Canadian Journal of Nonprofit and Social Economy Research / Revue canadienne de recherche sur les OSBL et l’économie sociale (ANSERJ)
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Mordre la main qui vous nourrit? Analyse de la question de savoir si (et comment) le financement public limite l’engagement des organismes de bienfaisance dans les politiques publiques
This article examines relationships between federal government funding and reported spending by charities on what the Canada Revenue Agency defined as “political activities” over the period 2003–2017. Anecdotal evidence suggests that many charities in Canada see dependence on government funding by other charities as a factor that limits policy engagement. Comparative research generally suggests that government funding is positively associated with policy engagement by charities, but also that it channels charities away from outsider or contentious forms of advocacy toward less confrontational, insider strategies. The CRA data on political activities analyzed here adds important insights because it tracks outsider advocacy involving public calls to action, which government funding is expected to constrain. This analysis finds that charities with federal funding were more likely to report political activities than those with no federal funding, but only to a point and with important differences based on the size of charities.Cet article examine les liens entre le financement du gouvernement fédéral et les dépenses déclarées par les organismes de bienfaisance pour ce que l’Agence du revenu du Canada (ARC) définit comme des « activités politiques » au cours de la période 2003-2017. Les données anecdotiques suggèrent que de nombreux organismes de bienfaisance au Canada considèrent la dépendance au financement public d’autres organismes comme un facteur limitant l’engagement politique. Des recherches comparatives suggèrent que le financement public est positivement associé à l’engagement politique des organismes de bienfaisance, mais aussi qu’il les éloigne des formes de défense des intérêts externes ou controversées au profit de stratégies internes moins conflictuelles. Les données de l’ARC sur les activités politiques que nous analysons ici apportent des éclairages importants, car elles suivent les actions de défense des intérêts externes impliquant des appels publics à l’action, que le financement public devrait limiter. Notre analyse révèle que les organismes de bienfaisance bénéficiant d’un financement fédéral étaient plus susceptibles de déclarer des activités politiques que ceux n’en bénéficiant pas, mais seulement jusqu’à un certain point et avec des différences importantes selon la taille de l’organisme
Politique en première ligne : Organismes communautaires à but non lucratif travaillant auprès des aînés pendant la COVID-19 à Montréal
Community nonprofit organizations (CNPOs) are a vital component of the social infrastructure that addresses the needs of older adults aging in place. Despite this, CNPOs are overlooked in political research and relevant policies, such as the age-friendly cities program. This article examines CNPO work during the COVID-19 pandemic in Montréal, Québec. Policy analysis, surveys, and interviews with CNPO staff, local policy actors, and older adults reveal that CNPOs became increasingly essential frontline social service providers during the pandemic. While CNPOs fill gaps in public and private social infrastructures, they are facing considerable service, labour, administrative, and financial challenges due to inadequate policy support. Policy on aging must incorporate CNPO work in different sectors and communities, facilitate partnerships that respect CNPO autonomy, and improve CNPO funding.Les organismes sans but lucratif (OSBL) communautaires sont une composante essentielle de l’infrastructure sociale qui répond aux besoins des aînés vieillissant chezeux. Pourtant, malgré leur importance, les OSBL communautaires sont négligés dans la recherche politique et dans la mise en oeuvre de politiques, comme on le voit dans le programme des villes « amies des aînés ». Cet article examine le travail des OSBL durant la pandémie de la COVID-19 à Montréal, au Québec. L’analyse des politiques—ainsi que celle de sondages et d’entrevues effectués auprès du personnel des OSBL, de responsables locaux et d’aînés—montre que, pendant la pandémie, les OSBL sont devenus des fournisseurs de services sociaux de première ligne de plus en plus essentiels. Cependant, même si les OSBL communautaires comblent les lacunes des infrastructures sociales publiques et privées, ils font face à des défis considérables en matière de services, de main-d’oeuvre, d’administration et de finances en raison d’un soutien politique inadéquat. Les politiques sur le vieillissement doivent tenir compte du travail des OSBL dans différents secteurs et communautés, faciliter les partenariats qui respectent l’autonomie des OSBL, et augmenter le financement des OSBL
La validation sociale comme processus clé de la recherche participative et engagée : enseignements tirés d’un programme universitaire brésilien
Participatory and engaged research is an approach in which the traditional boundaries between subject (the one who investigates) and object (the one being investigated) are intentionally blurredand both construct purpose and knowledge. In this type of inquiry, the researcher—alongside research participants—not only analyzes or interprets social reality but actively seeks to transform it. While this approach poses significant challenges, particularly as direct engagement with the field is often seen as a threat to research validity, this article advocates for its value as a powerful methodological strategy for scholars committed to social change. It introduces the concept of social validation, which supports the legitimate recognition of collaborative research not only within academia but also by the communities involved.La recherche participative et engagée est une approche où les frontières traditionnelles entre le sujet (celui qui enquête) et l’objet (celui qu’on enquête) sont intentionnellement brouillées, les deux collaborant à développer autant l’objectif que le savoir. Dans ce type d’enquête, le chercheur, aux côtés des participants à la recherche, ne se contente pas d’analyser ou d’interpréter la réalité sociale, il cherche à la transformer. Bien que cette approche pose des défis importants, notamment parce qu’un tel engagement sur le terrain est souvent considéré comme une entrave pour la validité de la recherche, cet article défend sa valeur en tant que stratégie méthodologique puissante pour tout chercheur engagé dans le changement social. L’article introduit le concept de validation sociale, qui appuie la reconnaissance légitime de la recherche collaborative non seulement par le monde universitaire, mais aussi par les communautés concernées
Services destinés aux femmes sortant de prison au Canada : résultats d\u27une brève enquête sur le milieu
Women are a growing population in prisons in Canada. When women leave prison, community-based organizations (CBOs) can provide immediate material resources, and facilitate connection to healthcare and other services. We conducted an environmental scan of CBOs that support women leaving prison in order to identify potential gaps in service delivery, and identified 86 CBOs distributed across ten provinces, with a lack of services in rural areas and a general lack of housing. The rapid growth in the incarceration of women has not been met with an investment in CBOs. We call for an investment in, and increased attention towards, community-based housing as both a reentry service and an alternative to incarceration.Les femmes représentent une population croissante dans les prisons canadiennes. Lorsque les femmes sortent de prison, les organisations communautaires peuvent leur fournir immédiatement des ressources matérielles et faciliter leur accès aux soins de santé et à d’autres services. Nous avons enquêté sur les organisations communautaires qui soutiennent les femmes sortant de prison afin d’identifier les lacunes potentielles dans la prestation de services, et avons recensé 86 organisations réparties dans dix provinces, avec un manque de services dans les zones rurales et un manque général de logements. La croissance rapide du nombre de femmes incarcérées n’a pas été accompagnée d’investissements dans les organisations communautaires. Nous appelons à investir dans les logements communautaires et à leur accorder une attention accrue, à la fois comme service de réinsertion et comme alternative à l’incarcération
Quand le plaisir de manger devient essentiel : Repenser le soutien alimentaire par les organismes communautaires
Although free access to food is a common response to food insecurity, it does not guarantee consumption. Our research examines how the concept of pleasure can be incorporated into food support programmes offered by community organizations in Québec. A mixed methodology was employed to analyze the relationship between experienced food insecurity and the pleasure of eating. The results offer theoretical and practical ways forward, emphasizing the importance of considering the notion of choice in interventions. They provide food for thought and suggest to public decision-makers that they adopt a collective approach to combating food insecurity, enabling people to rediscover the pleasure of eating.Bien que l’accès gratuit à des aliments soit une réponse courante à l’insécurité alimentaire, il ne garantit pas leur consommation. Notre recherche examine comment la notion de plaisir peut s’intégrer aux offres de soutien alimentaires des organismes communautaires québécois. Une méthodologie mixte a permis d’analyser les liens entre l’insécurité alimentaire vécue et le plaisir de manger. Les résultats proposent des pistes théoriques et opérationnelles, insistant sur l’importance de considérer la notion de choix dans les interventions. Ces pistes proposent des réflexions tout en suggérant aux décideurs publics d’adopter une approche collective dans la lutte contre l’insécurité alimentaire afin que les personnes mangeures puissent renouer avec le plaisir de manger
Aires ouvertes en économie sociale au Québec : analyse interdisciplinaire dans trois organisations
Social economy enterprises are usually seen as organizations characterized by horizontal management, aiming for social objectives rather than profit maximization. Based on semi-structured interviews (n = 25) conducted with three social economy organizations in Montreal, our article examines the advantages and disadvantages of opting for an open-plan space. This choice compensates for the reduced workspace through a hybrid work organization and shared premises among different organizations. We observed the adjustments in balancing the passage to the open-plan office with working from home. Findings suggest that this setup allows for cost savings and suits employees, provided there is some flexibility in their working hours, while offering more opportunities for networking and exchanges. The people working for social economy organizations appear to appreciate this context more than those in the public and private sectors. They are more willing to go to work in these open spaces.Les entreprises d’économie sociale sont généralement considérées comme des organisations caractérisées par une gestion horizontale, visant des objectifs sociaux et non la maximisation du profit. Après des entrevues semi-dirigées (n = 25) menées auprès de trois organisations d’économie sociale à Montréal, notre article traite des avantages et inconvénients du choix d’une aire ouverte, compensant la perte d’espace par une organisation hybride du travail ainsi que le partage de locaux entre différentes organisations. Nous avons observé les adaptations dans l’articulation entre le retour progressif au sein de l’aire ouverte et le télétravail à domicile. Il en ressort que cet arrangement permet d’économiser des fonds, et convient aux salariés, à condition de préserver une certaine flexibilité dans leur temps de travail, tout en permettant davantage d’échanges et de réseautage. Les personnes travaillant dans ce contexte au sein des organisations d’économie sociale semblent l’apprécier davantage que celles des autres organisations étudiées (dans les secteurs public et privé), et elles s’y présentent plus volontairement
Portée et limites de l’analyse écosystémique des dynamiques territoriales de l’ESS. Le cas des Pôles territoriaux de coopération économique en France
Over the last few decades, the ecosystemic approach to the social and solidarity economy (SSE) has gained ground on two fronts: firstly, in the field of collective and public action, and secondly, in academia. This dissemination, or even naturalization, of the ecosystemic approach raises a number of questions. Without rejecting its use, we argue for a sociohistorical and processual approach to SSE ecosystems, considering that while certain territorial dynamics of the SSE may, under certain conditions, accede to an ecosystemic dimension, it is always historically situated, temporary and contingent insofar as it results from power relations and past compromises between actors occupying various positions in heterogeneous fields (economic, bureaucratic, scientific). We will base our discussion on the case of the Territorial Clusters for Economic Cooperation (Pôles territoriaux de coopération économique) in France.L’approche en termes d’écosystème d’économie sociale et solidaire (ESS) a fait l’objet ces dernières décennies d’une double montée en régime dans le champ de l’action collective et de l’action publique d’une part, dans le champ académique ensuite. Cette diffusion, voire cette naturalisation, de l’approche écosystémique soulève son lot d’interrogations. Sans en rejeter l’usage, nous plaidons pour une approche socio-historique et processuelle des écosystèmes d’ESS, en considérant que si certaines dynamiques territoriales de l’ESS peuvent accéder, dans certaines conditions, à une dimension écosystémique, celle-ci est toujours historiquement située, temporaire et contingente en tant qu’elle résulte des rapports de force et des compromis passés entre des acteurs occupant des positions diverses dans des champs hétérogènes (économique, bureaucratique, scientifique). Nous appuierons cette discussion sur le cas du dispositif des Pôles Territoriaux de Coopération Economique (PTCE) en France