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Double conceptualisation du lexique du corps humain en espagnol : le cas des substantifs désignant la joue
Co-referents abound in the Spanish bodily lexicon. We observe the recurrence of pairs of words used in the everyday language that appear at first glance to have no distinguishing criterio, such as mejilla and carrillo, the Castillian nouns for cheek. Could this be a case of double conceptualization of the body part, manifested in the concurrent use of two forms in contemporary Castilian? To explore this possibility, we cross-reference the results of a semantic analysis of attested examples with a submorphological analysis of the signifiers. The study reveals a correspondence between the clearly distinct contexts of use of the two terms identified in the first analysis and the conceptual domains specific to each signifier that emerge from the second.Les co-référentiels abondent dans le lexique du corps humain en espagnol. Nous constatons la récurrence de paires de mots utilisées dans le langage courant sans critère sémantique distinctif a priori, à l’image de mejilla et carrillo, les substantifs castillans désignant la joue. Aurait-on affaire à une double conceptualisation de la partie du corps qui se matérialise par l’emploi concurrent de deux formes en castillan contemporain ? Nous croiserons les résultats d’une analyse sémantique d’exemples attestés avec une analyse submorphologique des signifiants. L’étude fait apparaître une correspondance entre les contextes d’emploi bien distincts des deux termes que met en lumière la première analyse et les domaines notionnels propres à chaque signifiant qui ressortent de la seconde
Plaidoyer pour le monisme structurel
Cet article défend la thèse du monisme structurel, selon laquelle toutes les sciences partagent une même structure bipartite fondamentale, analogue à celle de la croyance humaine. Toute croyance — et, par extension, toute science — comporte deux composantes : une composante conceptuelle, non empirique et normative (A), et une composante empirique, causale et descriptive (B). La première définit les catégories, normes ou possibilités qui rendent la seconde intelligible, tandis que la seconde présuppose nécessairement la première. À partir de cette distinction, nous examinons un large éventail de disciplines — linguistique, psychologie, physique, chimie, biologie, sociologie, théorie de l’évolution, logique et philosophie — afin de montrer que chacune d’elles manifeste, sous des formes diverses, la même opposition structurelle entre cadre conceptuel et phénomènes empiriques. L’auteur met en évidence une asymétrie centrale : il est possible d’étudier la composante A indépendamment de B, mais non l’inverse. L’article accorde une attention particulière à la linguistique, où la distinction langue/parole illustre clairement le monisme structurel, ainsi qu’à la physique et à la philosophie des sciences, notamment à travers les notions d’a priori, de cadres théoriques et de normes de justification.This article defends the thesis of structural monism, according to which all sciences share the same fundamental bipartite structure, analogous to that of human belief. Every belief—and, by extension, every science—comprises two components: a conceptual, non-empirical, and normative component (A), and an empirical, causal, and descriptive component (B). The former defines the categories, norms, or possibilities that render the latter intelligible, while the latter necessarily presupposes the former. On the basis of this distinction, the article examines a wide range of disciplines—linguistics, psychology, physics, chemistry, biology, sociology, evolutionary theory, logic, and philosophy—in order to show that each of them manifests, in different ways, the same structural opposition between conceptual frameworks and empirical phenomena. The author highlights a central asymmetry: it is possible to study component A independently of B, but not vice versa. Particular attention is paid to linguistics, where the langue/parole distinction clearly exemplifies structural monism, as well as to physics and the philosophy of science, especially through the notions of the a priori, theoretical frameworks, and norms of justification
Introduction Analogies et pensée linguistique FR
This introductory text examines the central role of analogy and metaphor in linguistic thought and in the structuring of human cognition. Drawing on cognitive linguistics and embodied cognition, it emphasizes that metaphors are not merely rhetorical devices but fundamental conceptual mechanisms grounded in sensorimotor experience, as demonstrated by Lakoff and Johnson. Beyond metaphor, analogies are viewed as transversal cognitive processes that play a key role in conceptualization, learning, and linguistic creativity. The text also highlights the epistemological challenges involved in studying analogical processes, particularly through research on specific populations such as autistic individuals, which calls into question the traditional opposition between literal and metaphorical language and supports enactive approaches to meaning. The contributions gathered in this issue address these questions through studies on body-related lexicon, morphological and submorphological reanalyses, cognitive processing of metaphor, and theoretical foundations of linguistic science. Taken together, the papers argue that analogy functions as a structuring principle of language, shaping the emergence, variation, and stabilization of linguistic signs.Ce texte introductif interroge le rôle central des analogies et des métaphores dans la pensée linguistique et la structuration de la cognition humaine. S’inscrivant dans les cadres de la linguistique cognitive et de la cognition incarnée, il rappelle que les métaphores ne sont pas de simples figures de style, mais des mécanismes conceptuels fondamentaux, enracinés dans l’expérience sensorimotrice, comme l’ont montré Lakoff et Johnson. Au-delà de la métaphore, les analogies sont envisagées comme des processus cognitifs transversaux, jouant un rôle clé dans la conceptualisation, l’apprentissage et la créativité linguistique. Le texte souligne également les enjeux épistémologiques liés à l’étude des analogies, notamment à travers l’examen de populations spécifiques, comme les personnes autistes, qui invite à dépasser l’opposition traditionnelle entre langage littéral et langage métaphorique et à intégrer des perspectives énactives du sens. Les contributions du numéro illustrent ces problématiques à travers des études portant sur le lexique du corps, les réanalyses morphologiques et submorphologiques, le traitement cognitif de la métaphore et les fondements théoriques des sciences du langage. L’ensemble du dossier défend ainsi l’idée que l’analogie constitue un principe structurant du langage, à l’œuvre dans la variation, l’émergence et la stabilisation des signes linguistiques
Frontières cognitives du langage métaphorique et littéral : enseignements issus des troubles du spectre autistique (TSA)
This meta-study explores the boundaries between metaphorical and literal language, with the aim of contributing to a better understanding of what is meant when referring to metaphors. It reviews a key embodied theory that addresses metaphorical processing, enaction theory, and investigates why certain neurodivergent groups, such as individuals with autism spectrum disorder (ASD), are reported to experience difficulties with metaphorical language. The findings suggest that literal and metaphorical language are processed similarly, which might explain why there is still no consensus on what constitutes a metaphor, an ongoing issue in linguistic research. Metaphors may lack enough inherent features to be classified as an objectively distinct cognitive-linguistic category.Cette méta-étude explore les frontières entre le langage métaphorique et le langage littéral, dans le but de contribuer à une meilleure compréhension de ce que l’on entend lorsqu’on parle de métaphores. Elle passe en revue une théorie clé de l’incarnation qui traite du traitement métaphorique, la théorie de l’énaction, et examine pourquoi certains groupes neurodivergents, tels que les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA), rencontrent des difficultés avec le langage métaphorique. Les résultats suggèrent que le langage littéral et métaphorique sont traités de manière similaire, ce qui pourrait expliquer l’absence de consensus sur ce qui constitue une métaphore, un problème récurrent dans la recherche linguistique. Les métaphores pourraient ne pas posséder suffisamment de caractéristiques intrinsèques pour être considérées comme une catégorie cognitivo-linguistique objectivement distincte
Introduction Analogies et pensée linguistique EN
This introductory text examines the central role of analogy and metaphor in linguistic thought and in the structuring of human cognition. Drawing on cognitive linguistics and embodied cognition, it emphasizes that metaphors are not merely rhetorical devices but fundamental conceptual mechanisms grounded in sensorimotor experience, as demonstrated by Lakoff and Johnson. Beyond metaphor, analogies are viewed as transversal cognitive processes that play a key role in conceptualization, learning, and linguistic creativity. The text also highlights the epistemological challenges involved in studying analogical processes, particularly through research on specific populations such as autistic individuals, which calls into question the traditional opposition between literal and metaphorical language and supports enactive approaches to meaning. The contributions gathered in this issue address these questions through studies on body-related lexicon, morphological and submorphological reanalyses, cognitive processing of metaphor, and theoretical foundations of linguistic science. Taken together, the papers argue that analogy functions as a structuring principle of language, shaping the emergence, variation, and stabilization of linguistic signs.Ce texte introductif interroge le rôle central des analogies et des métaphores dans la pensée linguistique et la structuration de la cognition humaine. S’inscrivant dans les cadres de la linguistique cognitive et de la cognition incarnée, il rappelle que les métaphores ne sont pas de simples figures de style, mais des mécanismes conceptuels fondamentaux, enracinés dans l’expérience sensorimotrice, comme l’ont montré Lakoff et Johnson. Au-delà de la métaphore, les analogies sont envisagées comme des processus cognitifs transversaux, jouant un rôle clé dans la conceptualisation, l’apprentissage et la créativité linguistique. Le texte souligne également les enjeux épistémologiques liés à l’étude des analogies, notamment à travers l’examen de populations spécifiques, comme les personnes autistes, qui invite à dépasser l’opposition traditionnelle entre langage littéral et langage métaphorique et à intégrer des perspectives énactives du sens. Les contributions du numéro illustrent ces problématiques à travers des études portant sur le lexique du corps, les réanalyses morphologiques et submorphologiques, le traitement cognitif de la métaphore et les fondements théoriques des sciences du langage. L’ensemble du dossier défend ainsi l’idée que l’analogie constitue un principe structurant du langage, à l’œuvre dans la variation, l’émergence et la stabilisation des signes linguistiques
Réanalyses et segmentations plurielles d’un signifiant complexe : le cas de cou-de-pied en français
This article investigates the dynamics of construction, segmentation, and reanalysis of the complex French signifier cou-de-pied. Drawing on enactive grammar and chronosignificance, it shows how the various historical spellings—cou-de-pied, coude-pied, coudepied, coup-de-pied—reflect shifting bodily analogies, perceptual–motor processes, and cultural preferences. The study examines the diachronic evolution of these forms, their presence in usage and normative sources, and their morphological and submorphological coherence. The analysis highlights that linguistic meaning emerges through embodied, dynamic, and culturally parameterized processes, where formal variations reveal perceptual and cognitive adjustments within the speech community.Cet article explore les dynamiques de construction, de segmentation et de réanalyse du signifiant complexe cou-de-pied en français. S’appuyant sur la grammaire énactive et la chronosignifiance, il montre comment les différentes graphies attestées au fil de l’histoire – cou-de-pied, coude-pied, coudepied, coup-de-pied – reflètent des conceptualisations corporelles, des analogies perceptivo-motrices et des choix culturels successifs. L’étude examine la diachronie de ces formes, leur évolution dans l’usage et la norme, ainsi que leurs cohérences morphologiques, submorphologiques et expérientielles. L’analyse démontre que la signification émerge d’un processus incarné, dynamique et culturellement paramétré, où les variations formelles traduisent des ajustements perceptifs et cognitifs au sein de la communauté linguistique
Oralité représentée et traduction : le sous-entendu dans des dialogues de romans
Novelists have to describe, comment on, or at the very least use phonic markers in ways that will indicate the nuances that their characters have used when speaking. But how can writers do that in a clear, non-ambiguous way? In oral communication, each meaningful intonation that is expressed has its own vocal signal. For translators, the work is equally difficult. Because these units of expression are rarely translingual, what changes have to be made in relation to the original text? Using samples taken from books translated into French, this paper analyses the connections between the written subtext and what would have been said by a French speaker. The paper treats translated vocal markers and meanings, the correspondence with vocal signs, and comparison between the high degree of complexity of specific acoustic signifiers and the limited resources that writers and translators have to explain them.L\u27écrivain doit décrire, commenter ou a minima signaler les marques phoniques que ses personnages sont censés avoir employées pour leurs sous-entendus : mais comment faire pour être clair ? Car à l\u27oral chaque intonation expressive est transmise par un signe vocal. Par ailleurs, comme ces unités ne sont pas souvent trans-langagières, le traducteur doit déterminer les modifications à apporter dans la langue-cible, par rapport au texte original. Avec des exemples tirés de textes traduits en français et où la description porte sur la forme, sont analysés les rapports entre oralité représentée et oralité effective : signifiés, marques vocales, correspondance avec les signes vocaux de l\u27oral, comparaison entre la complexité de certains signifiants acoustiques et les possibilités de l\u27écrit
Étude théorique de la modélisation du rayonnement d’un plasma thermique : application à l’arc libre
Le rayonnement est un aspect important de la physique des plasmas thermiques, notamment dans sa modélisation. Dans ces travaux seront présentées les méthodes couramment utilisées pour la modélisation du rayonnement des plasmas thermiques. On rappelle et décrit assez précisément les étapes de calculs qui aboutissent aux équations utilisées pour simuler le transfert radiatif dans les logiciels de modélisation COMSOL Multiphysics et ANSYS Fluent. A titre d’exemples et donc sans détailler l’implémentation de ces méthodes dans les deux logiciels, nous présentons, en fin d’étude, des résultats sur un arc libre d’argon à 200A afin de comparer les différentes méthodes entre elles et ainsi montrer leur impact sur la physique de l’ar
Rôles des microorganismes dans le processus de lombricompostage
Le lombricompostage est une forme de valorisation des déchets organiques en fertilisant biologique sous l’action des vers de terre, mais également avec l\u27activité microbiologique. Cette étude vise à améliorer la qualité du lombricompost avec l’inoculation des bactéries favorisant la croissance des plantes. Pour ce faire, pendant 50 jours la capacité de deux souches (un Rhizobium et une Bactérie Solubilisatrice de Phosphate (BSP)) à survivre et à améliorer le lombricompost a été testé. La qualité microbiologique (densité de microorganismes inoculés) et les propriétés chimiques (teneurs en carbone (C), Azote (N), phosphore (P), potassium (K) et rapport carbone/azote (C/N)) des lombricomposts inoculés ont été évaluées. Les résultats ont montré que le lombricompost inoculé par Rhizobium ont une amélioration significative en nombre de Rhizobium à la fin de l’expérimentation (50ème jour), alors que celui inoculé par la BSP montre un nombre significativement élevé en BSP au 25ème jour. Pour la composition chimique, le lombricompost inoculé par Rhizobium présente une concentration significativement élevée en phosphore (P) et en potassium (K) au 50ème jour de l’expérimentation, tandis que celui qui est inoculé par la BSP présente une forte concentration en phosphore (P) et un rapport C/N élevé au 25ème jour de l’expérimentation. Cette étude a permis de mettre en évidence les potentialités de l’inoculation microbienne à améliorer la qualité du lombricompost
Le problème difficile de l\u27identité : évaluation d\u27un clone LLM
Dans le cadre de travaux explorant la faisabilité du clonage de personnalité, nous présentons la conception et l’évaluation d’un agent conversationnel baptisé pseudoLuc, destiné à reproduire la manière de s’exprimer, les positions et le style d’un individu réel (Luc). Après avoir recueilli un corpus de textes personnels et construit un manuel de personnalité (prompt contextuel) structurant les 23 dimensions jugées essentielles, nous avons intégré ces informations à un modèle de langage (LLM) agrémenté d’une composante de « Récupération-Génération Augmentée » (Retrieval-Augmented Generation : RAG) pour améliorer la factualité. Les résultats montrent qu’un prompt explicite de l’ordre de 10 000 à 15 000 tokens (unité de base utilisée pour découper et représenter des données) suffit à générer des réponses cohérentes, fidèles au style de la personne imitée et largement jugées indiscernables par des proches. Nous détaillons les performances sur plusieurs questionnaires (Proust, portrait chinois, “duels”) : pseudoLuc reproduit les choix de Luc ou s’en approche, avec un taux de similarité sémantique autour de 50 %. Au-delà, l’étude met en évidence la flexibilité du modèle : il est possible de modifier aisément des traits comme l’extraversion ou l’émotivité en ajustant le prompt. Sur le plan éthique, l’expérience illustre autant les promesses (conservation et diffusion du savoir personnel, assistants virtuels) que les risques (confection d’œuvres apocryphes, usurpation). Nous concluons sur les limites actuelles (biais de verbosité, absence de langage corporel) et les perspectives qu’ouvre la personnalisation explicite dans le domaine des grands modèles de langage.