assertion of identity of contemporary Indigenous peoples. I show that both in urban areas and on reserves, the practice of tattooing facilitates collective and individual healing, in addition to contributing to the affirmation of Aboriginal identities and the empowerment of various nations. In addition, I discuss ways that contemporary Aboriginal tattooing contributes to current socio-political struggles. I show how the art of tattooing, a medium unduly neglected in art history, plays a major role in cultural resurgence movements of Indigenous peoples of Canada today. Cumulatively, the thesis invites the reader to reconsider the importance of contemporary Aboriginal tattoo art and the issues it raises
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