Mount Royal University: MRU Journal System
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Représentation de l’Inde dans Voyage aux Indes orientales et à la Chine par Pierre Sonnerat
Cet article examine la représentation de l’Inde dans l’ouvrage Voyage aux Indes orientales età la Chine (1782) de Pierre Sonnerat, explorateur, dessinateur et naturaliste français. De 1774à 1781, l’auteur a eu l’occasion de découvrir différents aspects de la civilisation indiennepour les décrire ensuite avec une précision de scientifique. Notre étude porte sur les moyenslinguistiques et rhétoriques mis en œuvre pour représenter l’Inde, ses mœurs, sa culture et seshabitants, et souligne la forte prégnance textuelle de certains traits spécifiques de laphilosophie des Lumières
La déclinaison visuelle du monstre au XVIIIe siècle : Goya
Les Lumières cherchent à libérer le monstre des différentes cages où la tradition l’avait enfermé. L’imaginaire européen du monstrueux se fraie, au XVIIIe siècle, un chemin nouveau grâce aux écrivains et aux peintres les plus géniaux. Goya est, de tous les artistes des Lumières crépusculaires, celui qui a su récupérer le mieux l’univers classique du monstrueux pour, ensuite, exceller dans une éclatante déclinaison des figures de la tératologie moderne, allant des plus perceptibles aux moins visibles: l’animal et ses variantes les plus domestiques et les plus obscures, l’homme et ses âges, l’individu et ses états sociaux, toutes ces figures quotidiennes, familières, dévoilent dans la galerie goyesque une monstruosité d’autant plus inquiétante qu’elle est en nous. Et de là, par la figuration symbolique, le peintre et graveur défie l\u27inavouable, l’irreprésentable, pour donner forme de monstre aux hantises, aux peurs les plus terribles de l’âme humaine
“Absolutely Palpable Utopias”: The Expressionist Ideas Behind Bruno Taut’s GEHAG Housing Estates
The buildings Taut designed in the late 1920s bear few visible similarities to the expressionistic building and city plans he sketched during and immediately following the First World War. As such, Taut’s works are often separated into distinct stylistic periods. This categorization cloaks Taut’s continued commitment to socialist utopian ideals. This paper treats Taut’s expressionist period as a self-conscious attempt to clarify his architectural and socialist convictions. By situating Taut’s successive architectural phases in historical context, this paper will show how the ideas Taut explored during his expressionist phase continued to influence the design of the residential housing complexes he built with GEHAG in the late 1920s by analyzing his Britz Horseshoe Estate
"The Prevention of That Abominable Mixture and Spurious Issue": Continuity in the Prosecution of Miscegenation in Virginian Laws and Court Decisions, 1630-1691
In the historical debate over the legitimation of Virginian black slavery in the seventeenth century, some historians argue that the legal prosecution of interracial sexual relations was a calculated effort to institute slavery. Conversely, others assert that lawmakers and law enforcers did not actively discourage interracial sex until they enacted legislation that explicitly forbade miscegenation in the 1660s and again in the 1690s. However, an examination of Virginian laws and court decisions regarding fornication from 1630 to 1691 reveals a different story. Colonial authorities inherited a revulsion towards miscegenation from the English intellectual and religious tradition, and they used three different legal methods to prevent sex between blacks and whites. Before they introduced legislation that explicitly sought to punish whites for miscegenation in the 1660s and 1690s, the secular authorities of the 1630s and 1640s resorted to enforcing moral laws originally meant for the Church courts, and they then introduced general laws against fornication that were disproportionately applied to cases of pre-marital sexual intercourse involving blacks. While the methods of sexually segregating white and black colonists changed over the course of the seventeenth century, the desire to prevent miscegenation was always present in the minds of colonial officials in this era
Jean Barbin / François Bon : l’écriture monstrueuse, YouTube, l’édition du minuit de soi
Jean Barbin voit le jour sur la page YouTube de l’auteur François Bon « un soir où ça n’allait pas très bien » et prend forme dans le creuset du noir et l’échine de la nuit, dans le secret d’un appartement vide. Ce monstre parle dans la nuit, depuis la nuit : peut-être est-il aussi à écouter dans la nuit, de nuit à nuit, d’un « ça ne va pas très bien » à « moi non plus », d’un noir à un autre invisible. Jean Barbin s’auto-décrit comme un monstre de l’absence : « Finalement j’ai préféré une absence à moi-même ». Pourtant, et alors même que ce monstre semble assommé d’immobilité, cerné de disparition, il n’a de cesse de commencer, comme autant de débuts avortés de récits, un phœnix narratif, une fiction reptilienne dont la queue repousserait toujours. Son absence à lui-même, son invisibilité devient son mode de visibilité, d’apparition, et d’être. Être aquatique, baignant dans son jus de noir, être amphibien d’avant les bras et les jambes, le monstre Jean Barbin s’extirpe de la solitude, du silence et du noir pour créer un lien, quasiment ombilical, avec l’auditeur. De nuit à nuit, sans plus les parois du jour, écouter comment ça parle, au très soi
Le voyageur et ses masques : l’exemple des Suédois de Pierre-Jean Grosley
Dans une époque où l’anonymat est de mise mais où son application au genre référentiel risque de nuire à l’entreprise, la mise en scène utilisée par Pierre-Jean Grosley dans la relation de son voyage en Italie pose question. Pourquoi un homme de lettres connu et respecté irait-il se dissimuler derrière le masque de deux voyageurs suédois ? L’étude de la réception de son récit dans la presse apporte des éléments de réponse qui sont ici confrontés aux pratiques auctoriales de Grosley dans l’ensemble de sa carrière
Peinture des mœurs dans les Lettres chinoises du marquis d’Argens
L’exotisme chinois tel que conçu à l’époque des Lumières est étudié, souvent en tant que partie de l’exotisme oriental, depuis le début du XXe siècle (citons entre autres L’Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle de Pierre Martino, L’Orient romanesque en France (1704-1789) de Marie-Louise Dufrenoy). Malgré de nombreuses recherches déjà faites, la Chine abordé du point de vue de sa présence dans les romans des Lumières n’a pas été scruté dans ses enjeux à la fois philosophique et esthétiques. Pour saisir la spécificité de l’engouement pour ce pays, nous proposons d’examiner les Lettres chinoises du marquis d’Argens, une des nombreuses œuvres de l’époque qui s’inspirent du roman épistolaire polyphonique des Lettres persanes (1721) de Montesquieu. Dans le roman du marquis d’Argens, la Chine ne constitue pas toujours un exemple positif. Les divers aspects de la réalité chinoise et occidentale sont utilisés dans des comparaisons et des analogies qui révèlent la faiblesse universelle de l’être humain: la cupidité, la vanité, l’intolérance et l’hypocrisie, etc.. En donnant la parole aux personnages chinois, l’auteur invite le lecteur à participer à la réflexion et à la critique de la situation en France par le biais d’un miroir qui lui tend l’Autre. La forme épistolaire polyphonique empêche de tirer des conclusions trop rapides et univoques. Cependant, par ces comparaisons systématiques, d’Argens formule les critères universels d’un pays bien géré et d’une condition humaine bien vécue
Monstre et monstrueux dans l’oeuvre de Georges Darien. Représentation et symbolique d’une chair meurtrie
Face aux figures de l’hydre institutionnelle (famille, armée, école, Église), le monstre apparaît dans l’œuvre de Georges Darien (1862-1921) comme un moyen de représenter le combat engagé contre une société inégalitaire et injuste. En jouant sur les critères définitoires du mot, le romancier et pamphlétaire invite le lecteur à une démarche de type herméneutique qui consiste à déchiffrer monstres et monstrueux comme les “miroirs” d’une société devenue elle-même celle qui engendre l’effroyable. L’auteur joue à la fois sur la “norme” de modèles identifiables par tous et l’“écart” au travers d’un certain nombre de figures suffisamment suggestives pour permettre l’interprétation de chacun. Entre l’apparent et le caché, Darien construit un entre-deux que la voix narrative invite à dépasser afin de voir apparaître la contestation de l’inhumaine comédie “fin de siècle”. Dans cette entreprise de “sape” des autorités coercitives, l’écrivain choisit d’abord de faire corps avec le monstre pour proposer à ses contemporains un romanesque “étrange”, à bien des égards. Le positionnement en “marge” des modèles littéraires et idéologiques s’accompagne d’un héroïsme où le monstre se revêt, tel un habit emblématique des luttes engagées. Toutefois, à cette singularité, Darien oppose une série de monstres dont la dysmorphie symbolique s’accorde, en partie, avec l’inconscient collectif qu’ils véhiculent (Hydre, Sphinx, Minotaure, Ogre). Néanmoins, la lisibilité apparente de ces références laisse aussi parfois place à l’indicible, moyen d’exprimer les interdits en vigueur. Le monstre (Centaure) et l’expression lexicale du monstrueux acquièrent une dimension davantage sociologique en dépassant la fiction pour questionner le désir et les tabous sexuels. Ces derniers, Darien s’en affranchit partiellement à travers une stylistique “monstrueuse” constamment dans l’inflation d’un imaginaire où le portrait de personnage met à jour une sombre idéologie. La considération anatomique expose une chair meurtrie et dénaturée où le discours dit paradoxalement l’ineffable. Dès lors, le monstre apparaît, dans ses aspects protéiformes, comme l’actualisation de ses traits caractéristiques principaux : monstration ; avertissement ; jeu sur la forme et le difforme ; enfin, translation de l’idée de démesure dans une rhétorique de la surenchèr
Du “monstre-humain” au “monstre-objet” : l’évolution du monstre (in)visible dans Notre-Dame de Paris et À rebours
Au XIXᵉ siècle en France, les monstres sont plus que visibles ; ils occupent le devant de la scène. Ils sont présents dans des domaines aussi divers que la science (avec la tératologie —la première “science” des monstres), la politique, où se dessinent des évènements “monstrueux” signalant une rupture de la norme, et la foire, où les spectateurs paient pour voir des formes grotesques. En prenant les exemples de deux œuvres littéraires : Notre Dame de Paris (1831) de Victor Hugo et A rebours (1889) de Joris-Karl Huysmans, nous examinerons comment la production à grande échelle des monstres a cependant pour résultat la banalisation du monstre comme figure extraordinaire. Nous soutiendrons qu’il existe une évolution du “monstre-humain” romantique au “monstre-objet” décadent qui reflète la monstruosité morale du créateur lui-même : une métamorphose du visible à l’invisible. Cette notion prend racine dans le contexte d’une notion évolutive de la construction philosophique nature/artifice où s’inscrivent d’importantes avancées technologiques, telles que les machines-outils (destinées à construire les pièces de machines). Cela marque un changement dans les perceptions des rôles de l’homme et de la nature dans le champ de création. Le monstre évolue d’un être extraordinaire (semblable aux créatures de la foire) à un objet banal, facile à reproduire, qui reflète les peurs de la production de masse dans une société industrielle. Enfin, en abordant les enjeux de la monstruosité et de la visibilité, nous montrerons comment le monstre devient visible même dans la forme du texte littéraire du XIXᵉ siècle, avec la naissance d’un roman-monstre