National Foundation of Political Science
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Bilan des destructions au Liban après la guerre de 2024 et enjeux de reconstruction
International audienceWhile the sequence of fighting between Israel and Hezbollah between October 2023 and November 2024 has not really ended, assessing the damage remains complex. Numerous sources have been made public by Lebanese state actors, by Hezbollah and by international organizations. There are significant differences between them, which reveal differing views on reconstruction. Despite everything, the damages, greater than in 2006, concentrate in the Shiite regions, particularly in the south of the country and in the southern suburbs of Beirut, with very serious effects on housing. The war has caused major ecological damage and transformed the country's demography, with the departure of a very large number of Syrian refugees. In terms of governance, Lebanon's state institutions are struggling to seize their prerogatives and Hezbollah, despite its weakening, still holds many cards. The financing of reconstruction, which will depend on international aid, is not assured.Alors que la séquence des combats entre Israël et le Hezbollah entre octobre 2023 et novembre 2024 n’est pas complément terminée, faire un bilan des dommages reste complexe. De multiples sources ont été rendues publiques par des acteurs étatiques libanais, par le Hezbollah et par des organisations internationales. Elles présentent des différences notables qui renseignent sur les visions divergentes sur la reconstruction. Malgré tout, il ressort que les dégâts, plus importants qu’en 2006, se concentrent dans les régions chiites, notamment au sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth, affectant très fortement l’habitat. La guerre a produit des dégâts écologiques majeurs et transformé la démographie du pays, avec le départ d’un nombre très important de réfugiés syriens. Sur le plan de la gouvernance, les institutions étatiques libanaises peinent à se saisir de leur prérogative et le Hezbollah conserve, malgré son affaiblissement, de nombreuses cartes. Le financement de la reconstruction, qui dépendra de l’aide internationale, n’est pas assuré
Terrorisme, contre-terrorisme et rivalité mimétique
Dans son récent ouvrage La guerre contre le terrorisme comme rivalité mimétique paru aux éditions Peter Lang, le politiste du Centre de recherches internationales, Mathias Delori, s’interroge sur les catégories de pensée qui englobent les notions de terrorisme et de contre-terrorisme, sur leur pertinence pour penser et comprendre ces phénomènes, et sur leurs effets. À partir d’une enquête socio-historique fondée sur un travail d’archives et d’entretiens, Mathias Delori analyse comment partisans du djihad armé et de la guerre globale contre le terrorisme ont construit un monde qui a rendu possible une escalade de la violence. Entretien réalisé par Miriam Périer
Peut-on, doit-on se passer des frontières ?
Astrid von Busekist, professeure des universités au CERI, a publié avec Dominique Bourg et Michel Foucher Frontières, une illusion ? Méditations sur le risque (Philosophie Magazine éditeur). Elle répond ici à nos questions sur un sujet brûlant et qui suscite souvent des polémiques. Entretien réalisé par Corinne Deloy
Yemen, ten years of war
In March 2015, the Saudi-led military coalition bombed Houthi rebel targets for the first time: this was considered as the beginning of the Yemen war. Ten years later, the conflict has not ended, and in mid-March 2025, Donald Trump decided to significantly increase US military involvement and announced a new operation. Beyond the geopolitical and regional issues and the serious humanitarian consequences, the conflict has undeniably disrupted the Arabian Peninsula as well as Yemeni society and institutions. Laurent Bonnefoy reminds us why it is important that research does not turn its back on this conflict. Interview by Miriam Périer
La Cour suprême, fossoyeuse de la discrimination positive dans les universités américaines ? Ruptures et faux-semblants
International audienceLe 29 juin 2023, dans l’arrêt Students for Fair Admissions (SFAA) v. Harvard, la Cour suprême des États-Unis a invalidé les programmes d’affirmative action mis en œuvre par l’Université de Caroline du Nord et par Harvard au regard, respectivement, de la Clause d’égale protection des lois du Quatorzième Amendement à la Constitution et du Titre VI du Civil Rights Act de 1964 interdisant à toute entité récipiendaire de fonds émanant du gouvernement fédéral de discriminer à raison de la « race » ou de l’origine nationale. Cet arrêt, dont la portée s’étend à la quasi-totalité des établissements d’enseignement supérieur américains à caractère sélectif, est généralement décrit comme marquant la fin de la discrimination positive. Or, s’il apparaît comme le point d’aboutissement d’une jurisprudence restrictive se déployant sur près d’un demi-siècle, et s’il présente bien plusieurs aspects nouveaux et déterminants, cette conclusion est assez largement erronée. En effet, même les juges conservateurs n’ont pas remis en cause les mesures en nombre croissant qui relèvent de la discrimination positive indirecte. Aujourd’hui comme hier, la validité juridique des dispositifs prenant en compte le facteur racial dans le secteur en question dépend donc de leur forme et, plus précisément, de leur opacité
La jurisprudence (des décisions et des arrêts) et la doctrine (donc)
International audienceÀ propos de : Henri Capitant, François Chénedé, Yves Lequette et François Terré, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, 2 t., 14e éd., Dalloz, 2024 ; Alain Sériaux, Décisions du droit civil, PUF, coll. « Droit fondamental », 2024 ; Romain Boffa, Bernard Haftel, Philippe Chauviré, Anne Etienney-de Sainte Marie, Astrid Marais et Claire Séjean-Chazal, Les grandes décisions de la jurisprudence civile, PUF, coll. « Thémis droit », 2024 ; Arthur Dyevre, La décision juridictionnelle, Dalloz, coll. « Méthodes du droit », 202
Mobiliser les jeunes "invisibles" sur le dispositif Etincelle de la Fondation des Apprentis d'Auteuil
En 2023, en France, selon l’INSEE, 12,3% des jeunes âgés de 15 à 29 ans n’étaient ni en emploi ni en formation (“neither in employment nor in education or training”, NEET). Cette situation n’est ni nouvelle ni propre à la France. De nombreux programmes destinés à accompagner ce public ont vu le jour, les plus importants en termes d’effectifs étant la Garantie Jeunes puis le Contrat d’Engagement Jeune depuis mars 2022. Il existe cependant un phénomène de non-recours au service public de l’emploi, qui limite la couverture de ces programmes.Parmi les motifs envisagés, il est possible que certains jeunes soient “dans le rejet des institutions”, ou “ne disposent pas d’information concernant les missions locales”. Face à cet éloignement des institutions, des éducateurs travaillent en prévention spécialisée, ce qui consiste à accompagner des jeunes en difficultés dans leur milieu de vie, afin d’établir une relation de confiance. Ce type de démarche est un exemple “d’aller-vers” (Dubois-Orlandi, 2018) et permet de répondre aux besoins des personnes sans qu’elles ne fassent elles-mêmes des démarches. “L’aller-vers” s’est récemment développé auprès des jeunes dits “invisibles”.Des structures ont ainsi proposé des solutions innovantes pour mobiliser ce public spécifique, notamment via des appels à projet régionaux (Repérer et mobiliser les publics invisibles) ou nationaux (100% Inclusion). La Fondation des Apprentis d’Auteuil fait partie des lauréats de l’appel à projet 100% Inclusion.Le programme Étincelle financé par le PIC visait à identifier et mobiliser des jeunes invisibles susceptibles de participer à l’un de ces programmes. Cet élargissement du public ciblé reposait sur la formation de certaines équipes de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, via une action de coaching, à de nouveaux modes d’action pour identifier et mobiliser les publics les plus vulnérables.L’objectif du projet de recherche consistait ainsi à comprendre dans quelle mesure la formation suivie par les équipes de la Fondation des Apprentis d’Auteuil permettait de faire entrer ces jeunes “invisibles” sur le dispositif Étincelle, un programme individualisé visant à accompagner les jeunes dans leur démarche d’insertion. L’étude permet ainsi de donner des pistes d’analyse pour identifier ce profil de jeunes dans des données administratives, qui sont pourtant par définition rarement observés dans ces données. L’analyse du coaching réalisé auprès de la Fondation des Apprentis d’Auteuil par le cabinet HACT permet également de présenter de façon approfondie un exemple de démarche d’“aller-vers” des jeunes invisibles
Priorité à la santé : Les préférences des Québécois en perspective comparée
This report aims to understand Quebecers’ preferences regarding the public policy trade-offs associated with increased healthcare spending. It is based on experimental surveys that allow to assess support for different healthcare network reforms, as well as citizens’ willingness to pay for an increase in healthcare spending, either via taxation or via a reduction in other public spending. It has three main objectives, namely a) to understand citizens’ preferences regarding trade-offs between rising healthcare costs, taxation, and other social policies; b) to understand citizens’ preferences regarding a reorientation of spending within the healthcare network; and c) to understand lines of conflict and potential coalitions regarding solutions to rising healthcare costs. Our results indicate that Quebecers tend to prioritize healthcare spending over other public policies, and to be highly dissatisfied with the healthcare system. Our analyses also reveal a clear link between vulnerability to illness and attitudes towards health system financing. Older individuals, women and those with poorer health prioritize health policies more than other respondents, especially curative care that would benefit them immediately, to the detriment of preventive care. This high demand does not necessarily translate into a willingness to pay higher taxes to support this new public spending. On the contrary, these groups of citizens are the least likely to be willing to pay higher taxes to finance additional healthcare expenditure. Contrary to the results of several previous studies, our analyses show that there is a marked ideological conflict when it comes to healthcare policies. Individuals who identify with the political left prioritize preserving the public nature of the healthcare system, minimizing user fees, and reducing health-related inequalities. They are also willing to pay higher taxes to achieve these goals. Individuals who align with the right prefer the opposite. We find no income or education divide when it comes to health policies; health is indeed a public policy supported by all social classes.Ce rapport vise à comprendre les préférences des Québécois en ce qui a trait aux compromis en matière de politiques publiques inhérents à la hausse des dépenses de santé. Il se base sur des sondages expérimentaux permettant d’évaluer l’appui à différentes réformes du réseau de la santé, ainsi que la volonté de payer des citoyens pour une hausse des dépenses de santé, soit par l’impôt, soit par une réduction des autres dépenses publiques. Il comporte trois objectifs principaux, à savoir : a) comprendre les préférences des citoyens quant aux arbitrages entre la hausse des coûts de la santé, l’imposition et les autres politiques sociales; b) comprendre les préférences des citoyens quant à une réorientation des dépenses à l’intérieur du réseau de la santé; et c) comprendre les lignes de conflit et les coalitions potentielles concernant les solutions à la hausse des coûts de la santé. Nos résultats indiquent que les Québécois ont tendance à prioriser les dépenses en santé au détriment d’autres politiques publiques et à être très insatisfaits du système de santé. Nos analyses révèlent en outre qu’il existe un lien clair entre la vulnérabilité à la maladie et les attitudes à l’égard du financement du système de santé. Les personnes âgées, les femmes et les individus en moins bonne santé priorisent davantage les politiques de santé que les autres répondants, tout particulièrement les soins curatifs qui leur seraient bénéfiques immédiatement, au détriment des soins préventifs. Cette demande élevée ne se traduit pas nécessairement par une volonté de payer davantage d’impôts pour soutenir ces nouvelles dépenses publiques. Au contraire, ces groupes de citoyens sont les moins susceptibles de vouloir payer davantage d’impôts pour financer des dépenses de santé additionnelles. Contrairement aux résultats de plusieurs études menées précédemment, nos analyses montrent qu’il existe un conflit idéologique marqué en ce qui concerne les politiques de santé. Les individus qui se positionnent à gauche de l’échiquier politique souhaitent maintenir le caractère public du système, limiter les frais aux usagers et réduire les inégalités reliées à la santé. Ils acceptent aussi de payer davantage d’impôts pour atteindre ces objectifs. Les individus qui se positionnent à droite préfèrent le contraire. Nous ne trouvons pas de clivage relié au revenu ou à l’éducation concernant les politiques de santé; la santé est bel et bien une politique publique appuyée par l’ensemble des classes sociales
From technical to academic central banking: The scientization of the Banque de France
International audienceThis article documents the historical evolution of economic expertise at the Banque de France (BdF), from the late-nineteenth to early-twenty-first centuries. Criticizing presentism and conceptual reductionism in the notion of scientization, I characterize the evolution of economic expertise at the BdF as being a result of ‘field effects’ emerging from the BdF’s attempts to build state capacity. The BdF’s development of economics expertise should be interpreted as a way of negotiating the boundaries between various fields (private banking, technocracy, academia, and international central banking). In particular, I highlight two distinct boundary arrangements: technicalization and academization . From the late-nineteenth century to the 1960s, the rise of technical functions results from a dual positioning at the boundary between, respectively, the state and the market, and national and international institutions. The BdF’s nationalization, in the mid-twentieth century, fostered its integration into the administrative and technocratic field, putting it in competition with other ‘technicalized’ institutions. From the 1970s to the 1990s, the BdF negotiated new arrangements with the academic field. Finally, as a member of the European System of Central Banks since 1999, the BdF has sought scientific legitimacy to have a say in European monetary policymaking
The paradox of environmental consciousness: dissecting the gap between climate change awareness, environmental concern and policy support
International audienceThis article examines the relationship between climate change awareness, environmental concern and support for climate mitigation and environmental policies across 30 countries, using data collected from 2019 to 2022. Drawing on repeated cross-sectional surveys, we combine factor analysis and structural equation modelling to investigate the role of macro-level aspects associated with country specificities, e.g. the level of economic development and the regulatory quality, on the link between awareness, concern and policy support. We consider also factors at the micro level, i.e. traditional drivers associated with citizens’ sociodemographic profiles. Our findings show that while awareness and concern about climate change are widespread, these attitudes do not consistently lead to stronger support for climate mitigation and environmental policies and people’s attitudes are significantly influenced by their country’s stage of development. Notably, support for climate and environmental policies decreases in wealthier nations, potentially due to long-standing environmental regulations and perceived economic costs. Conversely, lower-middle-income and upper-middle-income countries exhibit stronger support for such policies, possibly due to fewer established environmental frameworks and more immediate challenges. These results hold under various specifications and highlight the variability in public support for climate action, shaped by both economic conditions and policy histories, challenging the assumption that higher awareness and concern automatically lead to increased policy backing