282 research outputs found
Sort by
L’art du « revenez-y ». Variations sur la mémoire chez les Goncourt
This article proposes an exploration of the novels of the Goncourts from the perspective of the representations and writing of memory, a fundamental notion in their work and their lives, as evidenced both by the Journal and their passion for collecting. Paradoxically, the characters remember relatively little in their novels. However, although discreet, memory is deployed at strategic moments in the narrative. The aim here is to bring to light a veritable art of “revenez-y”, which unfolds in different variations as psychological, narrative and aesthetic explorations of memory. The article thus explores the sometimes pathological and sometimes reparative representations of memory through the nostalgia and melancholy of the characters, as well as the issue of interaction between memory, dream and oblivion in the Goncourts’ writing. Finally, the aim is to identify the corporalisation of memory at work in the Goncourts’ novels, notably through the intermediary of characters from the world of entertainment: actors and actresses, mimes and acrobats.Cet article propose une traversée de l’œuvre romanesque des Goncourt sous l’angle des représentations et de l’écriture de la mémoire, notion cardinale de leur œuvre et de leur vie, comme en témoignent aussi bien le Journal que leur passion pour la collection. Paradoxalement, les personnages se souviennent relativement peu dans leurs romans. Cependant, bien que discrète, la mémoire se déploie à des moments stratégiques du récit. Il s’agit ici de mettre au jour un véritable art romanesque du « revenez-y », lequel se déplie en différentes variations comme autant d’explorations psychologiques, narratives et esthétiques de la mémoire. L’article explore ainsi les représentations tantôt pathologiques tantôt réparatrices de la mémoire à travers la nostalgie et la mélancolie des personnages mais aussi les enjeux de l’articulation entre mémoire, rêve et oubli dans la création goncourtienne. Enfin, il s’agit de dégager le travail de corporalisation de la mémoire à l’œuvre chez les Goncourt, notamment par l’intermédiaire des personnages du monde du spectacle : acteurs et actrices, mimes et acrobates
Mémoire et autobiographie dans l’œuvre de Claude Simon
Memory occupies a privileged place in works of Claude Simon. Through an analysis of Les Georgiques, L ’Acacia and Le Jardin des Plantes, our goal in this article is to show that Claude Simon did not seek to write an “autofiction” or a “historical novel”, but to write a literary autobiography. His ultimate goal was not to “recover lost time”, but to inscribe “lost time” in literature. This study demonstrates that the new form of autobiography initiated by Claude Simon is entirely distinct from a traditional autobiography. It is written by means of the writer’s tireless recourse to stimuli, that is to say by questioning texts written by people who have found themselves in similar situations. It is an auto-sensorio-graphy: the writing is essentially based on a description of sensations, not facts. It is also an auto-thanato-graphy since death is the central character.La mémoire occupe une place privilégiée dans l’œuvre de Claude Simon. À travers Les Géorgiques, L ’Acacia et Le Jardin des plantes, notre but, dans le présent article, est de montrer qu’il n’a pas cherché à rédiger une « autofiction » ou un « roman historique », mais à écrire une autobiographie littéraire. Son objectif ultime n’était pas de « retrouver le temps perdu », mais d’inscrire « le temps perdu » dans la littérature. Il résulte de cette étude que la nouvelle forme de l’autobiographie initiée par Claude Simon se démarque entièrement de l’autobiographie classique. Elle est écrite par le recours inlassable de l’écrivain à des stimuli, c’est-à-dire par le questionnement de textes écrits par des personnes, qui se sont trouvées dans des situations similaires. Elle est une auto-sensorio-graphie : l’écriture s’appuie essentiellement sur la description de la sensation et non des faits rapportés. Elle est par ailleurs une auto-thanato-graphie, puisque la mort y est le personnage central
Que la mémoire parle ! La rupture du pacte de silence grâce au français dans Manèges de Laura Alcoba
In this article, we will analyse the novel Manèges, written by the Franco-Argentinian author Laura Alcoba. More specifically, it is the connection with the French language, able as it is to echo the Argentinian memory, that will be the subject of this study. As she was silenced during her clandestine childhood in Buenos Aires, Laura Alcoba found an unhoped-for liberty in this language of exile, which sheemployed in order to put her experience, so far been silenced and unnamed, into words. As a medium of memory, the French language seems to be the only way to reconnect with the past whose expression in the mother tongue would probably be insuperable for the author. The distance created by French – synonymous with liberty and rebirth – from the Spanish language – synonymous with repression and silence – is the necessary condition for her memory to be finally able to speak.Dans cet article, nous proposons une analyse du roman Manèges de l’autrice franco-argentine Laura Alcoba. Plus précisément, c’est le rapport à la langue française en tant qu’évocatrice de la mémoire argentine qui nous intéresse. Réduite au silence durant son enfance clandestine à Buenos Aires, Laura Alcoba trouve dans cette langue de l’exil une liberté inespérée afin de mettre des mots sur une expérience jusqu’à présent tue et innommée. En tant que médiatrice de la mémoire, la langue française semble l’unique solution pour renouer avec un passé dont l’expression en version originale serait probablement insurmontable pour l’autrice. La distance créée par le français − synonyme de liberté et renaissance − vis à vis de l’espagnol – synonyme de répression et silence − est la condition sine qua non pour que la mémoire, enfin, parle
La mémoire au travail dans Lieux de Georges Perec
This article aims to offer an interpretation of Lieux, Georges Perec’s unfinished project published posthumously in 2022, as a pivotal work in the development of his approach to memory, considered both as work and as a call for sharing. At the beginning, a brief history of the project in question will be outlined in order to identify the challenges involved in writing it, understand possible reasons for its abandonment, and answer questions concerning legitimacy of its recent publication in two formats, both as a traditional book and a hypertext. Then, building upon Philippe Lejeune’s work La mémoire et l’oblique, the article will propose an interpretation of Lieux focused on the approaches to memory at work within this text. Perec’s experimental approach towards autobiography, faced with interrogation, trial-and-error exploration, and uncertainties of the author, is reflected in a hybrid, wandering writing, foreshadowing key notions developed in the author’s later projects, such as the multiple, the potential, the call for sharing.Cet article se propose de lire Lieux, projet inachevé de Georges Perec publié posthumément en 2022, en tant qu’œuvre charnière dans l’évolution des réflexions de Perec sur la mémoire, considérée comme travail et comme appel au partage. Dans un premier moment, l’étude esquissera brièvement une histoire du projet pour saisir les enjeux de sa rédaction, comprendre les possibles raisons de son abandon final et répondre aux questions de légitimé au sujet de sa récente publication posthume en double version, papier et électronique. Ensuite, dans le sillon de l’étude de Philippe Lejeune La mémoire et l’oblique, l’article proposera une lecture de Lieux focalisée sur les approches de la mémoire à l’œuvre dans ce texte. L’approche expérimentale de Perec vis-à-vis de la matière autobiographique, se heurtant aux questionnements, aux tâtonnements, aux incertitudes de l’auteur, se reflète dans une écriture hybride, errante, préfigurant les notions de multiple, de potentiel, d’appel aux autres qui caractériseront les projets successifs de l’auteur
La fouille dans la mémoire comme réaction aux fracas de l’Histoire dans la poésie de Léopold Sédar Senghor
This article aims to highlight the importance of memory in the poetic practice of Léopold Sédar Senghor. It intends to demonstrate that, by exploring the millennial memory of Africa, Senghor gives an ontological foundation to his race and debunks minimalist clichés forged by the colonial powers according to their respective transversal perspectives. However, it should also be emphasised that diving into memory is an expression of the aesthetic approach which allows the poet to give support to his panhumanist utopia. The mythical “Kingdom of Childhood”, discovered through the intercession of memory, is a place of communal warmth now lost which needs to be restored for the benefit of unitary ethics. It is, nonetheless, true that wandering in the realm of memory culminates in the creation of an original instant. In other words, if a poetic experience is transformed into a spiritual experience, it is because the ultimate challenge for a poet is to rediscover God.Cet article se propose de dévoiler l’importance de la mémoire dans la pratique poétique de Léopold Sédar Senghor. Il s’agit de montrer qu’en explorant la mémoire millénaire de l’Afrique, Senghor donne un fondement ontologique à sa race et déboulonne les clichés minimalistes forgés par les puissances coloniales au gré de leurs perspectives transversales. Cependant, il importe d’affirmer que la plongée dans la mémoire est aussi la démarche esthétique que privilégie le poète pour mettre au jour le ferment d’une utopie panhumaniste. Le mythique « Royaume d’Enfance » qu’il découvre par l’intercession de la mémoire est le lieu d’une symbiose aujourd’hui perdue et qu’il s’agit de restaurer au bénéfice de l’éthique unitaire. Il n’en reste pas moins vrai que l’errance dans le règne de la mémoire culmine dans la création de l’instant originel. En d’autres termes, si l’expérience poétique se transforme en expérience spirituelle, c’est que l’enjeu ultime, pour le poète, est de retrouver Dieu
Auto/bio/géo/graphies : les enjeux spatiaux de la mémoire dans les récits autobiographiques et testimoniaux du temps de la guerre chez Durocher, Langfus, Rawicz
The paper aims at describing and interpreting in comparative approach the works of three Polish‐French writers: Anna Langfus, Bruno Durocher et Piotr Rawicz. I follow the authors of What Is Philosophy in believing that “thinking takes place in the relationship of territory and the earth”. Therefore, my analysis is structured with the Deleuzian notion of territory and demonstrates how memory of wartime is anchored in the geographical and imaginary spaces. On the one hand, it is an external dimension which depends on the epistemic decisions of the subject. With its well-defined borders, the space is represented as a refuge, an “at home”, or, on the contrary, it becomes hostile and threatening. On the other hand, the space is represented as a territory and results from the discovery of the animal nature of man. Combining autobiographical/testimonial approaches and spatial/territorial perspectives, the article demonstrates the spatial character of human experience and memory.L’objectif de l’article est de questionner, dans une approche comparative, le lien entre la mémoire et l’espace dans les récits autobiographiques et testimoniaux d’Anna Langfus, Bruno Durocher et Piotr Rawicz. Dans leurs textes, l’espace s’érige en un des moyens de faire travailler la mémoire et aborder le passé. Il s’agit d’un côté d’une dimension extérieure, dépendante des décisions épistémiques du sujet parlant. Avec ses frontières bien délimitées, l’espace prend soit la forme d’un refuge, d’un « chez moi », soit, au contraire, il devient hostile et menaçant. La deuxième dimension n’opère ni frontières, ni topologies, mais résulte de la découverte de l’animalité de l’homme. Poussée à l’extrême, elle aboutit à une symbiose parfaite ou à une « indiscernabilité » entre le sujet et le lieu. Ainsi, combinant les approches autobiographiques/testimoniales et les perspectives spatiales/territoriales, l’article démontre-t-il le caractère spatial de l’expérience humaine et de la mémoire
Remontée ou héritage ? Mémoire(s) de soi chez Yves Bonnefoy poète et traducteur
This study explores different variations on the theme of “memory” in Yves Bonnefoy’s poetry and translations. In his latest works, the poet bequeaths to his readers his childhood memories entrusting them with a mission with which he invests poetry: to celebrate, against oblivion, the “memory” of the experience shared with others. Moreover, memory is both the source and the process of poetic creation, as his practise as a translator also demonstrates. If the task of the translator, according to Bonnefoy, coincides with a search, an exploration of the depths of the sea that is every language, in order to bring forth from the dark the light of a restorative word, then, by translating the verses of other poets, Bonnefoy relives the experience of poetry through a new poetic act, recalling each time the intuition and the emotion.Compte tenu de l’acception polysémique du mot, cette étude explore les différentes déclinaisons de la « mémoire » dans la pratique de la poésie et de la traduction d’Yves Bonnefoy. Avec ses dernières œuvres, le poète lègue à son lecteur ses « mémoires » d’enfance, en lui confiant la mission dont il investit la poésie : célébrer, contre l’oubli, la « mémoire » de l’expérience partagée avec autrui. En outre, la mémoire constitue en même temps la source et le processus de la création poétique, comme le démontre aussi sa pratique de la traduction. Si la « tâche » du traducteur selon Bonnefoy coïncide avec une recherche, l’exploration des profondeurs de la mer qu’est chaque langue dans le but de faire resurgir de l’étendue sombre et silencieuse de la nuit la lumière d’une parole réparatrice, en traduisant les vers d’autres poètes, Bonnefoy revit l’expérience de la poésie à travers un nouvel acte poïétique, en remémorant chaque fois l’intuition et l’émotion
La grande histoire au prisme de la petite histoire dans les Mémoires de Voltaire
Voltaire composed his Memoirs of the Life of Monsieur de Voltaire: Written by Himself at approximately the same time as his novel Candide, or Optimism published in 1759. For this reason, these Memoirs occupy a central place in the philosopher’s work. Combining ironic comment on the important historic events and salacious gossip of the world, they trace very briefly 25 years of Voltaire’s life. The author of this paper tries to analyse the relationship between the memorialist’s style, strongly coloured with the grotesque, and his vision of history. Next, he juxtaposes the Memoirs with Voltaire’s historical works. Finally, he demonstrates the close affinity between their non-linear representations of history, despite differences in their style.La rédaction des Mémoires de Voltaire est à peu près contemporaine de celle de Candide ou l’Optimisme, conte philosophique paru en 1759. De ce fait, les Mémoires occupent une place centrale dans l’œuvre de l’écrivain. Composés d’une suite d’anecdotes et d’événements d’apparence triviale, ils retracent sur quelques dizaines de pages vingt-cinq années de la vie de celui qui, installé depuis 1755 à Genève, avait côtoyé les principaux acteurs du siècle des Lumières. En étudiant les procédés littéraires mis en œuvre par le mémorialiste, l’auteur de l’article cherche à établir le lien entre ces derniers et la représentation de l’histoire. Ensuite, il compare cette représentation avec celle, non-linéaire, qui apparaît dans l’œuvre historique de l’écrivain. Finalement, il démontre leurs similitudes malgré la différence des moyens stylistiques employés par le Voltaire historien et le Voltaire mémorialiste qui recourt constamment au grotesque