John Paul II Catholic University of Lublin

Quêtes littéraires
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    Le jeu du « je » : l’écriture poétique dans L’âge d’homme de Michel Leiris

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    In this article we propose to explore the poetic features of Michel Leiris’ L’âge d’homme on the basis of a series of specific examples and attempt to inquire how the “I” is recorded in his autobiographical experimentation. Rejecting the classical model of autobiography, the author places the history of his personality within a framework formed by recurring images in which the games on lexicon, analogical connections and seemingly arbitrary associations intermingle. Aiming to erase himself, he pushes back the limits of conventional language and exploits a lyrical dimension within his narrative work, and in this process constitutes his genesis.Dans cet article, nous proposons d’examiner, à partir d’une série d’exemples concrets, les traits poétiques de L’âge d’homme de Michel Leiris, en s’interrogeant sur le fonctionnement de la mise en scène du « je » dans son expérimentation autobiographique. En rejetant le modèle classique de l’autobiographie, l’auteur place l’histoire de sa personnalité dans un cadre constitué d’images récurrentes où s’entremêlent des jeux sur le lexique, des liaisons  analogiques et des associations apparemment arbitraires. Dans l’intention de se liquider, il repousse les limites du langage conventionnel et exploite une dimension lyrique au sein de son ouvrage narratif, en effectuant, dans le même processus, la constitution de sa genèse

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    L’entre-jeu agôn-aléa et la place du hasard dans la construction du tragique racinien

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    According to Roger Caillois’s social epistemology, agôn and alea are the first two principles of games which unfold between the arbitrary polarity of the play tendencies of paidia and ludus. The traditional view on tragedies strongly supported by Aristotelian authors is that, in its particular tragic universe, the stakes are determined by an implacable fatality directed by the probable and the necessary. However, in most of Racine’s plays, the course of events seems to revolve around fortune which ends up creating a sort of middle field of tragic action between agôn and alea. The article maintains that chance takes center stage in Racine’s theater, of which the tragic plot must be explored from a stochastic perspective. It uses the notion of “mid-field” borrowed from ball games meaning the mid-fielder position, a position which maximizes the potential for chance in these games.Dans l’épistémologie sociale de Roger Caillois, agôn et aléa sont les premiers deux principes du jeu qui se déploient entre la polarité arbitraire des tendances ludiques de paidia et de ludus. La vision traditionnelle sur les tragédies vivement soutenue par les auteurs aristotéliciens est que, dans son univers tragique particulier, l’enjeu est déterminé par une fatalité implacable dirigée du probable et du nécessaire. Cependant, dans la plupart des pièces de Racine, le cours des évènements semble tourner autour de la fortune qui finit par créer une sorte de champ médian de l’action tragique entre agôn et aléa.  L’article soutient que le hasard occupe bien une place dans le théâtre de Racine, dont l’intrigue tragique doit être explorée dans une perspective stochastique. Il se sert de la notion d’« entre-jeu » empruntée aux jeux de balles signifiant le médian du terrain, position qui maximise le potentiel du hasard dans ces jeux

    Tirer son épingle du jeu : La Vie de Marianne ou le récit qui n’appartenait à personne

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    This paper examines the way in which Marivaux, in The Life of Marianne, plays at “making it true” by deploying a set of rhetorical and narrative devices: from the old trick of themanuscript found by chance to the call of prestigious witnesses ready to guarantee the authenticity of the episode, all means are good to produce the effect of veracity expected by the reader. However, in an opposite movement, Marivaux constantly violates the reading pact which he instituted: the reader ends up wondering about the composition of what he reads and realizes that the text exhibits too much negligence for the story to be true. Fiction is thus staged, and Marivaux underlines the processes which force the reader to question his own credulity. This paper examines the consequences of this double movement and offers a few theoretical hypotheses to account for this paradoxical poetics of play.Cet article propose d’analyser la manière dont Marivaux, dans La Vie de Marianne, joue à « faire vrai » en déployant un ensemble de procédés rhétoriques et narratifs : de la vieille ficelle du manuscrit retrouvé par hasard à l ’appel de prestigieux témoins prêts à garantir l’authenticité d’un épisode, tous les moyens sont bons pour produire l’effet de véridicité attendu du lecteur. Cependant, dans un mouvement inverse, Marivaux viole constamment le pacte de lecture qu’il a institué : le lecteur ne peut manquer de s’interroger sur la composition de ce qu’il lit et de s’apercevoir que le texte exhibe trop de négligences pour qu’il lui soit encore permis de croire à la réalité des faits qui lui sont racontés. La fiction se met ainsi en scène et souligne les procédés qui forcent le lecteur à s’interroger sur sa propre crédulité. Nous analyserons ici les conséquences de ce double mouvement et nous proposerons quelques hypothèses théoriques pour rendre compte de cette poétique paradoxale du jeu chez Marivaux

    « Une impression posthume des sensations d’autrefois » : le jeu nostalgique dans La Décadence latine de Joséphin Péladan

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    For the psychoanalyst Donald Winnicott, playing constitutes a “positive value of illusion” which, for the adult as well as the child, allows access to reality in a way that is gradual and bearable. Although better known for his concept of the transitional object for children, Winnicott makes the claim for an essential role played by transitional phenomena at all stages of life, particularly in artistic creation. This article seeks to read together the psychology of Winnicott, especially Playing and Reality (1971) and Joséphin Péladan’s La Décadence latine (1884 & seq.), a little-known and poorly studied work of decadent literature. Through his use of a nostalgic gaze on history, Péladan transforms it into a counter-cultural fantasy, an act of resistance to the present. He creates for himself an alternative to history which acts as an “illusory experience” – a half game, half remaking of reality – allowing him to overcome the moral decadence that he laments. Thus, Péladan opposes his new arc of history to the fears he has about the end of the Latin race, effectively rewriting the world à rebours.Pour le psychanalyste Donald Winnicott, le jeu constitue une « valeur positive de l’illusion » qui, pour l’adulte, ainsi que pour l’enfant, permet d’accéder à la réalité de façon graduelle et supportable. Bien que connu plutôt pour son concept de l’objet transitionnel chez les enfants, Winnicott revendique pourtant le rôle essentiel des phénomènes transitionnels à toutes les étapes de la vie, à tout le moins celui de la création artistique. Cet article vise à mettre en jeu la psychologie de Winnicott, surtout de son livre Jeu et réalité (1971) et La Décadence latine (1884 & seq.) de Joséphin Péladan, œuvre méconnue et insuffisamment étudiée de la littérature décadente. S’appropriant un regard nostalgique sur l’histoire, Péladan la transforme en fantaisie contre-culturelle qui constitue un acte de résistance au présent. Il se crée une alternative à l’histoire, une « expérience illusoire » qui, moitié jeu, moitié reformulation de la réalité, lui fournit une façon de contourner la déchéance morale. Or, Péladan oppose à ses peurs de la fin de la latinité une nouvelle trajectoire historique de son innovation propre afin de réécrire le monde à rebours

    Jeu de rôles : autofiction dans l’œuvre romanesque de Jean Genet

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    This article seeks to analyze three novels by Jean Genet: Our Lady of the Flowers (1943), Miracle of the Rose (1946) and The Thief’s Journal (1949). Its main goal is to verify how the game with discursive techniques applied by Genet allows him to create a diegetic universe inspired by his private life and, therefore, to conduct a role-playing game, undertaken for ideological and ontological purposes. In order to carry out his plan, the author takes into account not only tools related to the poetics of a literary work but also selected aspects of an autobiographical pact aiming at persuading the reader of an “apparent truth” of the literary text. The study of these elements shows that the universe in Genet’s novels is, on the one hand, inspired to a certain degree by the reality, on the other hand, used to construct a narrative space where a continuous game with the truth and falsehood is located in the foreground.Le présent article se propose d’examiner trois romans de Jean Genet : Notre-Dame-des-Fleurs (1943), Miracle de la rose (1946) et Journal du voleur (1949). Son objectif principal est de vérifier comment le jeu des techniques discursives appliquées par Genet lui permet de créer un univers diégétique inspiré par sa vie privée et de réaliser ainsi le jeu de rôles qu’il assume à des fins idéologiques et ontologiques. Pour effectuer son analyse, l’auteur prend en considération avant tout les outils liés à la poétique de l’œuvre littéraire, mais aussi les aspects choisis du pacte autobiographique visant à persuader le récepteur de la « véracité apparente » du texte littéraire. L’étude de ces éléments montre que l’univers romanesque de Jean Genet, d’une part, s’inspire à un certain degré de la réalité, d’autre part, sert à construire un espace narratif où un jeu continu entre le vrai et le faux est mis au premier plan

    Le jeu déréglé du burlesque : du Roman comique (1651) à Molloy (1951)

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    There is no fiction in narrative prose that testifies to a playful intentionality more manifest than a “comic story”: this article illustrates it by first analyzing the strategies of Scarron, master of the game, in the burlesque incipit of The Comic Novel. Spanning the three centuries that separate the publication of Scarron’s novel (1651) from that of Molloy (1951), not without underlining the impact that silent cinema has had on the means and effects of burlesque in a fiction in narrative prose, we then question Beckett’s strategies, more complex or more equivocal, not only because the author seems to hide his game, sheltered from a narrating voice, but also because fiction, understood as “shared playful pretense”, then opens up to the registral interference of pathos.Il n’est pas de fiction en prose narrative qui témoigne d’une intentionnalité ludique plus manifeste qu’une « histoire comique » : cet article l’illustre en analysant d’abord les stratégies de Scarron, maître du jeu, dans l’incipit burlesque du Roman comique. Enjambant les trois siècles qui séparent la parution du roman de Scarron (1651) de celle de Molloy (1951), non sans souligner l’impact qu’a eu le cinéma muet sur les moyens et les effets du burlesque dans une fiction en prose narrative, on interroge ensuite les stratégies de Beckett, plus complexes ou plus équivoques, non seulement parce que l’auteur semble cacher son jeu, à l’abri d’une voix narratrice, mais aussi parce que la fiction, entendue comme « feintise ludique partagée », s’ouvre alors à l’interférence registrale du pathétique

    Jeux et enjeux dans Le Cocu magnifique de Crommelynck

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    Without any reason or clue, the main character, Bruno, is convinced that he is cuckolded to the point where he actually wants it to be true, to remove any doubts. This delusion results in words and deeds which come to involve his reason and his relationship to others. But in Le Cocu magnifique, the status of the game is multivocal. It is present in diegesis, but it also related to dramaturgy. We will see how Crommelynck plays with mimesis, with regard to the very notion of the character, through games of masks and double-dealing. Moreover, at the aesthetic level, language games meet with the research into modern poetry. Intertextual games with poetic and theatrical references subvert them through pastiche, and the playwright, playing with registers, upsets aesthetic categories.Le personnage principal, Bruno, sans raison ni indice, se pense cocu au point de vouloir l’être vraiment pour échapper au doute. Son égarement produit des paroles et des actes qui mettent en jeu sa raison et sa relation aux autres. Mais dans Le Cocu magnifique, le statut du jeu est plurivoque. S’il est attesté dans la diégèse, il a aussi partie liée avec la dramaturgie. Nous verrons comment Crommelynck se joue de la mimèsis, en ce qui concerne la notion même de personnage, par les jeux de doubles et de masques. Par ailleurs, sur le plan esthétique, les jeux sur le langage rencontrent les recherches de la poésie moderne ; les jeux intertextuels avec les références poétiques et théâtrales les subvertissent par le pastiche et le dramaturge, jouant des registres, bouscule les catégories esthétiques

    La tutelle de La Vie mode d’emploi de Georges Perec dans 209 rue Saint-Maur de Ruth Zylberman est-elle ludique ou existentielle ?

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    In this paper, we examine the relationship between the Oulipian aspect of G. Perec’s Life A User’s Manual (1978) and R. Zylberman’s investigation in her book 209 Saint-Maur Street (2020). If we dwell on this comparison, it is because there is a twist between them: on the one hand, this reportage is certainly a fine example of ‘investigative literature’, but it is not, unlike Perecquian reportages, under the domination of ‘existential constraints’; on the other, it is set in collective housing, as is the case with Perec’s novel, but without resorting to linguistic constraints. In the end, we show that the tutelage of Life A User’s Manual in the book of Zylberman is existential in nature, but with a hint of Oulipian playfulness.Dans cet article, nous examinons quelle est la relation entre l’aspect oulipien de La Vie mode d’emploi (1978) de G. Perec et l’investigation chez R. Zylberman dans son livre 209 rue Saint-Maur Paris Xe, autobiographie d’un immeuble (2020). Si nous nous attardons sur cette comparaison, c’est qu’il existe une torsion entre eux : d’un côté, ce reportage est certes un bel exemple de « littérature d ’investigation », mais il n ’est pas, à la différence des reportages d’obédience perecquienne, sous la domination de « contraintes existentielles » ; de l’autre, il a pour décor un logement collectif, comme c ’est le cas pour le roman de Perec, sans toutefois recourir aux contraintes langagières. Nous démontrons que la tutelle de La Vie mode d’emploi dans le livre de Zylberman est de nature plutôt existentielle mais un tant soit peu teintée de ludisme oulipien

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