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À l‘épreuve du mal. Abjection et célébration chez Jean Genet
This essay tackles the literary strategies that Genet uses to bind abjection and laudation together. Not only does Genet represent pariahs, male prostitutes and betrayers, but he also praises them, he places evil in the center of an encomiastic work. One of the strategies observed in this essay, for instance, consists in reversing the attributive logic between the criminal whom Genet celebrates and the qualities of the man that he praises: abjection doesn‘t demean the character, because the character‘s qualities don‘t seem to determine him, instead, it is the character who determines the moral value of his qualities. Hence, a cowardly handsome man is not any less desirable due to his cowardice: on the contrary, his cowardice becomes beautiful because it belongs to a beautiful man.L‘enjeu de cet article est de mettre en lumière les stratégies littéraires qui permettent à Genet de faire tenir ensemble abjection et célébration. Genet ne se contente pas de représenter criminels, prostitués homosexuels et traîtres : il célèbre les parias, chante le mal, l‘intègre dans une entreprise encomiastique. L‘une des stratégies étudiées dans l‘article, par exemple, consiste en l‘inversion de la logique attributive entre l‘objet chanté – le voyou célébré – et ses qualités : l‘abjection n‘atteint pas le personnage, parce que ce ne sont pas les qualités du personnage qui le déterminent mais, à l‘inverse, c‘est le personnage qui détermine le contenu moral de ses qualités. C‘est-à -dire que le mâle désirable, s‘il est lâche, ne devient pas moins désirable d‘être lâche, mais, tout au contraire, la lâcheté devient belle d‘être la lâcheté d‘un bel homme
Lorig, Aurélien. Le retentissant destin de Georges Darien à la Belle Époque. Vie et oeuvre d‘un écrivain réfractaire.
L‘objet monétaire comme objet romanesque : le cas de Balzac
The 19th century novel accords an attention to the monetary object that goes beyond simple episodic evocation: aware of the affective and metaphysical charge it conveys, the novelist describes the concrete reality of the general equivalent, he questions its potentialities and its symbolic strength. In The Human Comedy, metallic money plays a decisive role in the financial transactions that take place between the characters. But the role of paper money is just as significant. The coexistence of metal and paper conveys the idea of a multifaceted vitality of wealth and that of a multiple relationship to the materiality of money. Captured in its mass or in its apparent insignificance, Balzacian money becomes a sensory element, a fetish that triggers desire. Dissociated from its exchange value, the monetary object comes to life and turns paradoxically into a symbol of contestation of the economic order.Le Le roman du XIXe siècle prête à l‘objet monétaire une attention qui dépasse la simple évocation épisodique : conscient de la charge affective et métaphysique qu‘elle véhicule, le romancier décrit la réalité concrète de l‘équivalent général, il interroge ses virtualités et sa force symbolique. Dans La Comédie humaine, la monnaie métallique joue un rôle déterminant dans les transactions financières qui ont lieu entre les personnages. Mais le rôle de la monnaie fiduciaire est tout aussi significatif. La coexistence entre métal et papier véhicule l‘idée d‘une vitalité multiforme de la richesse et celle d‘un rapport multiple à la matérialité de l‘argent. Saisie dans sa masse ou dans son insignifiance apparente, la monnaie balzacienne devient élément sensoriel, fétiche qui déclenche le désir. Dissocié de sa valeur d‘échange, l‘objet monétaire prend vie et se mue de manière paradoxale en symbole de contestation de l‘ordre économique
J.M.G. Le Clézio and Jacques Derrida‘s “Limitrophic,” Biocentric Deconstruction of the “Genesis Myth”
This transdisciplinary reflection examines J.M.G. Le Clézio and Jacques Derrida‘s limitrophic deconstruction of what is commonly referred to as the “genesis myth” in Judeo-Christian society. In addition to Cartesian dichotomies and debunked notions of human exceptionalism originating from Renaissance humanism, the Franco-Mauritian writer and Pied-noir philosopher take aim at the mainstream interpretation of Abrahamic cosmogonic narratives that have created a sharp ontological gap between Homo sapiens and other animals. Le Clézio and Derrida describe the genesis account of human-animal relations as an ecocidal, conflictual relationship that could be labeled a world war. They demonstrate that our dominant cognitive structures including the “genesis myth” that mostly remain uncontested, at least within the general public, have already left behind a path of irreversible destruction and other-than-human suffering. Unless we are able to curb the unending fury that the animal within us has unleashed against other sentient beings who bleed, suffer, live, and die just like us, Le Clézio and Derrida lament that our days are numbered.Cette réflexion transdisciplinaire examine la déconstruction limitrophique par J.M.G. Le Clézio et Jacques Derrida de ce qu‘il est convenu d‘appeler le « mythe de la genèse » dans la société judéo-chrétienne. En plus des dichotomies cartésiennes et des notions démystifiées de l‘exceptionnalisme humain issues de l‘humanisme de la Renaissance, l‘écrivain franco-mauricien et philosophe pied-noir s‘attaquent à l‘interprétation dominante des récits cosmogoniques abrahamiques qui ont créé un fossé ontologique très net entre l‘Homo sapiens et les autres animaux. Le Clézio et Derrida décrivent le récit de la genèse des relations homme-animal comme une relation écosuicidaire et conflictuelle qui pourrait être qualifiée de guerre mondiale. Ils démontrent que nos structures cognitives dominantes, y compris le « mythe de la genèse » qui restent pour la plupart incontestées, du moins au sein du grand public, ont déjà laissé derrière elles un chemin de destruction irréversible et de souffrance non-humaine. A moins que nous ne parvenions à freiner la fureur sans cesse que l‘animal en nous a déchaînée contre d‘autres êtres sensibles qui saignent, souffrent, vivent et meurent comme nous, Le Clézio et Derrida déplorent que nos jours soient comptés
Représenter la vieillesse au-delà du miroir : Nicole Houde, Les oiseaux de Saint-John Perse
In her award-winning literary work, Nicole Houde explores the “marginal world of the forgotten.” In her novel Les oiseaux de Saint-John Perse (Governor General\u27s Award 1995), she portrays an elderly couple living in an apartment in Montreal who will soon have to move to a “golden age manor.” Within the limited space of their apartment, which is preferable to exile in a retirement home, another character acts as a privileged witness to the couple\u27s existence: the family caregiver, Josée. This article aims to explore the relationships that unite the three characters, as well as their relationship with interior and exterior space. In addition to enabling them to remain at home, Josée represents an opening to the outside world, a confidante, and a hope. Within the couple\u27s enclosed world, she acts as a spectator, a guardian of failing memories, and a possible savior. This article aims to remind us of the importance of the bonds that help us navigate life\u27s ups and downs. These elderly characters have not aged a day; they dream of travel, love, and freedom.Dans son oeuvre, couronné de plusieurs prix littéraires, l’écrivaine saguenéenne Nicole Houde s’intéresse au « monde marginal des laissés-pour-compte ». Ainsi, dans son roman Les oiseaux de Saint-John Perse (Prix du Gouverneur général 1995), elle met en scène un couple de personnes âgées qui habite un appartement à Montréal, mais qui doit bientôt déménager dans un « manoir de l’âge d’or ». Dans l’espace réduit de leur appartement, préférable à l’exil dans un foyer, un autre personnage agit comme témoin privilégié de l’existence du couple, l’auxiliaire familiale, Josée. Cet article cherche à approfondir les liens qui unissent les trois personnages, ainsi que leur rapport à l’espace, intérieur et extérieur. En plus de permettre le maintien à domicile, Josée représente une ouverture sur le reste du monde, une complice, un espoir. Dans le huis clos du couple, elle agit comme spectatrice, comme gardienne de la mémoire défaillante, comme possible figure salvatrice. Cet article vise à rappeler l’importance des liens qui aident à traverser les vicissitudes de l’existence. Ces figures de vieillards n’ont pas pris une ride; elles rêvent de voyages, d’amour et de liberté. Leur quête de bonheur et de reconnaissance interpelle le lecteur, comme un auxiliaire
Approche de la mort, réactivation filiale et démarche artistique dans De synthèse de Karoline Georges et Chemin Saint-Paul de Lise Tremblay
Chemin Saint-Paul (2015) by Lise Tremblay and De synthèse (2017) by Karoline Georges both describe death and its throes as experienced by the dying parents, but mainly by their daughter-narrators. Death throes serve, first, as a springboard to revisit the family past. Such a trajectory is bruising but marked with discoveries. Death throes also lead the narrator to reassess her relationship with her parent, at the very time when she must endorse the responsibilities that care demands. In Tremblay’s autofiction, the relation with the dying father bathes in gentleness; the relation with the mother, on the contrary, is characterized by tension, as the latter goes from craziness to Alzheimer’s disease. The situation is reversed in Georges’ novel. The narrator will progressively rebuild a connexion with her mother, while remaining distant from her father, whom she does not know to be dying. Finally, in each novel the death of the parents generates reflection on the artistic progression, or even destiny, of the narrator.Chemin Saint-Paul (2015) de Lise Tremblay et De synthèse (2017) de Karoline Georges décrivent l’approche de la mort telle qu’éprouvée par les parents mourants, mais surtout par leur fille-narratrice. L’agonie sert d’abord de tremplin à un retour sur le passé familial. Cette trajectoire apparaît éprouvante, mais aussi marquée de découvertes. Les moments entourant la mort entraînent en outre une réévaluation de la relation envers le parent, au moment où la narratrice doit s’engager dans la responsabilité que le care exige. Chez Tremblay, la relation au père mourant s’effectue dans la douceur ; la tension marque, en revanche, le soin de la mère folle puis atteinte de la maladie d’Alzheimer. La situation se renverse chez Georges, où la narratrice rétablira peu à peu le contact avec sa mère, tout en restant distante envers son père qu’elle ne sait pas à l’agonie. Enfin, la mort des parents s’accompagne d’une réflexion sur le cheminement – voire la destinée – artistique