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Le voyage pittoresque et historique de l’Istrie et de la Dalmatie de Joseph Lavallée : l’enchâssement textuel tardif (1802) des dessins de Louis François Cassas réalisés en 1782
L\u27œuvre de Louis François Cassas (1756-1827) voyageur peintre et dessinateur retient de plus en plus l\u27attention des historiens d\u27art et des pratiques culturelles. Nous tenterons tout d\u27abord de comprendre comment les soixante-neuf dessins réalisés en 1782 lors du voyage de Cassas en Istrie et en Dalmatie s\u27inscrivent dans une dynamique originale d\u27extension et de redéfinition du Grand Tour. Ce n\u27est pourtant que vingt années plus tard et à Paris (1802, dans la France du Consulat) que ces dessins seront publiés, enchâssés dans le livre de Joseph Lavallée. Nous tenterons de comprendre comment le récit-commentaire de Joseph Lavallée s\u27articule sur les gravures de Cassas et nous interrogerons plus précisément les écarts et décalages constitutifs d\u27un transfert culturel à bien des égards paradoxal : du voyage de l\u27artiste français disposant de multiples protections et de la commande de l\u27Autriche de Joseph II à l\u27accompagnement "littéraire" et à la publication dans la France révolutionnée
Peinture des mœurs dans les Lettres chinoises du marquis d’Argens
L’exotisme chinois tel que conçu à l’époque des Lumières est étudié, souvent en tant que partie de l’exotisme oriental, depuis le début du XXe siècle (citons entre autres L’Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle de Pierre Martino, L’Orient romanesque en France (1704-1789) de Marie-Louise Dufrenoy). Malgré de nombreuses recherches déjà faites, la Chine abordé du point de vue de sa présence dans les romans des Lumières n’a pas été scruté dans ses enjeux à la fois philosophique et esthétiques. Pour saisir la spécificité de l’engouement pour ce pays, nous proposons d’examiner les Lettres chinoises du marquis d’Argens, une des nombreuses œuvres de l’époque qui s’inspirent du roman épistolaire polyphonique des Lettres persanes (1721) de Montesquieu. Dans le roman du marquis d’Argens, la Chine ne constitue pas toujours un exemple positif. Les divers aspects de la réalité chinoise et occidentale sont utilisés dans des comparaisons et des analogies qui révèlent la faiblesse universelle de l’être humain: la cupidité, la vanité, l’intolérance et l’hypocrisie, etc.. En donnant la parole aux personnages chinois, l’auteur invite le lecteur à participer à la réflexion et à la critique de la situation en France par le biais d’un miroir qui lui tend l’Autre. La forme épistolaire polyphonique empêche de tirer des conclusions trop rapides et univoques. Cependant, par ces comparaisons systématiques, d’Argens formule les critères universels d’un pays bien géré et d’une condition humaine bien vécue
La représentation de l’Asie dans le Théâtre de la Foire au XVIIIe siècle : ou comment « dérègler » les principes classiques par la mise en place de l’univers exotique
L’espace théâtral du XVIIIe siècle est marqué par la division entre les théâtres « privilégiés » (Comédie-Française, Comédie-Italienne et Opéra) d’un côté et le Théâtre de la Foire de l’autre. Parmi toutes les foires parisiennes à l’époque des Lumières, les deux foires les plus fructueuses au niveau de la création théâtrale sont : la Foire Saint-Laurent et la Foire Saint-Germain. Après sa rupture avec la Comédie-Française, le grand maître de la Foire Alain-René Lesage (1668 – 1747) crée majoritairement pour les foires mentionnées ci-dessus. A l’opposé de la tragédie, où l’action se déroule impérativement en Grèce ou en Rome antiques, Lesage place entre autres l’action de ses pièces dans les pays « exotiques ». Dans cette étude, on se penchera surtout sur les pièces (pièce à écriteaux ou opéra-comique) de Lesage, dont l’action se déroule en Asie : Arlequin, roi de Serendib (1713), Arlequin, Mahomet (1714) et La Princesse de la Chine (1729)
Joseph-Marie Vien (1716-1809) et ses nobles Chinois
Dans « Jean-Marie Vien et ses nobles Chinois », Anthony Wall examine les chinoiseries de François Boucher et Joseph-Marie Vien. Si ces deux artistes s’intéressent aux nobles asiatiques leur approche est résolument différente, le premier conforme aux stéréotypes de l’époque, le deuxième proposant une altérite plus radicale et perturbatrice
Monstre et monstrueux dans l’oeuvre de Georges Darien. Représentation et symbolique d’une chair meurtrie
Face aux figures de l’hydre institutionnelle (famille, armée, école, Église), le monstre apparaît dans l’œuvre de Georges Darien (1862-1921) comme un moyen de représenter le combat engagé contre une société inégalitaire et injuste. En jouant sur les critères définitoires du mot, le romancier et pamphlétaire invite le lecteur à une démarche de type herméneutique qui consiste à déchiffrer monstres et monstrueux comme les “miroirs” d’une société devenue elle-même celle qui engendre l’effroyable. L’auteur joue à la fois sur la “norme” de modèles identifiables par tous et l’“écart” au travers d’un certain nombre de figures suffisamment suggestives pour permettre l’interprétation de chacun. Entre l’apparent et le caché, Darien construit un entre-deux que la voix narrative invite à dépasser afin de voir apparaître la contestation de l’inhumaine comédie “fin de siècle”. Dans cette entreprise de “sape” des autorités coercitives, l’écrivain choisit d’abord de faire corps avec le monstre pour proposer à ses contemporains un romanesque “étrange”, à bien des égards. Le positionnement en “marge” des modèles littéraires et idéologiques s’accompagne d’un héroïsme où le monstre se revêt, tel un habit emblématique des luttes engagées. Toutefois, à cette singularité, Darien oppose une série de monstres dont la dysmorphie symbolique s’accorde, en partie, avec l’inconscient collectif qu’ils véhiculent (Hydre, Sphinx, Minotaure, Ogre). Néanmoins, la lisibilité apparente de ces références laisse aussi parfois place à l’indicible, moyen d’exprimer les interdits en vigueur. Le monstre (Centaure) et l’expression lexicale du monstrueux acquièrent une dimension davantage sociologique en dépassant la fiction pour questionner le désir et les tabous sexuels. Ces derniers, Darien s’en affranchit partiellement à travers une stylistique “monstrueuse” constamment dans l’inflation d’un imaginaire où le portrait de personnage met à jour une sombre idéologie. La considération anatomique expose une chair meurtrie et dénaturée où le discours dit paradoxalement l’ineffable. Dès lors, le monstre apparaît, dans ses aspects protéiformes, comme l’actualisation de ses traits caractéristiques principaux : monstration ; avertissement ; jeu sur la forme et le difforme ; enfin, translation de l’idée de démesure dans une rhétorique de la surenchèr
Monstruosités et esthétiques du chaos dans les dramaturgies contemporaines africaines
Cet article s’intéresse à la mise en relation entre l’analyse des mises en écriture du monstre et de la monstruosité et la problématique identitaire dans les dramaturgies contemporaines de la diaspora africaine. Une nouvelle génération de dramaturges africains soucieuse d’affirmer une identité fragmentée libérée de toutes formes de carcans développe des esthétiques du chaos qui dévoilent la monstruosité au sein de l’écriture