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Pétitions collectives et le développement de la sphére publique au Québec, 1764-1791.
Ce mémoire porte sur la contribution des pétitions collectives au développement de la sphère publique québécoise de la seconde moitié du XVIIIe siècle. À cette fin, plusieurs notions ont été mises en relation : le public, la sphère publique, l’opinion publique, les espaces de sociabilité. La présente étude est basée sur une analyse détaillée de quelque 278 pétitions collectives depuis la mise en place du gouvernement civil en 1764 jusqu’à la création du système parlementaire en 1791. En l’absence d’institutions représentatives traditionnelles, la pratique de pétitionner collectivement aux autorités coloniales est devenue un outil essentiel pour influencer les décisions politiques et administratives. Pratique de longue date en Angleterre, mais rare en Nouvelle-France, les pétitions collectives ont permis la participation d'un large groupe de la population de la colonie dans la sphère publique coloniale : les anciens et les nouveaux sujets, les hommes et les femmes, les élites et les gens ordinaires.This thesis examines the contribution of collective petitions to the development of Quebec's public sphere in the second half of the eighteenth century. It examines these using the concepts of public, public sphere, public opinion, and spaces of sociability. The study is based on a detailed analysis of some 278 collective petitions from the establishment of civil government in 1764 until the creation of the parliamentary system in 1791. In the absence of traditional representative institutions, collective petitioning to colonial authorities became an essential tool for influencing political and administrative decisions. A long-standing practice in England but rare in New France, collective petitioning allowed for the participation of a broad swathe of the colony's population in the colonial public sphere: old and new subjects, men and women, elites and ordinary people
"Don't do that Jos!" : les homicides à Québec entre 1880 et 1930
Entre 1880 et 1930, la ville de Québec est considérée comme un endroit paisible avec très peu de violence. Cette croyance découle en grande partie de la situation socio-économique qu'on y retrouve à l'époque. La réalité est pourtant bien différente, particulièrement lorsque l'on se penche sur la question des homicides. Québec enregistre des taux d'homicides tout à fait similaires à ceux de grandes villes européennes comme Londres ou Liverpool. Les homicides répertoriés à Québec, comme partout ailleurs, impliquent majoritairement des hommes dans la force de l'âge, et prolétaires. Cependant, une particularité des homicides à Québec est que ceux-ci sont commis majoritairement par des résidents canadiens-français, et non des étrangers. Les crimes perpétrés sont caractérisés par l'utilisation des armes à feu, particulièrement des revolvers. Finalement, on assiste à ce que l'on pourrait appeler une "privatisation" de la violence alors que les homicides se déroulent de plus en plus à l'intérieur de la demeure familiale
La mixité culturelle au sein des élites québécoises au XIXe siècle : l'exemple de la famille Marchand, 1791-1900
Ce mémoire met en lumière la mixité culturelle au sein des élites québécoises entre 1791 et 1900 en se penchant sur une de ses dimensions les plus intimes : la famille. En nous penchant sur l’exemple de la famille de l’ancien premier ministre Félix-Gabriel Marchand, nous montrons que ces couples s’inscrivent dans les mêmes stratégies de reproduction sociale que les élites endogames. Toutefois, la mixité les amène à revoir les structures familiales et à adopter une culture mixte qui n’est pas très éloignée de chacun des deux milieux. En effet, les élites partagent une culture commune tout en ayant leurs particularités à cette époque. En nous appuyant essentiellement sur la correspondance de cette famille et, dans une moindre mesure, sur le journal intime de Joséphine Marchand, nous montrons également que les enfants nés de ces unions adoptent rapidement la culture d’un des deux parents – dans ce cas-ci, celle du père. Cependant, cela ne les empêche pas de conserver une plus grande ouverture au groupe ethnolinguistique duquel est issu leur second parent et de s’imposer comme un pont entre ces deux communautés
Les témoins et la justice militaire pendant les Rébellions au Bas-Canada, 1837-1839
Ce mémoire analyse les Rébellions de 1837-1838 sous les angles sociopolitique et juridique. Nous nous intéressons plus particulièrement à la cour martiale de 1838. Cette institution a été créée dans le contexte du prolongement de la loi martiale utilisée pour réprimer la rébellion de 1838 et stabiliser la société bas-canadienne. Les procès de la cour martiale générale de Montréal rassemblent de nombreux civils venus témoigner pour ou contre les patriotes accusés de haute trahison envers la Couronne. Ces témoins constituent notre principal objet d'études. D'autres colonies britanniques telles que le Haut-Canada, l'Irlande et la Jamaïque ont vécu des rébellions civiles réprimées sous le couvert de la loi martiale et de ses procès envers les rebelles. Nous dressons d'abord un portrait de ces rébellions et leur répression afin de replacer l'exemple bas-canadien dans un contexte plus large. Nous effectuons ensuite une analyse prosopographique des témoins de la Couronne et de la défense afin de dresser leurs profils types. Enfin nous étudions les témoignages, les dépositions et les examens volontaires dans le but de dégager les principales stratégies judiciaires utilisées pour défendre ou incriminer un patriote accusé de haute trahison. Lors de la rébellion de 1837, les rebelles ont été jugés en cour criminelle ordinaire via divers procès pour meurtre, dont celui de l'informateur Joseph Armand dit Chartrand. Afin de mieux comprendre la transition de système judiciaire pour le traitement des témoins et des rebelles au Bas-Canada, nous comparons les données et les sources de ce procès avec deux procès de la cour martiale de 1838 : l'un des 4 procès des patriotes du camp de Napierville et celui des patriotes de Châteauguay.This thesis analyzes the Rebellions of 1837-1838 in the judiciary and sociopolitical angles. We especially focus on the 1838 court martial. This institution was created in the context of the extension of martial law which was used to repress the Rebellion of 1838 and stabilize lower-canadian society. The trials of the General Court Martial of Montreal call many civilians who came to testify for or against patriots accused of high treason against the Crown. These witnesses are our focus for this study. Other British colonies such as Upper Canada, Ireland and Jamaica had civil rebellions repressed in the cover of martial law and its trials against rebels. We first draw a picture of these rebellions and their repression to replace them in a larger context. We then perform a prosopographical analysis of the Crown and defense witnesses to draw their typical profile. Finally, we study the testimonies, depositions and voluntary reviews to identify the main strategies to defend or incriminate a patriot accused of high treason. During the Rebellion of 1837, rebels have been tried in criminal court during various murder trials such as the one for the murder of informant Joseph Armand dit Chartrand. To have a better understanding of the transition between judicial systems for the treatment of witnesses and rebels in Lower Canada, we compare the statistics and sources of this criminal trial with two trials of the 1838 court martial: one of the 4 trials of the Napierville camp patriots and the trial of the Châteauguay patriots
La perception des marginaux par les bourgeois de Québec au XIXe siècle: L'exemple des journaux, 1840-1880
Ce mémoire porte sur la perception qu’ont les bourgeois de Québec des marginaux au cœur du XIXe siècle (1840-1880). Les cinq journaux avec le plus grand tirage, soit Le Canadien, le Journal de Québec, le Quebec Mercury, le Morning Chronicle et la Quebec Gazette, furent notre lentille grossissante pour atteindre cette perception. Ce mémoire se penche sur les différents éléments qui structurent le discours que l'on trouve dans ces journaux, dont le rang social, le sexe, l’âge ainsi que la race. Chacun d’eux fut analysé à travers trois formes de discours bourgeois que les historiens de la marginalité ont identifiées, afin de mieux en comprendre la portée, c’est-à-dire les discours religieux et philanthropique, le discours réformateur et le discours du contrôle ou de la régulation social. Il en ressort que la pauvreté est un facteur majeur de marginalisation, que les femmes et les enfants ont parfois droit à des traitements particuliers et que les étrangers et gens de race ou religion différentes sont les marginaux les plus ostracisés.This thesis studies Quebec bourgeois’ view of the marginal elements of society between 1840 and 1880. The main sources for the study are Quebec City's five most important newspapers for the period under consideration: the Morning Chronicle, the Quebec Mercury, the Quebec Gazette, the Journal de Québec and Le Canadien. The thesis explores various elements that structured the bourgeois view, such as social classes, age, gender and race. To reach a better understanding, each element was analyzed by examining three forms of bourgeois discourse identified by historians of marginality: the religious and philanthropic discourse, the reforming discourse and the social control or social regulation discourse. Overall, the thesis demonstrates that poverty was the major consideration in the marginalization of many people, that women and children were often treated differently and that strangers and people of different races and religions were those who most experienced the ostracism of being on the margins of society
« Une lamentable tragédie » : la représentation des homicides québécois dans la presse francophone et anglophone au Québec entre 1885 et 1915
Dans les sociétés occidentales du tournant du XXe siècle, le niveau de violence tend à diminuer. Pourtant, cette période est considérée par beaucoup de chercheurs comme étant un âge d'or pour les récits d'homicide. Pendant longtemps, ceux-ci sont davantage relégués dans des publications spécifiques. Cette période coïncidant avec l'avènement d'une presse grand public et peu coûteuse, dont l'objectif est avant tout le profit, les journaux sont désormais largement accessibles. Le crime fascine et fait vendre, particulièrement les assassinats dont la presse de l'époque n'hésite pas à en faire l'étalage dans ses colonnes. Ce mémoire a pour but de démontrer que le Québec, entre 1885 et 1915, n'échappe pas à une tendance déjà bien implantée depuis quelques décennies ailleurs en Occident. Ainsi, la presse québécoise francophone et anglophone de l'époque a emprunté le style de représentation de ses confrères européens et américains, décrivant avec détail un acte d'homicide et le processus judiciaire qui s'ensuivait. Notre objectif est de faire la démonstration qu'au moment où un meurtre est commis en territoire québécois, la population, par le biais de la presse, est en mesure de connaître les principaux détails sur les circonstances et les éléments entourant ce crime, mais également sur tout le déroulement du processus judiciaire fidèlement reproduit tel un feuilleton, une pièce de théâtre. Ces articles ne sont peut-être pas nécessairement toujours fidèles à la réalité puisqu'ils sont teintés par la perception des journalistes. De plus, ils sont avant tout rédigés dans un souci de plaire et pour susciter la curiosité de leur lectorat. Par contre, bien que la représentation des homicides dans la presse francophone et anglophone est tout sauf neutre, la lecture de ces articles permet de rendre compte des diverses réactions de la société québécoise à l'égard de ces actes violents, le tout étant fortement influencé par les codes sociaux et les valeurs de cette époque.Levels of violence tended to decrease in Western societies at the turn of the 20th century. At the same time, the period is considered by many researchers to have been the golden age of homicide reporting, which for a long time had been relegated to specialized publications. The period coincided with the advent of popular, inexpensive newspapers, whose objective was above all profit, and which became widely accessible. Crime fascinated and sold, especially murders, which the press of the time did not hesitate to cover in its columns. This thesis aims to demonstrate that Quebec, between 1885 and 1915, participated fully in this trend, which had already been well-established elsewhere in the West for several decades. Thus, the francophone and anglophone Quebec press of the time borrowed the styles of representation from its European and American analogues, describing in great detail both homicides themselves and the legal procedures that followed. When a murder was committed in Quebec, the population, through the press, had access not only to the main details of the circumstances surrounding the crime, but also the entire course of the judicial process, faithfully reproduced like a soap opera or a play. The newspaper accounts were however not necessarily true to reality, since they were shaped by the perception of the journalists. In addition, the accounts were above all written with a view to pleasing the newspapers' readership and arousing their curiosity. Though the representation of homicides in the francophone and anglophone press was thus anything but neutral, reading these articles makes it possible to measure the interest of Quebec society with regard to such violent acts, as well as its responses, all of which was strongly influenced by the social codes and values of the time
Aux sources du parlementarisme dans la Province de Québec, 1764-1791
Cette thèse démontre que les fondements du parlementarisme québécois précèdent l’Acte constitutionnel de 1791; que les membres du Conseil de Québec (1764-1775) et ceux du Conseil législatif de la Province de Québec (1775-1791) adoptent les usages et les traditions parlementaires britanniques pour légiférer; qu’une législature peut être constituée uniquement de non-élus; bref que, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le parlementarisme dans la Province de Québec se définit autrement que le parlementarisme en Grande-Bretagne ou dans les autres colonies royales britanniques nord-américaines. Une analyse des procès-verbaux des corps législatifs de la Province de Québec permet de retracer les origines des coutumes parlementaires québécoises. En comparant le Conseil de Québec et le Conseil législatif avec le Parlement de Westminster, le Parlement du Bas-Canada et les parlements de certaines colonies royales britanniques nord-américaines, nous sommes à même de constater qu’il y eut, de 1764 à 1791, un parlementarisme rudimentaire, mais un parlementarisme tout de même dans sa forme, ses usages et ses traditions.This thesis demonstrates that the foundations of Quebec parliamentarism precede the Constitutional Act of 1791; that the members of the Quebec Council (1764-1775) and those of the Legislative Council of the Province of Quebec (1775-1791) adopt British parliamentary usages and traditions for the purpose of legislating; that a legislature can consist solely of non-elected members; in short, in the second half of the eighteenth century, parliamentarism in the Province of Quebec was defined differently than parliamentarism in Great Britain or other British North American colonies. An analysis of the minutes of the legislative bodies of the Province of Quebec traces the origins of Quebec parliamentary customs. By comparing the Quebec Council and the Legislative Council with the Parliament of Westminster, the Parliament of Lower Canada and the parliaments of certain British North American colonies, we are able to observe that there was, from 1764 to 1791, an rudimentary parliamentarism, but a parliamentarism all the same in its form, its uses and its traditions
A very public presence : the British Army Garrison in the Town of Quebec, 1759,1838
De 1759 à 1838 (et jusqu'en 1871), un nombre important de soldats britanniques, membres de la garnison de Québec, habitent dans la ville de Québec. Ces soldats issus de circonstances sociales et de rangs différents dans la hiérarchie militaire sont des représentants d'une vaste réalité impériale dont la ville de Québec constitue un élément important. Ces soldats ont une présence publique importante dans la ville qui se manifeste sous diverses formes. Bien que, traditionnellement, l'historiographie se soit surtout penchée sur le rôle militaire de l'Armée britannique au Québec/Bas-Canada, comme, par exemple, les campagnes militaires menées contre la ville en 1759 ou en 1775-1776, il y a d'autres aspects marquants de cette présence de la garnison et de l'interaction civile-militaire à Québec qui n'ont pas fait l'objet d'un examen détaillé et qui sont importants afin de mieux comprendre cette époque de l'histoire urbaine et de la société de Québec. La présente thèse examine les principaux points d'intersection entre les soldats et les civils dans la ville de Québec pendant la période s'échelonnant de 1759 à 1838. Par une évaluation de plusieurs aspects majeurs de l'interaction formelle et informelle entre les militaires et les civils, la thèse démontre que, durant cette période, la garnison de l'armée britannique à Québec était une présence très publique, visible et dynamique dans la ville et que, contrairement à ce que l'on aurait pu présumer, il existait un degré important d'interactions entre les populations civiles et militaires qui se manifestaient sous diverses formes. La thèse fera aussi valoir que, en dehors de leurs fonctions militaires habituelles, les soldats de la garnison de Québec jouaient plusieurs rôles allant de « porte-étendards culturels » et de participants au maintien de l'ordre à des instigateurs de troubles urbains. Chacun de ces rôles a eu un impact sur la ville et ses habitants et a servi à intégrer les soldats de la garnison au sein de la communauté urbaine en général.From 1759 to 1838 (and ultimately until 1871), the town of Québec was home to significant numbers of British soldiers who made up the Québec garrison. These soldiers, who were the product of different social circumstances and places in the military hierarchy, were the representatives of a larger imperial reality of which the town of Québec was an important component and had a significant public presence in the town which took a variety of forms. While there has been a traditional historiographical emphasis on the military role of the British army in Quebec/Lower Canada, and for example, the military campaigns waged against the town, there were other significant aspects of this garrison presence and of civilian-military interaction in Québec which have not been the subject of a detailed examination, and which are important in order to better understand Quebec's early urban history and society. The present thesis examines the major points of intersection between soldiers and civilians in the town of Québec in the period extending from 1759-1838. Through an evaluation of a number of major themes, the thesis demonstrates that during this period, the British army garrison in Québec was a very public, visible and dynamic presence in the town, and that contrary to what might be assumed, there was a significant degree of interaction between the civilian and military populations which took a variety of forms. The thesis will also argue that outside of their normal military functions, soldiers in garrison in Québec played a number of roles ranging from that of serving as 'cultural standard bearers' and as participants in the maintenance of urban order to catalysts for urban disorder. Each of these roles had an impact on the town and its inhabitants and made the soldiers of the garrison an integral part of the larger urban community
Les hommes face aux maisons de débauche : discours, acteurs et géographie de la prostitution à Québec durant l'entre-deux-guerres
Durant la première moitié du XXe siècle, les membres des élites québécoises et canadiennes – des hommes pour la plupart - expriment leurs inquiétudes face à la prostitution urbaine. Ce problème existe depuis longtemps, mais considéré à l’intérieur du nouveau paysage urbain moderne, il prend une importance ainsi qu’un sens nouveau. Politiciens, médecins et réformateurs développent un discours dans lequel les femmes deviennent les seules et uniques responsables de ce que certains d’entre eux considèrent être l’un des pires fléaux de leur temps. À l’inverse, la responsabilité des hommes n’est que rarement soulignée dans ce discours. Ces élites s’entendent sur la nécessité de préserver la santé physique et morale de la société, mais c’est en ce qui a trait au modus operandi que le consensus parait moins clair. Certains d’entre eux vont mettre de l’avant une approche qui vise à contrôler la prostitution tandis que d’autres militeront pour la suppression totale de ce vice. Mais peu importe l’approche souhaitée, est-ce que le discours qui se construit autour de la répression de la prostitution au Québec à cette époque s'accompagne dans les faits d'actions concrètes pour contrer l'existence des bordels ? Notre analyse révèle que les rapports de classe et de genre sur lesquels est construit ce discours ne se reflètent qu’en partie dans la répression des acteurs et des établissements liés au milieu prostitutionnel de la ville de Québec durant l’entre-deux-guerres. D’un côté, les magistrats semblent faire preuve d’une certaine clémence à l’égard des clients. De plus, la grande majorité des maisons de débauche sont situées en Basse-ville, surtout dans le quartier Saint-Roch. D’un autre côté, force est d'admettre que les hommes sont loin d'être épargnés par la répression policière. Ils sont clients de la prostitution, mais agissent aussi en tant que proxénète et/ou tenancier
The boundaries of charity : the impact of ethnic relations on private charitable services for Quebec city's English-speakers, 1759-1900
Cette thèse porte sur les organismes privés de bienfaisance s’adressant aux anglophones de Québec entre 1759 et 1900. L’étude offre un portrait des différents organismes, des besoins auxquels ceux-ci répondent et des lacunes dans le réseau d’assistance. Au cours de la période étudiée, le rôle des organismes privés d’assistance s’accroît, alors que celui de l’État décroît. La compassion envers les pauvres augmente, engendrant de nouvelles organisations charitables pour les populations les plus marginalisées. En dépit de ce fait, la prison sert souvent de refuge pour compenser les failles dans le réseau. Cette thèse montre plus précisément comment les relations interethniques façonnent le réseau d’assistance aux pauvres. Tout au long du demi-siècle suivant la Conquête, dans la ville de Québec, les autorités britanniques en poste soutiennent l’infrastructure charitable catholique établie lors du régime français, fait inusité dans l’Empire britannique. Après 1815, époque marquée par une forte immigration de Grande Bretagne et d’Irlande, de nouvelles associations bénévoles laïques voient le jour. La coopération entre élites de différents groupes ethnoreligieux existe dans plusieurs associations. Les divisions ethniques s’intensifient toutefois entre 1835 et 1855, un changement engendré par une convergence de facteurs, dont la défaite du républicanisme patriote, un accroissement de la pratique religieuse, la mise en place d’écoles confessionnelles et l’émergence d’un nationalisme irlando-catholique plus robuste à la suite de la grande famine. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le paysage de l’assistance se divise clairement entre trois réseaux parallèles : un pour les catholiques francophones, un pour les irlando-catholiques anglophones et un pour les protestants anglophones. Le Saint Bridget’s Asylum et le Ladies’ Protestant Home, fondés dans les années 1850, constituent des points d’ancrage forts pour ces réseaux. Les rares tentatives de remise en question des frontières ethniques se soldent par des tensions accrues et même de la violence. Malgré ces divisions, il existe un respect mutuel pour ces frontières dans les trois communautés de la ville, ce qui est inhabituel dans la plupart des villes nord-américaines.This thesis examines the private charitable sector for English-speakers in Quebec City from 1759 to 1900. It provides an overview of poor relief associations, the needs they addressed, and the gaps that remained. The role of private charities increased over the period studied, and that of the state decreased. Compassion toward the poor also increased, leading to new types of charitable organizations for the underclass. Despite this, the prison system served as a refuge to fill gaps in the private charitable sector. More specifically, this study demonstrates how changes in ethno-religious relations shaped the charity network. In the first half century after the Conquest of Quebec, British authorities supported the Catholic charitable infrastructure established during the French regime, which was unusual within the British Empire. After 1815, as immigration from Britain and Ireland increased, lay private voluntary associations emerged, including many that involved elite cooperation across religious and linguistic lines. Instances of cooperation decreased from 1835 to 1855 due to rising ethnic boundaries caused by the defeat of Patriote republicanism, an increase in religious practice, the establishment of separate confessional schools, and a new type of Irish-Catholic nationalism following the Great Famine. In the latter half of the nineteenth century, the private charitable sector became sharply divided into three parallel networks with hardly any overlap: one for Francophone Catholics, one for English-speaking Irish Catholics, and one for English-speaking Protestants. Two core institutions founded in the 1850s, Saint Bridget’s Asylum and the Ladies’ Protestant Home, cemented the divide. Rare attempts to challenge these boundaries resulted in tension and even violence. Despite these divisions, there was a greater mutual respect of established boundaries among communities than in most North American cities
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