Actes sémiotiques (E-Journal)
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    De la démesure à la commensuration : une sémiotique de l’énergie mesurée

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    Cet article analyse la mesure de l’énergie à partir d’un paradoxe central: omniprésente dans les pratiques sociales, l’énergie demeure largement invisible à l’expérience sensible tout en faisant l’objet d’une quantification intensive. L’énergie est simultanément produite comme puissance démesurée, héritière des figures du divin, du cornucopianisme et de l’efficacité magique, et comme grandeur abstraite rendue opératoire par la mesure scientifique. La mesure ne dissipe pas l’incommensurable: elle le reconfigure en formes chiffrées et normées, tout en sélectionnant ce qui devient visible. L’argumentation se déploie en trois temps: l’analyse des imaginaires de la démesure énergétique; la genèse scientifique du concept d’énergie, de la force à la relativité; l’étude des effets normatifs de la mesure à travers des discours publicitaires et institutionnels (France, 1970-1982). L’article montre que la commensuration de l’énergie constitue un opérateur de visibilité et de régulation des usages, au cœur des transformations contemporaines des rapports à l’énergie.This article examines the measurement of energy through a central paradox: although energy is omnipresent in social practices, it remains largely invisible to sensory experience while being subject to intensive quantification. Energy is simultaneously produced as an excessive power, heir to figures of the divine, cornucopianism, and magical efficiency, and as an abstract quantity rendered operational through scientific measurement. Measurement does not eliminate incommensurability; rather, it reconfigures it into numerical and normative forms, while selectively determining what becomes visible. The argument unfolds in three stages: an analysis of imaginaries of energetic excess; a reconstruction of the scientific genesis of the concept of energy, from force to relativity; an examination of the normative effects of measurement through advertising and institutional discourses (France, 1970-1982). The article shows that the commensuration of energy functions as an operator of visibility and regulation of uses, at the core of contemporary transformations in energy relations

    L’« architectonique musicale »

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    Balancer l’échelle : idéologies sémiotiques de la mesure1

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    La balance, d’instrument de mesure, devient dans cet essai le paradigme sémiotique du jugement et de la vérité. Depuis la psychostasie égyptienne jusqu’à la justice aveugle moderne, elle incarne la tension entre visible et invisible, poids et valeur, corps et esprit. Chaque culture redistribue les fonctions de juger, mesurer, croire : en Égypte, le fléau traduit la bureaucratie du sacré ; en Grèce, il objective le destin ; à Rome, il s’abstrait en signe monétaire ; à Jérusalem, il devient instrument sotériologique. Dans la modernité, la balance s’autonomise comme machine d’impartialité, effaçant le juge derrière le dispositif. La sémiotique révèle pourtant la persistance du croire dans la mesure : toute balance, même numérique, dissimule un énonciateur, un pouvoir du sens. La justice, dès lors, n’est pas un mécanisme neutre, mais un récit métrologique : le monde ne se pèse pas pour être compris, il se mesure pour être cru.The scales, from a measuring instrument, become in this essay the semiotic paradigm of judgment and truth. From the Egyptian psychostasy to modern blind justice, they embody the tension between visible and invisible, weight and value, body and spirit. Each culture redistributes the functions of judging, measuring, and believing: in Egypt, the scales express the bureaucracy of the sacred; in Greece, they objectify fate; in Rome, they are abstracted into a monetary sign; in Jerusalem, they become a soteriological instrument. In modernity, the scales gain autonomy as a machine of impartiality, erasing the judge behind the device. Semiotics, however, reveals the persistence of belief within measurement: all scales, even digital, conceal an enunciator, a power of meaning. Justice, therefore, is not a neutral mechanism but a metrological narrative: the world is not weighed to be understood; it is measured to be believed

    Communiquer sur la transition climatique : notes sémiotiques et critiques sur un projet vidéo dédié aux « bibliothèques d’objets »

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    Cet article propose une analyse réflexive et critique sur une recherche appliquée visant la conception d’outils de communication pro-climat, centrée sur la production d’une vidéo dédiée aux « bibliothèques d’objets ». L’étude articule quatre volets complémentaires : (1) une analyse des conditions de production et des discours d’intention (finalités, publics visés, cadrages) ; (2) une lecture sémiotique à orientation structurale de la vidéo en tant que texte ; (3) une évaluation de la réception par des publics réels, via questionnaires et discussions de groupe ; (4) une relecture critique de l’ensemble du projet, pour éclairer les potentialités et les limites d’une communication pro-climat qui poursuit une forme de syncrétisme axiologique.This article offers a reflective and critical analysis of applied research aimed at designing pro-climate communication tools, focusing on the production of a video dedicated to ‘object libraries’. The study articulates four complementary components: (1) an analysis of the conditions of production and the discourse of intention (purposes, target audiences, framing); (2) a structural semiotic reading of the video as a text; (3) an evaluation of its reception by real audiences, via questionnaires and group discussions; (4) a critical re-reading of the entire project, to shed light on the potential and limitations of pro-climate communication that pursues a form of axiological syncretism

    Proximité, distance, qualité de lecture

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    Le projet de « lecture distante » (Moretti 2013), par opposition au processus établi de « lecture attentive », a été lancé parallèlement aux humanités numériques et aux possibilités ouvertes par l’analyse des mégadonnées et d’autres méthodes computationnelles. Cependant, Moretti (2000) avait déjà exposé les possibilités de la lecture distante dans un récapitulatif de la méthode de l’école des Annales. On peut soutenir que ces méthodes informatiques ont une histoire encore plus longue (Igarashi 2015). Ce qui marque l’opposition entre la lecture attentive et la lecture distante est souvent considéré comme une question d’échelle, avec parfois pour corollaire que la lecture distante entraîne un manque d’attention et une perte de concentration (éditeurs de SubStance 2009). On examine ici la critique de la lecture distante par opposition à la lecture attentive. On considère de manière critique l’idée selon laquelle l’échelle de lecture équivaut à la qualité, cette dernière étant entendue comme une interprétation plus nuancée sur le plan affectif et mettant l’accent sur le travail du lecteur pour négocier les différences entre « les déterminants extrinsèques et intrinsèques de l’échelle littéraire » (Orlemanski 2014 2 : 30). On soutient également l’idée que la question de l’échelle est plus complexe que ne le laisse supposer la dichotomie apparente entre les méthodes quantitatives et qualitatives (Eve 2019). On cherche à démontrer comment les nouveaux débats sur la nature même de la lecture (Trasmundi et Cobley 2021 ; Engberg et al 2023) remettent en question et renforcent les promesses de l’intelligence artificielle en matière d’échelle.The project of ‘distant reading’ (Moretti 2013), as opposed to the established process of ‘close reading’, was inaugurated parallel with both digital humanities and the possibilities opened by Big Data analysis and other computational methods. Already, however, Moretti (2000) had set out the possibilities of distant reading in a recapitulation of Annales School method. Arguably, such computational methods have a longer history still (Igarashi 2015). What marks the opposition of close and distant reading is often assumed to be the issue of scale, sometimes with the corollary that distant reading entails a lack of attention and a loss of focus (Editors of SubStance 2009). This paper will examine the criticism of distant reading in opposition to close reading. It will critically consider the idea that scale in reading is equivalent to quality, the latter in the sense of a more affectively nuanced interpretation and with its emphasis on the reader’s work in negotiating differences of “extrinsic and intrinsic determinants of literary scale” (Orlemanski 2014 : 230). The paper will also argue that the matter of scale is more complicated than the apparent dichotomy of quantitative vs. qualitative methods would seem to imply (Eve 2019). It will seek to demonstrate the ways in which new debates about the character of reading itself (Trasmundi and Cobley 2021; Engberg et al 2023), challenge and augment the scale-related promises of Artificial Intelligence

    Incommensurabilité et langage poétique selon Julia Kristeva : l’échelle défiée

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    L’objectif de cet article est d’explorer la question de l’incommensurabilité dans le langage poétique à partir des réflexions de Julia Kristeva (Kristeva 1969 et Kristeva 1974), pour en conclure que le langage poétique n’est pas « scalable », et fait donc partie des phénomènes relevant de l’ordre de l’incommensurable. À travers l’analyse des notions de sémiotique et de symbolique, ainsi que de la distinction entre génotexte et phénotexte, on tente de mettre en évidence la nature du parcours scalaire que Kristeva envisage dans le processus de formation du sens, où le signifiant se déploie progressivement à travers différents niveaux de matérialité et de structuration symbolique. La poésie, notamment dans l’œuvre de Mallarmé, se présente comme un espace liminaire où le langage exhibe sa matérialité, son enracinement corporel, son ouverture à ce qui excède sa fonction communicative, mais pour Kristeva c’est un espace radicalement autre, qui déstabilise même le sujet tel qu’elle le conçoit. C’est dans cet espace « non-scalable », où le sens n’est jamais complètement donné mais tend à l’infini, que le sujet cesse d’exister et qu’aucune échelle ne peut en rendre compte.The aim of this article is to explore the question of incommensurability in poetic language based on the reflections of Julia Kristeva (Kristeva 1969 and Kristeva 1974), with the conclusion that poetic language is not scalable and therefore belongs to those phenomena that fall within the realm of the incommensurable. Through the analysis of the notions of the semiotic and the symbolic, as well as the distinction between genotext and phenotext, the article seeks to highlight the nature of the scalar trajectory that Kristeva envisions in the process of meaning formation, where the signifier unfolds progressively across different levels of materiality and symbolic structuring. Poetry, particularly in the work of Mallarmé, presents itself as a liminal space in which language exhibits its materiality, its bodily grounding, and its openness to that which exceeds its communicative function; yet for Kristeva, the space of poetry is a radically other space, one that destabilizes even the subject as she conceives it. It is in this non-scalable space, where meaning is never fully given but tends toward infinity, that the subject ceases to exist and no scale can account for it

    Mesurer l’expérience subjective : de la recherche de la précision au problème de la suggestivité du discours mesurant

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    Cette contribution explore des questions autour des échelles d’évaluation, qu’elles soient visuelles ou orales. Après avoir défini une base épistémologique à une conception sémiotique de la mesure de l’expérience subjective et de l’échelle d’évaluation, l’article se divise en deux parties. La première consiste en l’établissement d’une méthode d’évaluation de la précision textuelle optimale des échelles d’évaluation, tandis que la seconde établit l’existence d’un phénomène discursif qui précède le souci de précision de l’échelle: un « paradoxe de l’énonciateur », qui tend à complexifier toute tentative de mesure du vécu subjectif du destinataire d’une échelle évaluative.This contribution explores issues related to evaluation scales, whether visual or verbal. After establishing an epistemological basis for a semiotic conception of the measurement of subjective experience and of evaluation scales, the article is divided into two parts. The first develops a method for assessing the optimal textual precision of evaluation scales, while the second demonstrates the existence of a discursive phenomenon that precedes the concern for precision in such scales: an “enunciator’s paradox” which tends to complicate any attempt to measure the subjective experience of the addressee of an evaluative scale

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